Brandon Sanderson : L’Interview !

Mes petits Marcassins… BONJOUR !

En octobre dernier (la honte… C’était il y a tellement longtemps !) m’était offerte la chance unique de rencontrer MON auteur favori DE TOUS LES TEMPS, ainsi ai-je nommé… BRANDON SANDERSON. Pensez donc : quand les deux adorables attachées de presse du Livre de Poche m’ont contactée dans ce sens, mon sang n’a fait qu’un tour : peu importe le boulot, les galères de transport et de logement, J’IRAI. J’IRAI, quoi qu’il en coûte ! Le dimanche 25, me voici donc dans l’avion direction Paris (et le pincement au cœur en laissant le Boubou, on en parle ?), afin d’y passer la nuit chez ma sœur chérie… Avant le grand moment, le 26 au matin. Après une nuit agitée, me voici donc fin prête, le cœur battant la chamade et la démarche sautillante : est-ce vraiment réel ? Vais-je vraiment rencontrer l’auteur que je vénère depuis maintenant six ans ? Je cours, vole, fuse vers le lieu de rendez-vous, arrive un brin essoufflée, la joue rosie d’excitation, attends quelques instants… Et vois arriver Sophie, sans qui rien n’aurait été possible. Je la suis, intimidée (quand même !) quand, soudain… LE VOILÀ. En chair et en os, le vrai, l’unique…

BRANDON SANDERSON !

Je vous passe les balbutiements et la petite larme de joie, pour en venir au fait : que nous sommes-nous dit, durant les trente minutes qui ont suivi ?

Bouch’ : Bonjour Brandon ! Alors, je me présente : je m’appelle Adeline, j’ai 25 ans, je suis maman d’un petit garçon, et je tiens depuis presque cinq ans un blog centré sur mes lectures, majoritairement issues des littératures de l’imaginaire… J’ai découvert vos romans il y a plusieurs années, et je dois dire que ça a été le coup de foudre : il n’y en a pas un que je n’ai pas lu, pas un que je n’ai pas aimé ! En attendant les prochains, je les relis avec mon petit bout : je ne sais pas s’il comprend ce que je lui lis {Rires}, mais on passe de super moments grâce à vous !

Brandon Sanderson : Mes enfants n’ont pas encore lu mes livres… J’ai trois garçons, et je crois qu’ils comprennent pas encore que je suis écrivain. Ils imaginent que c’est ce que tout le monde fait ! Ils ont même commencé à écrire leurs propres livres : mon petit de six ans m’a dit la semaine dernière « Je vais devoir écrire un livre pour le vendre, parce que c’est comme ça que nous gagnons notre argent ! » {Rires} Et il a écrit un livre sur minecraft, qu’il voulait publier ! Voilà comment il perçoit ce que je fais, c’est assez amusant {Rires}.

Bouch’ : Parlons sérieusement ! Vous êtes considéré comme l’un des meilleurs auteurs de fantasy dans le monde entier… Est-ce un rôle facile à assumer ? Plutôt stressant ?

Brandon Sanderson : C’est… Effrayant. Très effrayant. Ma passion pour ce genre a grandi avec moi. J’étais… perdu dans la vie, je ne savais pas quoi faire…. Et j’ai découvert la fantasy. Et, à travers elle, mon foyer ! J’ai passé les quinze années suivantes à apprendre comment faire la même chose, et maintenant… Maintenant, mes livres sont sur les étagères, et c’est… Tellement bizarre ! C’est toujours dur pour moi de réaliser que cela a marché, parce que out le monde s’acharne à te répéter que ça NE VA PAS marcher. Et qu’en fait… Ça marche ! C’est donc particulièrement effrayant… Mais aussi très gratifiant ! Beaucoup de gens me demandent quelles sont mes motivations, et la plus grande d’entre elles est certainement de prendre ce qui m’a été donné et de faire du bon boulot avec ça. Beaucoup d’auteurs voudraient être à ma place, je l’ai moi même voulu durant tant d’années… Je veux faire mon maximum.

Bouch’ : C’est un succès, qu’on se le dise ! {Rires} Mais du coup, quelles sont vos références littéraires ?

BS : Hum… Le livre qui m’a poussé à écrire de la fantasy est Fendragon de Barbara Hambly (Dragonsbane en VO – lecture à venir sur le blog !). Il n’est pas très connu, mais il reste mon livre favori. Je dois également beaucoup à Anne McCaffrey, {…} que j’ai énormément étudiée. Et côté classiques… Je ne dis pas ça parce que je suis en France {rires} ! J’aime beaucoup Victor Hugo, notamment pour ses personnages à la fois héroïques et très crédibles. Beaucoup de romans fantasy mettent en scène des personnages vraiment très noirs et… Je trouve ça vraiment intéressant, mais je préfère imaginer des héros foncièrement bons, mais prenant parfois de mauvaises décisions. Victor Hugo avait capturé ça, et cela m’a beaucoup inspiré.

Bouch’ : Et, le dernier livre que vous avez lu… ?

BS : En fait, j’en ai lu deux : City of Stairs de Robert Jackson et Ghost Talkers de Mary Robinette Kowal. Malheureusement, aucun n’est encore traduit en français…

Bouch’ : Question indiscrète, maintenant ! Vos livres sont toujours bourrés de détails, à un point parfois hallucinant… Comment faites-vous pour vous y retrouver ?

BS : En fait , j’oublie énormément, pour le premier jet ! Mais c’est normal pour un auteur {Rires} J’utilise actuellement un wiki, qui ne se trouve que sur mon ordinateur et celui de mon assistante. C’est extrêmement précieux ! J’organise et peaufine mes idées grâce à cela, et tous les détails de tous mes romans y sont référencés. La travail entier de mon assistante consiste d’ailleurs à s’assurer que je n’ai pas oublié un détail crucial… Elle lit mon manuscrit, le compare à mes précédents romans et me signale les points qui ne vont pas.

Bouch’ : Un wiki et une assistante, c’est super pratique en effet ! Mais je dois vous avouer… que j’ai souvent eu envie de venir jusque chez vous pour réclamer la suite des Archives de Roshar. Certains fans mettent-ils ce genre de menaces à exécution ?

BS : Cela n’arrive pas très souvent, à dire vrai ! J’ai eu un groupe de jeunes qui est venus devant chez moi, déguisés en hommes du pont. Ils en avaient même construit un ! Ils sont venus sonner chez moi, et se sont mis à chanter. C’était vraiment chouette 🙂 On a des photos !

Bouch’ : Vous êtes un auteur très prolifique (MERCI), et semblez pouvoir passer d’un univers à un autre sans difficulté… Comment faites-vous pour passer d’une histoire très noire, à un récit plus léger ?

BS : Ma méthode… Quand je finis un livre, j’ai besoin de faire quelque chose de VRAIMENT différent. J’ai besoin de changer, de faire quelque chose de totalement neuf. Par exemple, j’ai écrit Alcatraz en même temps que les Fils-des-brumes… J’ai besoin de me renouveler en plongeant dans quelque chose de radicalement différent. Fils-des-brumes et Les Archives de Roshar sont mes deux grands projets, et mes autres romans m’ont permis de me ressourcer.

Bouch’ : Quand on imagine l’investissement nécessaire… On peut le comprendre ! Et parmi tous vos livres… Y-en a t-il un qui vous a rendu plus fier, auquel vous êtes plus attaché ?

BS : Non… Non pas vraiment ! Le plus difficile, si je puis dire, est la fin de La Roue du temps de Robert Jordan. C’est un challenge extrêmement stimulant ! Reprendre le travail d’un autre auteur et réussir à créer une vraie continuité… Mais je ne peux pas dire que j’en préfère un par rapport aux autres, ce serait comme dire que je préfère un de mes enfants {Rires} ! Au fond, ce sont tous mes enfants.

Bouch’ : Justement, en parlant de La Roue du temps : votre style et celui de Robert Jordan sont vraiment très différents, comment faites-vous pour réussir à donner une cohérence à tout cela, à offrir une véritable continuité à la série ?

BS : Il faut avouer que c’est assez technique. J’ai essayé de reprendre sa voix… Et j’ai échoué. Cela relevait beaucoup plus de la caricature qu’autre chose. J’ai donc essayé de reprendre ses personnages en leur donnant vie à travers mon propre style et là… Le résultat était bien meilleur. Mais je dois quand même dire aux fans qu’il faut comprendre  que je ne suis pas là pour essayer de copier Robert Jordan. La comparaison que j’utilise régulièrement serait celle du réalisateur de film. Il aura forcément sa propre vision de ce que doit donner la production. Regardez avec Harry Potter ! Les réalisateurs ont changé, et même si l’essence du film reste la même, on sent une véritable différence.

Bouch’ : Ils seront compréhensifs, j’en suis certaine ! C’est un projet qui vous a d’ailleurs permis d’élargir encore davantage votre lectorat… Mais aux rares lecteurs ne vous connaissant pas, par lequel de vos livres conseilleriez-vous d’entamer votre bibliographie ?

BS : L’Âme de l’empereur ! Il est court, c’est un one-shot, un peu plus littéraire, poétique que certains autres… Surtout pour quelqu’un ne lisant que peu de fantasy. Pour quelqu’un connaissant davantage le genre, je conseillerais l’Empire ultime, le premier tome de la trilogie Fils-des-Brumes, parce que la fin est déjà là. Si je pense que les Archives de Roshar constituent mon meilleur travail, les romans sont surtout très longs, et font partie d’un cycle encore plus long… Ce ne serait peut-être pas le choix le plus judicieux.

Bouch’ : On voit d’ailleurs l’évolution de votre talent d’écrivain au fil de vos romans : entre Elantris, parfois un peu maladroit, et La voie des rois, qui reste LE livre le plus abouti que j’ai pu lire jusqu’à présent, on sent que vous avez fait un chemin incroyable ! A chaque fois que je me plonge dans un de vos romans, j’en oublie jusqu’à mon mari et mon fils… Mon mari n’était d’ailleurs pas vraiment ravi que je passe notre lune de miel en compagnie d’Elantris ^_^

BS : Vous savez… Ma femme est professeur de littérature. Durant notre lune de miel… Je lisais, elle lisait, ça collait super bien {Rires} Pour en revenir aux Archives de Roshar, c’est la série que je voulait écrire étant plus jeune, mais je n’avais pas le bagage suffisant pour le faire… Ce n’est que récemment que je m’en suis senti capable. J’ai essayé d’en écrire une première version en 2003, ça n’a pas marché. Je n’étais pas encore assez bon !  Il a fallu que j’écrive, que je travaille énormément sur Fils-des-brumes et sur La Roue du temps, pour acquérir l’expérience nécessaire…

Bouch’ : On remarque également que vos romans ont souvent une dimension politique… Vous inspirez-vous de notre monde actuel ?

BS : Oui, définitivement. Je suis passionné de politique et de religion, j’aime comprendre la façon dont les gens perçoivent notre monde… Mais je reste un écrivain : mon boulot n’est pas forcément d’apporter des réponses, mais plutôt de soulever des questions. J’aime avoir des personnages capables d’avoir une véritable réflexion sur tous ces sujets… C’est ensuite au lecteur d’en tirer les conclusions qu’il souhaite, sa charge de se faire son propre avis. Mais oui, effectivement, tout ce qu’il se passe dans notre société est extrêmement inspirant.

Bouch’ : Et cette réflexion transcende d’ailleurs vos romans, nous poussant à nous interroger bien que notre lecture soit terminée… Vos romans ont ce petit je-ne-sais-quoi qui nous les fait rester en tête bien après qu’on les ait terminé. Pour ma part, je sais quand je commence un de vos livres, je ne vais plus rien lire après, pendant une, deux, trois semaines. Le temps de digérer tout ça, d’être capable de passer à autre chose…

BS : Et pourtant, il y a tellement de bons livres à lire ! Quand on est auteur comme moi, tous nos amis -ou presque- sont eux-mêmes écrivains. Et l’on se doit de rester à jour, même si ce n’est pas toujours simple… {Rires}

Bouch’ : Et avec tous ces livres qui sont publiés chaque année, justement, comment arrivez-vous à faire constamment dans l’originalité ?

BS : Je lis énormément, j’essaye d’écrire les livres que je voudrais lire, mais que personne n’a encore mis sur papier. Comme avec Cœur d’acier ! On voit énormément de récits sur des gens ordinaires acquérant des super-pouvoirs, mais on ne parle pas de ceux qui tournent mal… Voilà ce que je me suis dit : « Personne n’a écrit là dessus ? Mais pourquoi ? Et bien, moi je vais le faire ! » Et ça marche généralement comme ça : tout ce que j’écris est en réaction à ce que je vois, ce que je constate…

Bouch’ : Et, finalement… Vous écrivez les livres que nous aussi, nous souhaitons lire ! Alors merci, merci pour tout, et restez tel que vous êtes : aussi généreux en vrai que dans vos romans 🙂

Vous pensez bien que, durant cette heure incroyable, j’étais totalement hypnotisée par les mots de cet homme hors du commun. J’étais venue rencontrer mon auteur chouchou, et c’est finalement un érudit que j’ai trouvé, aussi passionnant que gentil, abordable et proche de ses lecteurs. Une rencontre totalement inoubliable, donc, mais aussi marquée par la gentillesse de nos deux hôtesses : je ne les remercierai jamais assez de m’avoir offert une chance aussi unique ❤️ Et c’est d’ailleurs grâce à elle que je peux aujourd’hui vous offrir…

 

Le concours aura lieu du 8 au 14 février 23h59, et est ouvert à la France, la Suisse et la Belgique 🙂 Pour participer, rien de plus simple : m’envoyer un mail à l’adresse leslecturesdebouch@gmail.com, avec en objet {CONCOURS SANDERSON}. Me préciser ensuite pour quel(s) lot(s) vous souhaitez participer (vous ne pourrez être sélectionné que pour un lot), avec vos liens de partage s’il y a lieu. Un petit mot gentil ne serait bien évidemment pas de refus 🙂

J’espère que vous serez nombreux à participer… ET JE VOUS ENVOIE DU LOVE !

Pour marque-pages : Permaliens.

25 Commentaires

  1. Intéressante cette interview 🙂 J’avais acheté le premier tome de la voie des rois après avoir vu ta critique mais je ne l’ai pas encore lu. Apparemment je ne vais pas commencer par celui que l’auteur conseille, tant pis XD

    En tout cas ça a dû être un grand moment d’émotion pour toi ! Merci pour ce concours auquel je vais m’empresser de participer 🙂

  2. Ah oui quand-même, une interview avec Sanderson, respect ! Interview très bien menée, d’ailleurs, chapeau 🙂

  3. Ahhh cela devait être fantastique pour toi de le rencontrer =)
    Interview très intéressante pour quelqu’un comme moi qui n’a jamais lus l’auteur =)

  4. J’ai tout luuuuuu haha En vrai, moi, ce monsieur, j’le connais pas. Je connais son nom bien sur et j’ai toujours voulu tenter de le lire pour ne pas mourir idiote^^ Mais ouais, du coup j’ai lu l’interview juste parce que j’imaginais l’état dans lequel tu étais et j’étais trop contente pour toi x)

  5. Han !!! La chance !
    Trop contente pour toi Bouchon !
    Merci de nous faire partager ça <3 <3 <3

  6. Rolala je suis tellement contente, il a l’air tellement gentil ! Quand je pense que tu avais peur de rater ça mais ça aurait été inadmissible ! 😀
    C’est décidé, je lis Fils des Brumes en février. NON MAIS.

  7. Oh un très chouette interview!! J’en ai appris des choses! Je ne savais pas qu’il avait écrit la fin de La roue du temps par exemple. J’ai adoré le premier tome de Fils-des-brumes que j’avais gagné chez toi (merci encore!!), il faut que je continue ma découverte des autres romans de l’auteur et bien sûr la suite de Fils-des-brumes 🙂

  8. une interview sympa qui me donne très envie de découvrir cet auteur que je n’ai pas encore eu l’occasion de découvrir

  9. Une très belle interview, c’est une expériences incroyable pour un lecteur de pouvoir rencontrer un de ses auteurs favoris !!! Merci pour ce partage, on voit ton admiration pour cet auteur dans tes questions, c’est très beau 🙂

  10. Ping :Brèves de comptoir #131 « Encres & Calames

  11. Interview très intéressante, merci 🙂 J’ai bien aimé Fendragon de Hambly.
    Oh, un concours : super merci !

  12. Merci pour l’interview, je découvre le concours le lendemain de sa clôture …

    Vivement la suite des archives ^^

  13. La chance, un de mes auteur préféré. les archives de Roshar sont un véritable coup de coeur(je le relie en ce moment). J’ai hâte de lire la suite.

    Merci pour cet interview.

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