Projet Polaris, Shannon Messenger (Gardiens des Cités Perdues #5)

Traduit par Mathilde Tamae-Bouhon

Couverture par Jason Chan

L’histoire : Après un passage mouvementé par Exillium, l’école réservée aux bannis, Sophie et ses amis sont de retour à l’académie Foxfire, où la jeune Télépathe n’est pas la seule, cette fois, à bénéficier de la protection d’un garde du corps. Car certains masques sont tombés : les nouveaux membres du Cygne Noir, ainsi que leurs familles, sont plus que jamais en danger… D’autant que les Invisibles, ces rebelles qui menacent les Cités perdues, multiplient les attaques. Tandis que la tension monte avec les ogres, forçant les elfes à accepter des changements drastiques de leurs modes de vie, notre petite troupe tente d’en découvrir plus sur le plan de l’ennemi. Sophie ne dispose pourtant que de maigres indices…

Mon avis : … C’est fou. C’est fou, parce qu’à chaque fois que j’ouvre un nouveau tome de Gardiens des Cités Perdues, je me dis « Ok, cette fois-ci elle ne peut pas faire mieux ». Et à chaque fois que je lis la suite… Et bien si, elle peut le faire. Et cette fois-ci, Shannon Messenger ne se contente pas de faire mieux : elle s’est tout simplement surpassée. Chaque tome fut pour moi une révélation : je tenais enfin là une série jeunesse à même de me faire vivre les mêmes émotions que j’avais ressenti à la lecture d’Harry Potter Et avec celui-ci, c’est le coup de foudre : plus l’on avance dans l’intrigue, et plus Shannon Messenger peaufine ses détails. Plus elle soigne ses personnages, plus ceux-ci font partie intégrante de nous-mêmes : Sophie, bien sûr, mais également Fitz, Keefe, Dex, Diana, Tam, Linh, Sandor, Edaline, Grady… Et j’en passe, tellement, tellement. Ils sont si… Vivants, humains, attachants ! Je deviens un peu plus orpheline à chaque fois que je suis contrainte de les quitter, et je donnerais tout pour avoir la suite de leurs aventures sous la main… Et ce, d’autant plus quand arrive la fin, et la manie proprement horrible de l’auteure de finir ses tomes de la pire manière qu’il soit.
Oui, j’avais quitté le quatrième tome en larmes. Je ne vous ferai pas de résumé, pour ne pas spoiler ceux d’entre vous n’ayant pas encore eu l’occasion de découvrir cette petite pépite de série, mais nous reprenons là où nous terminions l’opus précédent : des bouleversements de taille s’étaient produits, et les chocs multiples avaient été longs à absorber. Nous découvrions plus avant les projets du Cygne Noir et des mystérieux Invisibles, tout en en apprenant davantage sur Sophie et son étrange génétique. Nous rencontrions de nouveaux héros, qui ne tardaient pas à nous frapper en plein cœur. Bref, une nouvelle fois, nous vivions véritablement notre lecture. Et à l’aube de ce cinquième tome… Toutes les émotions qui nous avaient précédemment submergés reviennent en force : l’étau se resserre, et avec lui le nœud qui oppresse notre gorge. Nous retrouvons avec joie nos héros, mais ne pouvons nous empêcher de nous demander… Que va-t-il leur arriver, cette fois-ci ? Va-t-on avoir les réponses à nos questions ? Le début du roman, d’ailleurs, est fort intrigant : en faisant référence à une scène ultérieure, je n’ai pu m’empêcher d’imaginer que l’auteure souhaitait là nous montrer, peut-être, l’un des pouvoirs encore non éveillés de Sophie. Car, de quoi s’agit-il ? D’un rêve prémonitoire de notre héroïne, ou d’un simple passage rapporté par un narrateur omniscient, qui n’existe pourtant pas dans le reste du roman ? Mon intérêt s’est donc éveillé de suite, comme je m’y attendais… Pour ne plus s’éteindre : malgré la taille du bébé, Shannon Messenger mène son intrigue tambour battant et ne nous laisse aucun répit : on aurait envie de le dévorer d’une traite, quitte à y passer la journée. J’en ai d’ailleurs lu une bonne moitié d’affilée, me mettant carrément en retard pour le boulot : impossible de le lâcher et, de fait, de voir le temps défiler à la vitesse de l’éclair. Qu’à cela ne tienne : je l’ai repris le soir même, terminant la cinquantaine de pages restantes… Et me mettant derechef à pleurer, tant Shannon met d’ardeur à bouleverser tout ce que nous prenions pour acquis, à mettre un violent coup de pied dans la fourmilière. J’avais bien compris, avec le tome précédent, qu’aucun de nos personnages chouchous n’étaient désormais plus en sécurité. Mais… De là à imaginer cela… Bref.
C’est donc totalement absorbée que j’ai dévoré ces presque 700 pages, contenant bien mal la tempête d’émotions faisant rage à l’intérieur de mon crâne. Car, à ceux qui ne l’auraient pas encore compris, GdCP est loin, loin de n’être qu’une saga jeunesse : Shannon Messenger ne laisse aucunement place à la facilité, ni dans son intrigue, ni dans la construction de ses personnages, ni dans la mise en place de son univers. Bien au contraire, tout cela se complexifie à mesure que l’auteure nous plonge plus avant dans sa série. Oui, elle reste accessible à un public jeune, du moins les premiers tomes. Mais elle est également à même de plaire aux plus grands, tant elle est complète : je reste toujours impressionnée du degré de détails que l’auteure nous livre, même si j’aimerais bien entendu en connaitre plus : j’imagine volontiers des tomes deux fois plus épais 🙂 Si vous hésitiez, donc, par peur de vous frotter à quelque chose de trop simpliste, sachez que vos doutes n’ont pas lieu d’être : cette série est passionnante, simplement. Et ce cinquième tome surpasse tout, mes espoirs comme mes attentes. Je viens tout simplement de dévorer un concentré de bonheur, d’émotions, de tristesse, de violence, d’amour. Et je crois… Que je vais avoir beaucoup, beaucoup de mal à passer à autre chose.

En bref, COUP DE COEUR !!! Mais enfin… VOUS ATTENDEZ QUOI POUR VOUS LANCER ?!!


COUP DE CŒUR !

Sénéchal, Grégory Da Rosa – La gouaille d’un Jaworski, le sadisme d’un Katz !

Illustration de couverture réalisée par Lin Hsiang

L’histoire : Lysimaque, la Ville aux Fleurs, fière capitale du royaume de Méronne, est encerclée et menacée par une mystérieuse armée. Et pour le sénéchal Philippe Gardeval, ce n’est que le début des ennuis. Suite à l’empoisonnement d’un dignitaire de la cité, il découvre que l’ennemi est déjà infiltré au sein de la cour, dans leurs propres rangs ! Sous quels traits se cache le félon ? Parmi les puissants, les ambitieux et les adversaires politiques ne manquent pas ; le sénéchal devra alors faire preuve d’ingéniosité pour défendre la ville et sa vie dans ce contexte étouffant d’intrigues de palais.

Mon avis : Jouons un peu, voulez-vous ? Comme ça, à brûle pourpoint, à votre avis… L’ai-je aimé, ce petit ? L’ai-je lu d’une traite ou, au contraire, l’ai-je trainé durant un temps interminable ? L’ai-je trouvé excellent, ou ennuyeux au possible ? Alors, ALORS ? Ceux parmi vous me connaissant bien auront bien évidemment trouvé la réponse : en me rappelant inévitablement deux de mes auteurs favoris (aka Jean-Philippe Jaworski et Gabriel Katz, Bonjour Vous !), Grégory Da Rosa a simplement tapé dans le mille : j’ai A-D-O-R-É. Mieux, je l’ai fourré dans les mains de Chéri sitôt terminé, en lui intimant de l’emmener lors de son prochain service, afin qu’il lui tienne compagnie durant ses pauses. Parce que, ce qui fait la force de Sénéchal, c’est qu’il reste tout à fait accessible (à des lecteurs ne lisant pas forcément beaucoup, ou beaucoup de fantasy) tout en nous présentant à la fois une intrigue vraiment bien ficelée, un univers original, des personnages croqués à merveille et une plume… Une PLUME ! Et pourtant, au début, j’en ai eu peur, de cette plume. En plaçant son récit dans un cadre médiéval, Grégory Da Rosa a voulu y coller au mieux en adoptant un style volontairement suranné. Impossible de passer à côté ! Et, pendant les premiers instants de ma lecture, j’avoue avoir redouté qu’il en fasse trop. Que cela finisse par parasiter notre attention.
Force est de dire que… Non, absolument pas. Tout au contraire, même : passés les premiers instants d’adaptation, on se laisse totalement bercer par les mots de l’auteur, ceux-ci accompagnant à merveille un récit passionnant. Loin de forcer le trait, j’ai trouvé au contraire qu’il tombait tout à fait juste, créant une atmosphère particulièrement tangible, prégnante. Et oui ! Sénéchal fait bel et bien partie de ces livres qui auront su éclipser à mes yeux le monde extérieur, m’embarquer en quelques secondes à chaque fois que je me plongeais dans leurs pages. Et c’est fort, pour un premier roman ! Parce que, on peut franchement se le demander : si c’est aussi bon maintenant, qu’est-ce que ça donnera quand l’auteur aura eu l’occasion de peaufiner encore son talent ?
Parlons de l’histoire, donc. Le roman s’ouvre en fanfare : le Sénéchal Philippe Gardeval est réveillé abruptement par l’Architecte Rodenteux, ce dernier le sommant de se rendre au plus vite à la Cour… La ville étant assiégée. Par qui, qui, comment, pourquoi : la suite nous le dira. Mais nous plongeons dès lors, aux côtés de notre héros, dans un trou sans fond infesté de serpents : trahisons, complots, Grégory Da Rosa fait la part belle à la politique, tissant une toile d’araignée aux moult ramifications, d’une ampleur que l’on ne fait qu’imaginer. Très vite, l’on apprend qu’un traitre (et sans doute davantage) se terre dans les murs de la ville. Mais qui ? Le Sénéchal va devoir le découvrir… Sous peine de se retrouver, lui aussi, sur la liste des suspects. Et… Et c’est passionnant ! Force est de le dire, rien que les manigances politiques m’ont fascinée. On cherche nous aussi, on essaie d’y voir clair dans ce jeu de dupe, sans franc succès. J’ai aimé avancé aux côtés de nos personnages, frémir avec eux devant l’immensité de l’armée ennemie et redouter, moi aussi, ce piège dans lequel ils ne tarderont pas à tomber. Alors, que dire quand l’auteur intègre à son récit un élément fantastique ? Un vrai de vrai ? En développant une véritable mythologie tout autour ? Quelque chose de vraiment original, qui détonne VRAIMENT de ce que l’on trouve habituellement en fantasy ? Et bien, on dit… On dit… BRAVO ! Bravo, et merci ! Parce que son récit n’en devient que plus fascinant, que plus prenant. On se dit que, décidément, entre les personnages qui sont hyper bien croqués (j’ai évidemment beaucoup aimé Sénéchal et sa gouaille toute particulière, mais aussi Roufos, la princesse… Qui m’intrigue d’ailleurs beaucoup, BEAUCOUP), l’intrigue qui tient bien la route et le background bien plus travaillé que ce à quoi je m’attendais… Grégory Da Rosa a vraiment bien fait son boulot : j’ai trouvé Sénéchal tout bonnement EXCELLENT.
MAIS. Mais, car oui, il y a un mais. Et un mais de taille. Excellent, donc, MAIS… avec une fin qui m’a fait HURLER. Trépigner, rager. Taper des poings. J’ai bien failli envoyé valdinguer mon roman, tant ce monsieur a fait preuve de sadisme. CAR OUI, MESDAMES ET MESSIEURS. C’EST DU SADISME. PARFAITEMENT ! C’est du sadisme de faire une fin comme ça, sans crier gare, et sans avoir le deuxième tome sous la main. Parce qu’on LE VEUT, CE DEUXIÈME TOME. VOUS M’ENTENDEZ, MONSIEUR L’AUTEUR ? ON.LE.VEUT. ET VITE. (Et après, on dira que je suis autoritaire, voire un peu effrayante. Pfeu)
Allez, pardonnons. Pardonnons à ces auteurs impies qui n’ont pas une seule seconde de compassion pour leurs pauvres lecteurs. Pardonnons, et prions pour que ce cher Grégory Da Rosa ait du temps, suffisamment de temps pour nous offrir, vite, des nouvelles de nos héros. VITE. Donc.

En bref, un premier tome qui m’a beaucoup, beaucoup plu : l’auteur mène très, très bien sa barque, et nous offre un récit rythmé, prenant et doté d’une bonne dose d’originalité. Vite vite vite ! La suite !


Coup de cœur !

Les loups chantants, Aurélie Wellenstein – « Dans la neige immaculée de la Sibérie »…

Couverture par Aurélien Police

L’histoire : Yuri appartient à un clan d’éleveurs de rennes. Il vit dans un village entouré par un perpétuel blizzard. Il y a un an, son amour, Asya, a disparu dans la tempête, attirée par les hurlements hypnotiques des loups chantants. Bien que tout le monde la croie morte, le garçon espère qu’elle soit toujours en vie, quelque part, de l’autre côté du blizzard. Un jour, la soeur de Yuri, Kira, contracte un mal étrange : son corps se couvre de glace. Pour le chaman du clan, la jeune fille est maudite par le dieu de l’hiver ; elle est bannie, et condamnée à s’enfoncer seule dans le blizzard. Mais une amie, Anastasia, rejette farouchement ce verdict surnaturel. Selon elle, il s’agit d’une maladie soignable à la capitale, par la chirurgie. Déterminés à tout tenter pour sauver Kira, Yuri et Anastasia prennent leurs traîneaux à chiens pour emmener la jeune malade à la capitale. Mais aussitôt partis à travers le blizzard, les loups les prennent en chasse.

Mon avis : … Cela fait des mois que ce roman me faisait envie. Depuis mai dernier en fait, lors des Imaginales, quand j’en ai entendu parler pour la première fois. Et puis, vous savez ce que c’est : l’occasion ne s’est pas présentée, le temps a passé… Bref. Mais quand il a fallu faire une petite liste de livres qui me feraient potentiellement très (très très très) plaisir pour mon anniversaire, c’est tout naturellement qu’il s’est rappelé à moi. Il ne fallait dès lors plus que la chronique de Joyeux Drille pour me persuader de ne pas le laisser trainer trop longtemps dans ma PAL…
Yuri vit avec sa sœur, Kira, au cœur d’un village perdu de Sibérie. Entouré d’un Blizzard impénétrable durant tout l’Hiver, celui-ci est comme coupé du monde : seule rôde aux alentours une meute de loups aux pouvoirs psychiques dévastateurs… La même meute ayant emportée la compagne de Yuri un an auparavant. Alors que le jeune homme peine encore à faire son deuil, le sort semble de nouveau s’acharner sur lui : Kira tombe subitement malade, atteinte d’un mal des plus étranges : sa peau se recouvre peu à peu de glace. Impuissant, le chaman du village la déclare condamnée et les somme de partir. Accompagnés d’Anastasia, leur amie infirmière, Yuri et Kira vont se lancer sur les pistes pour gagner la grande ville et espérer, ainsi, trouver un remède. Mais en quittant l’abri relatif de leur foyer, nos trois compagnons se mettent à la merci des loups… Voire pire.
Brrrr… J’en ai encore des frissons ! Après avoir passé deux jours en pleine toundra, je peux vous dire une chose : ce roman est certes court, mais non moins percutant. Hypnotique, même, à l’image de la superbe couverture réalisée par Aurélien Police : bien que mon rythme de lecture soit relativement lent ces derniers temps, je n’ai pu m’empêcher d’en dévorer les lignes. Et je sens, maintenant que l’heure est venue de vous en parler, qu’il me sera difficile de vous offrir quelque chose de construit : j’ai été tout à fait bouleversée par ce récit. Profondément marquée par son atmosphère délicieusement sombre, qui s’est emparée de moi aussi sûrement que rapidement. Envoûtée par ces paysages incroyables, à la beauté aussi indéniable que dangereuse…
Ouvrir Les Loups Chantants, c’est plonger dans un univers immaculé. Un univers proche (si proche !) du notre, et pourtant totalement différent. Un univers où la science n’a pas sa place, et laisse le pas aux croyances anciennes, où magie brute et pratiques occultes règnent sans partage. Le début du roman ne nous laisse guère de répit : entre la découverte de la maladie de Kira, leur bannissement du camp et le début de leur voyage ne s’écoulent que quelques pages, par ailleurs cruciales : Aurélie Wellenstein donne le ton de son récit dès les premières lignes., nous faisant comprendre qu’elle ne donnera ni dans la complaisance de façade, ni dans la surenchère inutile. Le rythme ralentit ensuite, épousant parfaitement l’intrigue : nos trois héros se lancent alors sur les chemins enneigés de Sibérie, avec pour seule compagnie leurs chiens de traineaux… C’est simple : l’auteure nous plonge si bien dans son roman que nous entendons presque les patins crisser sur la neige, le vent souffler à nos oreilles et le halètement tendu de la meute. Plus l’on avance dans notre lecture, et plus l’atmosphère devient oppressante, plus cette sensation d’inéluctabilité devient prégnante : la présence des loups se fait de plus en plus menaçante, de plus en plus perturbante. J’en suis venue à me demander si tout cela n’était pas un rêve, une manipulation de la psyché de Yuri par les loups… Depuis le début. Si le roman n’était pas rose jusqu’ici, la tension laisse peu à peu le pas à l’horreur : sans jamais en faire trop, l’auteure arrive parfaitement à instiller une aura terrible à son récit, nous donnant des sueurs froides incroyables. Une scène, notamment, m’a beaucoup marquée : nos trois héros se sont abrités au cœur d’une église, au sein d’un village fantôme. Je ne vous en dirai rien d’autre, mais voilà : cela finit en bain de sang. Et jamais, jamais l’auteure ne donne dans le gore ou les détails sanglants. Tout est suggéré à demi mot et… Que c’est puissant ! J’ai passé cette scène dans un état de semi-conscience, moi-même plongée au cœur du charnier. Une chose est certaine : la plume d’Aurélie Wellenstein m’a soufflée. Vraiment.
On lit, donc, et l’on ne peut qu’admirer la profondeur que l’auteure a su donner à son récit. S’en dégage des thèmes forts, qu’elle a su traiter avec doigté et justesse : le deuil, bien sûr, à travers la figure de Yuri (se lance-t-il dans ce voyage pour guérir ou, au contraire… ? Il y a de quoi s’interroger), mais également la question de la bestialité, cette figure mi-homme mi-bête (les loups ne sont jamais décrits comme tels, mais davantage comme des bêtes hybrides, telles des sirènes du grand Nord), et cette opposition entre croyances ancestrales et science, passé et futur… Et le poids, justement, de cette magie que l’on voudrait parfois réduire à de simples superstitions. J’ai d’ailleurs vu dans la fin un petit clin d’oeil à Cernunnos, Dieu gaulois coiffé de bois ‘_’
Vous l’aurez donc compris (du moins, je l’espère !), ce roman m’a tout bonnement passionnée. J’en ressors à contrecœur, mais surtout admirative du travail de cette auteure que je ne connaissais jusqu’à présent pas. Fort heureusement… Le Roi des Fauves est là !

En bref, coup de cœur (encore !) pour ce one-shot à la force incroyable. En instillant à son récit une inéluctabilité qui nous horrifie, Aurélie Wellenstein capte notre attention et ne la lâche plus : sa plume est magique, et son sens de l’intrigue admirable. A LIRE !


Coup de coeur !

Duologie Eon : un voyage en terre dragons, par Alison Goodman

Couvertures par Sammy Yuen Jr.
Traduits par Philippe Giraudon

L’histoire : Sous l’autorité de son maître, Eon s’est entraîné à manier le sabre et maîtriser les figures magiques. Il espère être choisi comme apprenti par l’un des douze dragons énergétiques qui protègent le pays, et acquérir ainsi, en devenant Oeil du Dragon, un extraordinaire pouvoir. Mais Eon porte un dangereux secret: il est en réalité Eona, jeune fille de 16 ans, déguisée en garçon. Plongée dans un monde plein de traîtrises et de manifestations magiques, Eona est au coeur d’une lutte à mort pour le trône impérial. Avec l’aide de ses amis, trouvera-t-elle la force de combattre ?

Mon avis : Parlons-en enfin, de cette série qui m’aura tenue en haleine ces deux dernières semaines ! Si le délai peut paraitre long (bien qu’ils ne soient pas tout fins, je pense que je les aurais dévoré en l’espace de quelques jours), je n’en ai pas moins grandement (GRANDEMENT) apprécié ma lecture : après avoir terminé le premier opus, j’étais même bien incapable de ne pas attaquer derechef le second. Il sera donc question de la série complète !
Eon est un jeune garçon de douze ans. Comme ses onze camarades, cela fait maintenant plusieurs années qu’il se prépare à la dure cérémonie au cours de laquelle l’un d’entre eux sera choisi par le Dragon Rat, l’un des douze dragons célestes. Quelques heures à peine qui pourraient changer toute leur vie : en devenant apprenti de l’Oeil du dragon actuel, un immense pouvoir et une reconnaissance sans limite s’ouvriraient à eux.  Mais Eon a un lourd secret : alors qu’il porte chaque jour le poids de l’accident qui l’a laissé estropié à vie, il doit en plus cacher sa véritable identité : Eona, jeune fille de 16 ans. Un secret qui pourrait lui valoir une mort aussi subite que violente, dans cette société où les femmes sont cantonnées aux places les plus basses…
Franchement, FRANCHEMENT, après avoir lu Lady HelenJe ne regrette absolument pas de m’être lancée à l’assaut de la première série d’Alison Goodman : j’ai A-D-O-R-É ma lecture. Si je vous avouais lire assez peu de romans prenant place en plein 19e siècle, que dire de la Chine médiévale ? C’est simple, dans mon souvenir… Ce n’est jamais arrivé. Et ce n’est pourtant pas faute d’être curieuse ! Mais voilà, l’occasion ne s’est pas présentée… Jusqu’à maintenant, donc. Et quel plaisir ! Quel plaisir d’avoir ce petit goût de jamais vu ! C’est simple : tant dans son intrigue que dans son univers, l’auteure n’a cessé de me surprendre. J’ai lu avec passion, et ce dès les premiers chapitres : elle a su captivé mon attention en quelques lignes, et la conserver sur toute la longueur. J’ai adoré découvrir le monde d’Eon, en apprendre davantage sur ces mystérieux Dragons Célestes et leur histoire. Alison Goodman n’est pas avare de détails, à quelque niveau que ce soit : on s’immerge dans son récit avec une facilité incroyable… Et on le reste tout du long : l’intrigue ne cesse de gagner en intensité. Les premiers chapitres, d’abord, où l’on apprend le lourd secret d’Eon. Et les suivants… Sur lesquels je ne vous dirai bien évidemment rien, pour ne pas vous gâcher la surprise. Mais les rebondissements vont bon train, et l’on se surprend ne nombreuses fois à retenir notre souffle : que va-t-il advenir de notre héroïne ? Je dois avouer avoir pressenti une bonne partie des évènements du premier tome : non que l’intrigue soit cousue de fil blanc, mais si l’on est attentif… L’auteure laisse suffisamment d’indices pour deviner de quoi il retourne (je pense notamment au mystère du Dragon Miroir, ainsi qu’au livre Rouge indéchiffrable). Pour autant, cela n’a pas entaché ma lecture, tout au contraire : je me suis simplement régalée. Il faut dire qu’Alison Goodman crée une héroïne très crédible : entre fêlures, doutes et peurs, Eona m’a beaucoup touchée. Elle est loin, loin d’être parfaite, mais cela ne compte que peu : son courage et sa détermination, malgré les lourdes épreuves auxquelles elle fait face, forcent l’admiration. J’ai beaucoup aimé le fait que l’auteure n’atténue pas le poids de sa condition de femme : à partir du moment où la supercherie est dévoilée (car elle le sera inévitablement, on le comprend très vite), le comportement de tous est transfiguré : dégoût, déception, convoitise… La jeune femme se retrouve au cœur d’une tempête qu’elle aurait bien été en peine d’imaginer. Là où on aurait fait preuve d’indulgence pour un homme, on suspecte de suite traitrise et mensonges… Quelques scènes m’ont ainsi donné envie de hurler de frustration ‘_’ Et c’est d’autant plus poignant qu’elle n’a, au fond, rien véritablement demandé… Mais je vous laisse découvrir tout cela 🙂
Le second tome, au contraire, ne m’a pas laissé entrevoir quoi que ce soit : j’ai lu avec avidité, plus que curieuse des évènements à venir. D’autant plus quand ceux-ci prennent une allure… Dangereusement séduisante. Car oui, il y a bien de la romance (que les cœurs d’artichauts se rassurent !), même si elle n’a clairement pas la place la plus importante ici. Disons que c’est… Un petit plus qui n’a pas été pour me déplaire. L’atmosphère générale du roman devient plus sombre : les derniers évènements du premier opus avaient de toute façon donné le ton. Les scènes brutales ne sont pas rares, et l’auteure n’hésite pas à sacrifier certains de ses pions : je vous mentirais si je disais que mon coeur ne s’était jamais serré T.T Car si l’auteure soigne particulièrement son personnage central, les autres ne sont pas pour autant en reste : entre l’Empereur, Ryko, Dela, Rilla… Fiou ❤️
Vous l’aurez compris, j’ai passé un moment hors du temps avec ces deux romans : j’ai vraiment été subjuguée par cette atmosphère si particulière , fascinée par cet univers à la mythologie incroyable.  Alison Goodman m’a emportée avec sa plume immersive, et c’est avec grand regret que je tourne cette dernière page… Coup de cœur, donc !

En bref, coup de cœur pour cette duologie qui aura su me captiver durant près de deux semaines : les amateurs de fantasy et de Chine médiévale y trouveront leur compte, tant l’auteure mêle les deux univers avec brio. C’est passionnant, séduisant, captivant : ON ADORE !


Coup de cœur !

Quelques minutes après minuit, Patrick Ness – Ou comment apprendre à se retenir de pleurer.

Traduit par Bruno Krebs
Couverture réalisée par  Jim Kay

L’histoire : Depuis que sa mère est malade, Conor redoute la nuit et ses cauchemars. Quelques minutes après minuit, un monstre apparaît, qui apporte avec lui l’obscurité, le vent et les cris. C’est quelque chose de très ancien, et de sauvage. Le monstre vient chercher la vérité.

Mon avis : … Je crois que je tiens là mon premier coup de cœur de l’année, les amis. FRANCHEMENT. Je ne connaissais absolument pas la plume de Patrick Ness (ce n’est pas faute d’avoir certains de ses romans dans ma PAL, ceci dit), ni ses univers de prédilection, ni rien du tout. Et puis, j’ai vu la bande annonce de l’adaptation de ce petit roman. Et j’ai croisé sa superbe version illustrée. C’est comme si… Vous savez, comme si je le voyais ABSOLUMENT partout. Comme si la Terre entière avait décidé de comploter contre moi afin de me tenter plus que de raison. Fort heureusement pour moi, Noël ne fut pas sans me rapporter quelque pécule. J’ai donc sauté sur l’occasion et l’ai subrepticement glissé dans mon panier… Et m’y suis plongée quasiment de suite (ce qui ne m’était pas arrivée depuis DES MOIS. Vous vous souvenez, de ce plaisir simple ? Acheter un livre et le lire de suite ? FIOU ❤️). Et… Enfin, il est d’une telle FORCE !
Le pitch est le suivant : Conor O’Malley a treize ans. Un si jeune âge, et pourtant, il en a déjà trop vu : habitant seul avec sa mère, il doit l’aider à combattre au quotidien le cancer qui l’éteint peu à peu. Si les journées sont terribles, les nuits ne sont guère mieux : assailli de cauchemars, le jeune garçon n’en peut plus. Quand une nuit, un monstre apparait à sa fenêtre, Conor n’est guère surpris : Son imaginaire a déjà fait bien pire. Mais pourtant, tout est différent, cette fois-ci : le monstre lui racontera trois histoires, pas une de plus. Et après, Conor devra dire la vérité. Quelle vérité ? Celle qu’il cache au plus profond de son âme, celle qu’il prend bien soin de dissimuler à tous, y compris à lui-même…
Comme souvent, je ne savais pas à quoi m’attendre, n’ayant pas lu la 4e de couverture. Je ne savais pas quels sujets seraient abordés, j’ignorais tout des deux cents pages que j’avais dans les mains. Et, une fois encore… Tant mieux : je dois dire que j’aime terriblement commencer une lecture avec un œil neuf 🙂 Pour dire vrai, j’avais tout de même une petite appréhension quant à l’épaisseur de la bête : j‘avais peur que l’auteur ne réussisse pas à nous embarquer dès le début dans son récit, qu’il nous faille patienter de longs chapitres avant d’être happés. Et finalement… Pas du tout. Patrick Ness nous livre en vérité un récit d’une puissance énorme, qui a balayé mes interrogations dès les premières lignes. Je ne vais pas dire que j’ai adoré suivre Conor, que j’ai aimé avancer à ses côtés. De même, je ne pourrais pas dire que j’ai adoré ce roman. Je ne peux pas, parce que je l’ai terminé le cœur au bord de l’explosion, les lèvres serrées et les larmes au bord des yeux, concentrée pour ne pas éclater en sanglots devant Malo. Ceci dit, je crois qu’il a tout de même compris que quelque chose ne tournait pas rond, puisque j’ai eu droit à un énorme câlin. Du genre « t’inquiète maman, ça va aller ». En fait, ce roman m’a carrément bouleversée. Et c’est en vous faisant part de mon sentiment sur la page FB du blog que j’ai pu me rendre compte que j’étais loin d’être la seule à l’avoir vécu ainsi : c’est d’un roman coup de poing dont je vous parle, un roman qui m’a fait l’effet d’une tornade ravageant l’ensemble de mes sentiments. Peut-être est-ce parce que le sujet me touche particulièrement, peut-être est-ce parce que l’auteur est particulièrement doué. Peut-être est-ce parce que sa plume est d’une poésie incroyable, peut-être est-ce parce que son personnage central m’a terriblement émue. Peut-être est-ce tout ça à la fois, et plus encore : on parle ici d’un roman que certains voudraient réserver aux ados, mais qui est parfaitement à-même de toucher les plus grands, parce que le sujet en lui-même n’a pas d’âge : l’amour, la douleur, la perte d’un être cher, la mort, la vie. Je l’ai lu, fascinée, sentant mon ventre se contracter peu à peu, ma gorge se serrer, mes mains se crisper. J’ai perdu mes moyens face à lui, et n’ai cessé d’y penser depuis : je peine d’ailleurs à m’investir dans une autre lecture.
Un petit roman, donc, mais d’une efficacité folle, d’une puissance immense. Comme souvent dans ce genre de cas, je vous ai davantage parlé de mon ressenti que du roman en tant que tel mais… Il n’y a rien à dire d’essentiel, sinon qu’il vaut vraiment la peine d’être lu. Ne vous y préparez pas et plongez-y le cœur grand ouvert, les émotions au vent. Promis, vous ne resterez pas de marbre ❤️

En bref, coup de cœur. Le premier de l’année, pour un petit roman ne payant pas de mine mais se révélant être une véritable petite pépite de poésie. N’hésitez plus : lisez-le !


Coup de cœur !

Phobos #3, Victor Dixen

Tome 1
Tome 2
Phobos – Origines

L’histoire : Fin du programme Genesis dans
1 mois…
1 jour…
1 heure…

Ils sont prêts à mentir pour sauver leur peau.
Ils sont les douze naufragés de Mars. Ils sont aussi les complices d’un effroyable mensonge.
Les spectateurs se passionnent pour leur plan de sauvetage, sans se douter du danger sans précédent qui menace la Terre.
Elle est prête à mourir pour sauver le monde.
Au risque de sa vie, Léonor est déterminée à faire éclater la vérité. Mais en est-il encore temps ?
Même si le compte à rebours expire, il est trop tard pour renoncer.

Mon avis : Mais mais maiiiiis…. MAIS C’EST QUOI CE BOUQUIN ?! Troisième tome, troisième coup de cœur – si tant est que Victor Dixen m’en ai laissé un, de cœur. J’accumule les lectures sadiques, et cela se ressent : j’avance le regard vide, tel un zombie privé de sentiments. Alors, avant de spoiler à tout va, un petit mot pour tous les malheureux n’ayant pas encore découvert cette série : FONCEZ. Foncez, parce que vous avez là trois romans qui se DÉVORENT, trois romans qui nous embarquent dans la plus folle des aventures, trois romans qui bouleversent, captivent, passionnent. Trois romans qui ont fait battre mon cœur à mille à l’heure, et que je ne saurais que trop recommander à quiconque souhaite passer un moment hors du temps.
Ceci étant dit… Bouchez vos oreilles, vous qui n’avez pas encore lu les deux opus précédents, et fermez vos yeux : le spoil est tout près ! Nous retrouvons nos pionniers là où nous les avions laissés : Léonor en pleurs, encore sous le choc de la révélation fracassante de Marcus. Le jeune homme, loin d’être le joli cœur qui nous avait précédemment fait fondre, s’était en réalité révélé être le pire des menteurs, arriviste à souhait et prêt à tout pour arriver à ses fins. De quoi mettre dans tous leurs états nos héros, que l’on se le dise. La situation est donc plus que tendue, à l’aube de ce troisième opus : que faire de Marcus, qui aurait pu tous les sauver s’il ne s’était pas montré aussi égoïste ? Que penser du retournement -forcé- de veste de Serena, et ce providentiel ascenseur spatial qui pourrait bien les sauver de la prochaine tempête martienne ? Que faire avec la seconde sélection de candidats pour Mars ? Parler, pour sauver treize personnes, et risquer la dépressurisation de la base… Ou se taire,  et les condamner, peut-être, au même sort terrible ? Et surtout, comment continuer à vivre comme si de rien était, sous l’œil inquisiteur des centaines de caméras, quand la mort rôde bien plus près qui quiconque ne peut s’en douter ?
Que l’on se le dise : ce troisième tome fourmille d’interrogations. Cela fait maintenant deux ans que notre cœur bat à l’unisson de ceux de nos prétendants, et l’heure du dénouement a sonné : entre rebondissements (certains n’en sont pas, pour ceux ayant lu Origines… Mais rassurez-vous : vous aurez largement de quoi faire avec le reste) et retournements de situations totalement imprévus (j’ai beaucoup, beaucoup aimé ce que faisait l’auteur avec le personnage de Serena, notamment)(je hais cette femme autant qu’elle me laisse sans voix), il m’a été particulièrement difficile de stopper ma lecture : bien que ce soit un joli pavé, il n’a pas fait long feu, vous pouvez me croire. Victor Dixen instille une tension particulièrement perfide, nous laissant pendus à ses mots et à son imagination : que nous réserve-t-il encore ? J’ai donc lu, lu et encore lu, encourageant mes collègues à faire de même (et, force est de dire que le lire à trois n’a pas la même saveur qu’en le lisant seule) : totalement prise dans les rets tendus par Victor Dixen, je n’ai pu empêcher mon cœur de s’emballer follement, oubliant jusqu’au monde extérieur… Et chutant cruellement, à la toute fin du roman : y aurait-il donc un quatrième tome, dont je n’ai été informée ? Parce que ce n’est plus une porte ouverte qu’il laisse, mais une arche ! D’après mes recherches, il semblerait qu’il envisage en effet une suite… Ou, plutôt, le début d’un nouveau cycle (quand on voit comment celui-ci se termine, on peut comprendre). Soyez rassurés, tous ! Nous n’avons pas fini d’en entendre parler 🙂
Je vous le disais : j’ai lu ce troisième opus d’une traite, ou presque. Je suis restée immergée de bout en bout dans l’atmosphère du roman, comme hypnotisée par une intrigue ne manquant pas de piquant. Si j’avais écrit ma chronique sitôt ma lecture terminée, elle aurait donc été peuplée de OOOOOH et de AAAAAAH, de ?!!!!!! et de #*¨?!! »(§#. Par manque de temps, cela n’a pas été possible… Et cela m’a donc permis de réfléchir un peu à ce que je venais de lire. Cela m’a permis, surtout, de comprendre pourquoi ce troisième tome avait tant fait parler : entre déceptions et coups de foudre, il a en effet déchainé les passions. Si de mon côté le coup de cœur ne se dément pas, je dois bien reconnaitre – à mon grand dam- qu’il n’est exempt de défauts. En vrac, parlons de :
– certains passages un peu « niaiseux », intervenant à la toute fin du roman (pour ceux ayant déjà lu cet opus : le dernier dialogue entre Léonor et Marcus, et la déclaration d’Harmony à Andrew) : j’ai trouvé leur mise en place assez maladroite, faisant descendre l’intensité du moment plutôt que l’inverse.
– Le changement radical de comportement des pionniers face à Serena : mais sont-ils tous stupides, ou bien ? Si je n’y est pas prêté grande attention sur le moment, cela m’a tout de même fait l’effet d’une piqûre urticante : agaçant au possible. Qu’ils cessent donc de faire les girouettes et se posent deux minutes pour réfléchir un peu -_-
– Le manque d’approfondissement sur l’environnement : Mars offrait un tel potentiel ! Il y avait tant à faire, notamment avec cette « chose » mentionnée dans le deuxième tome ! Et là… Bref, je trouve ça dommage de s’être concentré quasiment exclusivement sur les pionniers et les membres du programme sur Terre, le récit perdant quelque peu son petit côté thriller.
Autant de petits points que l’on passe aisément sous silence lors de notre lecture, tant celle-ci est prenante, mais qui reviennent nous tarauder une fois celle-ci terminée : je ne pouvais donc pas les occulter dans cette chronique.
Finalement, c’est avant tout curieuse que je termine cette aventure : nous le savons désormais, Victor Dixen n’a pas tout à fait tourné la page du programme Genesis. Qui sait ce qu’il nous réserve pour la suite ? Une chose est sûre, de mon côté : il a réussi le joli coup de me passionner de manière égale sur plus de mille pages, touts romans confondus, et ça… Ce n’est pas donné à tout le monde 🙂

En bref, un troisième tome fort en surprises, qui aura su me tenir en haleine de bout en bout. Malgré ses quelques petits défauts, je le crie donc haut et fort : c’est un coup de cœur !

Coup de cœur !

La main de l’Empereur, Olivier Gay

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Couverture réalisée par Magali Villeneuve (LE TALENT)

L’histoire : Rekk n’a pas eu une enfance facile. Fils bâtard d’un gladiateur et d’une femme mariée, élevé par des prostituées, il est sauvé par son habileté à l’épée. Il se fait à son tour une place dans l’arène et en devient bientôt le champion. Mais Rekk doit poursuivre ailleurs un destin écrit en lettres de sang : l’Empereur en personne l’envoie rejoindre l’armée qui mène en son nom une guerre éprouvante contre les tribus koushites. En compagnie d’hommes démunis et amers, dans l’enfer de la jungle où le danger est partout, Rekk va devenir le bras armé de l’Empereur grâce à ses talents redoutables. Lorsque l’on suscite l’admiration autant que la crainte et la haine, savoir se battre ne suffit pas toujours, et la frontière est ténue entre le héros et le monstre. Qu’arrivera-t-il à Rekk quand sa légende lui échappera ?

Mon avis : ... Je suis assez furieuse, que l’on se le dise. Furieuse, et tout est de la faute de Monsieur Olivier Gay. Monsieur Olivier Gay, qui s’est gentiment dit, un beau jour « tiens, et si j’écrivais un bouquin bien badass ? Un bouquin que l’on aurait envie de lire d’une traite, avec un héros qui déchire tout ? Un bouquin du tonnerre, avec une fin… UNE FIN COMPLÉTEMENT SADIQUE ? » (rajoutez des rires diaboliques en veux-tu en voilà, et je suis sûre que l’on y est presque) Quelques bonnes nuits blanches, une illustratrice d’enfer et hop ! Bibidibabidibou, La main de l’empereur est né. Lancé sur les marchés, disposé sur les étals, à la portée du moindre lecteur innocent. Qui succombera, évidemment, à cette merveilleuse couverture et au résumé alléchant. Qui lira, lira, lira… ET PLEURERA.
Nous suivons l’histoire de Rekk. De ses débuts, alors qu’il n’est que le simple fils d’une prostituée, évoluant au milieu des gladiateurs de la caserne dans laquelle il vit… jusqu’au jour où il quitte l’arène, un titre de champion collé au front… Et trop lourd à porter. Réputé invincible, ses combats n’attire plus personne, ou presque : l’Empereur reste un de ses plus fervents admirateurs. Et cela tombe bien : il a justement un travail pour lui. Un travail salissant, à l’autre bout du monde, un travail pour lequel ses talents d’épéiste et son habileté à éviter la mort lui seront précieux : il n’a rien de moins… Qu’une guerre à gagner.
J’ai ADORÉ. Ben oui ! Même si je me suis mise à rager sitôt la dernière page tournée, même si j’ai eu de prendre l’avion pour aller secouer Olivier comme un prunier, et EXIGER d’avoir la suite. Parce que question cliffhanger, le bonhomme s’y connait… Et n’y va pas de main morte : cette fin est tout simplement diabolique. DIABOLIQUE. Il faut dire, aussi… Que je me suis faite avoir comme une bleue. J’ai laissé mon cœur parler et mes sentiments s’envoler, s’envoler, jusqu’à ce que… BLAM, DANS TA FACE. Mais ce Rekk, ce Rekk ! Si certains d’entre vous l’ont découvert dans Les épées de glace ou dans Le Boucher (qu’il va falloir que je me procure d’urgence), je l’ai pour ma part rencontré pour la première fois avec ce roman. Dont l’intrigue se situe, si je ne m’abuse, avant celle du précédent roman de l’auteur : vous pouvez donc tout à fait commencer par celui-ci, cela n’est en aucun cas gênant. Mais, méfiance ! Prévoyez une bonne journée de repos le jour où vous souhaiterez vous lancer, sans distraction aucune : ce petit bijou ne demande qu’à se lire d’une traite. J’ai été totalement séduite dès les premières pages, Olivier s’attachant à mettre en valeur tous les éléments constituant un excellent roman de fantasy : l’univers est bien posé, et prend facilement corps sous nos yeux attentifs. C’est tout juste si je ne ressentais pas les grains de sable de l’arène sous mes pieds, la morsure violente du soleil sur ma peau, et la touffeur moite de la jungle Koushite m’oppresser horriblement…  Si le cadre est plutôt traditionnel, il n’en reste pas moins très crédible, et offre un écrin de qualité pour une intrigue de haut vol. En un mot comme en cent, Olivier Gay fait preuve d’une efficacité qui force l’admiration : du début à la fin, on suit avec passion le destin de ce jeune homme si particulier. Les premiers chapitres, loin d’être seulement introductifs, nous donnent déjà le ton de l’ensemble du récit : nous allons lire quelque chose de nerveux, d’extrêmement prenant, qui ne pourra nous laisser indifférent émotionnellement parlant (je me suis pris la première gifle avant d’avoir passé la centième page. C’est dire). Si nous rencontrons Rekk dès son plus jeune âge, c’est véritablement son passage aux mains de l’Empereur -et, donc, sa guerre contre les koushites, peuple en tout point différent de ces Impériaux qu’ils combattent- qui nous préoccupe : j’ai été  passionnée par l’évolution de ce jeune garçon qui ne semblait promis qu’à une mort bien trop prématurée. Je l’ai suivi avec attention, des rues pavées de Mushein aux dangereux sentiers de Koush, bien trop consciente de son statut de pantin entre les mains des puissants. J’ai aimé le voir se débattre, bouleverser l’ordre bien établi des hautes sphères du pouvoir. J’ai aimé la façon dont Olivier ajustait parfaitement ses rebondissements et retournements de situation, nous laissant pantelants, abasourdis, totalement incapables de laisser là notre lecture. Il mène son récit comme un virtuose jouerait un morceau délicat : avec maestria. J’ai aimé tout cela… Mais le roman entier ce serait effondré si la personnalité de Rekk n’avait pas tenu le coup. C’est le risque avec ces récits découlant plus ou moins de l’Heroïc fantasy : si votre personnage principal est un peu pâlichon, cela n’a guère -difficilement, disons- d’intérêt. Sacré challenge, donc, de s’essayer au délicat exercice de portraitiste ! Et… Aucune inquiétude à avoir : Rekk a tout ce qu’il faut où il faut (en tout bien tout honneur)(évidemment). Olivier Gay nous sert sur un plateau un héros que l’on suivrait au bout du monde, suffisamment torturé pour que l’on ait envie de le serrer dans nos bras, mais aussi diablement charismatique, foutrement attachant, un brin impressionnant et tout en nuances, ni vraiment méchant ni tout blanc (et ça, c’est le moins que l’on puisse dire)… Un héros fait d’aspérités et d’arêtes tranchantes, qui m’a laissée le cœur à vif. PARCE QUE CETTE FIN DIDIOU MAIS ENFIN C’EST PAS POSSIIIIIBLE ! Il nous avait déjà ravagé le cœur à mille reprises avant (et que je te dégomme untel, et que je te zigouille unetelle, après avoir pris soin de les rendre siiiiii agréables à côtoyer que tu t’y es attaché de fou), et il nous assène le coup final avec une morgue qui m’aurait arraché quelques larmes si je n’avais été trop préoccupée à taper du pied tel petit Malo réclamant une case supplémentaire de son calendrier de l’avent. Me voilà donc réduite à cela : renifler lamentablement devant mon bouquin en songeant à ceux que je pourrais lire tout de suite là maintenant pour retrouver notre cher Rekk (et Dareen… DAREEN), si seulement je les avais dans ma bibliothèque (enfin, c’est quand même fou ça, j’en ai bien trois ou quatre cents, mais je ne suis pas FOUTUE d’avoir LE livre dont j’aurais besoin à cet instant précis). ÊTES-VOUS FIER DE VOUS, M’SIEUR GAY ?! L’ÊTES-VOUS VRAIMENT ?!! Parce que moi, si j’étais vous, j’aurais bien, bien honte. Je filerais tête basse écrire la suite de mon roman, et plus vite que ça. Avec un petit sourire en coin, parce que, quand même… C’EST FOUTREMENT BON !

En bref, COUP. DE. CŒUR. Enfin, évidemment, quoi ! Le personnage central est totalement parfait, et la cohorte de personnages secondaires ne l’est pas moins. L’intrigue est magistrale, et ne nous laisse pas une seconde pour reprendre notre souffle. Et la plume de l’auteur, la plume ! Oui, j’aurais pu lire des heures de plus sans me lasser. Mieux : j’aurais voulu lire des heures de plus, afin de conserver un semblant d’équilibre mental. Parce que là, je n’ai qu’une question en tête : OÙ EST LA SUITE ?!