L’enchanteur, René Barjavel

L’histoire : Qui ne connaît Merlin ? Il se joue du temps qui passe, reste jeune et beau, vif et moqueur, tendre, pour tout dire Enchanteur. Et Viviane, la seule femme qui ne l’ait pas jugé inaccessible, et l’aime ? Galaad, dit Lancelot du Lac ? Guenièvre, son amour mais sa reine, la femme du roi Arthur ? Elween, sa mère, qui le conduit au Graal voilé ? Perceval et Bénie ? Les chevaliers de la Table Ronde ? Personne comme Barjavel, qui fait le récit de leurs amours, des exploits chevaleresques et des quêtes impossibles, à la frontière du rêve, de la légende et de l’Histoire.Dans une Bretagne mythique, il y a plus de mille ans, vivait un Enchanteur. Quand il quitta le royaume des hommes, il laissa un regret qui n’a jamais guéri. Le voici revenu.

Mon avis : Et bien, il m’en aura donné du fil à retordre, ce Merlin ! J’ai piqué ce roman dans la PAL de Chéri (et oui, lui aussi en a une. De cinq livres.), espérant retrouver à la fois ce petit quelque chose qui m’avait tant plu dans Ravage, et l’émerveillement que m’avait procuré Le Cycle de Pendragon de S. Lawhead. Manque de pot, ce ne fut pas tout à fait le cas : si j’ai apprécié cette lecture, je l’ai quand même trouvée longuette.
Contrairement à ce que j’imaginais, L’Enchanteur n’est pas exclusivement centré sur Merlin. Barjavel s’attache plutôt à revisiter à sa manière la Quête du Graal, faisant intervenir ces personnages que l’on connait tous : Arthur, bien sûr, mais aussi Lancelot, Gauvain, Perceval, Guenièvre, Morgane, Viviane… Bien souvent, la Quête est elle-même mise au second plan pour laisser le lecteur s’attarder sur telle ou telle aventure de ces héros légendaires. Nous découvrons ainsi comment Perceval fut formé par Merlin lui-même, comment Gauvain voyait ses forces s’accroitre à mesure que le soleil montait dans le ciel. Comment Galehaut fut ramené du monde d’En Bas à celui d’En Haut, et comment Morgane pactisa avec le Diable pour s’offrir un château ensorcelé. Pour les amateurs de la légende arthurienne, c’est donc un véritable régal : on sent, au travers des mots, le travail qu’a effectué l’auteur pour se réapproprier le mythe sans le dénaturer. Barjavel nous en offre toutefois une version à la fois plus moderne, mais aussi bien plus humoristique : impossible de ne pas remarquer les petits anachronismes dont il a parsemé son texte, et qui font à chaque sourire par leur absurdité (je pense notamment aux boites de conserve et au supermarché).
Au centre de tout ce beau monde, l’Amour. Personnage à part entière, il est celui contre qui tous les chevaliers devront se battre (et, pour la plupart, échoueront à lui résister), celui contre lequel Merlin lui-même n’est pas immunisé, et souffre peut-être plus que tout autre. La passion (réciproque) qu’il entretient pour Viviane m’a beaucoup plu, je l’ai trouvé à la fois dure et touchante : Merlin se met volontairement de côté quand il s’agit d’accomplir le Bien, plus décidé que jamais à faire mentir ses origines (son père n’est autre que le Diable lui-même). Et s’il aime Viviane plus que de raison, il ne « craquera » qu’à la toute fin, une fois le drap recouvrant le Graal soulevé. Je l’ai découvert sous un tout autre jour, et je dois dire que cela ne m’a pas déplu : c’est vraiment une figure hors norme, qu’il me tarde de connaitre davantage.
J’ai aimé suivre les chevaliers, voir Merlin leur donner un coup de pouce à chaque fois qu’ils étaient en situation délicate, les voir tomber amoureux, échouer dans leur quête, partir avec l’Enchanteur à la recherche du prochain Élu. J’ai apprécié tout cela, et bien plus encore : les multiples descriptions enchanteresses, la petite note d’humour qui court au fil du roman, les relations complexes tissées entre les différents personnages, cette mise en valeur de l’Amour courtois, qui n’a plus aucun sens aujourd’hui. J’ai beaucoup aimé cette lecture, mais voilà : je me suis ennuyée par moments. Barjavel n’a pas réussi à me captiver entièrement, et je n’ai pas pu m’empêcher de faire la comparaison avec Le cycle de Pendragon, vraiment enchanteur, pour le coup. J’ai lambiné, avec cette lecture, alors que je pensais la dévorer. Mais, après tout, ce n’est qu’un détail ! Une bonne nuit de sommeil m’aura permis de faire la part des choses : en terminant ma lecture hier, je ne savais absolument pas quoi vous en dire. Aujourd’hui, les choses se sont tassées, et les bons côtés ressortent : sans être une lecture magique, elle fut tout de même très bonne. Elle m’a donné envie d’aller plus loin dans ma découverte de la légende arthurienne, de ne pas me contenter d’ouvrages fictionnels. Ça tombe plutôt bien, puisque Chéri possède une encyclopédie propre à cette légende ! Peut-être qu’une relecture avertie me permettra de savourer cet ouvrage pleinement ?

En bref, un roman que j’ai beaucoup apprécié, malgré ses longueurs. Retrouver Barjavel dans un tout autre registre que la SF m’a un peu décontenancée, et je n’ai pas pu m’imprégner pleinement de l’atmosphère de l’ouvrage. Je ressors toutefois de cette lecture satisfaite, satisfaite d’avoir passé un bon moment et d’avoir agrandi mes connaissances sur un mythe qui m’est cher.

Un bon moment !
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