L’épée brisée, Poul Anderson

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Traduit par Jean-Daniel Brèque

Couverture par Nicolas Fructus (édition Le Bélial’)

L’histoire : Voici l’histoire d’une épée qu’on dit capable de trancher jusqu’aux racines mêmes d’Yggdrasil, l’Arbre du Monde. Une épée dont on dit qu’elle fut brisée par Thor en personne. Maléfique. Forgée dans le Jotunheim par le géant Bölverk, et appelée à l’être à nouveau. Une épée qui, une fois dégainée, ne peut regagner son fourreau sans avoir tué. Voici l’histoire d’une vengeance porteuse de guerre par-delà le territoire des hommes. Un récit d’amours incestueuses. De haine. De mort. Une histoire de destinées inscrites dans les runes sanglantes martelées par les dieux, chuchotées par les Nornes. Une histoire de passions. Une histoire de vie…

Mon avis : Honte à moi, mais je ne connaissais pas ce Monsieur. Poul Anderson, ou l’auteur mis sur un pied d’égalité avec Tolkien par notre bien aimé Michael Moorcock… Ce qui n’est pas rien ! Quand j’ai eu vent de la sortie en poche de L’épée brisée, j’ai donc sauté sur l’occasion d’améliorer ma culture SFFFesque et découvrir ce grand classique (écrit en 1954, comme La communauté de l’anneau !). Qui n’aura d’ailleurs pas fait long feu, puisqu’il fut expédié en deux soirées. Si peu !
Ce récit nait d’une vengeance. D’une vengeance terrible, venant d’une femme s’étant promis d’anéantir toute une lignée. De deux garçons, l’un homme élevé parmi les elfes, l’autre troll changelin, mis à sa place à la tête d’une fratrie fort prometteuse. C’est également l’histoire d’une épée. Du réceptacle de tant de violence que l’on ne peut que frémir en la contemplant, d’une promesse de mort et de destruction. C’est enfin une ode à la mythologie scandinave, une véritable Geste dans toutes les règles de l’art, une presque tragédie grecque, une œuvre foisonnante et extrêmement riche, à qui l’on concède volontiers le titre de précurseur en matière de fantasy. Tout ça !
J’avoue avoir toujours un peu peur en me lançant dans des romans datant de plusieurs dizaine d’années, et plus particulièrement quand il s’agit de fantasy. Étant habituée aux codes plus récents du genre, je n’y trouve parfois pas ce que je recherche. Pour autant… L’épée brisée m’a passionnée. Fascinée, même. Poul Anderson nous offre un récit tout à fait épique, aux allures de fable historique. Que ne donnerais-je pour l’entendre conté au coin d’un feu ! Avec un plaid bien chaud et de quoi empêcher mes mains de trembler, parce que l’atmosphère est simplement glaciale : non pas que je n’en attendais moins de la part du mentor du père d’Elric, mais nous sommes ici plongée dans une Fantasy des plus dark, où les personnages – qu’ils soient centraux ou secondaires, à quelques exceptions près- n’ont ni limites, ni morale : que nous sommes loin du ton parfois bon enfant employé par Tolkien ! Si la comparaison est immanquable, elle n’en souligne que mieux les différences de ces deux œuvres majeures. Là où l’une plaçait l’espoir en première ligne, la seconde nous plonge dans un univers noir où la loi du plus fort règne en maitre, où chacun manipule l’autre, pour tous se retrouver sur l’échiquier de dieux pas beaucoup plus moraux que leurs fidèles. Une ambiance que l’on ressent par ailleurs extrêmement bien dans la couverture imaginée par Nicolas Fructus (d’où le fait que j’ai préféré mettre celle-ci plutôt que celle de ma propre édition) : violence, trahisons et descriptions sans complaisance sont au programme, et nous frémissons devant cette intrigue tout sauf édulcorée.
Côté univers, je vous le disais, Poul Anderson mêle Histoire et Fantasy avec brio : Angleterre, Normandie ou encore Écosse sont ainsi explicitement nommées, son intrigue se déroulant manifestement aux alentours du Xe siècle, au cœur des raids du peuple Vikings. S’invitent alors Trolls, Elfes, Nains et autres Gobelins, mais également Thor, Odin, Loki et consorts. C’est tout une mythologie que nous retranscrit ici l’auteur, et j’avoue avoir été particulièrement sensible au talent dont il fait preuve pour rendre tout cela plus que plausible. On s’y croirait presque, là, tranquillement installés sur notre canapé.
Que vous soyez amateurs de mythologie scandinave, en quête d’un roman au souffle épique ou amateurs de Dark Fantasy, vous y trouverez donc votre compte : L’épée brisée ne dépasse certes pas les 400 pages, mais son poids est indéniable : me voici pour ma part plus que ravie d’avoir enfin découvert cet auteur majeur qui, je l’espère, n’a pas fini de peupler ma bibliothèque !

En bref, un roman qui a su me surprendre et me passionner : Poul Anderson est sans conteste l’une des figures majeures de la fantasy anglo-saxonne, sa patte se retrouvant dans bien des œuvres plus récentes. Mêlant Dark Fantasy, mythologie nordique et véritable fresque épique, L’épée brisée est un incontournable du genre !

On en redemande
On en redemande !

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2 Commentaires

  1. Si tu as aimé ce côté mythologie nordique de Poul Anderson, je te conseille aussi « La saga de Hrolf Kraki », basé sur une « vraie » saga légendaire scandinave (par « vraie » j’entends que le texte médiéval existe, pour ce qui est des faits racontés c’est une autre histoire…). Un très bon moment également. 😉

  2. Ça a l’air tellement cool, j’ai « Trois coeurs trois lions » qui traine sur ma liseuse depuis des mois, faut que je m’y mette !

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