Mes vrais enfants, Jo Walton

Couverture réalisée par Aurélien Police
Traduit de l’anglais par Florence Dolisi

L’histoire : Née en 1926, Patricia Cowan finit ses jours dans une maison de retraite. Très âgée, très confuse, elle se souvient de ses deux vies. Dans l’une de ces existences, elle a épousé Mark, avec qui elle avait partagé une liaison épistolaire et platonique, un homme qui n’a pas tardé à montrer son véritable visage. Dans son autre vie, elle a enchaîné les succès professionnels, a rencontré Béatrice et a vécu heureuse avec cette dernière pendant plusieurs décennies. Dans chacune de ces vies, elle a eu des enfants. Elle les aime tous… Mais lesquels sont ses vrais enfants : ceux de l’âge nucléaire ou ceux de l’âge du progrès? Car Patricia ne se souvient pas seulement de ses vies distinctes, elle se souvient de deux mondes où l’Histoire a bifurqué en même temps que son histoire personnelle.

Mon avis : … Merci, Miss Walton, MERCI ! Que je l’attendais, ce livre qui, de nouveau, me ferait fuir le sommeil ! Qui, de nouveau, me passionnerait à un point tel que je ne cesserais jamais tout à fait d’y penser ! Qui me ferait, de nouveau, passer par des vagues d’émotions surpuissantes. Oui, mes deux lectures précédentes m’ont subjuguée. Chacune à leur façon, elles ont GRANDEMENT contribué à faire, doucement mais sûrement, passer ma panne de lecture (la plus longue que j’ai connu jusqu’ici – une véritable traversée du désert !). Mais… J’ai mis, pour chacune, un temps fou à les lire. Alors qu’avec ce petit bijou… Il m’a tellement HANTÉE que je n’ai pas su résister à l’appel de ses sirènes : il fallait que je le continue.
Mes vrais enfants est l’histoire d’une femme. D’une femme, et de ses deux vies. Alors que nous la rencontrons au crépuscule de sa vie, placée en maison de retraite pour palier à ses pertes de mémoires de plus en plus handicapantes, elle se souvient. Elle se souvient… D’avoir épousé Mark, un homme au futur prometteur et s’étant, pourtant, révélé d’une aigreur terrible. De n’avoir jamais ou presque quitté l’Angleterre, et d’avoir sacrifié sa propre érudition à sa famille. Mais elle se souvient aussi d’avoir aimé follement Bee, une biologiste brillante avec qui elle aura passé plusieurs dizaine d’années. D’être tombée amoureuse de Florence et d’y avoir consacré une partie de sa vie. D’avoir eu, dans une vie comme dans l’autre, des enfants. Des enfants qu’elle aime de tout son cœur, mais… Lesquels sont vrais ?
J’ai… Adoré. Oui, c’est un coup de cœur immense, un IMMENSE coup de cœur, et je sais déjà que je vais le coller dans les mains de ma Maman, quand elle viendra en août. Pas le choix ! J’ai adoré, parce que j’ai été terriblement touchée par cette, ces femme(s). J’ai adoré, parce que l’idée de départ de l’auteure m’a tout simplement fascinée : laquelle de ces deux vies était vraie ? J’ai adoré, parce que l’auteure ne se contente pas de développer deux existences différentes, elle choisit plutôt de créer véritablement deux mondes à part entière. J’ai adoré, enfin, parce que la plume de l’auteure est toujours aussi exaltante, toujours aussi poétique. Toujours aussi juste.
Détaillons un peu, voulez-vous ? Nous rencontrons donc Patricia Cowan, alors placée dans une maison de retraite. Autant vous le dire, j’ai été ébranlée par ses mots dès le premier chapitre : sa détresse face à une situation qu’elle ne comprend pas, sa certitude d’avoir vécu deux vies, son incapacité à déterminer si l’une était plus « vraie » que l’autre… Bien décidée à faire la lumière sur ce phénomène qu’elle ne peut expliquer, elle va donc se mettre en devoir de nous raconter sa vie. Son enfance, perturbée par la guerre. Son adolescence et sa vie d’étudiante, sa passion pour la littérature. Et ce moment fatidique, où tout va basculer. Où nous rencontrons, successivement, Pat et Tricia. Où l’une tombe définitivement sous la coupe d’un homme mesquin et terrible, où l’autre le quitte pour mieux se construire ailleurs. C’est donc, en vérité, quatre femmes que nous rencontrons : la Patricia âgée, la jeune femme qu’elle fut, et les deux femmes qu’elle a incarné. Et chacune d’entre elle m’a énormément touchée : la détresse, je vous le disais, de la plus vieille. La passion et l’envie de vivre, d’apprendre, de la plus jeune. L’infortune de Tricia, l’amour de Pat. J’ai aimé chacune d’entre elles, j’attendais l’une avec impatience quand je dévorais le récit de l’autre. Jo Walton crée des héroïnes fortes, profondes, fortement et profondément humaines, qui ne peuvent qu’éveiller notre empathie… Et susciter, pour ma part, une grande admiration. Que j’aime ces héroïnes crédibles, à la psychologie fouillée, qui trouvent écho en mes propres rêves !
D’autres personnages viennent en outre s’ajouter à nos (notre ?) héroïne(s), et l’on ne peut que saluer l’auteure pour la minutie qu’elle porte à ses portraits secondaires : qu’il s’agisse des enfants, de Mark, de Bee, de la mère de Patricia et j’en passe… Aucun ne peut laisser indifférent. J’en ai haï certains comme j’en ai aimé d’autres, quelques uns m’ont émue aux larmes quand j’aurais voulu entrer dans le récit pour en secouer un ou deux. Nul doute qu’ils me resteront longtemps en tête…
Côté univers, c’est aussi brillant : à travers la petite histoire se dessine la grande, et j’ai été fascinée de voir se construire deux univers oh combien différents. Et regretté, une fois encore, mes pénibles lacunes historiques qui me font comprendre un peu tard que, non non, ÇA, ça n’est pas arrivé -_- Si la question se pose en fin d’ouvrage, on ne pourra pas manquer de la soulever assez rapidement : les choix d’une seule personne peuvent-ils, à ce point, modifier le destin de tout un monde ? L’auteure initie habilement une véritable réflexion, prolongeant l’expérience de lecture hors du livre à proprement parler : les thèmes abordés sont nombreuses et les pistes soulevées plus encore, et j’avoue que cela m’a beaucoup plu (et pour cela, on pourra dire ce qu’on veut… Mais la SF est particulièrement douée).
Côté intrigue, enfin, je crois qu’elle pourrait convenir a ABSOLUMENT tout type de lecteur : si le côté uchronique du roman se fait davantage sentir au fur et à mesure que l’on avance dans l’intrigue, cela reste pour autant très, très léger. Si la SF, ou les littératures de l’imaginaire en général ne sont pas votre fort, je pense que ce roman aura tout de même toutes les chances de vous plaire : il s’agit avant tout d’une histoire profondément poignante, de celles qui retracent avec passion et émotion des destins… Extraordinairement ordinaires, ou presque. C’est beau, et prenant aussi : car l’on VEUT savoir, nous aussi. On veut savoir, même si cela implique de devoir choisir… Et que ce sera, dans tous les cas, un déchirement.
Vous l’aurez compris, je suis définitivement sous le charme de cette auteure, qui m’avait déjà transportée avec Morwenna. Autant vous dire que je suis plus que ravie d’avoir Le cercle de Farthing dans ma PAL, et son tout dernier roman sur mon ordi :3 Il n’y a plus qu’à, comme on dit !

En bref, un roman magnifique et poignant aux héroïnes magnifiques et fortes, à la plume poétique et enlevée, à l’intrigue puissante et passionnante. Qu’attendez-vous ?


Coup de cœur !

Pour marque-pages : Permaliens.

4 Commentaires

  1. Ce livre m’a fait le même effet!
    Plein plein d’émotions et je me suis passionnée autant pour les personnages que pour l’Histoire (enfin les Histoires).
    J’ai adoré son concept et sa mise en mots… puis Jo Walton a vraiment une chouette plume.
    Coup de coeur pour moi aussi (sauf que c’était en férvier, et qu’après trois autres coups de coeurs en mars/avril… c’est là que j’ai entamé ma traversée du désert AHAHAH 🙂 je suis hyper lente aussi sur des choses).

    Vraiment un livre à lire en effet!

  2. Depuis sa sortie il me fait envie celui-ci… ta chronique enfonce le clou !

  3. Je l’ai lu en début d’année et il m’a fait le même effet que toi. Une lecture intense et magnifique, j’ai pas pu le lâcher avant la fin et j’ai pleuré comme une madeleine pour certains passages !

  4. Un très beau livre dont la lecture m’a bien bouleversée. Et effectivement on peut le faire lire à plein de gens !

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