World War Z, Max Brooks

Traducteur : Patrick Imbert

L’histoire : La guerre des zombies a eu lieu, et elle a failli éradiquer l’ensemble de l’humanité. L’auteur, en mission pour l’ONU – ou ce qu’il en reste – et poussé par l’urgence de préserver les témoignages directs des survivants de ces années apocalyptiques, a voyagé dans le monde entier pour les rencontrer, des cités en ruine qui jadis abritaient des millions d’âmes jusqu’aux coins les plus inhospitaliers de la planète. Jamais auparavant nous n’avions eu accès à un document de première main aussi saisissant sur la réalité de l’existence – de la survivance – humaine au cours de ces années maudites. Prendre connaissance de ces comptes rendus parfois à la limite du supportable demandera un certain courage au lecteur. Mais l’effort en vaut la peine, car rien ne dit que la Ze Guerre mondiale sera la dernière.

Mon avis : Mes lectures post-apocalyptiques ne sont pas légion, je dois bien l’avouer. La 5e Vague, La route… Et pourtant, ce n’est pas parce que je n’aime pas, bien au contraire : je suis même plutôt curieuse vis-à-vis de ces ouvrages, allant jusqu’à les considérer comme utiles (et bien oui, quoi, il n’y a pas de honte à apprendre deux ou trois tuyaux côté survie). Ils sont souvent initiateurs de réflexions, voire de prise de conscience, et ça me plait. Mais, jusqu’à présent, je n’avais jamais donné dans les zombies. Sur Call of et Resident Evil, d’accord, mais en littérature, non. Je ne peux donc pas comparer World War Z à d’autres romans du même genre, mais j’ai l’impression d’avoir mis la barre assez haut en commençant avec lui : cette lecture ne fut pas de tout repos. Mais j’ai tout de même passé un excellent moment, que les cauchemars qu’elle m’a donné ne viendront pas gâcher.
J’avais pris soin, avant de commencer ce roman, de ne pas regarder son adaptation cinématographique. La bande-annonce, par contre, ne m’avait échappé : Brad Pitt est clairement mis au centre de l’action et, d’après ce que j’ai compris, adopte le rôle du sauveur de l’humanité. J’ai donc été un peu surprise de voir que Max Brooks n’adoptait pas du tout ce schéma de narration : il n’y a pas UN héros à proprement parler, et le narrateur est mis au second, voire au troisième plan : je ne crois pas qu’il soit nommé à un seul instant (à moins que ce ne soit Max Brooks lui-même ?). Son rôle : récupérer des témoignages aux quatre coins du globe. Ses interventions sont en gras, infimes par rapport aux discours des survivants, uniquement là pour relancer le dialogue et présenter son actuel interlocuteur. Nous ne sommes donc pas en pleine invasion zombie, mais après. Et je dois dire que, même si l’horreur n’est plus là, le roman n’en est pas moins extrêmement puissant : je me suis même parfois demandé si tout cela n’était pas vraiment arrivé, si je n’avais pas entre les mains un véritable rapport de l’ONU. J’ai même poussé le vice en attaquant Chéri en pleine nuit, alors qu’il tentait de se glisser sous la couette sans me réveiller ! Comme quoi, cette lecture m’a vraiment habitée. D’ailleurs, je n’ai pas réussi à le lire de la même façon que les autres romans : impossible de le lire d’une traite, d’en lire cent pages d’affilée, il fallait que je fasse des pauses régulièrement. Mais il m’attirait comme un aimant, et je finissais tôt ou tard par le reprendre.
Je suis donc contente d’avoir attendu pour voir le film, puisque je sais désormais à quoi m’attendre. Je ne le prendrais d’ailleurs pas comme une « adaptation » du roman de Max Brooks, tout simplement parce que je trouve le terme totalement inadapté ici (nan mais Allô Brad ! Tes zombies, là, ils tracent 100 mètres en 3,5 secondes. Ceux de Max, ils se trainent.) : World War Z by Brad Pitt ne sera qu’un énième film de zombie à mater le soir d’Halloween pour se donner la chair de poule. BREF !
World War Z se divise en huit parties, correspondant aux huit phases de l’invasion zombie : Premiers symptômes, La faute, La Grande Panique, Retournement de situation, Première ligne, Autour du monde et ailleurs, Guerre totale et Adieux.  Inutile de vous embarrasser d’explications longues comme le bras, vous avez tout sous les yeux : le narrateur, via les témoignages recueillis, nous raconte cette invasion mois après mois, année après année. Et, surtout, surtout ! Comment les humains ont réagi, à tel ou tel endroit sur Terre. Pourquoi les états ont échoué à contenir la pandémie. Comment certains s’en sont mis plein les poches en profitant de la terreur insufflée par le virus. Ce n’est pas un roman post-apocalypitque conventionnel dans le sens où Max Brooks ne se contente pas d’exposer les faits, de décrire l’invasion des zombie et les horreurs qui en résultent. Il cherche à comprendre COMMENT cela a pu arriver, POURQUOI telle ou telle décision a été prise, COMMENT l’invasion a pu dégénérer à ce point. Ce qui rend l’ouvrage d’autant plus réel : je n’ai pas du tout eu l’impression d’être face à un roman, mais plutôt face à une analyse fouillée d’une crise mondiale sans précédent, je le répète. Les témoignages, parfois courts, souvent longs, sont toujours extrêmement poignants, violents, vibrants de réalité. Un mode de narration parfait si l’on souhaite prendre le lecteur aux tripes. C’est… Comment dire ? Ce livre est saisissant, voilà. J’aurai du mal à lui trouver un défaut, sans pour autant avoir eu un coup de cœur : il est excellent, je me souviendrai très certainement longtemps de cette lecture, mais je ne me suis dit à aucun moment « Wahou ! Trop bien ! ». Cette lecture ne m’a pas réjouie, ni enchantée, mais plutôt captivée, sonnée. Tout ce que je peux vous dire, c’est que je ne m’attendais pas à ça : au lieu d’une banale histoire de zombie, je me suis trouvée avec un roman parfaitement écrit, très intelligent (et j’insiste sur ce point), juste… ahurissant.

En bref, je ne sais pas à quoi je m’attendais, mais certainement pas à ça. Max Brooks revisite le genre du post-apo pour en faire quelque chose de fort, de puissant, d’intelligent. La narration sous forme de témoignages colle parfaitement à la situation, conférant au roman une réalité tout simplement saisissante. J’ai… adoré.

On en redemande !
Elle l’a lu aussi :
La tête dans les livres
Pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *