L’infernale Comédie, Mike Resnick

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Traduit par Luc Carissimo

Se le procurer :
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L’histoire :

Mon avis : AH ! Ne me demandez plus pourquoi je tiens tant à aller aux Imaginales : vous avez là une merveilleuse justification. Peut-être serais-je passée à côté de cette pépite, si je ne m’étais arrêtée sur le stand d’Actusf. Si Jérôme Vincent n’avait pris le temps de me conseiller sur cet auteur dont j’ignorais tout. Fort heureusement, la rencontre s’est faite. Et j’ai craqué ! Après avoir fait patienter ce beau pavé quelques mois dans ma modique -hum- PAL, j’ai décidé de profiter de mon arrêt de travail pour m’y plonger. Et, de vous à moi… Je n’en ressors pas sans quelques séquelles.
L’infernale Comédie rassemble en réalité trois romans. Trois romans, mettant en scène trois planètes : Peponi, Karimon et Faligor. Toutes trois ont un point communs : alors que les humains ont colonisé des milliards de planètes, ces trois-là sont encore vierges de toute présence terrienne. Un état qui ne va pas durer : ces trois volumes nous offrent ainsi le récit de leur assimilation par l’être humain. Un être humain imbu de lui-même, appâté par le profit facile et très, TRÈS loin de se soucier d’autre chose que de lui-même. Un Homme bien proche de ce que nous connaissons, en somme… Et cela tombe bien : car à travers ce planet opera des plus captivants, c’est de faits bien réels que nous parle Mike Resnick. Mike Resnick, ce spécialiste de l’Histoire africaine : Kenya, Zimbabwe et Ouganda sont ainsi travestis, et si le décryptage particulièrement aisé peut parfois prêter à sourire… On finit rapidement par avoir les larmes aux yeux, tant les mots sont cruels. Je ne vous résumerai volontairement pas les trois romans, l’ensemble étant trop dense pour tenir en quelques lignes. Trop dense, mais surtout trop précieux : j’avais un œil neuf en m’y plongeant, et c’est sans doute le plus beau cadeau que je puisse vous faire : vous donner, je l’espère, envie de vous y plonger à votre tour, mais sans trop vous en dire. Voici, cependant, ce que je peux vous dévoiler : Peponi (le Kenya) nous parle des affres de la colonisation massive et brutale, de l’épuisement de la Terre pour quelques centaines de milliers de crédits. D’un paradis qui fut, qui aurait pu être, mais que l’on continue de rêver. Sur Karimon (Zimbabwe), nous découvrons les dangers d’une décolonisation tout aussi rapide, de ce repli sur soi après s’être ouvert au monde. Et, enfin, Faligor… Faligor est sans doute le pire. Faligor, ou l’Ouganda, une terre soumise aux caprices de trois dictateurs successifs, d’une terre ravagée, aux plaies hémorragiques.
J’ai lu, tout d’abord avec curiosité, attention. Et plus j’avançais dans ma lecture, plus je sentais mon sang se glacer : mais qu’est-ce qu’on a fait ?! Mais comment peut-on… Juste… Afficher un tel mépris ? Pour ces peuples qui vivent bien différemment de nous, certes… Mais qui ont compris tellement, tellement plus de choses ?! Je me suis très rapidement laissée emporter par la narration fluide et extrêmement imagée de l’auteur, découvrant avec un œil émerveillé ces paysages à couper le souffle. Si je me plaisais, au départ, à faire la transposition des termes inventés par l’auteur pour remplacer des mots bien connus, j’ai finalement été happée toute entière par une intrigue tout simplement magistrale : Mike Resnick a un véritable don de conteur, maniant avec dextérité les ficelles de son récit et, surtout, donnant une vitalité indéniable aux portraits qu’il choisit de dresser. Cela aurait été un véritable bonheur à lire si cela n’avait été aussi glaçant : bien que l’on se laisse séduire par ce planet opera tout à fait bien rendu (un genre que je lis trop peu, assurément ! Vos suggestions sont les bienvenues), on ne perd jamais de vue qu’il y a, cachée derrière, une Histoire bien réelle. Une Histoire dans laquelle l’Homme blanc a, une nouvelle fois, montrée sa stupidité et son arrogance.
Et je n’y connaissais rien. Plongée dans mon ignorance crasse, j’ignorai tout de l’histoire sanglante de ces pays, et me suis empressée d’aller en apprendre davantage : les sources trouvées sur google m’ont paru terriblement succinctes, et il faudra absolument que je me renseigne davantage, pour pallier à cette méconnaissance insultante. Mais… Je dois des remerciements à l’auteur. Pour m’avoir ouvert un peu plus les yeux, pour m’avoir appris énormément et, surtout, pour avoir choisi un biais tout à fait intelligent pour sensibiliser ses lecteurs à un fait encore bien trop passé sous silence : L’Infernale Comédie possède bien plus de charme qu’un banal livre d’Histoire, et l’on s’y plonge avec autant de délice que d’effroi. Que l’on se le dise : cette intégrale est bien, bien loin de me sortir de la tête. Courage au roman qui prendra la suite, car c’est bel et bien un coup de cœur !

En bref, ce planet opera fut une lecture aussi ardue qu’enrichissante : ardue, de par le tourbillon d’émotion qu’il a pu suscité en moi. Enrichissante, car c’est un véritable cours d’Histoire que nous offre l’auteur. Une histoire sanglante, désastreuse, révoltante…. L’Histoire de trois pays d’Afrique, qui mérite tout sauf d’être passée sous silence.

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Coup de cœur !

Pour marque-pages : Permaliens.

5 Commentaires

  1. Bon je ne connaissais pas mais évidemment comme à chaque fois que je passe sur ton blog, je vais l’ajouter DIRECT à ma wish list (voire ma PAL si je fais des folies)!!

  2. Encore une fois, une chronique qui donne bien envie ^^ peut être mon prochain achat, qui sait ? ^^ Et puis la couverture est assez intrigante… Merci pour cette découverte !

  3. Tu as été prise dans la veine africaine de Mike Resnick, tu es maintenant prête à savourer son autre grand chef d’oeuvre (statut ô combien mérité) : « Kirinyaga ». À lire absolument. 😉

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