Winter People, Jennifer McMahon

Traduit par Jean-Baptiste Bernet

L’histoire : « J’avais aussi compris qu’il valait mieux éviter de la contrarier. Tantine s’emportait vite et n’appréciait guère qu’on la contredise. Quand quelqu’un refusait de la payer, elle versait une poudre noire tirée d’une de ses bourses en cuir sur sa maison en marmonnant d’étranges incantations. – S’il te plaît, réponds-moi, Tantine. Est-ce qu’on peut faire revenir les morts ? Ai-je insisté en jetant une poignée de têtes-de-violon dans son panier. Elle m’a dévisagée longuement de ses petits yeux noirs, la tête penchée. – Oui, il y a bien un moyen. Les rares qui le connaissent le transmettent à leurs enfants. Et puisque tu es ce que j’ai de plus proche d’une fille, je te transmettrai le secret ». Et si l’amour était vraiment plus fort que la mort ? Et si l’on avait la possibilité de ramener de l’au-delà l’être qu’on aime le plus au monde ?

Mon avis : … Autant vous le dire de suite : ce roman m’a fichu une trouille de tous les diables. OK, il se peut que je sois un peu flippette. Pas avec les monstres, ni même avec les serial killers ou autre réjouissances de ce genre. Mais, dès lors que l’on touche aux revenants et aux présences dans les placards, là, vous perdez le Bouchon ci-présent. J’ai d’ailleurs été mendier du réconfort dans les bras du Chéri, qui a bien sûr trouvé rigolo d’enfoncer le clou. L’amour vache, avez-vous dit ?
Winter People fait partie de ces romans se déroulant sur différentes époques : de nos jours, à travers plusieurs personnes, et en 1904, en se concentrant essentiellement sur Sara, dont nous découvrons les souvenirs de jeunesse en même temps que sa vie actuelle. On comprend bien sûr très rapidement que les deux sont liés, et que le surnaturel y est à l’œuvre. Je nous dévoilerai volontairement pas grand chose sur l’intrigue, le roman étant relativement court… Et la surprise participant à l’ambiance pour le moins particulière du récit. Mais, une question demeure : si vous aviez l’occasion de faire revenir de l’au delà un être particulièrement cher… Le feriez-vous ? En dépit des conséquences ?
Bien que l’ayant commencé jeudi, ce n’est véritablement hier que je m’y suis plongée : j’ai lu les trois quarts restants d’une traite, terrée au fond de mon lit et maudissant quelque peu l’orgueil m’ayant poussée à vouloir le lire, quand bien même je savais pertinemment qu’il me mettrait profondément mal à l’aise. Il faut dire que l’auteure arrive avec brio à mettre en place une atmosphère extrêmement oppressante, pesant telle une chape de plomb sur nos épaules : à la fois mystérieuse et profondément glaçante, elle nous enserre dès le début du récit pour ne plus nous lâcher… Ou presque : si la fin est, elle aussi, duale, elle apporte un semblant de réconfort au lecteur éprouvé. Car, après tout, c’est bien d’amour dont il est ici question, et j’ai trouvé tout à fait intéressant la manière dont l’auteure avait réussi à coupler l’élément sentimental avec l’horreur  du sujet. En un sens, Winter People s’est révélé être d’une poésie certaine, les détails sanglants et morbides n’entachant pas le reste. Une lecture dérangeante, donc, mais poignante, surtout.
Et prenante, bien sûr : une fois véritablement plongée dedans, je n’ai pas su m’arrêter de lire, tant l’histoire me prenait aux tripes : on a envie d’avancer, de savoir, de comprendre. De comprendre, oui, quel est le lien entre Sara et les différentes femmes que l’on rencontre au fil du roman. Car la galerie de portraits est uniquement féminine, ou presque : on sent que les hommes n’ont pas vraiment leur place ici, perclus dans une rationalité par trop embarrassante. L’auteure a-t-elle voulu renouer avec la croyance populaire qui prône une plus grande sensibilité des femmes à l’élément surnaturel ? Possible, mais le principal n’est pas là : Jennifer McMahon nous livre avant toute chose des portraits de femmes très crédibles, certes peu développés de part la taille réduite du roman, mais auxquels on ne peut rester insensible. La détresse de Sara à laquelle fait écho celle de Katherine, les petites Fawn et Gertie, Ruthie… Certains m’ont glacée, d’autres envoûtée : la plume de l’auteure est d’une justesse incroyable et ne fait le moindre faux pas.
Si l’on ne peut pas parler de bon moment, tant elle m’aura collé la chaire de poule, cette lecture m’aura beaucoup, beaucoup marquée. Je n’ai d’ailleurs pas perdu de temps et suis allée directement consulter la bibliographie de l’auteure, en espérant pouvoir me plonger dans l’un de ses autres ouvrages sous peu… Mais avant, il faudra se laisser le temps de digérer celui-ci. Ouf !

En bref, une lecture marquante, dérangeante, prenante. Impossible de rester insensible à ce récit qui m’aura prise aux tripes, fait frémir autant qu’il m’aura ému. À lire !


On en redemande !

 

L’épée brisée, Poul Anderson

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Traduit par Jean-Daniel Brèque

Couverture par Nicolas Fructus (édition Le Bélial’)

L’histoire : Voici l’histoire d’une épée qu’on dit capable de trancher jusqu’aux racines mêmes d’Yggdrasil, l’Arbre du Monde. Une épée dont on dit qu’elle fut brisée par Thor en personne. Maléfique. Forgée dans le Jotunheim par le géant Bölverk, et appelée à l’être à nouveau. Une épée qui, une fois dégainée, ne peut regagner son fourreau sans avoir tué. Voici l’histoire d’une vengeance porteuse de guerre par-delà le territoire des hommes. Un récit d’amours incestueuses. De haine. De mort. Une histoire de destinées inscrites dans les runes sanglantes martelées par les dieux, chuchotées par les Nornes. Une histoire de passions. Une histoire de vie…

Mon avis : Honte à moi, mais je ne connaissais pas ce Monsieur. Poul Anderson, ou l’auteur mis sur un pied d’égalité avec Tolkien par notre bien aimé Michael Moorcock… Ce qui n’est pas rien ! Quand j’ai eu vent de la sortie en poche de L’épée brisée, j’ai donc sauté sur l’occasion d’améliorer ma culture SFFFesque et découvrir ce grand classique (écrit en 1954, comme La communauté de l’anneau !). Qui n’aura d’ailleurs pas fait long feu, puisqu’il fut expédié en deux soirées. Si peu !
Ce récit nait d’une vengeance. D’une vengeance terrible, venant d’une femme s’étant promis d’anéantir toute une lignée. De deux garçons, l’un homme élevé parmi les elfes, l’autre troll changelin, mis à sa place à la tête d’une fratrie fort prometteuse. C’est également l’histoire d’une épée. Du réceptacle de tant de violence que l’on ne peut que frémir en la contemplant, d’une promesse de mort et de destruction. C’est enfin une ode à la mythologie scandinave, une véritable Geste dans toutes les règles de l’art, une presque tragédie grecque, une œuvre foisonnante et extrêmement riche, à qui l’on concède volontiers le titre de précurseur en matière de fantasy. Tout ça !
J’avoue avoir toujours un peu peur en me lançant dans des romans datant de plusieurs dizaine d’années, et plus particulièrement quand il s’agit de fantasy. Étant habituée aux codes plus récents du genre, je n’y trouve parfois pas ce que je recherche. Pour autant… L’épée brisée m’a passionnée. Fascinée, même. Poul Anderson nous offre un récit tout à fait épique, aux allures de fable historique. Que ne donnerais-je pour l’entendre conté au coin d’un feu ! Avec un plaid bien chaud et de quoi empêcher mes mains de trembler, parce que l’atmosphère est simplement glaciale : non pas que je n’en attendais moins de la part du mentor du père d’Elric, mais nous sommes ici plongée dans une Fantasy des plus dark, où les personnages – qu’ils soient centraux ou secondaires, à quelques exceptions près- n’ont ni limites, ni morale : que nous sommes loin du ton parfois bon enfant employé par Tolkien ! Si la comparaison est immanquable, elle n’en souligne que mieux les différences de ces deux œuvres majeures. Là où l’une plaçait l’espoir en première ligne, la seconde nous plonge dans un univers noir où la loi du plus fort règne en maitre, où chacun manipule l’autre, pour tous se retrouver sur l’échiquier de dieux pas beaucoup plus moraux que leurs fidèles. Une ambiance que l’on ressent par ailleurs extrêmement bien dans la couverture imaginée par Nicolas Fructus (d’où le fait que j’ai préféré mettre celle-ci plutôt que celle de ma propre édition) : violence, trahisons et descriptions sans complaisance sont au programme, et nous frémissons devant cette intrigue tout sauf édulcorée.
Côté univers, je vous le disais, Poul Anderson mêle Histoire et Fantasy avec brio : Angleterre, Normandie ou encore Écosse sont ainsi explicitement nommées, son intrigue se déroulant manifestement aux alentours du Xe siècle, au cœur des raids du peuple Vikings. S’invitent alors Trolls, Elfes, Nains et autres Gobelins, mais également Thor, Odin, Loki et consorts. C’est tout une mythologie que nous retranscrit ici l’auteur, et j’avoue avoir été particulièrement sensible au talent dont il fait preuve pour rendre tout cela plus que plausible. On s’y croirait presque, là, tranquillement installés sur notre canapé.
Que vous soyez amateurs de mythologie scandinave, en quête d’un roman au souffle épique ou amateurs de Dark Fantasy, vous y trouverez donc votre compte : L’épée brisée ne dépasse certes pas les 400 pages, mais son poids est indéniable : me voici pour ma part plus que ravie d’avoir enfin découvert cet auteur majeur qui, je l’espère, n’a pas fini de peupler ma bibliothèque !

En bref, un roman qui a su me surprendre et me passionner : Poul Anderson est sans conteste l’une des figures majeures de la fantasy anglo-saxonne, sa patte se retrouvant dans bien des œuvres plus récentes. Mêlant Dark Fantasy, mythologie nordique et véritable fresque épique, L’épée brisée est un incontournable du genre !

On en redemande
On en redemande !

Brasier, Brandon Sanderson (Cœur d’acier #2)

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Traduit par Mélanie Fazi

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Premier tome : Cœur d’acier

L’histoire : Cœur d’Acier est mort et Newcago est libre. La disparition du tyran aurait dû rendre la vie plus simple, et pourtant David se pose des questions. Mais personne à Newcago ne peut lui offrir de réponses… C’est à Babylon Restored, autrefois Manhattan, gouvernée par la mystérieuse Épique Regalia, qu’il peut espérer les trouver. Se rendre dans une ville oppressée par un nouvel Épique despote est une entreprise délicate, mais David est prêt à courir le risque. Parce que tuer Cœur d’Acier a laissé un trou dans sa vie, à l’endroit où sa soif de vengeance se nichait autrefois. Ce manque a été comblé par une autre Épique : Brasier, que les Redresseurs ont un jour connue sous le nom de Megan. Et David est prêt à se lancer dans une quête plus dangereuse encore que son combat contre Cœur d’Acier pour la retrouver.

Mon avis : Flamme ! MAIS POURQUOI L’AI-JE LU AUSSI VITE ?! Et pourquoi, POURQUOI la suite n’est-elle pas encore sortie ? Je ne peux plus. Brandon, toi et moi, c’est du sérieux, tu le sais… ALORS FAIS UN EFFORT ET ÉCRIS, DIDIOU ! Trêve de plaisanteries : Livresse me l’avait dit, et cela s’est vérifié. Ce deuxième tome est encore plus CANON que le premier, tant dans la déferlante d’émotions qui ne manquera pas de vous submerger que dans l’intensité de l’action, rendant le bouquin simplement INLÂCHABLE. Voilà. Quoi, vous en voulez encore ? Gourmands !
Pour nos petits amis n’ayant pas encore lu le premier tome, permettez-moi de faire un résumé relativement abscons : si le premier tome se déroulait à Newcago, nous embarquons avec celui-ci pour Babilar, alias Babylon Restaurée, anciennement connue sous le charmant nom de… Manhattan. Babilar, donc, envahie par les eaux depuis que Calamité a entaché le ciel, où règne une atmosphère des plus… Étranges. Regalia, une Épique extrêmement puissante, y siège en maitre, contrôlant les eaux et les hommes à parts égales. Si le calme est manifestement revenu en ville, ses mains tâchées de sang comptent par dessus tout : pour les Redresseurs, il faut à tout prix l’empêcher de nuire à nouveau. Même si cela implique de se confronter aux démons de chacun…
… Je le dis et le répète : ce mec est un génie ! Il navigue d’un roman à un autre, d’un univers à un autre avec une aisance incroyable, insufflant toujours à ses récits une force palpable. On est happé, simplement, par ses romans, qui se vivent plus qu’ils ne se lisent. J’avais eu un coup de cœur pour Cœur d’Acier (c’est à se demander comment le contraire pourrait arriver), je réitère avec Brasier : coup de cœur oui, et doublé d’une tragique panne de lecture une fois refermé : je me sens toujours orpheline, en quittant l’un de ses romans. Qui plus est quand je m’attache plus que de raison à ses personnages, qui plus est quand il réduit mon cœur à une masse informe palpitant follement, à la merci de ses moindres caprices d’auteur. Oui ! Je n’ai plus aucune barrière quand il s’agit de B.S., et l’assume totalement. FAITES DONC CE QUE VOUS VOULEZ DE MOI ! 😭
Enfin, passons. Ce deuxième tome… Fiou ! Quelle atmosphère ! Quelle ambiance ! Bien sûr, le premier opus nous laissait sur des charbons ardents. Et celui-ci gagne encore en intensité : ayant pris une toute autre tournure depuis Newcago, le combat des Redresseurs contre la violence des Épiques n’en est que plus dangereux. Et ce d’autant plus qu’ils les comprennent de mieux en mieux, eux et… Leurs faiblesses. Les révélations pleuvent, et notre inconscient s’affole : où donc l’auteur nous entraine-t-il ? L’action est, comme toujours, menée tambour battant : aucun instant de répit n’est à signaler, rendant toute pause bien délicate. Comment, vous espériez le savourer ? Impossible, mes chers petits, IMPOSSIBLE ! Brasier se dévore, et c’est comme ça. Vous en voulez plus ? Nous sommes deux, veuillez bien le croire.
Côté cadre, j’ai ADORÉ Babilar. Ce paysage fait d’eau et de verdure, où les arbres poussent dans les immeubles quand les hommes vivent sur les toits dans des campements faits de bric et de broc, où les couleurs chatoient et les fruits luisent dans la nuit… Les descriptions sont folles, et j’en aurais voulu davantage. Là où Newcago était faite d’acier trempé, froide et impersonnelle, Babilar est… Vivante. Vivante, mystérieuse, et un brin… Angoissante, il faut le dire. Je n’ai évidemment pas boudé mon plaisir de voir nos héros évoluer dans un tel environnement, aux possibilités plus que multiples : la ville devient un véritable personnage à part entière, un personnage que l’on meurt d’envie de connaitre plus avant. Et dire que, comme les autres, celui-ci nous réserve bien des surprises… Serait un bel euphémisme.
A chaque page que l’on tourne, à chaque phrase que l’on lit, l’étau se resserre. J’ai lu la peur au ventre, consciente de l’issue inexorable vers laquelle le roman se dirigeait. Et l’ai terminé, oscillant entre joie et désespoir, mais surtout parfaitement inconsolable de devoir attendre, et attendre encore pour connaitre la suite. Que voulez-vous que je vous dise ? Je suis addict. Définitivement, purement, et simplement.

En bref, LISEZ-LE ! Lisezlelisezlelisezle. Parce que l’univers est génialissime, que l’intrigue est parfaite, que le fond et la forme sont en totale harmonie, et que le récit est bourré d’humour. ENFIN, QUOI, LISEZ-LE !

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Coup de cœur !

Chroniques d’un rêve enclavé, Ayerdhal

Chroniques dun reve enclave

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L’histoire : « Le Dogme est une hiérarchie qui entend ordonner le monde à sa convenance, sous prétexte que l’individu n’en est qu’une infime partie. Alors il dicte ce qu’il convient pour chacun sans qu’il revienne à tous la même part. Il flatte les puissants afin de croître dans leur ombre. Il rassure les faibles afin qu’ils s’en tiennent à leur impuissance. Le Dogme est une machine à conserver le monde en l’état.
Qui, à part les puissants, peut s’en contenter ? » Face aux rois, aux nobles, au clergé, à une Ghilde obsédée par sa richesse, les habitants de Macil, accablés par le poids de l’impôt, luttent contre la famine et les pillards. Sur la Colline, quartier de cette cité médiévale, règnent recruteurs, faiseurs de dîme et de gabelle. Un curieux pèlerin, vagabond visionnaire que les Collinards appelleront « Parleur », va y introduire les rêves de justice d’un poète assassiné.

Mon avis : Deuxième roman d’Ayerdhal, deuxième… Coup de cœur ! Il faut dire que le monsieur a une gouaille irrésistible, et que les sujets qu’ils abordent me touchent profondément.
Cette fois-ci, c’est un roman à la croisée des genres qu’il nous offre, pas vraiment fantasy mais ne se déroulant pas non plus dans notre monde… Un récit centré sur une ville, sur un quartier. Comme chaque hiver, la disette n’épargne pas Macil, les puissants se terrant dans leurs demeures et laissant les plus pauvres mourir de faim et de froid. Mais cette année, sur la Colline, on s’organise : Parleur, un pèlerin arrivé depuis peu et aux idées avant-gardistes, va convaincre son entourage que le changement est possible. Qu’en s’organisant au mieux, l’hiver sera moins meurtrier. Et pour cela, une solution : couper la Colline du reste du monde et vivre en autarcie complète…
C’est simple : Ayerdhal nous livre ici le récit de la mise en place d’une utopie. Nous avertit des dangers de l’individualisme, et nous éduque à un autre mode de pensée. C’est beau, cruellement beau, et j’ai été subjuguée par ses paroles. Loin d’une fantasy banale et plutôt creuse, l’auteur nous offre un roman d’une force palpable, qui aura réussi plus d’une fois à me tirer des larmes… Mais qui ne parlera sans doute pas à tout le monde : très politiquement engagé, il se peut que ce texte vous laisse sur le bas-côté s’il ne touche pas une corde sensible chez vous.
En ce qui me concerne, je me suis vraiment immergée dans le quotidien de ces héros ordinaires, de ces hommes aux idées folles et pourtant si séduisantes. J’ai lu avec émotion et avidité, trouvant dans ce récit une société bien plus en phase avec mes opinions qu’aucune autre.. Et toujours, toujours hypnotisée par la sublime plume d’Ayerdhal. Plus encore que Demain, une oasis, j’ai trouvé à ce texte une résonance tout à fait personnelle, comme si l’auteur s’y était investi plus encore que dans ses autres romans. A travers les mots de Parleur, les vers de Karel, c’est le visage de notre conteur qui se dessine, rendant notre lecture encore plus puissante. C’est court, poignant, beau. Émotionnellement surpuissant, et terriblement d’actualité, quand bien même écrit il y a de ça plusieurs années.
Après cette lecture, je dois bien avouer que je ne regrette qu’une seule chose : ne pas avoir d’autres romans de l’auteur sous la main pour poursuivre mon exploration de sa bibliographie. S’ils sont tous du même acabit… Nul doute que mon cœur n’a pas fini de saigner ❤️

En bref, Ayerdhal nous livre ici le récit de la construction d’une utopie, un récit poignant, qui m’aura véritablement bouleversée. Ses propos m’ont énormément parlé, et j’ai lu avec passion, découvrant une nouvelle facette de cet auteur qui nous manquera tant ❤️

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Coup de cœur !

Demain, une oasis – Ayerdhal

Demain une oasis

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L’histoire : Médecin à Genève, vie tranquille, que pouvait-il craindre ? Deux limousines, un coup de frein, des portières qui claquent, un pistolet-mitrailleur, deux beignes, une cagoule et des jours dans une cave sous perfusion et somnifères… Un kidnapping. A son réveil, il se retrouve quelque part dans un village africain. Un commando humanitaire lui en confie la responsabilité. Sécheresse, famine, terrorisme : dans une Afrique qui se meurt, c’est en cherchant le sens du mot justice qu’il trouvera celui de sa vie.

Mon avis : Un mot : Wahou. Je n’avais jamais rien lu d’Ayerdhal, ne connaissant de lui -et vaguement, encore- que cette figure d’auteur engagé et en colère, volontiers anticonformiste et ne mâchant pas ses mots. Avec ce court roman, je me suis pris… Une claque, et magistrale. Publié en 1992, il est pourtant cruellement d’actualité, criant de vérité et sans concession avec la nature humaine : Ayerdhal nous met le nez dans nos travers, nous y plonge tout entier.
Demain, une oasis, est un roman d’anticipation. Pas d’indication de temps, de date : nous sommes dans le futur, un futur proche, point. Le monde est plus que jamais coupé en deux : l’écart entre le Nord et le Sud est devenu gouffre, et tandis qu’une partie du monde s’est lancée à la conquête de l’espace, l’autre ne survit qu’à grand peine, plongeant toujours un peu plus dans une misère sans limite. Le héros, que l’on appellera l’Interne, est médecin à Genève. Coincé dans une vie monotone qui lui convient à défaut d’autre chose, il va se retrouver embarqué dans la plus grande aventure humanitaire jamais tentée : kidnappé, malmené, transporté… Mal en point, il se réveille dans un village africain. Un village qu’il va devoir faire tenir debout, dont il va devoir soigner les habitants. Mais sur cette terre où l’espoir n’existe plus, où il n’est plus question de vivre mais de survivre, sur cette terre que les occidentaux ont pris bien soin d’oublier pour mieux dormir la nuit, l’Interne va rapidement comprendre que ce n’est plus une simple lutte qu’il y a à mener, mais un combat à mort…
Il n’y a pas à dire : Ayerdhal appuie là où ça fait mal, et le fait parfaitement bien. En jouant sur les contrastes, il nous offre une vision du monde de demain à la fois cruellement réaliste et abominablement inhumaine, où la science a fait monter les uns au septième ciel quand elle a enterré les autres six pieds sous terre. Dans ce monde où humanitarisme et terrorisme sont inextricablement liés, l’Interne va perdre ses belles illusions et ses œillères, comprenant enfin que le confort de quelques uns se fait au détriment de la vie de plusieurs millions. On lit, on sent notre ventre se tordre et notre gorge se serrer : bien sûr que c’est déjà le cas. Bien sûr, que nous oublions volontiers la misère de ces dizaines de millions de pauvres hères, quand nous sommes installés confortablement chez nous, notre Mac acheté à crédit sur les genoux, notre bébé bien nourri sur son tapis de jeu. On lit, et on saisit : que si l’on ne fait rien, bien sûr que le futur décrit dans ce roman court et percutant sera le notre. Et les larmes coulent, évidemment.
Demain, une oasis a remporté le Grand prix de l’imaginaire en 1993, et il est on ne peut plus mérité. Parce qu’en plus de faire un texte engagé, parce qu’en plus de nous offrir une prise de conscience, il le fait merveilleusement bien : sa plume est magnifique. Alors, si je n’avais qu’un conseil à vous donner… Prenez quelques heures de votre temps, et lisez-le. Simplement, lisez-le.

En bref, un récit poignant et criant de vérité, sonnant parfaitement juste et merveilleusement bien écrit. Vous n’en ressortirez pas indemne si vous vous y plonger mais, croyez-moi : cela en vaut largement la peine.

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Coup de cœur !

Les chants de Felya, Laurent Genefort

Les chants de Felya

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L’histoire : Aux confins de l’univers se commettent les pires atrocités. Sur Felya, une planète d’extraction minière, la puissante compagnie FelExport exploite toutes les ressources à sa portée : minérales, animales, végétales… et humaines. Pour les tribus indigènes, divisées, toute résistance est vaine. Que peuvent des lances contre des tanks ? Elles passent sous le joug de FelExport les unes après les autres : les hommes rejoignent les rangs de son armée, les femmes ses bordels.
Puni pour avoir enfreint les coutumes de son peuple, le jeune Lorin doit prouver son attachement aux siens. Dans sa quête, il va rencontrer Soheil, de la tribu des tailleurs de sel. Tous deux vont devoir mettre de côté leurs différences s’ils veulent survivre aux épreuves qui les attendent. La rébellion, l’espoir attendu par toute la planète, n’est peut-être pas loin… Une fresque de science-fiction qui n’est pas sans rappeler les œuvres de Stefan Wul et de Jack Vance.

Mon avis : Si je ne m’étais encore jamais frottée à la plume de Laurent Genefort, ce nom n’est pour autant pas inconnu au sein de ma PAL : Omale, son récit le plus célèbre, y a effectivement ses entrées. Mais c’est avec Les chants de Felya que j’ai décidé de découvrir son imaginaire, aux côtés de mon petit Chat préféré ❤️
Pour s’être montré trop curieux envers les Vangk et leur technologie, Lorin, jeune pêcheur de fer, doit prouver sa bonne volonté. Contraint de passer plusieurs jours dans les landes fumeuses, il aura ensuite pour mission de retrouver sa tribu grâce au labyrinthe tatoué sur son visage. Mais les méandres de celui-ci lui réserve bien des surprises… Dont une, aux yeux arc-en-ciel : Soheil, tailleuse de sel de naissance et escopalienne d’adoption, chassée par les siens et bien décidée à survivre dans un monde hostile où les Vangk se sont emparé de la moindre ressource exploitable… Et pourraient donc voir en eux une main d’œuvre de choix.
Le pitch de départ m’avait beaucoup, beaucoup plu : oserai-je dire que cela n’était pas sans me rappeler Avatar ? Allez, j’ose : le fait est que cela m’intriguais. Étant plus adepte de fantasy que de SF, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, mais je pressentais LA bonne lecture. Et, globalement, ce fut le cas : les idées développées par Laurent Genefort sont fort intéressantes, et l’univers qu’il crée de toute pièce assez fascinant. Les descriptions sont légions, et l’on a finalement aucune difficulté à s’imaginer cette terre où l’indécence de la nature n’a d’égale que celle des hommes, ces Vangk imbus d’eux-mêmes et prêts à tout pour faire du profit, foulant allègrement du pied tout ce qui ose se dresser contre eux.
L’intrigue, elle, se révèle tout à fait prenante : divisée en trois parties, elle n’est pas tout à fait linéaire : si les deux premières se suivent de près et mettent en scène les mêmes personnages principaux (Lorin et Soheil dans la première, Lorin seulement dans la seconde), la troisième se situe plusieurs années en amont et présente une toute nouvelle héroïne… Dont je ne vous dévoilerai pas l’origine 🙂 Ceci dit, j’ai parfois trouvé qu’elle tirait en longueur : les circonvolutions empruntées par l’auteur alliées aux nombreuses (et, force est de dire, fort longues) descriptions ont fait que mon intérêt a finalement quelque peu décliné : la troisième partie, notamment, malgré les très bonnes idées s’y trouvant, m’a laissée songeuse et je ne m’y suis plongée qu’en dilettante, ceci expliquant le temps qu’il m’aura fallut pour venir à bout du roman.
De même, je n’ai pas vraiment réussi à m’attacher aux personnages du roman : si l’univers est particulièrement bien développé, l’auteur met beaucoup moins l’accent sur la psychologie de ses héros… Et cela m’a un peu fait tiquer, moi qui aime particulièrement les portraits fouillés :/ J’ai été touchée par la romance liant nos deux héros, mais sans pour autant ressentir palpitations et papillons dans le ventre : dommage, quand celle-ci est mise en avant tout au long du roman !
Quoi qu’il en soit, j’ai tout de même passé un bon moment, et suis particulièrement contente d’avoir enfin découvrir un bout de l’œuvre de cet auteur. Omale attend bien sagement dans ma PAL, mais nul doute qu’il en sortira bientôt !

En bref, une lecture avec du positif comme du négatif : le background est vraiment intéressant, les descriptions particulièrement évocatrices et les idées développées par l’auteur fascinantes… Mais l’action traine un petit peu en longueur, et les personnages n’ont pas assez de substance à mon goût. Un bon moment tout de même !

Un bon moment
Un bon moment !

La chat

Lockwood & Co, Jonathan Stroud

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Traduit par Jean Esch

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L’histoire : Un terrible fléau s’abat sur Londres : des fantômes s’introduisent dans les maisons, et terrorisent les occupants. Quand ils ne tentent pas de les assassiner. Lucy, talentueuse chasseuse de Spectres, intègre l’agence du déjanté Anthony Lockwood pour une première mission très périlleuse : neutraliser un sanguinaire Duc Rouge dans un sinistre manoir au fin fond de la campagne anglaise. Ajoutez à cela un Escalier Hurleur, une chambre de torture, des squelettes derrière les portes, des agences concurrentes prêtes à tout pour vous nuire et pas une minute pour prendre le thé !

Mon avis : Et bien, en voilà une lecture bien sympathique ! C’est tout d’abord le résumé un peu loufoque qui m’a fait craqué : des chasseurs de fantômes anglais, hein ? Voilà qui promet ! Et ça n’a pas loupé : entre humour et frissons, je n’ai fait qu’une bouchée de ce petit roman qui tombait à pic pour relancer mon appétit livresque 🙂
L’intrigue est plutôt simple : voilà plusieurs dizaine d’années que des Spectres ont envahi le monde des vivants, terrorisant et attaquant les braves gens. Pour contrer le Fléau, des dizaines d’agences ont ouvert leurs portes : équipés de bombes au magnésium et de limailles de fer, les chasseurs de fantômes sillonnent la nuit pour débarrasser la veuve et l’innocent (mais pas que) de ces immondes créatures. Après quelques déboires, Lucy intègre l’agence Lockwood & Co… Elle qui espérait intégrer enfin une agence digne de ce nom, la voilà engagée aux côtés de deux ados complètement déjantés… Pour des missions on ne peut plus périlleuses. Car, qui sait se que cache véritablement ce manoir perdu dans la campagne anglaise ?
Si je connaissais Jonathan Stroud de nom, je ne m’étais pour autant jamais frottée à sa plume. Et, pour une première expérience… C’est réussi ! L’auteur nous sert en effet une intrigue riche en rebondissements, s’assurant dès les premières pages notre intérêt. La plume, sans être particulièrement enlevée, se prête parfaitement à une lecture sans heurt : on apprécie le mélange entre humour pince-sans-rire et action trépidante, avec quelques moments m’ayant donné des sueurs froides. Non pas qu’il s’agisse d’un roman d’horreur à proprement parler : le public visé par ce roman reste relativement jeune. Mais j’avoue que je n’ai pas fait la fière quand Jo s’est approché subrepticement de moi PAR DERRIÈRE (le fourbe), alors que j’étais en train de me ronger les sangs sur un passage particulièrement prenant (et angoissant, un peu. OK, JE SUIS UNE FLIPPETTE). On dira donc ce que l’on veut, mais ce premier tome fut pour le moins… Immersif 🙂
Côté intrigue, les rebondissements sont nombreux et les mystères captivants : d’où viennent ces spectres ? Existe-il réellement des revenants de Type 3 ? Si, dans ce premier tome, la narration se consacre essentiellement aux missions de nos jeunes agents (et qui n’en sont pas moins intéressantes, loin de là), on comprend que les opus suivants prendront soin d’approfondir le background mis en place par l’auteur. Et… J’ai hâte !
Côté personnages, j’ai beaucoup aimé Lucy. On ne connait pas son âge exact (simplement qu’il s’agit d’une adolescente), mais j’ai trouvé cette jeune fille très touchante, manquant parfois de confiance en elle et pourtant dotée d’une grande maturité. Lockwood m’a quant à lui intriguée, de même que George, avec qui j’avais un peu de mal au début… Mais qui est fort, fort remonté dans mon estime par la suite. Les dialogues entre nos trois compères sont savoureux, et c’est avec une pointe non dissimulée de regret que je les ai quittés. Fort heureusement, il ne s’agit que du premier tome d’une (je l’espère) longue série, dans laquelle je me replongerai avec grand plaisir !

En bref, une petite lecture fort sympathique, qui pourra plaire au plus grand nombre : Jonathan Stroud nous offre un récit à la fois drôle et prenant, bourré de mystères et d’actions. Clairement… On en redemande !

 On en redemande

On en redemande !