L’exil, Feldrik Rivat – Les Kerns de l’oubli #1

L’histoire : Plan d’ensemble. Vue d’oiseau. De la brume se dissipe, lentement, laissant percer la masse sombre d’une île. Elle se dresse, souveraine,  dans son trône de pierre.
Almenarc’h.
Un vent violent balaye la scène. Assombrissant le ciel. Troublant les eaux du lac. L’Imprenable, forte d’un règne millénaire, vacille, sous la menace d’un simple silence. Éperon de roche, fière citadelle, toi dont le nom est porté comme une légende aux confins du monde, pourquoi trembles-tu ? Craindrais–tu les ambitions fragiles de quelques mortels ? Cataxak, l’étranger ? Ulnhor, le roi déchu ? Roch, le gardien au cœur rongé par la colère ? Non, plus encore que tout autre nom, Almenarc’h craint le dernier de ses fils. Erkan. Guerrier maudit. Honni. Banni. Eh bien tremble, belle endormie. Car la main aveugle qui guide ce malheureux, elle, n’ignore rien du secret de tes entrailles.

Mon avis : Et bien, mes aïeux, quel récit ! Je voulais de la fantasy, j’ai été servie. Mais, attention… Pas de la fantasy de niniote, non, de la grande, de la bonne, de la fantasy épique !
Il n’y a qu’à voir la couverture (magnifiquement réalisée par Alexandre Dainche, of course) pour comprendre ce que Dimitri Pawlowski voulait dire en comparant les Kerns de l’oubli aux épopées grecques ou à 300 (pour La horde du Contrevent, je suis moins d’accord) : un guerrier balaise sur fond de bataille… Qui m’a, d’ailleurs, de suite fait penser à ce grand dadais :

Vous comprenez ? On est vraiment dans le même genre d’ambiance. Et si je lis plus facilement de la dark fantasy plutôt qu’autre chose, cela ne m’empêche d’apprécier les récits épiques tel que celui-ci, bien au contraire. Et justement, Feldrik Rivat m’a bluffée, tant avec l’univers qu’avec l’ambiance se dégageant des Kerns : j’ai tout simplement adoré.
Je ne saurais vous décrire avec exactitude l’ambiance : c’est un tout. Il y a une certaine force brute qui se dégage de cet ouvrage, une tension vraiment palpable. Quand Erkan se retrouve dans le désert de Barkan, on peut presque sentir le sable nous meurtrir le visage, vraiment. Et puis, les différentes factions en présence, cet espèce de « grand méchant » faisant peser sur eux une épée de Damoclès des plus redoutables… Comment vous expliquer ? On a là un vrai récit épique, avec tout ce qui l’accompagne, et j’ai totalement été séduite par l’aura émanant des Kerns.
Et puis cette magie ! Vraiment belle, si vous voulez mon avis. Basée sur le contrôle des éléments, elle trouve sa source dans une énergie issue « de la Terre elle-même » (enfin, vous verrez bien 😉 ), le Sha. Et les possibilités sont quasi infinies, puisqu’un Shaman accompli peut interagir avec la matière… Nous avons des colonnes de feu ardent en veux-tu en voilà, un vieillard rajeunissant en moins de deux, des chaines de fer disparaissant sans mot dire… Et surtout, surtout, la télépathie et le « détachement ectoplasmique » (scuzez, mais alors là, vraiment, je ne trouvais pas d’autre terme). Un ravissement pour les yeux et l’imagination !
Côté univers, là encore, c’est un vrai point fort. Les paysages sont dépeints avec une réalité saisissante (et quelle réalité !), et j’ai adoré me perdre en contemplation imaginaire devant les beautés que l’auteur faisait naitre sous mes yeux. J’ai grandement apprécié le fait qu’il se pose de temps en temps pour nous donner des détails sur l’environnement dans lequel évoluent ses personnages, le récit n’en devevant que plus fort. Et prendre la peine de dessiner une carte sans assurer par la suite au niveau du portrait des paysages… Cela aurait été bien dommage.

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Côté intrigue, cela se corse. Je ne vous en parlerai qu’avec de grandes difficultés, le roman adoptant une narration chorale : chacun des personnages principaux (et il y en a un paquet) prend tour à tour la parole, l’action avançant donc simultanément sur plusieurs fronts. Et, si je dois être tout à fait honnête, il y a bien autre chose… Je ne suis pas sure d’avoir tout saisi. Ou plutôt : je suis certaine de ne pas avoir tout saisi. Feldrik Rivat a créé un univers riche, mais également complexe. Et bon courage pour qui n’a pas beaucoup dormi pour tout saisir dès la première lecture ! J’ai trouvé certaines explications trop succinctes, trop rapides, et suis revenue plusieurs fois en arrière durant ma lecture. Une centaine de pages supplémentaires n’aurait pas été de refus, et je pense que cela m’aurait permis de comprendre ce qui m’a échappé jusqu’ici, tant sur les événements « présents » que sur les lois assurant la pérennité de la ville mise en valeur, Almenar’ch. Ce premier tome est très très riche, et il pâtit peut-être un peu de l’empressement mis par Feldrik Rivat à faire avancer son intrigue. Mais je ne désespère pas ! J’ai quand même saisi l’essentiel (je crois), et compte bien sur le deuxième tome pour m’apporter ses lumières. Je vais donc tout de même tâcher de vous parler l’intrigue, en deux ou trois mots.
Au cœur de l’ouvrage, une ville : Almenar’ch, citadelle imprenable, élue de Aïnhor Eran -créateur de la Terre- et siège du génie des hommes. Et pourtant, se trouve à sa tête l’un des hommes les plus idiots du royaume : Alkar, né de parents inconnus et particulièrement à cheval sur l’étiquette. A ses côtés, un être des plus vils le conseille : Cataxak, Prêtre noir du royaume de Saham, légendaire ennemi d’Almenar’ch. L’action débute quand Roch, gardien de la cité, découvre l’exil intempestif de son fils, Erkan, alors en apprentissage pour devenir Sage-guerrier (= Shaman). Dès lors, deux factions s’opposent : celle souhaitant la mort du jeune homme (et ayant fomenté son exil, cela va de soi), et ceux étant prêts à tout pour le retrouver… celui-ci ayant eu la bonne idée de perdre la mémoire et errant, depuis, à travers le royaume (et quand on voit la carte, il y a de quoi marcher, en effet).
Voici, en gros -en très gros, même- le fil conducteur de ce premier tome. Mais ne vous y trompez pas : c’est tout de même beaucoup plus compliqué que cela. Résumons donc : nous avons un univers des plus riches, mais également des plus complexes. Une intrigue très prenante mais multiple, et donc parfois difficile à suivre. Mais Feldrik Rivat ne comptait pas s’arrêter en si bon chemin, et accomplit le grand schelem avec… Une narration chorale des plus accomplies ! En soi, ce mode de narration n’est pas vraiment compliqué à suivre. Mais Feldrik Rivat a poussé le vice jusqu’à donner à chacun  de ses personnages un parler différent. Et certains s’expriment avec une telle… emphase, dirons-nous, qu’elle en est parfois déconcertante. Je vous laisse en juger, avec Telleran :

***
« Point de mauvaise inquiétude, jeune Sage, vous voyez bien que je commande votre atmosphère par la force de l’esprit, et par-ci apprécie mieux ce paysage tant beau que nous offre ce pic-là. Mais je ne serais point mari de vous voir me soulager de la présente tâche ».
***

J’ai mis une centaine de page à m’habituer à ce style des plus particuliers, en haussant régulièrement les sourcils. Mais après, quel bonheur ! Un vrai régal. Chacun des personnages à son petit tic langagier, et certains sont absolument… Truculents 😀 Petit extrait d’un dialogue entre Ulnhor et Telleran :

***
« – Ah ! Le branle-jonc ! Et c’est moi qui suis sénile ! Dis-moi, le Sage, ta cervelle ne se serait pas desséchée sous le soleil du désert, par hasard ?
– Hasard ? Vous parlez fort de… fort de… fort de…
– Crédieu de sage, que nous fais-tu là ?
– Fort de… fort de…
– Mais morteboule, le vieux, tu perds la boule !
– Pourquoi me parlez-vous de boule, mon bon Roi ?
– Crédieu, vous voilà à l’instant bloqué à me rabattre du « fort de » !
– Curieux, je ne garde point souvenance de ce fait-ci.
– Ah ! Le vieux bredin ! Il a des araignées au plafond et joue les ingénues ! »
***

Il y avait bien longtemps que je n’avais pas eu de pareils fous-rires  en lisant un roman de fantasy ^_^ Je ne rentrerais cependant pas davantage dans le détail pour les personnages car :
1. Il y en a trop pour que je puisse m’appesantir sur chacun comme je le souhaiterais,
2. Il faut bien garder une part de mystère !
Ma préférence n’est pas tout à fait marquée, chacun d’entre eux m’ayant beaucoup plu. Sauf Alkar, peut-être, qui m’a tapé sur les nerfs avec son « Roi, Seigneur des hommes ». Mais de Cataxak à Awana, ils apportent tous un petit quelque chose de spécial au récit, et constituent sans doute aucun l’un de ses plus gros points forts. Si la narration chorale peut être frustrante, elle présente aussi l’avantage de leur donner à tous une part égale dans l’intrigue, et les suivre a été un vrai plaisir.
Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce premier tome. J’ai beaucoup aimé, mais je reste extrêmement frustrée de ne pas avoir tout compris. Pour un peu, je le relirais tout de suite, histoire d’y voir plus clair. Peut-être avant de lire le deuxième tome, qui sait ? Reste à savoir si cette incompréhension était uniquement due à ma grande fatigue des derniers jours, ce dont je doute. Les Kerns de l’oubli m’apparait davantage comme un ouvrage d’une grande richesse, mais à réserver à un certain public : je doute que les néophytes y trouvent totalement leur compte. Mais pour moi, une chose est sure : je serais au rendez-vous en septembre !

En bref, un premier tome très riche, mais qui m’aura laissée dans une incompréhension frustrante. L’univers, l’intrigue, les personnages… Feldrik Rivat maitrise parfaitement les codes du genre, mais peut-être un peu trop pour un simple amateur. Quoi qu’il en soit, je ne raterai pour rien au monde la suite des aventures d’Erkan, Telleran, Cataxak et consorts !

On en redemande !
Pour marque-pages : Permaliens.

17 Commentaires

  1. Cette maison d’édition a l’air de publier des ouvrages assez sympas!!! Je note, je note!!

  2. Ping :C’est lundi, que lisez-vous (61) | Les lectures de Bouch'

  3. Une chose est sure je vais attendre avant de commencer celui-ci, au vu de la complexité de l’ouvrage. Mais si il offre des descriptions dans lesquelles on s’y croiraient et des personnages avec chacun un caractère propre, cela donne une certaine force à l’ouvrage, surtout en fantasy =)

  4. Rahlala encore un livre qui atterrit dans ma wishlist ! Elle va finir par atteindre des kilomètres à force de venir sur ton blog 😛
    Les cartes sont vraiment bien faites, ça donne envie rien qu’en les voyant !

  5. Et après c’est moi qui donne envie avec mes chroniques…Que dire des tiennes? hein! Lol
    Bisous 🙂

  6. Il me donne envie de le lire . Merci pour cette superbe chronique 🙂

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  10. Je me suis offert ce premier tome au SDL, je suis curieuse de le lire 🙂 !

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