La messagère du ciel, Lionel Davoust (Les dieux sauvages #1)

Couverture réalisée par Alain Brion

L’histoire : Mériane est une trappeuse, une paria, une femme. Autant de bonnes raisons d’en vouloir aux Dieux qui ont puni le peuple de la Rhovelle pour les fautes de ses aïeux. Car depuis la chute du glorieux Empire d’Asrethia, le monde est parcouru de zones instables qui provoquent des mutations terrifiantes, les gens ont faim, et une religion austère qui prêche la haine des femmes soutient un système féodal.
Pourtant, quand les Dieux décident de vider leur querelle par l’intermédiaire des humains, un rôle crucial échoit à Mériane. Pour elle débute une quête qui la verra devenir chef de guerre et incarner l’espoir de tout un peuple.

Mon avis : ET BIEN ! Deux grosses, grosses semaines que Mériane me tient compagnie. Cela fait bien longtemps que je n’avais pas mis aussi longtemps pour lire un livre ‘_’ Il faut bel et bien se rendre à l’évidence : je suis en plein dans une grosse, grosse panne livresque !
Ceci dit, ce n’est pas pour autant que je n’ai pas apprécié ma lecture : au contraire, même, ce premier tome m’a beaucoup, beaucoup plu : j’y ai trouvé un univers foisonnant et une écriture riche, mettant en valeur des personnages complexes. L’intrigue a su me tenir en haleine, là où j’aurais sans doute abandonné un ouvrage moins prenant : l’exploit était difficile à atteindre Monsieur Davoust, mais vous l’avez fait !
L’intrigue, parlons-en : elle est tentaculaire. Tentaculaire, et difficilement réductible à un simple résumé… Mais essayons tout de même : celle-ci prend place en Rhovelle, un royaume réunissant sept duchés, et parcouru de zones dites instables, où des bulles de magie brute font des ravages. Vestige du chaos s’étant abattu sur l’Empire corrompu d’Asrethia, ces Anomalies transforment tout être vivant s’y frottant en une immonde mutation mêlant chair et métal, laissant bien plus souvent le malheureux plus mort que vif. Mériane, trappeuse de son état, s’y entend particulièrement pour s’en tenir le plus éloignée possible : vivant à l’écart des hommes, elle est devenue experte dans l’art d’écouter son sixième sens pour échapper au danger. Et pourtant, rien ne pouvait la préparer à ce qu’elle allait vivre : contre son gré, c’est bien elle qui va se retrouver au beau milieu d’une terrible confrontation entre deux puissances divines : Wer, dieu révéré par le clergé de la Rhovelle, ayant pourtant décidé de faire payer aux hommes les erreurs de leurs aïeux en créant ces Anomalies, et Aska, dieu du chaos. Bien décidées à régner sans partage sur cette terre, les deux entités se lanceront dans une guerre sans merci… Où les hommes ne seront que de simples pions.
Hum. Je vous avoue que c’est quand même pas mal frustrant, cette affaire. Parce qu’il y a tant à dire ! Tant à dire, si l’on ne veut pas avoir l’impression de rogner misérablement cette intrigue gigantesque ! Gigantesque; d’abord, parce que Lionel Davoust choisit de la placer à plusieurs niveaux : avec ces deux Dieux, d’abord, que l’on va retrouver de manière récurrente tout au long du récit, qu’ils interviennent directement dans le monde des hommes ou se livrent à des joutes orales effrénées. Avec les hommes, ensuite, qui ne se préoccupent guère des manigances divines pour mieux se concentrer sur leurs propres petites bassesses : quête de pouvoir, complots et trahisons… Pas de doute, nous nous trouvons bel et bien dans un roman de dark fantasy, où les thèmes abordés sont aussi sombres que les personnages. Enfin, loin de se contenter de ne développer que quelques personnages de-ci de-là, l’auteur décide au contraire de nous fournir une galerie de portraits très détaillée, couvrant la totalité du territoire mis en lumière : qu’il s’agisse des sbires d’Aska sur la cordillère Egide, de Meriane et de ses déboires, des conseillers crapuleux de la Reine et j’en passe… On pourrait s’y perdre, si ce n’était pas si bien mené : les fronts sont nombreux, et pourtant Lionel Davoust nous y guide avec une aisance incroyable. Certains personnages sont évidemment développés davantage que d’autres, mais la qualité règne partout : tous sont bien plus complexes, fouillés et travaillés qu’on ne pourrait le croire de prime abord, et je me suis régalée à les voir évoluer et gagner en profondeur au fil du récit. Mériane, notamment, m’a beaucoup plu : comment résister à cette jeune femme qui dénote tant de l’époque dans laquelle elle vit ? Son franc-parler m’a laissée admirative, il faut l’avouer (je rêve secrètement d’avoir autant de repartie !). Mériane, donc, mais pas que ! Que dire de Leopol, Chunsen, Ganner, Juhel… ! Si l’on ne perd pas notre mauvaise habitude de leur coller à tous une étiquette sitôt qu’on les croise dans le récit, l’auteur s’amuse à battre et rebattre ses cartes en permanence : nul n’est ce que l’on croit, et l’on va de surprise en surprise. Autant vous dire que… J’ai adoré. Adoré me perdre à leurs côtés, adoré les suivre, les voir se débattre au milieu de ce combat qui les dépasse. Adoré rager, trépigner, gronder. Oui, oui.
Mais ce que j’ai surtout aimé, c’est la richesse du background : l’univers créé par Lionel Davoust est d’une complexité folle, et il nous abreuve constamment de détails mythologiques, religieux, sociétaux, topographiques… Tout, absolument tout y passe : vous vouliez vous immerger corps et âme dans votre roman ? Celui-ci sera parfait pour cela ! Découvrir cette société profondément inégalitaire m’a fascinée, et j’ai absolument ADORÉ toutes les pistes de réflexions que l’auteur soulève au fil de son intrigue. Le roman n’en sort que grandit, et moi… Moi, je suis comblée ! De même, j’ai particulièrement apprécié le côté post-apocalyptique de l’univers : mais qu’y avait-il avant ? Je ne peux empêcher mon esprit de se poser mille questions, et ne peut qu’espérer y trouver des réponses très bientôt…
Ajoutez à cela une intrigue foisonnante et fascinante, qui ne connait aucun temps mort malgré l’épaisseur de la bête (on atteint presque les 700 pages, c’est dire !) et qui, mieux, sait nous faire aussi bien gémir, rire, pleurer, que pester, et vous aurez une idée de la raison qui m’a poussée à ne pas abandonner mes moments lectures ces derniers jours. Enrobez enfin tout cela d’une plume ciselée et efficace, se prêtant aussi bien aux descriptions proprement affreuses des sbires d’Aska et de leurs méfaits, qu’aux moments bien plus émouvants qui n’ont pas manqué de me serrer le coeur, et vous comprendrez vraiment pourquoi cette lecture m’a tant touchée. Alors, merci m’sieur Davoust, merci pour tout. Et… Vivement la suite !

En bref, un premier tome passionnant, qui aura su me faire passer outre une vilaine panne de lecture. Vivement, vivement la suite !


On en redemande !

Retrouvez les différents interviews de Lionel Davoust sur Book en Stock, où nos chères Dup et Phooka nous ont une nouvelle fois accueillis pour un merveilleux Mois De ! Un grand, grand merci à elles !

Un pont sur la brume, Kij Johnson

Traduit par Sylvie Denis

Couverture réalisée par Aurélien Police

L’histoire : Kit Meinem d’Atyar est peut-être le plus doué des architectes de l’Empire. Peut-être… et tant mieux. Car il lui faudra convoquer toutes ses compétences, l’ensemble de son savoir pour mener à bien la plus fabuleuse qui soit, l’œuvre d’une vie: un pont sur le fleuve de brume qui de tout temps a coupé l’Empire en deux. Un ouvrage d’art de quatre cent mètres au-dessus de l’incommensurable, cette brume mortelle, insondable, corrosive et peuplée par les Géants, des créatures indicibles dont on ne sait qu’une chose : leur extrême dangerosité…
Par-delà le pont… l’abîme, et pour Kit une aventure humaine exceptionnelle.

Mon avis : Oups ! Je crois que je commence à accumuler un peu de retard avec cette petite collection ‘_’ Sur les huit novellas sorties à ce jour, je n’en ai lu que… Trois. Dont celle-ci. PAS BIEN ! Ceci étant dit, je ne me sentirais pas capable de les lire tous à la suite : jusqu’à présent, ils m’ont tous offert un moment de lecture bien particulier, que j’ai mis longtemps à digérer. Les textes sont courts, oui, mais non moins puissants : ces écrits sont des portes d’entrée vers de véritables réflexions, et j’aime espacer mes lectures pour leur donner, à chacune, le temps qu’elles méritent. Mais trêve de blabla, venons-en au fait : un roman sur la construction d’un pont est-il à-même de nous transporter ?
Car oui, le sujet est bel est bien là : c’est un chantier que nous suivons ici. Ne prenez pas peur : par de pantalon à demi baissé ou de grossièretés à tout va, nous ne sommes pas à Paris (ceci dit, cela m’aurait rappelé quelques souvenirs). Non, Kij Johnson place son intrigue dans un univers à peine esquissé, et pourtant diablement intrigant : sommes-nous dans dans la SF, dans de la fantasy ? Impossible de le déterminer. Voici ce que nous savons : l’Empire est divisé en deux : un fleuve infranchissable le traverse de part en part, fleuve dont nul n’a jamais vu l’eau : celui-ci est en effet recouvert d’une chape de brume opaque, corrosive et abritant de dangereuses créatures : poissons à la taille variable, géants… Nul ne sait véritablement ce qu’il s’y cache. Pour la traverser, une seule solution : prendre l’un des Bacs effectuant le voyage, sans aucune garantie de survie. C’est dans ce contexte que Kit Meinem d’Atyar, le personnage principal, se rend à Procheville : architecte de renom, la Capitale l’a chargé de la délicate tâche de construire un pont reliant les deux rives. Le chantier est d’envergure, et les dangers multiples… Mais il faudra que Kit apprenne avant tout à connaitre les habitants, ces gens dont il va changer la vie à tout jamais…
J’ai trouvé qu’Un pont sur la brume avait un côté très onirique, très… Posé : nulle scène trépidante ici, nulle bataille avec ces mystérieux Géants… Non, nous suivons le chantier sur près de cinq ans, avec son lot de catastrophes et  d’imprévus… Mais, surtout, nous suivons des femmes, et des hommes. Des destins au bord du précipice, à la croisée des chemins. Ici réside pour moi la grande force de ce récit : en à peine 120 pages, l’auteure réussit le très joli coup de nous faire côtoyer des personnages d’une très grande crédibilité, dotant par là-même son roman d’une sensibilité certaine. Que cela soit Kit, évidemment, ou Rasali, chargée de faire traverser la brume aux voyageurs, ou encore Valo… L’auteure dresse succinctement leur portait, et pourtant, force est d’avouer que nous nous y attachons beaucoup. Comme quoi, nul besoin de longues descriptions ou d’interminables considérations psychologiques pour donner de la force à ses personnages : l’on est portraitiste, ou l’on ne l’est pas.
Vous l’aurez donc compris : l’intrigue a beau être essentiellement contemplative, elle est également prenante. L’édification de ce monument est fascinante, et j’ai été particulièrement touchée de découvrir comment l’œuvre d’un seul homme pouvait autant bouleverser la vie du plus grand nombre. Je pense notamment à Rasali, donc la vie même est intrinsèquement liée à cette brume qui n’aura, bientôt, plus d’impact sur un quotidien qu’elle parasitait totalement jusqu’alors. Une brume qui sera bientôt réduite au rang de détail, quand elle déterminait la vie de plusieurs milliers de gens. Les questions sont multiples, et les réponses ne viennent qu’ensuite : une fois encore, j’ai eu tout le loisir de m’interroger sur ce qu’impliquait ce petit roman. Et… J’ai aimé ça.
Un pont sur la brume est une fenêtre sur un univers fascinant, à propos duquel on aimerait en savoir davantage. Pour autant, l’auteure parvient tout à fait à nous rassasier avec son court roman, nous offrant un texte à la fois riche et puissant, porté par des personnages attachant et une plume poétique. Pour une première fois avec Kij Johnson, c’est une réussite !

En bref, une novella qui aura su me transporter dans un univers à la fois inquiétant et fascinant, traitant d’un sujet que d’aucun pourrait considérer comme barbant. Pourtant, notre lecture est d’une fluidité certaine, et nous la quittons comme à regret, des lambeaux de brume s’accrochant désespérément à notre esprit. Encore !


On en redemande !

Membrane, Chi Ta-Wei

Traduit par Gwennaël Gaffric

L’histoire : Momo, une jeune esthéticienne réputée mais solitaire et marginale, vit dans une ville sous-marine d’un monde futur à l’écologie bouleversée. Ayant contracté enfant un virus d’un genre nouveau, il semble qu’elle ait subi de multiples transplantations d’organes artificiels.
Dans ce monde où les corps, les identités et les sexes se métamorphosent et se réinventent, les humains sont-ils encore maîtres de leur mémoire et de leur avenir ? Quel est le véritable passé de Momo ? Les prodigieuses membranes dont elle fait usage dans sa clinique auraient-elles une fonction insoupçonnée ?

Mon avis : Membrane est entré dans ma PAL un peu par hasard, alors que je n’en avais jamais entendu parler, ni de lui, ni de son auteur (bouuuh !). En me fiant uniquement à son résumé, donc, je me suis lancée à l’assaut de ce petit roman ma foi fort court… Mais non moins intense.
À l’aube du XXIIe siècle, nous découvrons une Terre dévastée par un réchauffement climatique que nul n’a su endiguer, contraignant la race humaine à se réfugier… Dans d’immenses cités sous-marines. C’est dans ce cadre que nous rencontrons Momo, jeune femme de 30 ans et esthéticienne de renom : dans une société où le paraitre et les soins de la peau sont primordiaux, l’artiste a pourtant décidé de vivre retirée loin du monde, n’entretenant de contact physique qu’avec ses clients, qu’elle choisi avec soin. Atteinte d’une grave maladie ayant nécessité une lourde opération quand elle avait dix ans, elle a également rompu tout lien avec sa mère peu après sa sortie d’hôpital… et l’on comprend, rapidement, que ce mal la ronge énormément. Mais, peu de jours avant son trentième anniversaire, « Maman » reprend contact avec elle : elle souhaite la voir. Mais, pourquoi cette envie soudaine ? Que cherche-t-elle, en voulant renouer avec sa fille unique ?
Membrane fait partie de ces OLNI que je serais bien en peine de classifier (si tant est que cela s’impose). Nous sommes de toute évidence dans un contexte post-apocalyptique, mais celui-ci reste relativement survolé : de par le format réduit du roman, l’auteur esquisse brièvement le cadre avant de s’attaquer à son intrigue en elle-même… Une intrigue qui n’en finit pas de nous surprendre. Si le début m’a paru un peu longuet, j’ai dévoré la seconde moitié du récit sans voir les pages défiler : j’avoue ne pas avoir une seconde anticipé la chute du roman. D’autant que l’auteur nous propose des thèmes pour le moins accaparants : la relation mère-fille tout d’abord, qui prend une place primordiale au sein du roman : qu’est-ce qui a bien pu pousser cette femme à abandonner son enfant, et pourquoi vouloir la revoir après tant d’années ? Deuxièmement, l’aspect particulièrement décomplexé de la sexualité : l’homosexualité est monnaie courante dans cette société futuriste, tout comme la transsexualité : c’est l’humain en tant que tel qui est mis au premier plan, et non son genre particulier, l’identité n’étant pas liée au sexe. Si la sexualité des personnages (et je ne parle qu’en matière de littératures de l’imaginaire, étant quelque peu larguée pour les autres genres) tend à s’assouplir de plus en plus, rares sont les auteurs à traiter l’homosexualité (et, de fait, le reste) comme quelque chose allant de soi : Chi Ta-Wei n’y prête ici pas grande attention (c’est du moins comme cela que je l’ai ressenti), se contentant d’énoncer un fait : telle est la société dans laquelle son héroïne évolue, point.
Le côté SF, lui… reste relativement secondaire : il ne s’agit pas d’un thème central, mais plutôt d’un relais servant une intrigue centrée sur le personnage de Momo. Je ne peux malheureusement pas vous en dire davantage, pour ne pas risquer de vous dévoiler une information cruciale… Mais je dois bien avouer avoir été un petit peu (tout petit peu, seulement) frustrée de ne pas avoir un background plus détaillé que ça : il y a tellement de potentiel dans le cadre imaginé par l’auteur que je me suis un peu emballée, des questions fusant à tout va dans ma tête. Pour autant, l’on se fait rapidement que ce n’est pas ce genre de livre que nous avons entre les mains : Membrane se situe davantage sur le plan psychologique qu’autre chose.
Finalement… Membrane aura su me toucher par sa singularité et sa profondeur. Même si Momo apparait très nettement comme un personnage excessivement peu sociable, je me suis sentie proche de cette jeune femme percluse de doutes et de traumatismes enfouis. L’intrigue développée par Chi Ta-Wei m’aura passionnée, et je ne peux désormais qu’espérer que ses autres romans seront traduits sous peu !

En bref, un roman à la croisée des genres qui aura su me séduire malgré un début un peu poussif : à découvrir !


On en redemande !

J’ai toujours cette musique dans la tête, Agnès Martin-Lugand

L’histoire : Yanis et Véra ont la petite quarantaine et tout pour être heureux. Ils s’aiment comme au premier jour et sont les parents de trois magnifiques enfants. Seulement voilà, Yanis, talentueux autodidacte dans le bâtiment, vit de plus en plus mal sa collaboration avec Luc, le frère architecte de Véra, qui est aussi pragmatique et prudent que lui est créatif et entreprenant. La rupture est consommée lorsque Luc refuse LE chantier que Yanis attendait. Poussé par sa femme et financé par Tristan, un client providentiel qui ne jure que par lui, Yanis se lance à son compte, enfin.
Mais la vie qui semblait devenir un rêve éveillé va soudain prendre une tournure plus sombre. Yanis saura-t-il échapper à une spirale infernale sans emporter Véra ? Son couple résistera-t-il aux ambitions de leur entourage ?

Mon avis : Il y a quelques temps, je découvrais la plume d’Agnès Martin-Lugand avec son roman Désolée, je suis attendue, qui m’avait beaucoup plu. J’avais aimé la plume de l’auteure, son sens de l’intrigue et ses personnages hauts en couleurs… Et ai donc souhaité réitérer l’expérience avec son petit dernier, dont l’une de mes collègues m’avait dit le plus grand bien. Et, effectivement… Je l’ai lu en une soirée ! Fait rare qui n’était pas arrivé depuis un long moment, je l’ai dévoré en quelques petites heures, totalement absorbée par ma lecture 🙂 Il faut dire que ce roman, plus que le précédent, possède un petit côté sombre qui m’a mise sur les charbons ardents. J’oserai même dire qu’il m’a noué l’estomac, le bougre !
Nous y rencontrons Yanis et Véra, un couple de quarantenaires parents de trois enfants… Et, surtout, amoureux fous. Alors que Véra travaille dans une agence de voyage, Yanis, lui est associé à son beau-frère dans un cabinet d’architecture… Une association qu’il supporte de plus en plus mal, tant le fait qu’il ait tout appris sur le terrain lui pèse. Après une dispute de trop, c’est la rupture : Yanis se retrouve sans travail… Jusqu’à ce qu’il tombe sur Tristan, homme d’affaires mystérieux qui le pousse à s’établir en son propre nom, quitte à se porter garant pour lui. Yanis hésite, et se jette finalement à l’eau : une telle chance est bien trop belle pour la laisser passer… N’est-ce pas ?
Ouuh, que cette chronique va être délicate à écrire ! Le tout, c’est de ne pas vous en dévoiler trop : l’élément de surprise est crucial, et participe de manière décisive à la montée en puissance de l’intrigue. Agnès Martin-Lugand joue très bien sa partition en captant notre intérêt très rapidement, et ne le lâche pas : j’ai vraiment été captivée par ce récit qui démarre doucement, en nous présentant des personnages attachants auxquels je me suis beaucoup identifiée, puis en instillant une aura de malaise parfaitement dérangeante qui ne pourra laisser quiconque indifférent. Malgré la fatigue, malgré la journée du lendemain qui promettait d’être harassante, j’ai donc lu, encore et encore, les mains crispées sur mon bouquin. D’intriguée, je suis passée à méfiante, me retenant de jeter un coup d’œil angoissé derrière mon épaule. Et… J’ai aimé ça ! Parce que l’auteure m’a beaucoup surprise, ce n’était pas du tout un terrain sur lequel je l’attendais. Nous ne sommes pas dans le thriller ou le polar… Mais presque. Mais je ne vous en dis pas plus !
Quoi qu’il en soit, je pense que ce récit sera à même de plaire à beaucoup : les lecteurs aimant les récits de vie présentant des personnages forts qui nous marquent par leur vitalité y trouveront leur compte, tout comme ceux avides de suspense et d’intrigues non cousues de fil blanc. J’y ai pour ma part trouvé mon compte, quitte à y perdre ma nuit !

En bref, ce nouveau roman d’Agnès Martin-Lugand ne sera pas sans surprendre les inconditionnels de l’auteure, tant ce petit côté sombre dénote dans sa bibliographie… Elle s’en sort pourtant particulièrement bien, nous offrant un récit prenant et bien ficelé. On en redemande !


On en redemande !

Porcelaine, Estelle Faye

Couverture par Letizia Goffi

L’histoire : Chine, vers l’an 200. Xiao Chen est un comédien errant, jeté sur les routes par un dieu vengeur. Un masque à forme humaine dissimule son faciès de tigre, tandis que son cœur est de porcelaine fêlée. Son voyage va durer plus de mille ans.
Au cours de son périple, il rencontrera Li Mei, une jeune tisseuse, la Belle qui verra en lui plus qu’une Bête. Celle qui, sans doute, saura lui rendre son cœur de chair. Cependant Brume de Rivière, fille-fée jalouse et manipulatrice, intrigue dans l’ombre contre leur bonheur.
Pendant presque quinze siècles, rivalités et amour s’entrecroisent, tissant une histoire de passion, de tendresse et de sacrifice, sur fond de magie et de théâtre.

Mon avis : … Franchement, je suis bien incapable de vous dire grâce à qui ce petit roman est entré dans ma PAL. Grâce à l’un d’entre vous sans aucun doute, qui a lu ce conte merveilleux et en a parlé de telle façon que je n’ai pu y résister en le croisant en rayon. Et je regrette, oh ! que je regrette de ne pas avoir noté dans un coin à qui je devais ce craquage… Parce que cette lecture, mes petits, cette lecture… Je m’en souviendrai longtemps, longtemps, longtemps. Estelle Faye m’a charmée, hypnotisée, envoûtée. J’ai savouré le moindre mot, la moindre ligne, la moindre page. Je l’ai fait durer, durer, pour ne pas la voir se terminer. Et, finalement…
Porcelaine raconte l’histoire de Xiao Chen, jeune garçon fils d’un célèbre potier, vivant dans un village reculé d’un territoire que l’on appellera, bien des années plus tard, Chine. Maudit par un dieu moribond, il sera banni de son village, contraint de rejoindre une compagnie de théâtre… Au cœur de laquelle son nouveau faciès fera sensation : affublé d’une tête de tigre, c’est sur les planches qu’il trouvera son salut…
Voilà un résumé fort abscons, j’en conviens volontiers. Le fait est que le récit est court, et recèle mille surprises. En dévoiler une de trop, et c’est la magie qui s’envole… Et en matière de magie, Estelle Faye sait y faire : en prenant des allures de conte oriental, son récit nous envoûte dès les premières lignes : l’atmosphère y est très particulière, d’une poésie certaine, nous plongeant dans une torpeur hypnotique, les mots s’élevant devant nos yeux sans obstacle pour leur faire barrage. Choisis avec soin, pesés, mesurés, ils ont rapidement eu raison de moi : je suis simplement tombée amoureuse de la plume d’Estelle Faye. De cette façon subtile de faire naitre dans nos esprits les paysages les plus vivants, de dresser en quelques mots le portrait de personnages terriblement vivants. Si la narration impose une certaine distance avec ces derniers (bien que le rôle d’un lecteur soit essentiellement passif, j’ai trouvé que ma lecture était bien plus contemplative que d’ordinaire), je n’en ai pas moins été particulièrement touchée par leur sort : de Xiao Chen à Li Mei, en passant par Brume… La galerie est restreinte, due à l’étendue de la narration (l’action s’étale sur plusieurs centaines d’années), mais cela n’importe que peu : Estelle Faye soigne ses personnages, les rend plus humains que jamais en leur prêtant des sentiments complexes, évoluant au fil du temps et des épreuves. Comment, dès lors, ne pas avoir envie de continuer notre lecture pour connaitre le fin mot de l’histoire ? Entre conte ancestral, récit merveilleux, roman d’amour, vendetta désespérée et hommage au monde du spectacle, Porcelaine se trouve à la croisée des genres… Et cela marche, parfaitement : on s’y plonge avec délectation, trouvant le retour à la réalité bien trop rude.
J’écris sur le vif, ce qui explique peut-être la rapidité de cette chronique : les émotions suscitées par cette lecture tourbillonnent encore en moi, et j’avoue avoir du mal à en démêler l’écheveau. Pour une première lecture de l’auteure, avouons que cela est un succès : je ne m’attendais pas à être tant bouleversée. Ne me reste dès lors qu’à digérer ce récit fantastique, et peut-être, pourquoi pas ? Le reprendre dans quelques temps, pour retrouver cette atmosphère inoubliable, qui me fait désormais rêver de cette Chine ancestrale oh combien mystérieuse…

En bref, une lecture magique. Le conte n’est certes pas le genre que j’affectionne le plus, mais Estelle Faye a réussi le joli coup de me faire abaisser toutes mes barrières en nous offrant une récit merveilleusement bien écrit, peuplé de personnages extrêmement touchants, abordant des thèmes aussi multiples qu’indémodables… Et lui insufflant une foule d’émotions surpuissantes. A lire !


On en redemande !

 

Winter People, Jennifer McMahon

Traduit par Jean-Baptiste Bernet

L’histoire : « J’avais aussi compris qu’il valait mieux éviter de la contrarier. Tantine s’emportait vite et n’appréciait guère qu’on la contredise. Quand quelqu’un refusait de la payer, elle versait une poudre noire tirée d’une de ses bourses en cuir sur sa maison en marmonnant d’étranges incantations. – S’il te plaît, réponds-moi, Tantine. Est-ce qu’on peut faire revenir les morts ? Ai-je insisté en jetant une poignée de têtes-de-violon dans son panier. Elle m’a dévisagée longuement de ses petits yeux noirs, la tête penchée. – Oui, il y a bien un moyen. Les rares qui le connaissent le transmettent à leurs enfants. Et puisque tu es ce que j’ai de plus proche d’une fille, je te transmettrai le secret ». Et si l’amour était vraiment plus fort que la mort ? Et si l’on avait la possibilité de ramener de l’au-delà l’être qu’on aime le plus au monde ?

Mon avis : … Autant vous le dire de suite : ce roman m’a fichu une trouille de tous les diables. OK, il se peut que je sois un peu flippette. Pas avec les monstres, ni même avec les serial killers ou autre réjouissances de ce genre. Mais, dès lors que l’on touche aux revenants et aux présences dans les placards, là, vous perdez le Bouchon ci-présent. J’ai d’ailleurs été mendier du réconfort dans les bras du Chéri, qui a bien sûr trouvé rigolo d’enfoncer le clou. L’amour vache, avez-vous dit ?
Winter People fait partie de ces romans se déroulant sur différentes époques : de nos jours, à travers plusieurs personnes, et en 1904, en se concentrant essentiellement sur Sara, dont nous découvrons les souvenirs de jeunesse en même temps que sa vie actuelle. On comprend bien sûr très rapidement que les deux sont liés, et que le surnaturel y est à l’œuvre. Je nous dévoilerai volontairement pas grand chose sur l’intrigue, le roman étant relativement court… Et la surprise participant à l’ambiance pour le moins particulière du récit. Mais, une question demeure : si vous aviez l’occasion de faire revenir de l’au delà un être particulièrement cher… Le feriez-vous ? En dépit des conséquences ?
Bien que l’ayant commencé jeudi, ce n’est véritablement hier que je m’y suis plongée : j’ai lu les trois quarts restants d’une traite, terrée au fond de mon lit et maudissant quelque peu l’orgueil m’ayant poussée à vouloir le lire, quand bien même je savais pertinemment qu’il me mettrait profondément mal à l’aise. Il faut dire que l’auteure arrive avec brio à mettre en place une atmosphère extrêmement oppressante, pesant telle une chape de plomb sur nos épaules : à la fois mystérieuse et profondément glaçante, elle nous enserre dès le début du récit pour ne plus nous lâcher… Ou presque : si la fin est, elle aussi, duale, elle apporte un semblant de réconfort au lecteur éprouvé. Car, après tout, c’est bien d’amour dont il est ici question, et j’ai trouvé tout à fait intéressant la manière dont l’auteure avait réussi à coupler l’élément sentimental avec l’horreur  du sujet. En un sens, Winter People s’est révélé être d’une poésie certaine, les détails sanglants et morbides n’entachant pas le reste. Une lecture dérangeante, donc, mais poignante, surtout.
Et prenante, bien sûr : une fois véritablement plongée dedans, je n’ai pas su m’arrêter de lire, tant l’histoire me prenait aux tripes : on a envie d’avancer, de savoir, de comprendre. De comprendre, oui, quel est le lien entre Sara et les différentes femmes que l’on rencontre au fil du roman. Car la galerie de portraits est uniquement féminine, ou presque : on sent que les hommes n’ont pas vraiment leur place ici, perclus dans une rationalité par trop embarrassante. L’auteure a-t-elle voulu renouer avec la croyance populaire qui prône une plus grande sensibilité des femmes à l’élément surnaturel ? Possible, mais le principal n’est pas là : Jennifer McMahon nous livre avant toute chose des portraits de femmes très crédibles, certes peu développés de part la taille réduite du roman, mais auxquels on ne peut rester insensible. La détresse de Sara à laquelle fait écho celle de Katherine, les petites Fawn et Gertie, Ruthie… Certains m’ont glacée, d’autres envoûtée : la plume de l’auteure est d’une justesse incroyable et ne fait le moindre faux pas.
Si l’on ne peut pas parler de bon moment, tant elle m’aura collé la chaire de poule, cette lecture m’aura beaucoup, beaucoup marquée. Je n’ai d’ailleurs pas perdu de temps et suis allée directement consulter la bibliographie de l’auteure, en espérant pouvoir me plonger dans l’un de ses autres ouvrages sous peu… Mais avant, il faudra se laisser le temps de digérer celui-ci. Ouf !

En bref, une lecture marquante, dérangeante, prenante. Impossible de rester insensible à ce récit qui m’aura prise aux tripes, fait frémir autant qu’il m’aura ému. À lire !


On en redemande !

Chasseurs de livres, Jennifer Chambliss Bertmann

Traduit par Magali Duez

L’histoire : Un livre caché. Un message codé. La chasse peut commencer. Émily est une passionnée de la Chasse aux livres, un jeu créé par son idole, le célèbre éditeur californien Garrison Griswold. Il s’agit de décrypter des messages codés pour trouver l’emplacement de livres cachés ! Mais lorsqu’elle emménage avec ses parents à San Francisco, patrie de la Chasse aux livres, elle est choquée d’apprendre que M. Griswold a été agressé alors même qu’il allait lancer une nouvelle quête livresque d’une ampleur inédite. À elle et à ses amis de jouer !

Mon avis : Et j’inaugure ma première lecture du nouveau label R Jeunesse ! Il faut dire que ce petit Chasseurs de livres avait de quoi m’intriguer : j’adore ces livres qui parlent… De livres 🙂 Je n’ai donc pas tergiversé longtemps avant de me décider à tenter ma chance : l’appel fut trop fort !
Nous rencontrons Emily, jeune fille passionnée de littérature… Et de mystères : grande amatrice du fabuleux jeu Book Scravenger, qui consiste à cacher/trouver des livres en résolvant diverses énigmes, elle vient juste d’atterrir à San Francisco. Les déménagements, d’ailleurs, ça la connait : ses parents se sont mis en tête d’habiter dans les cinquante États que compte le pays. Une vie difficile à assumer pour notre jeune héroïne, et loin d’être évidente pour qui veut se faire des amis ! C’est donc sans trop de conviction qu’Emily emménage dans sa nouvelle demeure : peut-être y resteront-ils un an, tout au plus… Mais un an, c’est déjà ça : car la ville se trouve être le chef-lieu de son idole, le merveilleux Garrison Griswold, créateur de Book Scavenger… Qui s’apprête, d’ailleurs, à lancer un nouveau jeu. Malheureusement, un accident le plonge dans le coma, retardant ainsi pour une durée indéterminée le lancement tant attendu. Alors qu’Emily se retrouve par hasard sur le lieu du drame, elle trouve un livre. Un livre caché, derrière une poubelle. Quelqu’un l’a-t-il mis là intentionnellement  ? Ou s’agit-il de quelque chose de plus mystérieux encore… ? Commence pour elle la plus grande enquête qu’elle ait eu à mener…
Je n’irai pas par quatre chemins : j’ai beaucoup, BEAUCOUP aimé. Oui oui oui ! Ce petit roman ne payait pas de mine, et je me demandais sincèrement ce que ça allait donner : j’avais même un peu peur, peur de m’ennuyer, de ne pas m’en sortir. Et finalement… Que nenni ! J’y ai trouvé une aventure rythmée et passionnante, portée par une héroïne ma foi fort attachante : impossible de ne pas se retrouver dans cette jeune fille un peu perdue, mais oh combien touchante ! Et puis… Comment ne pas trouver un écho à notre propre passion dans l’amour qu’elle porte aux livres ? Bref, j’ai adoré.
L’intrigue commence doucement, et pour ne rien vous spoiler je resterai volontairement vague : notre petite Emily trouve donc ce fameux livre et, convaincue de tenir là le nouveau jeu de Garrison Griswold, va se lancer à corps perdu dans la résolution de l’énigme qui doit s’y trouver cachée. S’y lancer… Mais pas seule : car la première surprise de ce déménagement, c’est son nouveau voisin, James… Garçon aussi excentrique que malin, il va se révéler être d’une compagnie de choix pour ce mystère délicat. Autant vous dire que le binôme fonctionne parfaitement ! J’ai retrouvé à travers nos deux héros la fraicheur d’une enfance pas tout à fait enfuie, et cette capacité qu’ont les plus jeunes à se lier d’une amitié sincère en quelques heures à peine. Nos deux compères se prennent donc rapidement au jeu, et nous avec : le récit se dévore en quelques heures, que nous passons le sourire aux lèvres et l’adrénaline au corps. Car, le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne manque pas de rythme ! Les péripéties s’enchainent sans crier gare, et la fin arrive sans qu’on l’ai vue venir : j’avoue que j’en aurais bien lu davantage 🙂 Fort heureusement, je crois que ce volume n’est que le premier d’une longue série : je ne suis pour ma part pas prête de décrocher de ce merveilleux jeu auquel je m’adonnerais moi-même bien !
Vous l’aurez donc compris : je suis tombée sous le charme de ce roman jeunesse, qui séduira les plus jeunes pour son abord facile, son côté très rythmé, ses personnages facilement identifiable et son intrigue séduisante… Mais aussi les plus grands, qui se laisseront facilement prendre au jeu de cette enquête trépidante. Mes doutes n’avaient donc pas lieu d’être : on en redemande !

En bref, un premier tome tout à fait convaincant pour une série jeunesse qui démarre fort ! Les petits lecteurs amateurs d’énigmes y trouveront leur compte : Chasseurs de livres nous fait assurément passer un bon moment !


On en redemande !