Le nom du vent, Patrick Rothfuss (Chronique du tueur de Roi, première journée)

Lenomduvent

Traduit par Colette Carrière

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L’histoire : J’ai libéré des princesses. J’ai incendié la ville de Trebon. J’ai suivi des pistes au clair de lune que personne n’ose évoquer durant le jour. J’ai conversé avec des dieux, aimé des femmes et écrit des chansons qui font pleurer les ménestrels. J’ai été exclu de l’Université à un âge où l’on est encore trop jeune pour y entrer. J’y étais allé pour apprendre la magie, celle dont on parle dans les histoires. Je voulais apprendre le nom du vent. Mon nom est Kvothe. Vous avez dû entendre parler de moi.

Mon avis : … OK. Ce mois de novembre aura été complètement… Ahurissant… Exaltant… Incroyablement riche en matière de découvertes littéraires. De manière générale, 2014 fut incroyable côté lectures. J’ai fait des découvertes complètement dingues, j’ai eu des coups de cœur d’une puissance folle. Et surtout, surtout en matière de fantasy. Mais là… LÀ… Si ce mois de novembre n’a pas été tout le temps très simple, il m’a surtout permis de découvrir de véritables pépites. Légende fut la première, Le nom du vent fut la seconde. Et je vais vous dire un truc : je suis bien contente de les avoir espacées avec deux romans plutôt décevants (il faudrait d’ailleurs que j’en écrive les chroniques, moi), puisque ça a complètement rehaussé leur saveur. Me voilà donc devant mon écran, une fois encore complètement chamboulée, dévastée, et surtout… conquise.
J’ai découvert Patrick Rothfuss grâce à ma petite Allison (David Gemmell aussi, maintenant que j’y pense ! Je ne te remercierai jamais assez ma bichette ♥), qui lui voue, on peut le dire, un véritable culte. Alors que j’étais déjà en challenge 0 achat, je n’ai pas pu m’empêcher de regarder amoureusement ses ouvrages lors d’une de nos virées en Fnac. Et Chéri m’en a gentiment offert un…
J’ai mis un certain temps avant de le commencer, ceci dit. En même temps… Le défi était de taille : avec le coup de cœur intersidéral vécu par Alli, il faut bien dire que j’avais un petit peu peur d’être déçue, de passer à côté. Et je crois que c’est grâce à Indulgences et au deuxième tome des 100 que je m’y suis finalement mise : j’avais besoin d’être enfin embarquée, prise aux tripes. Et, plus que cela, Le Nom du Vent

M’a mis une claque. Une claque magistrale.

Je ne sais pas quoi vous dire de plus. Franchement. Patrick Rothfuss m’a ôté les mots de la bouche. Le Nom du Vent est son premier roman. Un premier roman tout simplement… Parfait. Magique. Incroyable. Superbe. Terriblement poignant. Bref, ce premier tome… C’EST DE LA BOMBE.

illu nom du vent

Le prologue s’ouvre sur une auberge. Une auberge plongée dans un silence compact, dense. Notre première rencontre avec Kote se fait dans cette ambiance à la fois légère et teintée d’amertume, un désespoir tenu flottant dans l’air. Kote, aubergiste au bord de la faillite, et qui pourtant… Semble être beaucoup plus que cela. Une impression volage qui ne va pas nous lâcher jusqu’à ce que l’on comprenne que, effectivement, cet aubergiste effacé a eu une autre vie avant celle-ci, une vie remplie de mystère, de magie, et surtout de musique, une vie qu’il va s’attacher à nous conter…
J’ai beau fouiller dans ma petite mémoire de poisson rouge, je crois n’avoir jamais lu un livre comme celui-ci. Un livre où tout est joué d’avance. Où l’on sait, dès le prologue, que le héros n’en est plus un, qu’il fut, mais ne sera plus jamais. Où il n’y a pas d’enjeu, puisque son sort est déjà scellé. Un héros devenu fantôme, et qui n’attend plus que de disparaître.
Je vais digresser un petit peu, le temps de quelques lignes. Généralement, quand j’entame une nouvelle série de fantasy, quoi qu’il puisse arriver aux héros dans les premiers tomes, j’ai toujours cette petite phrase qui me vient en tête : « Mais il ne peut rien lui arriver de TROP grave, puisqu’il y a encore des tomes, après celui-ci ! » Et, effectivement, ça fonctionne dans la plupart des cas : le héros s’en sort tant bien que mal.
Là où je veux en venir, c’est que ça ne marche pas du tout, avec Le Nom du Vent. Dès le prologue, Patrick Rothfuss nous fait comprendre que Kvothe (ou Kote) est fini, au bout du rouleau, qu’il n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut par le passé. Toute velléité d’espérance de la part du lecteur est étouffée dans l’œuf.
Et pourtant, pourtant… On pourrait croire que le récit ne présenterait qu’un faible intérêt. Si les dès sont jetés, à quoi bon ? Et bien… Pas du tout. Tout au contraire, même : le fait est que l’on s’attache extrêmement vite à Kote. Il en émane une telle tristesse qu’il est impossible de ne pas s’intéresser à lui, de ne pas ressentir d’empathie envers lui. Et quand il décide de se mettre à table et de raconter au lecteur comment il en est arrivé là… On a déjà été ferré depuis un bon moment. Pendant huit cents pages ou presque, nous voilà alors pendu à ses lèvres, et c’est un tout autre personnage qui nait sous nos yeux. Un gamin brillant, effronté, au potentiel énorme. Un gamin qui n’a pas froid aux yeux, mais dont la gouaille et les rêves d’enfant vont être mis à mal par un évènement des plus terribles. Un gamin qui va tenter coûte que coûte de s’en sortir, et avec les plus grands honneurs. On se passionne pour son destin, et on en finirait presque par oublier où tout ça va le mener. Où, après tant d’efforts, tant de conquêtes, il va quand même échouer. On l’oublierait presque, sans les petits retours au présent dont est parsemé le récit…
J’écris, j’écris, et j’ai pourtant la furieuse impression de ne rien vous dire de constructif. C’est que réduire cette pépite à une simple chronique me parait tout bonnement impossible. En parler, tenter de le décortiquer ne ferait qu’amenuiser la poésie dont il est porteur. Ce roman, c’est à la fois une aventure épique, un destin hors norme, un univers complexe, des personnages hauts en couleurs, une magie subtile… Et tellement d’autres choses encore. Si l’émotion m’a coupé la parole de nombreuses fois, je retiendrai deux passages, notamment, qui ont littéralement poussé mon cœur à arrêter de battre. Crispée au possible, je sentais les larmes monter, monter, puis dévaler la courbe de mes joues, silencieusement, tandis qu’une véritable tempête faisait rage sous mon crâne. Les mots de Patrick Rothfuss m’ont dévastée, marquée au fer rouge. Sa plume altière ne connait aucune limite, et l’on passe du rire le plus franc à l’émotion la plus poignante en quelques lignes à peine. Elle virevolte, créant ici une bise, là une tornade, ailleurs un souffle caressant, une tempête, un orage. Elle virevolte et nous entraîne à sa suite, léger comme une plume, soumis à ses tours et ses détours, hypnotisés par son ballet incessant. Hypnotisés, conquis, à bout de souffle. C’est un coup de cœur monumental, une gifle, un train lancé à pleine vitesse.

En bref, un chef d’œuvre.

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COUP DE CŒUR !

Pour marque-pages : Permaliens.

30 Commentaires

  1. Héhé j’aime beaucoup ce que fait Rothfuss moi aussi et je suis contente que l’histoire ait su te toucher 🙂 Je suis baba de ses écrits. Je pense que si on me demandait quelle œuvre aurai-je aimé écrire, je citerai celle-ci. D’ailleurs, j’ai (déjà !) lu la nouvelle sur Auri parue la semaine dernière.

  2. Ah mon Dieu!! Encore quelqu’un qui encense ce livre! j’ai tellement tellement envie de me le procurer! je l’ai commandé pour Noël, j’espère trop qu’on va me l’offrir! Le résumé, ma copine lectrice qui me dit qu’elle est fan à fond, et toutes ces critiques ultra positives comme la tienne… IL ME FAUT CE LIVRE!!

  3. Rhaaaaaaaaaaaa, faut que je trouve le temps de le lire celui là !!!

  4. Ça y est, il est commandé !! Bravo Bouchon ^_^

  5. Ravie que ce tome 1 t’ait autant plu, ta chronique s’en ressent d’ailleurs très bien et est très belle. Pour moi ça n’avait pas été un coup de coeur mais pas loin, c’est une superbe histoire avec un personnage (jeune ou vieux) charismatique.

  6. Bon bah je crois que ça fait un livre de plus à ajouter à ma wish, il a l’air génial ^^

  7. Bon ben voilà, je note… Après une chronique comme cela on ne peut faire que cela… Je crois que je vais renouer avec la fantasy à cause de toi (ou grâce à toi!)
    Super chronique!
    Merci !

  8. Ca fait une éternité que ce livre me tente… Et là, je l’ai à la librairie, et par-dessus ça tu en remets une couche avec ta chronique ! Méchant Bouchon tentateur 😉 !

  9. Hop WL ! Espèce de tentatrice… ta chronique est tout simplement dévastatrice, je vais regarder tout de suite si je peux me l’acheter (rah, mon pauvre petit porte-monnaie !).
    A part ça j’espère te voir au salon du livre, demain 😉
    Bisous Bouchon, et merci pour cette superbe chronique ! ♥

  10. Encore une qui vend ce livre comme une bible… rhaaa faut vraiment que je me plonge dedans!
    Tu as bien vendu ton affaire (même si j’ai un peu « survolé » de peur d’être spoilée! Merci pour les gras qui aident à la lecture :-))
    Alors, j’imagine que tu vas bien vite enchainer avec le tome suivant!

    • Tu as tout bon : dès que j’ai un trou dans mon planning de lecture, je m’y attaque 😉 Et je compte bien sur toi pour me rattraper !

  11. Moi qui ne connaît rien à la fantasy, dès que je viens ici, j’ai une furieuse envie de m’y mettre =) Merci ma belle !

  12. Tu m’intrigues beaucoup… Je n’avais jamais entendu parler de ce roman. Bon, je vais le noter dans un coin, tu as gagné 😉

  13. Il était dans ma liste de livres prioritaires à lire en 2014… Mais je ne l’ai toujours pas lu ! Mais tu me motives bien ! J’espère que ça me plaira autant !

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  15. Coucou! Juste pour te dire que ça y est: je l’ai lu et je l’ai adoré!! Je l’ai fini il y a deux jours mais je n’arrive toujours pas à « sortir » de l’univers… D’ailleurs j’ai mis un lien vers ta chronique, en bonus, à la fin de ma chronique à moi. Bisous et à bientôt!

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