Enfants de la paranoïa, Trevor Shane

Découvert sur le blog d’Ayma, ce livre avait tout de suite attiré mon attention. Mais je n’avais pas pour autant prévu de l’acheter rapidement. MAIS ! Vous savez comment sont les aléas de la vie… Je l’ai dégoté très peu de temps après chez Gibert Jeune, en parfait état et pour la modique somme de… 2,30 €. Un broché pour 2,30 € ?! A ce prix là, il était impensable de s’en priver. Surtout qu’il a commencé à fleurir peu de temps après sur la blogo, récoltant de plus en plus d’avis positifs… Je l’ai donc intégré à ma PAL d’automne, et l’ai commencé dimanche dernier.
 
 
L’histoire : Une guerre invisible fait rage, ignorée de la plupart des hommes. Une guerre opposant le Bien au Mal, et comptabilisant des milliers de victimes, année après année. Cette guerre est régie par plusieurs règles :

Régle n°1 : On ne tue pas les innocents,
Règle n°2 : On ne tue pas les ennemis de moins de 18 ans,
Règle n°3 : On ne fait pas d’enfant avant ses 18 ans, sous peine de le voir passer à l’ennemi.
 
Joseph a vu sa famille décimée par le camp adverse. Quand on lui a montré les visages des assassins de sa soeur et de son père, il s’est consumé de rage. Consumé par une haine terrible, alors qu’il n’avait que seize ans. Il en a aujourd’hui vingt-cinq, et est enrôlé depuis sept ans aux côtés du « Bien« . Il ne compte plus ses victimes et a depuis longtemps abandonné de nettoyer le sang qu’il a sur les mains. Alors qu’une vague de nostalgie et de doute s’abat sur lui, il décide de rejoindre ses deux amis, Jared et Michael, pour une petite virée entre mecs. Mais la bonne humeur de ses deux comparses ne suffit pas à lui ôter ses noires pensées de la tête : à quoi tout cela rime-t-il ? Quelle garantie a-t-on, au fond, d’être dans le bon camp ? Et quelles sont les véritables raisons de cette guerre ? Si Jared tente de rassurer son ami, Joe reste encore sur ses gardes, plus las que haineux, désormais. Mais leurs vacances vont être brusquement interrompues : Joe échappe de peu à la mort et s’envole pour le Canada s’en avoir pu revoir ses amis. On lui confie alors une mission de la plus haute importance : assassiner un collaborateur influant des forces du Mal. L’homme est bien protégé, mais Joe est le meilleur à ce jeu là. Le travail ne devrait lui poser aucune difficulté. Alors qu’il observe les faits et gestes de sa cible avant de passer à l’action, LA voilà qui entre en jeu. Celle qui va faire exploser les certitudes déjà minces du jeune homme. Maria, une jeune étudiante en psychologie ou religion, elle ne sait pas trop. Une cascade de cheveux bruns masquant un sourire éclatant et enjôleur. Et Joe commet l’impensable : il se dévoile, tombe amoureux et… rate sa cible. Dès lors, que choisir ? Fuir en emportant avec lui cette jeune innocente, se mettre à dos les deux camps et risquer sa vie pour sauvegarder son amour ? Ou bien abandonner là ses sentiments, et continuer une guerre dans laquelle il ne croit plus ?
 
Mon avis : Et bien, on peut dire que ce livre ne m’a pas déçue, loin de là. On entre très vite dans le vif du sujet, et l’on ne tarde pas à comprendre à quel point les interrogations de Joe sont justifiées : mais à quoi donc rime cette Guerre ? Les rares explications qui nous sont données sont floues, aussi bien pour nous que pour le narrateur. On a presque du mal à croire que Joe soit le seul à s’interroger sur les motifs sous-jacents de ce conflit.
J’ai beaucoup aimé l’idée de départ : une guerre invisible, chaque camp (bien que nous ne soyons jamais du côté du « Mal ») renouvelant ses troupes grâce à l’enrôlement des jeunes par la haine. Et que feriez-vous, vous, à la place de ces jeunes de seize ans, devant les photos du meurtrier de votre père/mère/frère/soeur… ? Ils ont tout compris, en adoptant cette méthode de recrutement ! Quoique, recrutement est bien grand mot, puisqu’on leur fait rapidement comprendre qu’ils n’ont pas le choix : il suffit d’un membre de la famille enrôlé dans la guerre pour que le reste de la famille y soit plongé tout entier. Et à dix-huit ans, la chasse est ouverte : il faut donc tuer ou être tué. Dès lors, chaque crime est justifié par la vengeance. Car, qu’elle ait participé ou non à l’assassinat d’une personne qui nous est chère, notre cible n’en est pas moins complice, puisque dans le camp adverse. Et comme le dit si bien Ayma, cela donne un côté un peu psychopathe à la chose.
Le personnage de Joe est, sans surprise, le plus creusé du roman. Si je l’ai trouvé très froid au début, il parait beaucoup plus humain à mesure que le doute s’installe dans son esprit. Même s’il ne peut totalement se soustraire du conditionnement dont il a fait l’objet, il ne peut pas non plus s’empêcher d’éprouver du remord, de la culpabilité face à ses victimes. Une overdose de tueries, diraient certains. Mais je n’ai pas bien compris pourquoi lui seul s’interroge sur les motifs de la guerre. Ni sa mère, ni ses amis ne semblent trouver à y redire. Étrange, tout de même ! A moins que cela ne fasse preuve d’une vivacité d’esprit hors du commun.
Le personnage de Maria est peu creusée, mais le sera certainement davantage dans le second tome. Donc, Maria, une jeune innocente qui va croiser la route de Joe et en tomber éperdument amoureuse. Et c’est sûrement la réciprocité de cet amour qui déclenche le véritable changement dans la personnalité de Joe. Sans elle, il n’aurait jamais été capable de changer de vie, d’abandonner son « travail » et d’envoyer paître ses « employeurs ». Il est prêt à tout pour elle, et elle le lui rend bien, même si e
lle ne sait pas vraiment dans quoi elle s’embarque. J’ai beaucoup aimé son personnage, que j’ai trouvé très mûr. Elle fait preuve d’un courage exemplaire, qui aurait manqué à beaucoup dans de telles situations.
J’ai trouvé leur histoire d’amour très belle, bien que je pense pas que ce soit elle que l’auteur ait voulu mettre au premier plan, mais bien la folie inhérente à ce conflit. La fin m’a laissé pantoise, même si l’on pouvait s’en douter dans les grandes lignes. Quant à vos propres justifications sur les raisons de cette guerre, je suis preneuse ! J’ai imaginé tout et n’importe quoi, mais je suis sure que l’auteur saura nous surprendre avec son deuxième tome, que je ne manquerai certainement pas de lire, donc.
 

En bref, une dystopie haletante sur fond d’histoire d’amour, des personnages ambivalents, creusés et attachants, une écriture fluide et un style sans anicroche : un très bon roman !

 
4/5 : on en redemande !
Pour marque-pages : Permaliens.

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