Warbreaker, Brandon Sanderson

warbreaker

Traduit par Mélanie Fazi

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L’histoire : Voici l’histoire de deux soeurs : Siri, une jeune fille rebelle envoyée par son père pour épouser le tyrannique Dieu-Roi, et Vivenna, qui va tenter de la sauver de son sort. C’est aussi l’histoire de Chanteflamme, un autre dieu qui n’aime pas son travail, celle de Vasher, un immortel qui essaie de réparer les erreurs qu’il a commises autrefois, et de Saignenuit, sa mystérieuse épée. Dans leur monde, celui qui meurt auréolé de gloire devient un dieu et vit dans le panthéon du royaume d’Hallandren.
C’est un monde transformé par la magie biochromatique, la magie du Souffle. Un Souffle qu’on ne récupère définitivement que sur un individu à la fois.

Mon avis : Brandon Sanderson est brillant. BRILLANT. Alors que je pensais m’enliser dans une panne de lecture des plus pénibles, il a su m’en tirer avec brio. Jusqu’ici, j’avais toujours trouvé de petites disparités dans ses écrits : sa trilogie Fils-des-brumes restait pour moi dans le haut du panier, tandis que ses autres romans « souffraient » de la comparaison. Ce n’est pas le cas de Warbreaker : il est totalement à la hauteur de la trilogie, la surpassant même sur quelques points. Gros gros coup de cœur donc, qui achève de me convaincre (comme si j’en avais besoin) du talent de ce conteur-né. Fiou !
Avec Warbreaker, nous pénétrons dans un univers des plus étranges : pas de grand méchant à l’horizon (ou plutôt : plus de grand méchant), mais deux royaumes opposés sur tous les points : Idris et Hallandren. Tandis que l’un prêche pondération et retenue, l’autre se dévoile avec exubérance et orgueil. Alors que les uns prient Austre, Dieu invisible et omnipotent, les autres se réfèrent au Dieu-Roi et à sa cour de Rappelés, bien « vivants » (vous comprendrez le pourquoi des guillemets en lisant le roman 😉 ) et bien réels, eux. Deux royaumes que tout oppose, donc, et qui ne tarderaient pas à se déclarer la guerre sans le sacrifice de Vivenna, fille ainée du roi d’Idris et destinée depuis toujours à épouser le Dieu-Roi… Et pourtant, Dedelin ne peut s’y résoudre : qu’arrivera-t-il à sa fille chérie une fois entre les griffes de ce peuple décadent et amoral ? Mais le traité signé avec Hallandren le stipule bel et bien : une princesse devra être envoyée comme épouse à Susebron. Une princesse… Vivenna ou une autre, alors, quelle différence ?
Tout commence donc ainsi : plutôt que sa fille ainée, Dedelin décide d’envoyer dans la fosse aux lions sa benjamine, Siri. Dix-sept ans, des cheveux indomptables et une furieuse propension à la désobéissance. Un choix ne ravissant aucune des deux sœurs : si Siri est morte de peur à l’idée de ce qui va lui arriver une fois à Hallandren, Vivenna n’en mène pas large non plus : en ayant mis sa petite sœur à la place qu’on lui destinait depuis sa naissance, elle se retrouve sans but, sans mission à accomplir, en un mot… Insignifiante. Impossible pour elle, donc, de rester de marbre… Mais je me tairai concernant la suite des évènements : comme toujours, je préfère ne pas trop en dire pour vous laisser la surprise intacte 😉
Quoi qu’il en soit, l’intrigue ne se contente pas du destin de ces deux jeunes femmes, loin s’en faut : comme à son habitude, Brandon Sanderson tisse une toile immense, prenant soin de multiplier pistes et personnages, et de ne raccrocher les wagons qu’à la toute fin. Le puzzle ainsi entrepris est immense, et entamé par les quatre côtés en même temps, pour progressivement se rapprocher du centre. Une intrigue multiple, donc, mais aussi et surtout prenante : jeux de pouvoir et intrigues politiques s’y mêlent avec brio, et l’on se rend rapidement compte que les choses ne sont pas telles qu’elles apparaissent. Sans pour autant réussir à mettre le doigt sur ce qui nous gêne ! Non, pour cela, il faudra aller au bout… Et survivre au rythme effréné des deux cent dernières pages : si le roman est un soi un peu longuet (c’est peut-être le seul point noir que je relèverai : il est vrai que certains passages tirent en longueur), la fin s’emballe et le rend tout bonnement impossible à lâcher. Vous êtes prévenus !
S’il n’y avait que l’intrigue, le roman sera déjà excellent. Mais, heureusement pour nous, ce n’est pas le cas : B.S. l’enrobe dans un véritable écrin, lui donne toute la saveur et l’ampleur qu’elle mérite grâce à un univers à la fois complexe et profondément séduisant. J’avais été charmée (et encore, le mot est faible) par la beauté de l’allomancie. Une magie complexe, un concept à part entière que l’auteur avait su développer suffisamment simplement pour ne pas embrouiller l’esprit du lecteur, mais simplement le marquer. C’est donc avec stupeur que j’ai constaté qu’il avait réitéré l’exploit en créant une fois encore une magie des plus subtiles, et surtout des plus belles : la magie biochromatique, ou magie du Souffle. En substance, voilà en quoi elle consiste : tout homme possède un Souffle. Un Souffle qui peut être cédé, un Souffle permettant à son possesseur d’être plus sensible au monde qui l’entoure, aux teintes, aux sons. Un Souffle qui permet, à qui en possède plusieurs, d’animer les objets, en puisant dans les couleurs du monde qui l’entoure. Et c’est ça, qui est magnifique : en ouvrant ce roman, j’ai eu l’impression de devoir faire face à une explosion de couleurs, d’avoir devant les yeux un tableau extrêmement vivant, idéalement dépeint, et surtout parfaitement harmonieux. J’ai trouvé cette magie d’une telle poésie, que j’en suis encore toute retournée ♥ On sent dès le début l’importance donnée aux couleurs, bien avant de comprendre de quoi il retourne exactement. Et notre imagination ne tarde pas à s’emballer, largement aidée par les descriptions de l’auteur qui font naitre dans nos esprits des paysages tous plus fantasques les uns que les autres, tous plus fantastiques. Je… J’en reste baba.
La magie, l’intrigue… ah oui, la religion ! C’est une constante, il me semble, dans l’œuvre de Brandon Sanderson : il y consacre toujours une large part de ses romans. Elle-même étant, bien sûr, extrêmement liée à la (ou aux !) magie(s) en présence. Il y a toujours cette idée de démystification des dieux, des dieux bien réels, tangibles (le Seigneur Maitre dans Fils-des-brumes, les Elantriens dans Elantris, et ici le Dieu-Roi, par exemple), cette confrontation entre croyants et objet de croyance. Et, une fois encore, j’ai beaucoup aimé la façon dont B.S. traitait ce point précis : il dose parfaitement les informations, ne nous en dit ni trop, ni trop peu. Juste ce qu’il faut pour éveiller notre intérêt, et le garder au chaud !
Évidemment, les personnages ne sont pas en reste et ont, eux aussi, participé à mon coup de cœur pour ce roman : c’est qu’il y en a pour tous les goûts ! Des extravagants, comme Siri ou Chanteflamme, des touchants, comme Susebron, des effrontés, comme Tissepourpre, des héros-en-devenir, comme Vivenna, des mystérieux, comme Vasher… Et des inclassables, comme Saignenuit. Une galerie assez impressionnante, mais dans laquelle on se retrouve finalement assez facilement : ils sont tous parfaitement identifiables, avec leurs petits caractères et leurs petites mimiques.
Je terminerai cette chronique en vous parlant de l’atmosphère de ce roman. Le point qui a fait toute la différence, qui l’a hissé à la hauteur de Fils-des-brumes : à l’inverse de ce dernier, elle est extrêmement légère. Si certains moments sont plein de tension, nous nouant le ventre d’appréhension, je n’ai pas compté le nombre de fois où je me suis mise à rire, toute seule. Ce n’en est pas pour autant de la light-fantasy, il ne faut pas exagérer. Mais le ton est beaucoup, beaucoup plus optimiste que ce à quoi je m’attendais. Et ça n’a pas été pour me déplaire, tout au contraire : j’ai trouvé ça carrément irrésistible, et plutôt bien joué de la part de l’auteur. Humour et émotions sont au rendez-vous, et si vous avez un petit cœur d’artichaut, croyez-moi : vous vous y retrouverez !

En bref, nouveau coup de cœur pour ce roman de Brandon Sanderson : très différent de ce que j’ai pu lire de lui jusqu’à lors, je l’ai trouvé merveilleusement bien pensé, écrit, mené. Si certains passages m’ont parus un peu longs, mon plaisir n’en a pour autant pas été gâché : je ressors de cette lecture entièrement comblée !

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Coup de cœur !

Bon à savoir :
Warbreaker vient de sortir en poche ! Alors qu’il était à plus de 22€ en GF, il tombe désormais à moins de 10€. C’est le moment, foncez !
– Il semblerait qu’un deuxième tome soit prévu pour 2015 : affaire à suivre… Mais si cela se révèle inexact, pas de panique : la fin de cet opus est relativement fermée 😉

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22 Commentaires

  1. Aaah, je suis ravie qu’il t’ait autant plu ! Et j’aime beaucoup ta chronique qui rend bien hommage au livre. J’ai beaucoup aimé l’allomancie du roman également, les personnages, l’intrigue, bref tout ! 🙂

  2. ça y est j’ai craqué ! je l’ai enfin ! Et ta chronique finit de me convaincre que j’ai bien fait !

  3. J’étais déjà tentée par la découverte du fils des brumes, et là tu me pousses encore plus à tenter Brandon Sanderson.
    Merci pour ta chronique!

  4. Oh mon dieu, je le veux !!! <3 <3 <3
    Ce soir, en quittant du boulot, direction la FNAC ! Je vais mourir si je ne l'ai pas très vite !! 😀
    (t'es fière de toi ? :p)

  5. Je ne connaissais pas du tout mais pour le coup tu suscites ma curiosité avec ton avis 🙂

  6. Et bien, que d’arguments pour courir acheter ce livre!!!! En plus, depuis le temps que tu nous en parle, c’est un auteur qu’il faudrait vraiment que je découvre 🙂

  7. Ce roman est dans ma PAL, et maintenant je n’ai plus qu’une envie: l’en sortir!

  8. C’est ma prochaine lecture, j’ai hâte!!

  9. Je l’avais repéré il y a quelques temps maintenant, mais sans plus y faire attention que cela, mais je dois dire que ton avis, plus le fait qu’il soit sorti en poche, me donne vraiment envie de découvrir l’auteur =)

  10. Ping :Bilan du mois d’octobre - Les lectures de Bouch'

  11. Oh oui j’ai entendu de jolies choses de ce roman du coup je suis contente que tu ais passé un super moment avec ! Il faudrait que je tente aussi !

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