Le trône de fer (intégrale 4), George R.R. Martin

Mes petits loups,
Si vous n’avez pas lu les trois premières intégrales, je vous déconseille absolument de lire cette chronique. Sautez directement à la toute fin pour savoir ce que j’en ai finalement pensé, mais ne lisez rien d’autre : vous seriez cruellement spoilés. A bon entendeur !

Intégrale 1
Intégrale 2
Intégrale 3

L’histoire : plus le temps passe, et plus le jeu des trônes compte de joueurs. Joffrey et Tywin étant morts, Cersei en profite pour s’accaparer le pouvoir, sous couvert de servir de régente à Tommen. Mais elle a fort à faire avec la famille Tyrell (la rose), et notamment avec Margaery, la nouvelle « petite » reine du royaume. Loin d’elle l’idée de se faire remplacer du jour au lendemain par cette petite garce au sourire d’ange : elle prouvera à tous qu’elle est la digne fille de son père, quitte à employer des moyens… détournés. Mais, dans les couloirs, le nain rôde… Et qui sait quand il frappera ?
Chacun avance ses pions, subrepticement, sans se faire remarquer des autres joueurs. Certains s’en sortent, d’autres… Le royaume de Dorne entre en lice, Arya et Sansa se terrent, sous couvert de fausses identités. Littlefinger se révèle plus fin stratège que nous l’aurions imaginé, et Sam est forcé de combattre sa pleutrerie. Brienne la belle, elle, erre à travers les sept couronnes, à la recherche d’une jeune fille qu’elle croit perdue pour toujours. Et Jaime, Jaime…

Mon avis : Comme toujours lorsque je sors de l’univers créé par G.R.R. Martin, je suis sans voix. Et pourtant, rien n’était gagné : cette intégrale m’intimidait beaucoup, pour deux raisons :

  • l’intégrale 3 est géniale. Magistrale. Grandiose. Comment surpasser ça ?
  • Les commentaires sur son compte étaient élogieux, certes, mais tous témoignaient d’une certaine déception. Une intrigue plus lente, des personnages plus fades…

Ce n’est donc pas sans craintes que j’ai attaqué cette lecture. Vous le savez sans doute, chaque chapitre donne la parole à un personnage spécifique : Daenerys, Tyrion, Jon, Jaime, Cersei, Davos… On s’attache donc fort fort à eux, et on ne souhaite qu’une chose : les retrouver au plus vite pour savoir ce qu’il advient d’eux. Or, j’avais ouï dire que certains des personnages principaux n’apparaissaient absolument pas dans cette intégrale. N’ayant pas envie d’attendre un personnage qui ne viendrait pas, j’ai donc choisi de faire la liste de ceux apparaissant dans cette intégrale : sur le coup, j’ai été déçue, moi aussi. Déçue, parce qu’aucun des mes personnages chouchous n’avaient pas la parole. Déçue, d’accord, mais prévenue : passé ce court moment de désappointement, j’ai pu entamer ma lecture sereinement, me concentrer pleinement sur chacun des protagonistes… Et en venir à les apprécier, eux aussi. Peut-être pas autant que Jon, Tyrion ou encore Daenerys, c’est évident, mais tout de même. Et, une fois encore, c’est un grand moment de lecture que nous offre G.R.R. Martin !
L’intégrale 3 avait marqué un tournant décisif dans le jeu des trônes : j’avais fulminé, pleuré, retenu mon souffle, jubilé, pleuré encore… Tout ce que l’on croyait acquis avait été balayé d’un coup de plume, et ce que l’on espérait plus était enfin arrivé. Autant dire que, quand l’intégrale 4 commence… C’est un gros BORDEL dans Westeros. Et pas qu’ici, d’ailleurs. Des hors-la-loi sillonnent les routes en laissant derrière eux des champs de cadavres, des complots se trament, des morts se relèvent, des princesses se retournent contre leurs père, d’autres se planquent en attendant que les choses se tassent… Bref, chacun essaye de faire face à l’ouragan qui s’est abattu sur les sept couronnes. Côté action, donc, c’est beaucoup moins explosif. Là où l’intégrale 3 nous menait de rebondissements en rebondissements, l’intégrale 4 s’attache davantage à nous en montrer les conséquences. Les rouages du jeu des trônes se font plus apparents, le lecteur peut enfin respirer et reprendre son souffle : ça fait du bien ! Au centre du plateau, plusieurs contrées : Braavos, les Eyrié, les îles de Fer, le royaume de Dorne… Mais, par dessus tout, c’est à Port Réal que se concentre l’essentiel de l’intrigue : Jaime et Cersei occupent à eux seuls plus d’un tiers des chapitres. Et si Jaime finit par partir pour Vivesaigues, les manigances de Cersei se font perpétuellement sentir. Il faut dire que les meurtres de Tywin et Joffrey lui ont un peu fait perdre la tête : elle croit voir son Lutin de frère partout. On en apprend davantage sur elle (l’idée de la prophétie, notamment, m’a beaucoup plu. Et, de vous à moi, je ne pense pas que Margaery soit la fameuse petite reine dont elle doive se méfier) et, qu’on le veuille ou non… On apprend également à la plaindre. Car, avant d’être une garce finie, c’est une mère. Et une mère qui tient à protéger ses enfants. Alors, même si je la déteste cordialement… Elle me fait surtout pitié. Jaime, à l’inverse, n’a cessé de remonter dans mon estime. Plus on passe de temps avec lui, et plus on comprend combien il a été manipulé par sa sœur. Je l’admire sincèrement, et en suis même venu à l’aimer. Ce qu’il a subit l’a transformé à jamais, et c’est un vrai chevalier que nous avons face à nous. J’ai pris grand plaisir à le suivre, et j’ai souffert de voir dans quel solitude son passé l’avait plongé.
A ce duo de tête se rajoute Brienne, que j’aime décidément beaucoup. C’est peut-être la seule à agir par pure bonté d’âme, sans attendre quoi que ce soit en retour. Certains passages la concernant m’ont déchiré le cœur, et j’espère la retrouver très vite dans l’intégrale suivante. En ce qui concerne les autres… Arianne et Asha m’ont beaucoup plu, j’ai trouvé qu’elles se ressemblaient beaucoup à certains égards. Les passages concernant Arya m’ont un peu moins passionnée, peut-être parce qu’elle n’est plus tout à fait elle-même. Je l’aimais, moi, cette petite louve ! Pour Sansa, je réserve mon jugement. On verra au prochain épisode 🙂 Sam, enfin… J’aurais aimé l’accompagner plus souvent. Son quotidien est empreint d’une telle tristesse, d’une telle morosité… Il ne mérite pas ça.
Voilà pour les personnages principaux (et encore, j’en oublie). Et, côté secondaires, il y en a à foison : on ne sait plus où donner de la tête, comme d’habitude. Œil-de-Choucas est celui qui m’a le plus intriguée : en voilà un avec qui il va falloir compter, lors de la prochaine partie !
Je pense que je pourrais vous parler des heures durant des protagonistes, et m’arrêterai donc là. Il vous faut savoir une chose : quand vous aurez digéré le fait que vous n’y retrouverez pas ceux que vous attendiez, vous passerez sans doute un très bon moment avec cette intégrale. Les choses bougent, on sent se profiler d’autres grands bouleversements. A l’heure qu’il est, je suis bien incapable de savoir -ou même d’imaginer- qui montera finalement sur le Trône de fer, pour la simple raison que tous les personnages sont des rois potentiels, ou presque. L’intrigue avance plus doucement, certes, mais l’équilibre du jeu est modifié en profondeur. J’ai été accaparée par cette intégrale autant que par les autres, je l’ai véritablement vécue, comme les autres. Je me suis mordue la lèvre, j’ai frémis, j’ai pleuré, j’ai poussé des gémissements, j’ai souri méchamment. J’ai été passionnée par les détails semés par l’auteur, je me suis surprise à traquer la moindre intrigue secondaire (je suis persuadée que le loup qui bat la campagne et dont tout le parle n’est autre que Nyméria). Et la piste principale est, une fois encore, extrêmement prenante. En tournant la dernière page, je me suis instantanément fait la réflexion que A dance with Dragons allait être tout simplement génial : George R.R. Martin prépare le terrain pour quelque chose d’au moins aussi explosif que A Storm of Swords. En terminant ce joli pavé, je n’ai eu qu’une envie : me jeter sur le suivant, quitte à le lire en anglais. Et peut-être que je me lancerai, effectivement : attendre juin 2014 me parait décidément impossible. Cette quatrième intégrale fut donc un régal, peut-être pas autant que les trois premières, mais un régal tout de même. Et un coup de cœur, puisqu’il faut le préciser.

En bref, une quatrième intégrale qui ralentit nettement le rythme, mais qui n’en perd pas pour autant sa saveur : George R.R. Martin n’a plus à faire la démonstration de ses talents de conteur, on est captivés d’avance. Et quand on en pense aux graines qu’il sème ici, et qui ne manqueront pas de s’épanouir dans la prochaine intégrale… On ne peut que se jeter sur la suite <3

Coup de coeur !
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