Focus sur… La distinction de Todorov

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Mes petits marcassins,

Bienvenue dans ce premier numéro de Focus sur ! Nous parlerons aujourd’hui d’une notion que bon nombre d’entre vous auront certainement rencontré dans le fameux MOOC portant sur la fantasy, à savoir la distinction de Todorov. Un intitulé bien obscur, ma foi…

♣ Avant toute chose… C’est qui, ce Monsieur Todorov ? ♣

Tzvetan Todorov, de son petit nom, est un essayiste et sémiologue (entre autres choses mystérieuses, comme historien des idées) d’origine bulgare. Aujourd’hui âgé de 76 ans, c’est en 1963 qu’il se rend à Paris, fuyant le régime communiste de son pays natal. Il est actuellement directeur de recherches honoraire au CNRS.
*C’était la minute Wikipédia*
C’est avec son Introduction à la littérature fantastique (que j’ai bien envie d’acquérir, du coup) qu’il se penche sur le cas de l’étrange et du merveilleux, puis du fantastique. Trois notions qu’il s’attache à distinguer…

♣ Et qu’est-ce qu’elle dit, cette distinction ? ♣

Avant de les dissocier, Todorov met en évidence les points communs des trois genres : le fantastique, comme l’étrange et le merveilleux, est un récit où apparaissent créatures et évènements surnaturels (surnaturel étant entendu ici comme dépassant du cadre cognitif accepté d’une époque donnée)(en gros, ce que l’on tient pour vraisemblable, admissible, réaliste. Je crois).
C’est en fait la manière dont sera traité l’élément surnaturel qui déterminera l’appartenance du récit à l’un ou l’autre des trois genres :
– Dans le cadre d’un récit fantastique, le surnaturel fait choc, fracture. La perception des évènements en question par le lecteur -aussi bien que par le narrateur !- produit chez lui peur, horreur ou, a minima, une certaine curiosité teintée d’effroi. C’est typiquement le cas chez Stephen King.
– Dans le cas de l’étrange, le surnaturel finit immanquablement par être expliqué rationnellement : Anne Besson, à l’occasion du MOOC sur la fantasy, prenait ainsi l’exemple des Scoubidous, dans lesquels les monstres sont en fait des humains déguisés.
– Du côté du merveilleux, le surgissement du surnaturel ne pose problème ni au lecteur, ni au personnage dont il adopte les croyances. Todorov distingue en outre trois « sous-types » de merveilleux :

—– —-Le merveilleux hyperbolique, où le surnaturel intervient car les unités de mesure utilisées sont bien plus grandes que ce que nous connaissons : tout est exagérément décrit.
———-Le merveilleux exotique : l’histoire racontée prend place dans un pays étranger, mais n’est pour autant pas vraisemblable.
———-Le merveilleux instrumental, qui se rapproche de notre chère science-fiction dans le sens où le surnaturel est rationalisé grâce à des lois que la science contemporaine ne connait pas.

♣ Mais cette distinction… Elle est encore d’actualité ? ♣

Prenons un quatrième genre : la fantasy. Qui est une littérature du merveilleux, dans le sens où le surnaturel fait partie intégrante des lois du monde fictionnel : il n’est pas censé être remis en question.
Oui. SAUF QUE. Que fait-on dans le cas d’un roman comme… Twilight, où le vampire n’est plus l’avide buveur de snag tant redouté, mais le petit ami idéal ? Harry Potter, où la magie arrive comme un cheveu sur la soupe, mais sans déranger personne hormis ces moldus dont nous sommes finalement bien moins proches que du peuple sorcier ?
Avant de suivre ce MOOC et d’avoir vent de cette fameuse distinction, pour moi… Les choses étaient simples : exit l’étrange et le merveilleux, ne restaient que la fantasy et le fantastique. Le monde dans lequel l’intrigue prend place est fondamentalement différent du notre ? C’est de la fantasy. À l’inverse, l’intrigue prend place dans NOTRE monde, avec quelques touches de surnaturel en plus (créatures, magie…) ? C’est du fantastique.
Todorov est donc gentiment venu mettre le bazar dans ma tête, avec sa catégorisation. Et j’imagine que ça doit être un peu la même chose chez lui, puisque la fantasy, en mordant complètement sur le terrain du fantastique, bouleverse totalement des codes jusqu’ici bien établis. Il m’aura toutefois permis de comprendre deux choses :
– D’une, que la catégorisation littéraire varie énormément d’une époque à une autre. Ce qui était valable il y a cinquante ans ne l’est plus, ou presque plus aujourd’hui, tant les choses ont évoluées rapidement.
– De deux, que s’amuser à classer un œuvre selon son genre littéraire est loiiiiin d’être aussi aisé que cela peut paraitre -sans parler des sous-genres, qui possèdent eux aussi de multiples définitions parfois difficilement conciliables-, tant cela reste subjectif.
Mais, après tout, le principal n’est-il pas de prendre plaisir à sa lecture, plutôt que de se torturer l’esprit à en disséquer la moindre facette, afin de lui attribuer une étiquette qui sera sans doute obsolète d’ici quelques dizaines d’années ?

Et vous, que pensez-vous de cette différenciation ? Quelles sont vos définitions de Fantastique/fantasy ? J’espère que ce petit article vous aura plu (moi, je me suis bien amusée à l’écrire !), et vous dis à très vite pour de nouvelles aventures ♥

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7 Commentaires

  1. Une nouvelle aventure qui me plait beaucoup 😉 ! Du coup, son Introduction à la littérature fantastique me tente bien aussi 😛 !
    J’ai hâte d’être au prochain article !

  2. Je pensais comme toi sur la différence fantasy et fantastique. Maintenant j’ai dû mal à tout distinguer. Tu as raison, ne nous prenons pas la tête =)

  3. Aie oui en effet il met le bazar le monsieur avec sa théorie mais les conclusions que tu en tire sont vraiment bonnes ! La littérature, l’art en général, est tellement mouvant, on invente et réinvente tant de choses, les théories et réfutations sont finalement le jeu des théoriciens qui exposent leurs propres définitions que finalement, prenons ce qui nous semble le plus simple et qui correspond le mieux avec nos idées.
    J’aime beaucoup ce nouveaux rendez vous et j’attends avec impatience les suivants =)

  4. Et bien vraiment, j’ai du mal à distinguer fantasy/fantastique et j’avoue que pour moi, le fantastique c’est tout roman qui présente des éléments de notre monde avec des éléments surnaturels (comme Harry Potter) et le fantasy, ce sont des mondes complètements imaginés. Mais bon, après je suis tombée sur des lectures comme L’héritage des rois-passeurs qui mixe les deux et là je suis perdue! Hahah
    Super intéressant ton article!!

  5. Oh tu t’en es sortie comme une cheffe pour nous en parler 🙂

  6. J’étais plutôt d’accord avec ta notion fantasy et fantastique, mais du coup tu viens de me perdre XD J’attends ton raisonnement fondée pour me remettre les idées au clair 😛 Bisous Bouchon!

  7. Cette distinction, bien qu’elle soit très intéressante vient un peu tout embrouiller dans ma tête !
    Je penses que je vais en rester à ma catégorie « lectures de sorcières », comme l’appelle mon frère, et qui regroupe en fait tous les genres littéraires qui sortent de l’ordinaire :p

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