Les papillons géomètres, Christine Luce


Couverture par Melchior Ascaride

L’histoire : Eve a disparu il y a cinq ans, sans laisser ni corps ni trace.
Enfuie avec un amant, d’après la police londonienne, mais morte selon l’époux inconsolable. En dépit de sa défiance, ce dernier a fait appel à une médium ; contre toute attente, Mademoiselle LaFay possède un réel talent pour joindre l’au-delà et réunit chaque année le couple pour un jour de félicité… sauf cette fois-ci : Eve n’apparaît pas.
En ces temps de misère et de richesse insolente dans la société victorienne, la vie après la mort attise les espoirs des scientifiques. Mary-Gaëtane LaFay et son amie Maisy, deux femmes audacieuses, affrontent leurs frayeurs pour résoudre un mystère entre deux mondes crépusculaires. De l’autre côté, l’Enquêteur poursuit le même dessein. La frontière qui les sépare est plus ténue qu’ils ne l’imaginaient, ce qui les unit, infiniment supérieur. L’affaire Blake révélera une énigme de la taille des univers.

Mon avis : Et un petit Mouton pour bien démarrer le mois, un ! Comme beaucoup, je n’ai pas manqué de remarquer ce petit roman grâce à la belle campagne de communication dont il a bénéficié : annoncé comme LA nouvelle petite pépite de la maison d’édition, il a de suite éveillé mon intérêt. D’autant que la fantasy spirite n’est pas ce que je connais le mieux : mises à part deux-trois références, on pourrait même dire que je n’y entends goutte. C’est donc avec une curiosité non feinte que je m’y suis plongée, regrettant d’avance son format restreint…
Mary-Gaëtane est médium. Loin de servir boniments et fantaisies à quelques clients trop crédules, elle possède en réalité un véritable don… Qui lui permet de réunir, chaque année à la même date, un mari éploré et sa jeune épouse disparue sans crier gare. Mais cinq ans plus tard, à la date cruciale, Eve manque pour la première fois leur rendez-vous. Le veuf, éploré, s’enfuit… Commence alors pour Mary-Gaëtane et son amie Maisy une véritable enquête, qui les mènera bien plus loin qu’elles n’auraient osé l’imaginer…
Et bien ! Pour être prenant, il l’est, le bougre ! Si j’ai trainé durant les cent premières pages, ne trouvant pas le temps de m’y mettre sérieusement, j’ai dévoré la suite d’une traite, un matin avant de partir au boulot. Autant vous dire que ce n’était pas gagné, avec Malo qui me tirait par le pantalon pour que je lâche mon bouquin ! Mais, le fait est que l’auteure a une plume qui nous embarque et nous happe en très peu de temps : l’intrigue est aussi passionnante que l’atmosphère tangible, on s’y croirait vraiment. Tout débute donc avec ce bouleversement : alors que sa séance relève de l’habituel, Mary-Gaëtane, médium de son état, n’arrive pas à joindre Eve, disparue cinq ans plus tôt dans des circonstances mystérieuses. Face à la détresse de son client, notre héroïne va se mettre en devoir de retrouver la disparue, pouvant compter sur l’aide pour le moins… inhabituel : l’Enquêteur, ectoplasme de son état et doté d’un sens de l’à-propos tout à fait certain. Évidemment, vous vous en doutez, tout ceci n’est que le point de départ : Christine Luce nous offre en vérité une intrigue bien plus complexe, faites de mystères et d’interrogations : j’ai lu avec avidité, extrêmement curieuse de voir ou tout cela allait nous mener. Et je dois avouer que j’ai passé un excellent moment ! Je suis vraiment tombée amoureuse de la plume de l’auteure, qui a un style bien à elle : à la fois particulièrement poétique et tout à fait propice au ton pince-sans-rire qu’elle ne manque pas d’employer régulièrement… Autant vous dire que ce fut un régal de dévorer ces deux cents et quelques pages 🙂
Côté personnages, j’ai également apprécié la façon dont l’auteure dressait leur portrait : le roman reste certes trop court pour en dresser un état tout à fait complet, mais ils n’en sont pourtant pas moins crédibles, entre Mary-Gaëtane la décidée, l’intransigeante et pourtant si douce Maisy, le mystérieux Enquêteur et ce cher Monsieur de la Bretelle… J’ai bien eu un faible pour l’Enquêteur, que je vous le dise : c’est d’ailleurs en ce sens que je regrette un petit peu la fin, espérant toutefois que l’auteure n’en a pas terminé avec cet univers : plusieurs questions restent en effet sans réponse, ce qui fut quelque peu frustrant. Au delà de ça… Les papillons géomètres tient ses promesses : c’est un récit foisonnant, bien mené et parfaitement conté, qui a su me captiver en cette période troublée. Si vous souhaitez lire un récit qui ne cède pas à la facilité tout en étant d’une grande qualité, je ne saurais donc que vous conseiller une chose : foncer chez votre libraire… Voilà deux jours qu’il devrait s’y trouver !

En bref, de la fantasy spirite de haut vol, soutenu par un sens de l’intrigue certain et une plume aiguisée : moi, j’ai adoré ! Et vous ?


On en redemande !

 

Le club des mauvais jours, Alison Goodman (Lady Helen #1)

Traduit par Philippe Giraudon
Couverture réalisée par Laurent Besson

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L’histoire : Londres, avril 1812. Lady Helen Wrexhall s’apprête à faire son entrée dans le monde. Bientôt, elle sera prise dans le tourbillon des bals avec l’espoir de faire un beau mariage. Mais d’étranges faits surviennent qui la plongent soudain dans les ombres de la Régence : une bonne de la maison disparaît, des meurtres sanglants sont commis et Helen fait la connaissance de lord Carlston, un homme à la réputation sulfureuse. Il appartient au Club des mauvais jours, une police secrète chargée de combattre des démons qui ont infiltré toutes les couches de la société. Lady Helen est dotée d’étranges pouvoirs mais acceptera-t-elle de renoncer à une vie faite de privilèges et d’insouciance pour basculer dans un monde terrifiant?

Mon avis : Mais qu’il est bon, ce premier tome ! Oui, j’annonce la couleur de suite : j’ai beaucoup, beaucoup aimé ma lecture ! Il m’a fallu un bon moment pour en venir à bout (quasiment une semaine, alors qu’il était très prenant), n’ayant pas eu beaucoup de temps à lui consacrer, mais les heures passées avec lui furent vraiment, vraiment excellentes : si j’avais pu n’en faire qu’une bouchée, pensez bien que je n’aurais pas hésité !
J’ai été interpellée par ce roman dès sa sortie, soyons honnêtes : sa sublime couverture passait difficilement inaperçue, de même que son épaisseur un poil conséquente : je me souviens l’avoir alors pris, posé, repris, reposé, repris… Reposé. Parce que, si vous ne le saviez pas encore, je suis quelqu’un de fort raisonnable (et là, je suis crédible ?). Je n’ai donc pas craqué sur le coup, et l’ai quelque peu oublié. Jusqu’à ce que… Jusqu’à ce que je rejoigne mon équipe actuelle, tous grands lecteurs et passionnés de genres bien différents (mais, comme ce sont tous des personnes de bon goût, elles marquent tous une petite prédilection pour les littératures de l’imaginaire. Comme quoi, je suis VRAIMENT bien tombée), et notamment ma collègue gérant le rayon jeunesse. Avec qui je me suis mise à discuter, devant la table ado. Et qui m’a dit « Mais quoi, tu n’as pas lu Lady Helen ?! » Ni une, ni deux, je lui ai donc piqué son exemplaire, et me suis plongée dedans peu après…
Helen est une jeune fille de bonne famille. Âgée de 18 ans, elle s’apprête à faire son entrée dans le monde : dans quelques jours à peine, elle se tiendra devant la Reine d’Angleterre et devra être tout simplement parfaite. Car Helen porte un lourd fardeau : sa mère, disparue quand elle avait huit ans, a été condamnée pour trahison, entachant ainsi durement leur nom. Si la jeune fille souhaite trouver un beau parti, elle devra donc être exemplaire. Mais les choses ne se passent pas comme prévu : une petite phrase chuchotée d’une voix royale, et c’est les convictions de toute une vie qui s’écroulent. Une rencontre fortuite avec un homme dangereux, mais oh combien mystérieux, et c’est le monde policé qu’Helen a toujours connu qui s’affadit. La vie de Cour n’a jamais été aussi loin, surtout  quand la jeune fille se découvre des pouvoirs bien trop étranges pour être naturels…
Alison Goodman plante ainsi son intrigue en plein 18e siècle, dans le décor fastueux de l’aristocratie londonienne. Ne connaissant pas particulièrement bien cette période, et la croisant assez rarement dans mes lectures, je dois dire que j’ai été de suite séduite par ces descriptions riches et imagées, l’auteure parvenant sans peine à créer une atmosphère toute particulière, entre préciosité et mystère. Nous rencontrons donc Helen, cette jeune fille d’une vivacité d’esprit ma foi fort agréable, et dotée d’un caractère décidément assez loin de ce que son entourage aurait souhaité. Un combo fort attachant, et c’est avec un intérêt grandissant que j’ai suivi le méandre de ses aventures : si les premiers chapitres se lisent avec curiosité, les derniers se dévorent littéralement (j’ai d’ailleurs lu les 250 dernières pages d’une traite). Alison Goodman nous propose en effet une intrigue qui ne cesse de gagner en intensité : cette rencontre avec la Reine, tout d’abord, qui amorce les premiers bouleversements. Et avec Carlston ensuite, ce noble énigmatique dégageant une aura à la fois dangereuse et profondément séduisante. J’en vois tiquer, là-bas, avec ce dernier mot ! Laissez-moi vous détromper : si l’on sent bien (et je ne précise pas avec qui) une petite amorce de romance, elle est tout bonnement ridiculement minuscule : ce n’est absolument pas ce qui nous préoccupe ici. Et j’avoue avoir été agréablement surprise de ce fait, tout comme de la façon dont c’est amené : loin des habituels clichés que l’on retrouve en littérature adolescente, j’ai trouvé qu’Alison Goodman faisait preuve de doigté et d’intelligence : on se laisse bien volontiers prendre au jeu, un jeu loin de toute niaiserie, paraissant donc bien plus crédible que toutes ces relations sans profondeur qui se nouent et se dénouent au fil des romans. Et cela tient sans doute au fait que l’auteure ne sacrifie pas à l’intrigue la psychologie des personnages : la galerie est plutôt restreinte, certes (nous avons deux personnages centraux, et une petite dizaine de personnages secondaires), mais les portraits n’en sont pas moins travaillés : il m’a été fort aisé de leur laisser prendre vie à mes côtés. Concernant Carlston et Helen, ils m’ont d’ailleurs fait étrangement penser à deux héros me tenant particulièrement à cœur : Rose et Artus, que nous retrouvons dans la série Rose Morte de Céline Landressie. À vous de juger 🙂
Côté univers… Une nouvelle fois, c’est excellent : sans entrer dans les détails (vous voulez des surprises, vous en aurez !), laissez moi vous dire que l’auteure amène particulièrement bien l’élément fantastique. Qui a, en outre, l’avantage d’être assez novateur : j’ai été fascinée devant ces nouvelles « créatures » (appelons-les comme ça, voulez-vous ?), et j’aurais voulu en apprendre encore davantage : nous restons effectivement dans un roman classé « ado », et tout n’est pas développé à l’extrême. Mais cela n’empêche pas l’auteure de nous servir  quelque chose d’à la fois très crédible, et vraiment passionnant. Ajoutez à cela une plume fort agréable à lire, et vous comprendrez pourquoi j’ai été ravie de découvrir ce roman : ma première lecture de 2017 augure décidément une excellente année livresque 🙂

En bref, le premier tome d’une trilogie que je ne manquerai pas de suivre ! Alison Goodman nous offre ici un roman tout à fait prenant, vraiment bien construit et mené : les personnages sont attachants et loin d’être fade, l’intrigue est captivante et la plume de l’auteure très évocatrice. L’un des meilleurs romans ado que j’ai pu lire, je le dis sans fard !

 
On en redemande ! (Carrément !)

1/48

Faux frère, vrai secret, Olivier Gay

Couverture par

L’histoire : Léa menait une vie normale entre les cours, les livres et ses amis, jusqu’au jour où des proches de son père meurent dans un accident de voiture. Leur fils de seize ans, Mike, devenu orphelin, emménage sous le même toit qu’elle. Difficile de devoir partager l’appartement familial (et sa salle de bains) avec un parfait inconnu…
Si seulement c’était tout ! Mais Mike ne connaît pas les codes du lycée, se montre trop parfait pour être honnête et n’a pas peur des brutes que tout le monde fuit.
Léa est bien décidée à découvrir quel secret cache son nouveau frère sous ses airs de superhéros…

Mon avis : Tiens, encore un roman d’Olivier Gay ! A croire que j’ai passé ma fin d’année avec le Monsieur, dites 🙂 Et on en est pas loin : entre lui, Le main de l’empereur et l’intégralité du Noir est ma couleur offerte par mon Alli préférée, on ne peut nier que l’auteur a quelque peu envahi mon quotidien 🙂 Après avoir dévoré (et adoré, faut-il le repréciser) sa nouveauté Bragelonnienne, j’ai donc craqué pour sa seconde nouveauté, celle-ci s’adressant cette fois-ci à un public un brin plus adolescent. Je dois bien dire que j’étais fort curieuse : Olivier allait-il réussir à passer d’un genre à un autre avec aisance ? A me passionner autant ?
Et… Pari réussi : en quelques heures, c’en était fait de lui ! Car, oui, l’auteur nous offre une nouvelle fois un récit au pep’s indéniable, dans lequel on se plonge avec délice. En quelques mots, voici de quoi il retourne : Léa est une adolescente ordinaire, qui aime à ne pas trop se faire remarquer. Mais le jour où son père lui annonce avoir décidé d’adopter le fils de ses amis australiens, eux-mêmes décédés dans un accident de voiture, la jeune fille sent bien que cette nouvelle quelque peu louche va bouleverser plus que son quotidien familial… Et d’autant plus quand elle rencontre le-dit orphelin, qui ne se comporte décidément pas comment un adolescent lambda. C’est décidé : quitte à harceler son père et à pousser Mike dans ses retranchements, Léa comprendra tôt ou tard de quoi il retourne….
Je vous le disais, Olivier nous offre une nouvelle fois un récit qui accroche son lecteur, un récit qui se lit d’une traite, dans lequel on se plonge avec une facilité qui frise l’indécence. De suite, l’on est intrigué par ce mystérieux Mike, et l’on ne tarde pas à suivre avec intérêt les déboires de Léa qui, décidément, n’est pas gâtée. On ri, évidemment, mais l’on pleure également (oui, j’avoue), et on se laisse emporter par un petit stress enivrant qui ne gâche en rien notre lecture. La plume d’Olivier est toujours aussi agréable, et il navigue dans son récit avec aisance, enchainant les rebondissements avec un naturel qui ne fait que renforcer notre intérêt. On lit donc, et rapidement… Nous nous retrouvons à la fin. Une fin qui a bel et bien su me surprendre et, même ! fissurer mon cœur de pierre (j’suis crédible, là ?). Rendez-vous compte ! Mais une fin qui a tout… D’une fin, malheureusement. Ne nous voilons pas la face : je sens qu’il est fort peu probable d’avoir une suite. Et, du coup, force est de dire que cela m’a laissé un goût de trop peu. Vous voyez ce que je veux dire ? J’ai passé un super moment, ça oui, parce qu’Olivier est définitivement un très bon écrivain. Qui sait nous faire passer par toute une palette d’émotions, créer des personnages attachants et monter de toute pièce des intrigues à la fois prenantes et crédibles. Mais ce moment fut quelque peu entaché pour deux raisons :
La première, je vous le disais, est liée au format du roman : on en voudrait bien davantage ! On voudrait une suite, on aurait voulu qu’Olivier développe plus avant son intrigue. Qu’il nous rajoute quelques chapitres, nous donne encore un peu de matière à apprécier. La seconde… découle naturellement de la première : bien qu’il s’adresse à un public jeunesse, je ne peux m’empêcher d’avoir l’impression qu’Olivier s’est « amusé » avec ce roman. Après avoir lu La main de l’empereur, qui fut pour le coup un franc coup de cœur, indéniable et complet, et que j’ai vraiment trouvé abouti, je me dit qu’avec Faux frère, vrai secret… Olivier s’est détendu. Et ce n’est pas que je trouve ça dommage, tout au contraire ! Simplement… Peut-être aurait-il fallu lire les deux romans dans l’ordre inverse, afin d’apprécier pleinement celui-ci puis de toucher ensuite l’excellence du doigt ? La comparaison entre les deux n’a pas lieu d’être, les deux romans ne jouant pas dans la même cour. Mais en les enchaînant, elle fut malheureusement pour moi impossible à éviter… Entrainant une petite pointe de déception pour ce court roman.
Quoi qu’il en soit, je tâcherai de ne retenir que le meilleur : une nouvelle fois, Olivier Gay a su me captiver et me faire passer un excellent moment. Et n’est-ce pas le principal ?  Évidemment que si 😀

En bref, un roman jeunesse qui aura su me captiver le temps de trois cents courtes pages, m’offrant un moment ma foi fort agréable… Que l’on aimerait voir se prolonger encore, et encore !


On en redemande !

Au pays de l’ailleurs, Tahereh Mafi

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Traduit par Jean-Noël Chatain

L’histoire : Avec sa peau pâle et ses cheveux de neige, Alice détonne à Ferenwood. Car Ferenwood est un monde éclatant de couleurs, révélatrices d’un don magique. La blanche Alice n’a donc apparemment aucun don, aucun intérêt : les habitants de ce lieu en ont fait une paria. Aussi lorsque son père, la seule personne qui lui témoigne de la bienveillance, disparaît soudainement, la jeune fille n’a-t-elle plus qu’un seul but : le retrouver.
Pour cela, elle va devoir explorer la mythique et dangereuse contrée un peu plus loin que l’horizon… Elle part avec Oliver, un compagnon de route dont le talent magique consiste à pouvoir tromper son monde. Ce don leur sera-t-il utile Là-bas, un univers sans pitié peuplé de créatures effroyables où rien n’est ce que l’on croit, où les pièges pullulent ? Alice elle-même devra reprendre confiance et utiliser des pouvoirs cachés que nul n’avait décelé chez elle.
Reverra-t-elle son père et pourra-t-elle enfin mettre des couleurs sur sa vie ?

Mon avis : De Tahereh Mafi je connais, comme beaucoup, sa célèbre (et très bonne, m’est avis) trilogie Insaisissable. Une trilogie dont il me reste encore le troisième tome à lire, soi dit en passant ‘_’ Quand j’ai découvert qu’elle avait écrit un nouveau roman, je dois bien avouer avoir été fort curieuse : que nous réservait-elle cette fois-ci ? Allait-il être dans la même lignée, ou totalement différent ? Je m’y suis plongée sans trop d’aprioris, charmée par cette couverture tout à fait poétique…
Et même si je ne m’attendais pas à un vague remake d’Insaisissable, quelle n’a pas été ma surprise de constater que ce nouveau récit changeait drastiquement de ce que l’auteure avait pu réaliser auparavant ! Nous avons en réalité affaire ici à un clin d’œil très appuyé du célèbre conte de Lewis Carroll : Alice, presque douze ans, vit dans la contrée de Ferenwood, ce pays où toute couleur est synonyme de magie. Mais Alice, d’une blancheur quasi éclatante, y est une paria : que pourrait-elle bien cacher sous cette pâleur extrême, hormis une absence de don affligeante ? Alors que son père, l’unique personne a lui avoir jamais témoigné de l’amour, est porté disparu depuis bientôt trois ans, Oliver vient la trouver : cet ancien camarade de classe affirme avoir retrouvé sa trace. Mais pour le ramener à Ferenwood, la présence d’Alice est obligatoire… Notre jeune héroïne se lance donc à l’assaut de cette quête un peu désespérée, ne se doutant pas une seconde qu’elle la mènerait là où elle n’aurait jamais songé aller : au dangereux pays de l’Ailleurs…
Mettons les choses à plat tout de suite : si vous souhaitez vous lancer dans ce roman, oubliez totalement la précédente série de l’auteure. Cela n’a STRICTEMENT rien à voir. Ni dans la fond, encore moins dans le forme… C’est tout juste si l’on ne s’imagine pas qu’il s’agit de deux écrivains totalement différents. Une fois cela fait, ouvrez bien graaaand votre imaginaire. Mettez votre rationalité de côté, oubliez votre logique, et préparez vous à lire un texte confinant -parfois- à l’absurde. Et maintenant… Installez vous confortablement, au chaud, et fermez-vous au monde extérieur : Alice n’attend que vous ! Je dois bien avouer que les premiers chapitres m’ont totalement déroutée, ce pourquoi j’ai mis une bonne semaine à lire ce roman. Je ne comprenais absolument pas où l’auteure voulait nous emmener, et restais très dubitative devant cette narration pour le moins… Non conventionnelle. Et puis… J’ai lâché prise. J’ai lâché prise, et je me suis mise à apprécier Alice, à attendre avec impatience le moment où je pourrais enfin me replonger dans ses aventures. Moi qui pensais signer une déception, c’est finalement d’une très bonne lecture que je ressors. Et oui !
Contre toute attente, c’est le côté profondément onirique du récit qui m’a séduite, celui-là même qui m’empêchais pleinement d’apprécier ma lecture les premiers temps : une fois mon hébétude première passée, je me suis laissée porter par ce conte à la fois fort original et bourré de tendresse, séduite par une héroïne aussi attachante qu’inhabituelle. Ouvrir Au pays de l’Ailleurs, c’est un peu comme plonger la tête la première dans un arc-en-ciel : la plume si particulière de Tahereh Mafi nous ouvre les portes d’un monde puissamment coloré, dont les descriptions nous laissent émerveillés. L’univers qu’elle imagine m’a beaucoup plu, et si elle ne lésine pas sur les détails, j’en aurais tout de même voulu davantage : il y a tant à dire, tant à faire dans un environnement offrant de telles possibilités !
Côté action, ce n’est pas finalement pas la rencontre entre Alice et son père qui prime, mais bien tout ce qui précède : son périple avec Oliver, leur relation qui évolue au fil des chapitres, et la façon dont eux-mêmes affrontent leurs propres démons, voilà qui constitue le véritable sujet du récit. Je mentirais en déclarant n’avoir pas été frustrée par une fin quelque peu expéditive mais, au fond… Il ne s’agit à mon sens que d’une conclusion, certes un peu rapide, mais tout à fait logique et, mieux, parfaitement juste. Je la perçois ainsi : ce n’est finalement pas l’aboutissement qui compte par dessus tout, mais tout le cheminement qui y mène. Et quel cheminement ! Tahereh Mafi n’y va pas de main morte, et c’est le moins que l’on puisse dire : ses héros vont aller de rebondissements en retournements de situation, les péripéties s’enchainant à un rythme effréné. Difficile, dans ce cas, de lâcher notre lecture : plus l’on avance, et plus l’on a envie d’avancer. Des têtes de chapitres aux noms improbables aux situations burlesques rencontrées par nos deux jeunes gens, tout est fait pour attiser notre curiosité et nous pousser à dévorer quelques pages supplémentaires 🙂
S’il y a bien un petit goût de trop peu, je ressors donc de cette lecture globalement plus que séduite : j’ai été vraiment ravie de voir que l’auteure était capable de sortir de sa zone de confort pour nous offrir un roman à la fois audacieux et original, qui pourrait tout à fait plaire aux plus jeunes lecteurs… Comme aux plus grands 🙂 L’héroïne, malgré un aplomb désarmant pour une enfant de douze ans, m’a totalement charmée avec son caractère frais et virevoltant, et j’ai aimé la voir grandir et s’affranchir de ses peurs et de ses doutes. Ce n’est pas un coup de cœur, mais… On en est vraiment pas loin !

En bref, Tahereh Mafi a su me surprendre, et en bien. Au pays de l’ailleurs est un récit tout en couleurs, pétillant et vivifiant. Tout à fait original et différent de ce que l’auteure a pu écrire jusqu’ici, il réussi le pari audacieux de s’affranchir totalement des carcans de la fantasy jeunesse, tout en faisant un clin d’œil réussi au fameux Alice au pays des merveilles. Moi, j’adore !

On en redemande
On en redemande !

En plus : les chronique du Boubangle,  Saefiel et Allisonline !

L’épée brisée, Poul Anderson

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Traduit par Jean-Daniel Brèque

Couverture par Nicolas Fructus (édition Le Bélial’)

L’histoire : Voici l’histoire d’une épée qu’on dit capable de trancher jusqu’aux racines mêmes d’Yggdrasil, l’Arbre du Monde. Une épée dont on dit qu’elle fut brisée par Thor en personne. Maléfique. Forgée dans le Jotunheim par le géant Bölverk, et appelée à l’être à nouveau. Une épée qui, une fois dégainée, ne peut regagner son fourreau sans avoir tué. Voici l’histoire d’une vengeance porteuse de guerre par-delà le territoire des hommes. Un récit d’amours incestueuses. De haine. De mort. Une histoire de destinées inscrites dans les runes sanglantes martelées par les dieux, chuchotées par les Nornes. Une histoire de passions. Une histoire de vie…

Mon avis : Honte à moi, mais je ne connaissais pas ce Monsieur. Poul Anderson, ou l’auteur mis sur un pied d’égalité avec Tolkien par notre bien aimé Michael Moorcock… Ce qui n’est pas rien ! Quand j’ai eu vent de la sortie en poche de L’épée brisée, j’ai donc sauté sur l’occasion d’améliorer ma culture SFFFesque et découvrir ce grand classique (écrit en 1954, comme La communauté de l’anneau !). Qui n’aura d’ailleurs pas fait long feu, puisqu’il fut expédié en deux soirées. Si peu !
Ce récit nait d’une vengeance. D’une vengeance terrible, venant d’une femme s’étant promis d’anéantir toute une lignée. De deux garçons, l’un homme élevé parmi les elfes, l’autre troll changelin, mis à sa place à la tête d’une fratrie fort prometteuse. C’est également l’histoire d’une épée. Du réceptacle de tant de violence que l’on ne peut que frémir en la contemplant, d’une promesse de mort et de destruction. C’est enfin une ode à la mythologie scandinave, une véritable Geste dans toutes les règles de l’art, une presque tragédie grecque, une œuvre foisonnante et extrêmement riche, à qui l’on concède volontiers le titre de précurseur en matière de fantasy. Tout ça !
J’avoue avoir toujours un peu peur en me lançant dans des romans datant de plusieurs dizaine d’années, et plus particulièrement quand il s’agit de fantasy. Étant habituée aux codes plus récents du genre, je n’y trouve parfois pas ce que je recherche. Pour autant… L’épée brisée m’a passionnée. Fascinée, même. Poul Anderson nous offre un récit tout à fait épique, aux allures de fable historique. Que ne donnerais-je pour l’entendre conté au coin d’un feu ! Avec un plaid bien chaud et de quoi empêcher mes mains de trembler, parce que l’atmosphère est simplement glaciale : non pas que je n’en attendais moins de la part du mentor du père d’Elric, mais nous sommes ici plongée dans une Fantasy des plus dark, où les personnages – qu’ils soient centraux ou secondaires, à quelques exceptions près- n’ont ni limites, ni morale : que nous sommes loin du ton parfois bon enfant employé par Tolkien ! Si la comparaison est immanquable, elle n’en souligne que mieux les différences de ces deux œuvres majeures. Là où l’une plaçait l’espoir en première ligne, la seconde nous plonge dans un univers noir où la loi du plus fort règne en maitre, où chacun manipule l’autre, pour tous se retrouver sur l’échiquier de dieux pas beaucoup plus moraux que leurs fidèles. Une ambiance que l’on ressent par ailleurs extrêmement bien dans la couverture imaginée par Nicolas Fructus (d’où le fait que j’ai préféré mettre celle-ci plutôt que celle de ma propre édition) : violence, trahisons et descriptions sans complaisance sont au programme, et nous frémissons devant cette intrigue tout sauf édulcorée.
Côté univers, je vous le disais, Poul Anderson mêle Histoire et Fantasy avec brio : Angleterre, Normandie ou encore Écosse sont ainsi explicitement nommées, son intrigue se déroulant manifestement aux alentours du Xe siècle, au cœur des raids du peuple Vikings. S’invitent alors Trolls, Elfes, Nains et autres Gobelins, mais également Thor, Odin, Loki et consorts. C’est tout une mythologie que nous retranscrit ici l’auteur, et j’avoue avoir été particulièrement sensible au talent dont il fait preuve pour rendre tout cela plus que plausible. On s’y croirait presque, là, tranquillement installés sur notre canapé.
Que vous soyez amateurs de mythologie scandinave, en quête d’un roman au souffle épique ou amateurs de Dark Fantasy, vous y trouverez donc votre compte : L’épée brisée ne dépasse certes pas les 400 pages, mais son poids est indéniable : me voici pour ma part plus que ravie d’avoir enfin découvert cet auteur majeur qui, je l’espère, n’a pas fini de peupler ma bibliothèque !

En bref, un roman qui a su me surprendre et me passionner : Poul Anderson est sans conteste l’une des figures majeures de la fantasy anglo-saxonne, sa patte se retrouvant dans bien des œuvres plus récentes. Mêlant Dark Fantasy, mythologie nordique et véritable fresque épique, L’épée brisée est un incontournable du genre !

On en redemande
On en redemande !

Memorex, Cindy Van Wilder

memorex

L’histoire : 2022. Cela fait un an que la vie de Réha a basculé. Un an que sa mère est morte dans un attentat contre sa fondation, Breathe, qui promeut un art contemporain et engagé. Un an que son père, un scientifique de génie, ne quitte plus Star Island, l’île familiale. Un an qu’Aïki, son frère jumeau, son complice de toujours, s’est muré dans une indifférence qui la fait souffrir.
Le jour de ce sinistre anniversaire, la famille est réunie sur l’île : c’est le moment de lever les mystères, les tabous, les rancoeurs que Réha ressasse depuis un an. Au cœur de l’énigme : Memorex, la multinationale pharmaceutique de son père, ainsi que ses expérimentations sur la mémoire. Des expérimentations qui attisent les convoites de personnages puissants et sans scrupules, prêts à tout pour accomplir leurs rêves les plus fous.

Mon avis : Mais que cela fait du bien, de se replonger dans l’imaginaire de Cindy Van Wilder ! Souvenez-vous : j’avais ADORÉ les trois premiers tomes de sa série Les Outrepasseurs, cocktail détonant d’originalité et d’émotions, dont le quatrième opus promet d’ailleurs de bien belles surprises. Avec Memorex, c’est un tout autre univers qu’explore notre chère auteure, se frottant cette fois-ci au thriller anticipatif… Et avec brio !
Il y a un an, Réha et son frère jumeau Aïki ont réchappé à un attentat suicide. Un attentat visant expressément leur mère, artiste reconnue et militante engagée, alors qu’elle donnait une réception présentant son œuvre. Depuis lors, les jumeaux n’ont plus jamais été les mêmes : si Réha s’est peu à peu raccrochée à la vie avec l’aide de sa meilleure amie, gardant au fond d’elle même une rancœur et une colère impossible à faire taire, Aïki s’est totalement replié sur lui-même, semblant avoir oublié l’existence de sa sœur. C’est donc avec angoisse que la jeune fille voit arriver les vacances de Thanksgiving, qu’elle devra passer sur l’île familiale en compagnie de ce jumeau qu’elle ne reconnait plus et d’un père bien trop absent, afin de commémorer le premier anniversaire du décès de celle qui les maintenait unis.  Mais peut-être est-ce surtout l’occasion pour la jeune fille de lever le voile sur ces secrets qu’on lui cache,  ces non-dits qui lui pèsent terriblement…
Pour une réussite, c’en est une ! Je me suis plongée dans cette lecture sans savoir de quoi il retournait, faisant aveuglement confiance à Cindy : et le fait est que j’ai passé un excellent moment. Sur les charbons ardents, certes, mais tout de même. Et j’avoue avoir été surprise ! Comme je vous le disais, j’avais été charmée par son aisance à mêler légendes, fantasy urbaine et intrigue de haut vol. La thriller ne semblait donc pas faire partie de sa zone de confort… Et pourtant, pourtant ! C’est comme si elle avait fait ça toute sa vie : j’ai été de suite happée par cette intrigue qui nous met les nerfs en pelote et nous tient en haleine du début à la fin : chapeau bas ! Si cela démarre doucement, Cindy prend bien soin d’éveiller notre curiosité en ne nous disant pas tout (loin de là !) : notre esprit ne tarde pas à fourmiller de questions, et l’on ne souhaite qu’une chose… Poursuivre notre lecture, pour en obtenir les réponses. Et puis, peu à peu, les choses s’accélèrent. Jusqu’à devenir parfaitement intenses dans le dernier tiers du roman, où les révélations s’enchainent et les rebondissements pleuvent : nous voici entrainés dans un véritable huis-clos, notre cœur battant la chamade.  La plume de l’auteure sied parfaitement à l’atmosphère extrêmement tendue du roman : elle va à l’essentiel, donnant des détails où l’on en a besoin et laissant la part belle à l’action. Sachez-le : vous avez entre les mains un véritable page-turner !
Côté personnages, nous retrouvons avec joie son habileté à croquer des portraits saisissants, profonds, humains. J’ai été touchée par Réha, cette jeune fille si fragile et si forte à la fois, pleine de doutes et de questions restées sans réponse. Sa détresse m’a émue, et j’ai admiré sa détermination à faire face à l’adversité. Aïki, que l’on découvre davantage sur la fin de notre lecture, m’a bouleversée… Mais je ne vous dirai rien de plus. Ni sur les autres, d’ailleurs : j’aime autant vous laisser la surprise. La galerie est restreinte, certes, mais ce n’en est que mieux : nous prenons ainsi le temps de les découvrir à notre aise.
Côté univers, je ne vous en dirai pas non plus énormément : sachez seulement que l’auteure nous en réserve de belles. Contrairement à sa précédente série, elle choisit ici de nous projeter dans un futur proche, dans lequel certains domaines scientifiques auront fait d’immenses avancées… Mais chut ! Je ne dis rien, promis 😛 C’est savoureux et intrigant, voilà !
En somme, j’ai passé un EXCELLENT moment. Que je quitte à regret, tant cela m’a paru court ! Mais quand on dévore la moitié du roman en l’espace d’une soirée, forcément… 😉

En bref, c’est un grand OUI pour ce nouveau roman de Cindy Van Wilder ! L’auteure s’offre un tout nouveau terrain de jeu avec le thriller anticipatif, et le résultat en vaut sacrément la peine : on est pris dans ses filets dès les premiers chapitres, et l’on reste volontiers captifs jusqu’à la toute fin, qui nous laisse… Pantelants, chavirés, soufflés. Un grand OUI, vous dis-je !

On en redemande

On en redemande !

Le Choix, Paul J. McAuley

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Traduit par Gilles Goullet

L’histoire : Ils sont amis depuis toujours, ils ont seize ans ou presque. Damian vit et travaille avec son père, éleveur de crevettes et cogneur d’enfants. Lucas s’occupe de sa mère, ancienne passionaria d’un mouvement écologiste radical clouée au lit par la maladie dans la caravane familiale. Le monde est en proie à un bouleversement écologique majeur — une montée des eaux dramatique et une élévation de la température moyenne considérable. Au cœur du Norfolk noyé sous les flots et écrasé de chaleur, la rumeur se répand : un Dragon est tombé du ciel non loin des côtes. Damian et Lucas, sur leur petit voilier, entreprennent le périlleux voyage en quête du mystérieux artefact extraterrestre, avec en tête un espoir secret : décrocher la clé des étoiles…

Mon avis : Ne vous avais-je pas dit, que je finirais par craquer ? Que je finirais par craquer pour cette superbe collection sortie tout droit de chez Le Bélial, et magnifiquement illustré par Aurélien Police ? SI ! Et c’est chose faite, avec cette petite nouvelle de Paul J. McAuley. Un auteur dont j’ignorais jusqu’au nom il y a encore quelques semaines, et que je suis désormais bien décidée à découvrir de manière plus approfondie : parce que, disons-le tout net, ce texte m’a beaucoup plu.
L’auteur nous présente un futur indéterminé, dans lequel la Terre est en bien mauvaise posture : montée des eaux impossible à enrayer, augmentation effrayante de la température moyenne… Il semblerait bien que la race humaine ait à payer pour ses errements. Ou aurait eu à le faire, si des extraterrestres n’étaient venus les tirer de ce mauvais pas : en les fournissant en technologies de pointe et en leur offrant la possibilité d’aller sur d’autres planètes, ces bienfaiteurs ont offert aux hommes un répit bienvenu, sans pour autant endiguer totalement la catastrophe. Pour les aider, notamment, des dragons… qui sillonnent les océans, traquant le moindre déchet. Et, justement, l’un d’entre eux vient de s’échouer tout près de Norfolk. Suscitant curiosité et convoitise, l’incident fait rapidement naitre les rumeurs les plus folles. Pour en avoir le cœur net, Damian et Lucas, deux jeunes garçons de 16 ans, décident d’entreprendre un véritable périple afin de voir la bête de leurs propres yeux… Et, qui sait, peut-être trouver un échappatoire à cette vie trop monotone qui ne leur sied guère.
C’est une fable humaniste que nous conte ici l’auteur, qui dérange parfois et fait grincer des dents. Nous découvrons une Terre ravagée, au bord de l’asphyxie… Et qui ressemble fort à la nôtre, quelques dizaines d’années plus tard. L’auteur campe fort bien son univers, pour un récit au format aussi court : il va droit au but, ne s’embarrasse pas d’explications inutiles et réussi le très joli coup de nous en donner assez… Tout en ayant envie de plus : pas de goût de trop peu ici, mais une saine envie d’en savoir davantage sur ces mystérieux extraterrestres et ce qui les entoure. Les questions que l’on se pose n’entrave en rien notre plongée dans l’intrigue, et c’est avec un intérêt grandissant que je me suis plongée dans cette nouvelle post-apocalyptique, mâtinée de considérations écologiques.
Au centre de celle-ci, donc, deux garçons : Damian vit avec son père, et lui sert régulièrement de défouloir. Lucas, lui, ne prend pas de coups… Mais s’occupe de sa mère infirme, écologiste convaincue et anti-extraterrestre virulente. Coincés dans une vie qui n’offre que peu de perspectives, nos deux jeunes gens ne vont pas se faire prier pour partir  un peu à l’aventure… Et devront, dès lors, assumer les conséquences de leur choix. Cette novella est ainsi divisée en deux temps : l’avant voyage, permettant à l’auteur de poser son cadre et de nous familiariser avec les protagonistes. Et l’après, où les choses s’emballent quelque peu, nous laissant le souffle court. Où la quête initiatique commence, de la plus terrible des façons : que choisir, entre l’espoir d’une vie meilleure, et la conservation de nos acquis ? J’ai été touchée, véritablement, par ces deux adolescents que l’on ne comprend que trop bien. Bien plus touchée que je n’aurais pu le croire, avec un texte aussi court. La narration est empreinte de poésie, mais nous frappe avec violence. Une violence désespérée, face à laquelle je n’ai pu que serrer les dents. C’est beau, dur, et surtout criant de vérité : une superbe découverte, en somme.

En bref, cette novella m’a prise aux tripes, avec ces quelques quatre-vingts pages. Paul J. McAuley réussi le pari fou de nous subjuguer en un temps record, nous offrant un récit aussi dramatique que criant de vérité. Parle-t-on réellement de SF, ici ? On peut se le demander…

On en redemande
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