L’épée de l’hiver, Marta Randall

Epee hiver

Traduit par Nathalie Serval

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L’histoire : Dans le pays glacé de Cherek, lord Gambin de Jentesi va mourir et le chaos menace. Durant les quatre décennies de sa toute-puissance, Gambin a tenu sa province d’une main de fer. Tandis que complotent ses quatre héritiers possibles, le peuple de Cherek observe avec inquiétude les péripéties de la passation de pouvoir. Car si la puissance de Gambin passe tout entière à ses héritiers, Cherek risque de voir compromises les promesses d’un avenir meilleur et de retomber dans l’obscurantisme. Dans cette atmosphère empoisonnée, un tissu d’intrigues se tisse autour de Lyeth, femme lige du seigneur de Jentesi, qui déteste l’homme cruel qu’elle a servi.

Mon avis : Et un grand merci à Melchior Ascaride, pour cette magnifique couverture ! Il n’y a pas à dire, j’adore le travail de ce monsieur : c’est à la fois épuré et d’une grande sensibilité, tout en symbole. J’AIME ! C’est lors des Imaginales que j’ai craqué pour ce titre, succombant une fois de plus aux sirènes des Indés de l’imaginaire : de la fantasy avec un soupçon de steampunk, avouez que c’est plutôt intrigant ! Ne connaissant absolument pas l’auteure (son roman étant pourtant considéré comme un classique mineur de la fantasy américaine des années 80), je tenais là l’occasion d’enrichir quelque peu ma culture tout en passant, j’en étais intimement convaincue, un bon moment…
Le Cherek est en proie à la plus vive des perturbations : son Seigneur, Gambin, est sur le point de mourir… Et la succession prend des allures de parcours du combattant. Déterminé à laisser son vice et sa cruauté s’exprimer jusqu’au bout, il se refuse à désigner le moindre successeur, observant avec délectation ses quatre héritiers potentiels comploter à qui mieux-mieux. Au milieu de ce fouillis, Lyeth. Cavalière et femme ligne de Gambin, qu’elle déteste par dessus tout, la jeune femme ne va pas tarder à se retrouver mêlée à ces intrigues qu’elle abhorre par dessus tout : car qui détient l’allégeance de la Cavalière s’empare du même coup de la Couronne…
Qu’on se le dise : ce n’est pas parce que ce roman est relativement fin (235 pages pour un Mouton, ça fait quand même du texte !) qu’il s’expédie en quelques heures : Marta Randall nous offre ici un récit dense et captivant, qui nous tient en haleine jusqu’au tout dernier instant. Dans l’incapacité de lire beaucoup la semaine passée, j’ai préféré le savourer, picorant ça et là des miettes de cet ouvrage à la fois original et particulièrement bien écrit, totalement sous le charme de cette atmosphère à la fois glacée et enfiévrée. La faute en revient, en grande partie, à Lyeth : cette héroïne atypique m’a complètement bluffée, qu’on se le dise. Ayant lu Les filles de l’orage quelques jours auparavant, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle avec Bluebell, cette espèce de brute épaisse qui ne m’avait que fort peu attendrie : Lyeth fait elle aussi partie de ces femmes au caractère bien trempé, plus à l’aise avec une dague dans la main qu’avec un ouvrage de crochet. Et pourtant, pourtant… ! Quelle différence ! Quelle sensibilité dans ce personnage ! Une sensibilité qui se devine plus qu’elle n’est livrée de but en blanc, une sensibilité à vif, taillée à coups de serpe et tout en aspérités. Un personnage foutrement intéressant, donc, et particulièrement bien construit : impossible de nier le talent de portraitiste de l’auteure.
Petit coup de cœur également pour Emris, ce jeune garçon déboulant dans le récit dès les premiers instants : outre le fait de porter comme patronyme le deuxième prénom de Malo (quel bon goût, Miss Randall !)(avec un Y, en ce qui concerne le notre), son insolence irrésistible m’a fait fondre. Menant une quête que beaucoup pourraient juger impossible, il avance aux côtés de Lyeth avec une détermination sans faille, qui ne peut que forcer notre admiration : ce petit bonhomme n’est pas prêt de s’en laisser compter, voilà qui est dit.
Côté intrigue, c’est particulièrement prenant : jeux de pouvoir, manipulations et complots sont évidemment au menu, nos héros se débattant comme ils peuvent au milieu d’un nid de serpents… En y laissant des plumes, forcément : j’ai retenu mon souffle et senti mon cœur s’affoler aux pires moments, happée au possible par cette toile d’araignée grandiose. La plume de l’auteure, très affutée, nous immerge dès les premières lignes : entre descriptions grandioses, envolées lyriques et dialogues d’une authenticité frappante, on s’y croirait pour de bon.
Mention spéciale, enfin, pour l’univers : si l’inspiration est majoritairement médiévale, il est vrai, les touches de steampunk parsemant le roman sont extrêmement appréciables : j’ai beaucoup aimé la rencontre de ces deux genres que l’on tient habituellement éloignés l’un de l’autre. Le Cherek étant un peu à la croisée des chemins, oscillant entre obscurantisme et progrès, ce pari fait par M. Randall était particulièrement malin… Et porte tout à fait ses fruits : on en voudrait davantage 🙂
En résumé, L’épée de l’hiver m’aura fait passer un très, très bon moment. Je ne savais pas précisément à quoi m’attendre, et j’ai été agréablement surprise par la qualité de la narration et la présence presque tangible des personnages principaux. Encore une fois, c’est une réussite pour les Moutons !

En bref, un roman à la croisée des genres qui nous embarque dans les méandres d’une passation de pouvoirs des plus mouvementée… Et l’on aime ça : c’est vraiment, vraiment bien écrit, très bien pensé, et les personnages… Fiou !

On en redemande
On en redemande !

Pour marque-pages : Permaliens.

4 Commentaires

  1. Ha bah, LA je suis convaincue, par contre ! 😀 Lyeth a vraiment l’air super cool, mieux que Bluebell qui avait juste l’air de forcer le trait comme je sais pas quoi et rgngngngrrrr. Du coup quand j’aurais deux-trois sous j’essayerai de penser à ce bouquin. Parce que Lyeth. :3
    MERCI BOUCHON !! <3

  2. Je n’ai pas lu celui-ci mais la qualité des livres édités par les Moutons électriques est stable et permanente, cela fait plaisir, question confiance 🙂

  3. Roh mais il a l’air génial ! Je note ! 😀

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