Des certitudes, Magali Villeneuve – La dernière Terre #2

Souvenez-vous : il y a un mois (presque tout pile), je vous présentais L’enfant Meredhian, premier tome d’une nouvelle série de Dark Fantasy. Dit comme cela, le fait semble très banal. Et pourtant, une vague d’émotions diverses m’avait emportée, cette lecture occasionnant un immense coup de cœur, inégalé jusqu’ici et, selon moi, inégalable. Je me serais ruée dans la librairie la plus proche si Magali Villeneuve n’avait pas eu la gentillesse de me proposer de recevoir Des certitudes en service presse. Reçu il y a un peu plus d’une semaine, j’ai harcelé Belledenuit jusqu’à ce qu’elle me donne le feu vert de notre LC…

Tome 1 : L’enfant Merehdian

/! RISQUE DE SPOILERS /!

L’histoire : Dans les Cinq Territoires, les saisons débutent un autre cycle et à nouveau, la Grande Relève en marquera l’amorce.
Renvoyé vers son pays d’origine de façon arbitraire, Cahir, rongé par l’amertume et hanté par ses souvenirs, tente de retrouver sa place parmi les siens. Tandis que, dans la cité-capitale, l’on a préféré effacer toute trace du drame pour mieux l’oublier, certaines culpabilités, quoique silencieuses encore, commencent à peser lourd.
Derrière les murs inébranlables de la tour du Nolath, l’Igilh reçoit un message glaçant en provenance des Plaines de Tilh. Il lui faut prendre une réelle décision. De celles qui, dépendantes d’un seul homme, peuvent déterminer pourtant le devenir de chacun.

Mon avis : Que suis-je censée vous dire ? Je suis là, face à mon écran, avec cette même sensation de vide m’ayant déjà assaillie en refermant le premier tome. J’ai compris, avec Des certitudes, la notion de « livre-doudou » : ce besoin de l’avoir en permanence à ses côtés, sans même l’ouvrir. Cette étrange force qui vous pousse à l’étreindre, à le regarder intensément pour tenter d’y déceler le moindre petit détail vous ayant échappé. Cette petite torsion du cœur en regardant le nombre de pages restantes et leur diminution inexorable, malgré vos vaines tentatives pour les retenir. Et cette sensation de dépossession, une fois la dernière tournée.
Le coup de cœur que j’avais eu pour L’enfant Merehdian était intense
, fruit d’une merveilleuse découverte m’ayant comblée plus que je n’aurais pu l’imaginer. Même si le doute n’existait pas, je peux maintenant vous dire que ce coup de cœur s’est épanoui avec ce deuxième tome, s’est enrichi d’une force nouvelle m’ayant laissée sur les genoux : je suis tombée amoureuse de l’univers créé par Magali Villeneuve, de ses personnages, de sa plume. Je le savais déjà en lisant L’enfant Merehdian mais, avec Des certitudes, le doute n’est plus permis.
Mais que se passe-t-il donc dans ce deuxième opus ? Nous quittions Cahir en compagnie d’Uka et Raya, après son exil expéditif et inhumain de la cité capitale, Tileh Agrevina. De retour dans son pays natal, le jeune homme doit réapprendre à composer avec les rigueurs d’un climat hostile à toute vie, mais doit également s’efforcer de dompter les démons ne cessant de le harceler. Lui qui n’était que rires et taquineries s’est mué en sombres pensées et mutisme, ne désirant qu’une chose : solitude profonde et amère. Pour Raya, qui croyait avoir définitivement perdu son petit frère six ans plus tôt, cela est impensable. A force de douceur et d’attentions, elle tentera de rendre Cahir à lui-même… Assistée dans sa tâche par une alliée plus qu’improbable. Le peuple agrevin a, quant à lui, dissimulé toutes les traces de son méfait : nul ne s’interroge sur la disparition subite du Giddire, celui-ci n’étant, après tout, qu’une gêne potentielle, faisant tâche sur la blancheur immaculée de Tileh Agrevina. Une seule chose occupe désormais les esprits : La Grande Relève, imminente. Pourtant, un drame se trame aux portes de la cité d’albâtre : de disparitions inquiétantes et nouvelles proprement glaçantes, l’Igilh doit agir, et vite. Mais un garçon à peine sorti de l’adolescence est-il apte à décider du devenir de tout un peuple ? La Dernière Terre, sagement tenue à l’écart par la Cuirasse, semble décidée à se rappeler au bon souvenir des hommes…


Une fois encore, je cherche mes mots. Par où commencer ? Cet ouvrage est si… dense, si travaillé, que chaque point me semble essentiel. Je crois que je pourrais en parler des heures durant, me perdre en conjonctures et en suppositions, le tout avec grand plaisir ! Magali Villeneuve avait savamment tissé sa toile dans L’enfant merehdian, et nous en apercevons ici les fruits : l’action est plus présente, les pièces du puzzle se mettent en place. Les questions amorcées dans le premier tome demeurent, mais nous obtenons quelques éléments de réponse… Pour le moins troublants. Je pense notamment aux créatures aperçues dans L’enfant merehdian, et bien plus présentes ici : mais que diable sont-elles ? Issues des Brumes, elles semblent être l’incarnation de nos pires cauchemars, et sont pourtant dotées… D’une sorte d’humanité. Je ne peux m’empêcher de leur associer l’étrange prologue de L’enfant merehdian, de penser à ces hommes perdus derrière le Rempart. Quel est le lien ? Y en a-t-il seulement un ?
L’action est donc là, toujours savamment dosée, distillée avec justesse au fil des chapitres. Et c’est avec joie que l’on retrouve la plume de Magali Villeneuve, si prompte à faire durer le plaisir en travaillant les détails au maximum ! On ne se presse pas, et c’est ce que j’aime : Magali n’a pas besoin de nous enfumer l’esprit en rebondissements illusoires, son fil conducteur se suffit entièrement à lui-même. Fil conducteur se divisant par ailleurs en deux : nous suivons d’une part le retour de Cahir chez les siens, et d’autre part les bouleversements ayant lieu au sein du Rempart. Ce n’est donc plus un tome d’introduction auquel nous avons à faire, mais bel et bien un opus d’approfondissement. Qui nous laisse sur les dents, affamés de poursuivre et, enfin, de comprendre !
J’ai beaucoup aimé découvrir les Hautes-Blanches qui, tantôt hostiles, tantôt merveilleusement belles, m’ont totalement charmées. L’une des réflexions de Melgar (si je ne m’abuse) à leur égard m’a paru on ne peut plus juste : le peuple y ayant élu domicile force le respect. Et plus on le côtoie, plus on se rend compte des opinions erronées courant sur son compte au sein d’un monde prétendument civilisé, mais surtout particulièrement obtus. Les enfant de Merehde sont on ne peut plus attachants, liant votre cœur par des marques de gentillesse sans cesse renouvelées. Voir comment Cahir a ainsi été détourné de sa nature par les Agrevins est un véritable déchirement, et l’on ne peut qu’accueillir avec soulagement son retour vers les siens et vers lui-même. Et, à bien y réfléchir, les Hautes-Blanches ne m’ont parues si cruelles que cela : l’arrivée de Reghia en témoigne. Peut-être est-ce ma nature romantique qui veut cela, mais j’ai perçu l’évènement comme étant le témoignage indirect de l’amour d’une mère retrouvant avec joie l’un de ses petits : elle n’aurait jamais dû arriver jusqu’à Cahir, comme le prouve la mort de nombreux hommes bien plus forts qu‘elle. Vous voyez ce que je veux dire ?
Impossible de ne pas comparer la blancheur de Tileh Agrevina à ces étendues vierges de toute trace humaine, uniquement saupoudré d’un manteau blanc et pur. Et, tandis que les Agrevins se calquent sur leur cité en adoptant une attitude hautaine et froide, les Giddires rayonnent et font de leur environnement un univers mille fois plus vivant que la cité capitale. La comparaison est d’autant plus frappante au regard des évènements se produisant au sein de Tileh Agrevina, véritable fléau faisant tomber le masque des apparences. Cela dit, je ne souhaite pas vous en dire trop là-dessus : je tiens à conserver la surprise entière. Toutefois, je peux me permettre de vous glisser deux ou trois indices : le temps est venu pour les Arpenteurs d’honorer leur rang et de ne plus être ces simples fantoches que le peuple se plait à contempler. Temps également d’assumer sa position prise face au départ de Cahir, que cela soit pour Melgar, l’Igilh, Solgar ou Ghent. Le temps des bouleversements, donc, mais pour certains, celui des certitudes également.

Et voilà, je me suis laissée emporter ! Des lignes et des lignes que j’écris, et je ne vous ai pas encore parlé des personnages. Et il y a matière à dire, pour ma plus grande joie ! Tous les portraits « esquissés » (c’est un bien piètre mot à l’égard du travail de Magali, mais admettons) dans le premier tome sont ici creusés, approfondis, mûris. Une attention particulière est ainsi accordée à chacun, et tous les personnages prennent une importance croissante à nos yeux. Je vous parlerai dans un premier temps de l’Igilh, la modification s’opérant dans son tempérament m’ayant véritablement interpellée. Alors qu’il affichait dans l’Enfant Merehdian une figure forte, se présentait comme le dirigeant suprême et laissait par là-même oublier son âge (la preuve en est, assez peu de références y sont faites), ce n’est plus du tout le cas ici. Il est régulièrement présenté comme un adolescent, sinon un enfant. Ses décisions accusent une certaine immaturité, et ses confrontations avec les notables des différents royaumes ne font qu’amplifier cela. J’ai été interloquée, sinon surprise de ce revirement, pourtant prévisible. C’est comme si cette figure avait brutalement été jetée à bas de son trône, perdant de sa superbe non seulement aux yeux du lecteur, mais également de ses plus proches sujets. Intrigant, non ? Je suis vraiment curieuse de savoir ce qu’il va advenir de son personnage, quel chemin Magali empruntera pour lui.
Ghent me laisse, une fois encore, sur des charbons ardents : je ne sais que penser de lui. J’ai été déçue, profondément déçue de son comportement dans le premier tome. Et, s’il tend à se racheter dans celui-ci, je n’ai pu m’empêcher d’être suspicieuse à son égard… Malgré l’étrange amitié qu’il tisse avec Feor. Un Feor qui apporte une touche de fraicheur au roman, et qui n’a pas manqué de me faire éclater de rire plus d’une fois ! Son tempérament solaire s’oppose avec force à celui de Ghent, et pourtant… Le fait est qu’ils forment une paire diablement bien assortie, quand on aurait pu croire Ghent définitivement inapte à ressentir quoi que ce soit.
Melgar m’a profondément touchée. On le sent totalement démuni après le départ de Cahir, et sa détresse m’a émue au possible. Le voir se débattre avec des sentiments qu’il ignorait posséder a provoqué en moi une vague d’empathie à son égard, et mon cœur n’a cessé de se gonfler, pour finalement menacer d’éclater lors de sa décision finale.
Nelgoth est celui qui m’a le plus surprise…Même si mon empathie à son égard reste limitée : les récents évènements tendent à faire pencher la balance en sa faveur, nous laissant entr’apercevoir une autre figure que celle du commerçant cupide et violent. Mais les aprioris ont la rancune tenace, et je reste méfiante… Et que dire de sa fille Reghia ? Ce que l’on pressentait avec la fin du premier tome se présente avec force, et j’ai été éblouie par sa force de caractère, une force dont on l’aurait cru dépourvue…
Et enfin, Cahir. Cahir que l’on aime encore plus au sortir de ce deuxième opus, même si cela semblait impossible. On en apprend davantage sur lui, sur ce qui l’a amené à côtoyer la même demeure que Melgar, sur ces démons qui ne cessent de le harceler. Mais qu’importe ! Ce que l’on apprend ne sert qu’à renforcer notre attachement à son égard, tant il est touchant. Voilà, il est juste… touchant. Et, en disant cela, mon cœur fond.

Voilà, je crois vous avoir tout dit. Et il serait temps, vu la longueur de cette chronique 🙂 J’ai mis un certain temps à l’écrire, digérant au fur et à mesure cette lecture pour le moins particulière. Je ne saurais vous expliquer ce qui se produit en moi quand j’ouvre ces livres, et je vous le disais déjà pour L’enfant Merehdian : c’est simplement… évident. Il y a la plume de Magali, l’univers qu’elle a créé, les personnages auxquels elle donne vie, et moi. Et cette espèce d’alchimie bizarroïde qui fait que je serais capable de mordre quiconque tentant de m’arracher mon livre. Parce que c’est ainsi : quand on a trouvé son livre-doudou, on ne le lâche pas.

En bref, un deuxième tome qui me laisse sans voix, mais comblée. Je ne saurais décrire avec quelle justesse Magali Villeneuve mène son intrigue, sa plume virevoltant au gré des pages, aérienne et diablement belle. Ce deuxième opus est incontestablement à la hauteur du premier et, la seule chose à craindre pour le troisième, est sans doute le fait qu’il ne me restera sûrement pas assez de vocabulaire pour lui faire justice.

Coup de coeur !
Pour marque-pages : Permaliens.

11 Commentaires

  1. Très belle chronique…Il ne me reste plus qu’à acheter cette saga!

  2. Superbe chronique 🙂
    Il me reste encore 120 pages pour le finir mais je ne veux pas le terminer. Après, l’attente va être trop longue. Du coup, je traîne un peu (et puis avec un gamin de 7 ans qui tourne autour de moi comme une abeille autour de son miel c’est dur d’avancer…)

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  6. Oui, très belle chronique !
    Et j’aime beaucoup ton concept de livre-doudou 🙂

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