Trois épines, Céline Landressie (Rose Morte #2)

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Premier tome : La Floraison

L’histoire : France, Fin du XVIIIe siècle. Alors que la révolte gronde aux quatre coins de la France, Rose est rappelée de la cour de Russie. De retour aux côtés de son mentor, elle découvre que la situation vacille également dans l’univers occulte d’Artus. Les Arimath doivent faire face à de sauvages attaques sur leurs terres, tandis que la grogne contre la noblesse croît d’instant en instant parmi le peuple.
Entre la révolution naissante et les prémices d’une guerre au sein du monde obscur, les bouleversements dans l’existence de Rose s’annoncent cataclysmiques. Leurs conséquences risquent fort de faire sombrer en un même chaos les existences des humains aussi bien que des immortels.

Mon avis : Une fois encore, je prouve la faiblesse qui me caractérise : à peine le premier tome terminé, je me suis vue dans l’incapacité de résister au second. Une incapacité totale, irrépressible et, disons-le, tombant diablement à pic. J’ai tout d’abord commencé en me disant « Allez, rien qu’une page. Histoire de voir comment ça commence ». Le prologue entier y est passé. Et le premier chapitre. Et le second… Je ne me suis arrêtée que lorsque Chéri a menacé de remettre en question le mariage, si je ne lui prêtais pas un minimum d’attention…
L’action ne reprend pas là où le premier tome s’était arrêté, loin s’en faut : presque deux siècles les séparent. Deux siècles durant lesquels Rose aura grandi, développé ses  capacités, affirmé son nouveau statut. Deux siècles également durant lesquels le monde des hommes aura grandement bougé, et celui des Immortels également.
Contre toute attente, ce n’est pas aux côtés d’Artus que nous retrouvons Rose, mais à l’autre bout du monde : cela fait dix ans que la jeune femme a investi la Cour de Saint-Pétersbourg sur les ordres de son mentor. Tout commence donc avec une lettre qui la rappelle en France, une lettre qui va mettre le feu aux poudres… Et, surtout, ébouillanter l’esprit du lecteur.
Si vous avez lu le premier tome, vous allez vite comprendre pourquoi je n’ai pas pu arrêter ma lecture une fois celle-ci commencée : alors que la fin de La Floraison avait amplement satisfait mon coeur de midinette, Céline Landressie bouleverse tout dès les premières pages du deuxième tome et redistribue les cartes : dix ans ont passé sans que Rose n’ait de contact avec Artus, et l’on peut dire que leurs relations sont assez… Tendues. Si les deux cents ans qui séparent les deux opus ne posent en soi pas de problème, ces dix ans vont nous tenir en haleine durant tout le roman : qu’est ce qui a pu motiver Artus dans sa décision d’exiler son infante ? Pourquoi, qui, quand, comment, où ? Tout du long, on sent que l’explication est là, sous-jacente. Pour autant, Céline prend bien garde à ne pas nous livrer la clé du mystère sans que l’on ai eu à batailler un peu.
Et ça… C’est LE gros point fort du roman. Je me suis posée mille et une questions durant ma lecture, j’ai échafaudé mille et une hypothèses. Céline met un point d’honneur à élaborer des relations ultra complexes (ou, en le disant autrement… Ultra réalistes !) entre les personnages, et ça a été pour moi un véritable délice de sortir ma loupe de Sherlock Holmes et de partir en quête du moindre indice pour saisir ce qu’il se passait entre mes personnages chouchous. Entre Artus qui se montre d’une indifférence glaciale envers Rose, Adelphe qui n’est plus lui-même et Vassili qui se révèle bien difficile à cerner, j’ai été amplement servie. Et encore, je ne vous parle pas de toute la tension que l’auteure insuffle à son ouvrage ! Non-dits, quiproquos… Les personnages sont sur des charbons ardents, et nous aussi.
En débutant ma lecture, je me suis sentie extrêmement proche de Rose : mais enfin, que se passait-il ? Qu’avait-il donc bien pu arriver pour qu’Artus et Adelphe changent ainsi du tout au tout ? J’ai énormément apprécié le fait de voir évoluer la jeune femme dans un tout autre registre que lors du premier tome : on sent à travers ses mots et son comportement le poids des ans qui ont passé. Deux cents ans plus tôt, elle n’aurait jamais pu faire face à une telle situation : elle va jusqu’au bout de ses idées, quand bien même elle doit en souffrir. Son entêtement vis-à-vis d’Artus trouve d’ailleurs son origine dans le premier tome : souvenez-vous, le goujat lui avait tout de même juré qu’il ne la laisserait plus sans nouvelles durant un trop long laps de temps. Alors bon, dix ans… On peut comprendre que Rose soit un peu vexée.
Parlons-en, d’Artus. Le fameux ! On pourra dire ce que l’on veut, il m’aura donné un sacré mal de tête, le bougre. Lorsque j’ai chroniqué La Floraison, je l’ai comparé à un oignon dont on peinerait à atteindre le cœur. Cette fois-ci, je le rapprocherais plutôt de ces étranges salles que l’on peut parfois voir dans les fêtes foraines, avec un nombre incalculable de miroirs. Des miroirs nous renvoyant des reflets identiques, à un tout petit détail près. C’est exactement ce à quoi Artus m’a fait penser : on le croit immuable, et pourtant, en étant bien attentif… TAC. Un éclair fugace nous prouve que, oui, il a bien quelque chose qui ne tourne pas rond. Un petit quelque chose qui nous prouve que, non, il n’est pas totalement dépourvu de sentiments. Et, une fois que l’on a réussi à toucher du bout des doigts cet éphémère éclat, on peut espérer comprendre ce personnage tout à la fois complexe, irrésistible, et dangereusement séduisant…
Son frère, Adelphe, n’est pas en reste : alors qu’on le rencontrait avenant et toujours prompt à sourire dans le premier tome, le voilà taciturne, renfermé, parfois blessant. Une fois encore, c’est un virage à 180° ! Pour autant, je n’ai pas ressenti la chose de la même manière qu’avec Artus : alors que j’étais grandement influencée par les sentiments de Rose en ce qui concernait son mentor (j’étais en rogne, autrement dit), je n’ai pas réussi à échapper à la vague de tendresse qui m’a poussée vers le plus jeune des frères d’Holival. Il avait l’air tellement vulnérable, que je n’avais envie que d’une chose : entrer dans le roman et lui faire un câlin. Voui. Quant à la raison de son revirement d’humeur, je ne dirai qu’une chose : Ouuuuuh ! Vivement la suite pour voir comment les choses vont évoluer !
Vassili, enfin, est le dernier des quatre personnages principaux. Le dernier, et le petit nouveau. Je ne vais pas trop vous en dire à son propos, pour ne rien vous dévoiler, mais le fait est que… Voilà une concurrence laaaaargement à la hauteur des deux frères sus-mentionnés. C’est sans doute celui qui m’a posé le plus de soucis, question « mais qui est-il vraiment ? ». On le découvre froid, pour le soupçonner ensuite d’être tendre. On l’imagine rigide, quand il nous apparait soudain profond, sincère et… Fragile, aussi. Une fois encore, il me tarde d’avoir la suite entre les mains pour en apprendre plus sur lui.
Côté intrigue, Céline continue sur sa lancée : les pistes découvertes dans le premier tome sont reprises, la quête de nos personnages se poursuit. Plusieurs ombres pèsent sur les Arimath : guerres intestines, complots… Sans compter le mystérieux Érudit, le comportement étrange des Lamies… Et la Révolution française, qui fait rage ! L’auteure entremêle le tout avec brio, nous servant une trame passionnante et délicieusement retorse. Pas la peine de chercher un instant de répit avec ce second tome, il n’y en a pas : notre sens de la déduction est sans cesse mis à l’épreuve. Et ce n’est pas près de s’arrêter : Trois Épines se clôt sur un moment crucial, un moment laissant présager de grands bouleversements. Je doute que deux cents ans passent d’ici le prochain tome…

En bref, une lecture tout bonnement excellente : Céline Landressie va au bout des choses, nous offrant un deuxième opus encore plus poussé que le premier. Jusqu’à aujourd’hui, les mots me manquaient pour exprimer dans quel ravissement Trois Épines m’a plongée : tout y est, tout trouve sa juste place. Chaque mot est pesé, pensé, soigné. Encore maintenant, je peine à rassembler mes esprits pour vous formuler un avis cohérent : simplement, lisez-le. Oubliez vos aprioris, je peux vous assurer qu’il n’a rien en commun avec quelque livre que ce soit. Vous avez entre les mains une véritable pépite, libre à vous de l’exploiter à sa juste valeur 🙂

16046631
Coup de coeur !

Pour marque-pages : Permaliens.

9 Commentaires

  1. Oui, un grand moment de lecture elle nous offre Céline avec sa série, pleine de raffinement.

  2. Raaa mais arrête je ne l’ai toujours pas!!! Je le veux !!!!!!!!!!!!!

  3. Ce n’est pas une faiblesse de lectrice de continuer une saga… Bien au contraire 🙂 je préfère Adelphe, ça c’est sûr ! J’ai hâte de découvrir le troisième tome.

  4. Je ne connais pas cette saga mais comment tu la classes en coup de coeur elle m’intrigue 🙂

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  6. Ahhh quel plaisir de lire ton avis ! Je vois que nous avons toutes deux apprécié 😉

  7. Avec une chronique pareille il faut absolument que je lise cette saga 🙂 !

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