Un pont sur la brume, Kij Johnson

Traduit par Sylvie Denis

Couverture réalisée par Aurélien Police

L’histoire : Kit Meinem d’Atyar est peut-être le plus doué des architectes de l’Empire. Peut-être… et tant mieux. Car il lui faudra convoquer toutes ses compétences, l’ensemble de son savoir pour mener à bien la plus fabuleuse qui soit, l’œuvre d’une vie: un pont sur le fleuve de brume qui de tout temps a coupé l’Empire en deux. Un ouvrage d’art de quatre cent mètres au-dessus de l’incommensurable, cette brume mortelle, insondable, corrosive et peuplée par les Géants, des créatures indicibles dont on ne sait qu’une chose : leur extrême dangerosité…
Par-delà le pont… l’abîme, et pour Kit une aventure humaine exceptionnelle.

Mon avis : Oups ! Je crois que je commence à accumuler un peu de retard avec cette petite collection ‘_’ Sur les huit novellas sorties à ce jour, je n’en ai lu que… Trois. Dont celle-ci. PAS BIEN ! Ceci étant dit, je ne me sentirais pas capable de les lire tous à la suite : jusqu’à présent, ils m’ont tous offert un moment de lecture bien particulier, que j’ai mis longtemps à digérer. Les textes sont courts, oui, mais non moins puissants : ces écrits sont des portes d’entrée vers de véritables réflexions, et j’aime espacer mes lectures pour leur donner, à chacune, le temps qu’elles méritent. Mais trêve de blabla, venons-en au fait : un roman sur la construction d’un pont est-il à-même de nous transporter ?
Car oui, le sujet est bel est bien là : c’est un chantier que nous suivons ici. Ne prenez pas peur : par de pantalon à demi baissé ou de grossièretés à tout va, nous ne sommes pas à Paris (ceci dit, cela m’aurait rappelé quelques souvenirs). Non, Kij Johnson place son intrigue dans un univers à peine esquissé, et pourtant diablement intrigant : sommes-nous dans dans la SF, dans de la fantasy ? Impossible de le déterminer. Voici ce que nous savons : l’Empire est divisé en deux : un fleuve infranchissable le traverse de part en part, fleuve dont nul n’a jamais vu l’eau : celui-ci est en effet recouvert d’une chape de brume opaque, corrosive et abritant de dangereuses créatures : poissons à la taille variable, géants… Nul ne sait véritablement ce qu’il s’y cache. Pour la traverser, une seule solution : prendre l’un des Bacs effectuant le voyage, sans aucune garantie de survie. C’est dans ce contexte que Kit Meinem d’Atyar, le personnage principal, se rend à Procheville : architecte de renom, la Capitale l’a chargé de la délicate tâche de construire un pont reliant les deux rives. Le chantier est d’envergure, et les dangers multiples… Mais il faudra que Kit apprenne avant tout à connaitre les habitants, ces gens dont il va changer la vie à tout jamais…
J’ai trouvé qu’Un pont sur la brume avait un côté très onirique, très… Posé : nulle scène trépidante ici, nulle bataille avec ces mystérieux Géants… Non, nous suivons le chantier sur près de cinq ans, avec son lot de catastrophes et  d’imprévus… Mais, surtout, nous suivons des femmes, et des hommes. Des destins au bord du précipice, à la croisée des chemins. Ici réside pour moi la grande force de ce récit : en à peine 120 pages, l’auteure réussit le très joli coup de nous faire côtoyer des personnages d’une très grande crédibilité, dotant par là-même son roman d’une sensibilité certaine. Que cela soit Kit, évidemment, ou Rasali, chargée de faire traverser la brume aux voyageurs, ou encore Valo… L’auteure dresse succinctement leur portait, et pourtant, force est d’avouer que nous nous y attachons beaucoup. Comme quoi, nul besoin de longues descriptions ou d’interminables considérations psychologiques pour donner de la force à ses personnages : l’on est portraitiste, ou l’on ne l’est pas.
Vous l’aurez donc compris : l’intrigue a beau être essentiellement contemplative, elle est également prenante. L’édification de ce monument est fascinante, et j’ai été particulièrement touchée de découvrir comment l’œuvre d’un seul homme pouvait autant bouleverser la vie du plus grand nombre. Je pense notamment à Rasali, donc la vie même est intrinsèquement liée à cette brume qui n’aura, bientôt, plus d’impact sur un quotidien qu’elle parasitait totalement jusqu’alors. Une brume qui sera bientôt réduite au rang de détail, quand elle déterminait la vie de plusieurs milliers de gens. Les questions sont multiples, et les réponses ne viennent qu’ensuite : une fois encore, j’ai eu tout le loisir de m’interroger sur ce qu’impliquait ce petit roman. Et… J’ai aimé ça.
Un pont sur la brume est une fenêtre sur un univers fascinant, à propos duquel on aimerait en savoir davantage. Pour autant, l’auteure parvient tout à fait à nous rassasier avec son court roman, nous offrant un texte à la fois riche et puissant, porté par des personnages attachant et une plume poétique. Pour une première fois avec Kij Johnson, c’est une réussite !

En bref, une novella qui aura su me transporter dans un univers à la fois inquiétant et fascinant, traitant d’un sujet que d’aucun pourrait considérer comme barbant. Pourtant, notre lecture est d’une fluidité certaine, et nous la quittons comme à regret, des lambeaux de brume s’accrochant désespérément à notre esprit. Encore !


On en redemande !

L’homme qui mit fin à l’Histoire, Ken Liu

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Traduit par Pierre-Paul Durastanti

Couverture d’Aurélien Police

L’histoire : Imaginez un procédé scientifique révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée. Par une seule et unique personne. Sans aucune possibilité pour l’observateur d’interférer avec l’objet de son observation. Un procédé qui ouvre les portes de la connaissance, de la vérité, sur les périodes les plus obscures de l’histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d’Etat.
Avez-vous déjà entendu parler de l’Unité 731 ? Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le lieutenant-général Shirö Shii, cette unité militaire de recherche bactériologique se livra à l’expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d’un demi million de personnes… Cette invention révolutionnaire va enfin permettre de savoir la vérité sur ces terribles événements, à peine reconnus en 2002 par le gouvernement japonais, et couverts pendant des années par le gouvernement américain.
Quitte à mettre fin à l’Histoire…

Mon avis : Je… Quelle. Claque. Et je l’aurais volontiers hurlée, cette claque, si Ken Liu ne m’avait pas coupé la parole. J’ai terminé son livre voilà un sacré bout de temps, et j’en tremble encore : impossible, d’ailleurs, de passer à autre chose pendant un long moment. J’ai eu beau essayer de me plonger dans n’importe quel roman, j’en revenais toujours à cette nouvelle qui m’a profondément heurtée. Le texte est court, très court, mais il est… D’une puissance folle. C’est un coup de cœur, oui, mais un coup de cœur âpre, qui me laisse un arrière-goût extrêmement tenace sur la langue. Ken Liu m’a simplement bouleversée. Et encore, le mot est faible : ils le seront tous, dans cette chronique. Tous impropres à rendre le tourbillon d’émotions qu’a suscité l’auteur en moi.
Quand j’ai commencé ma lecture, je ne… Franchement, je n’avais qu’une idée extrêmement vague de ce que j’allais y trouver. Oh, j’avais lu quelques chroniques, bien sûr ! Mais je m’étais essentiellement contentée de les survoler, bien décidée à n’entacher ma lecture d’aucun apriori. J’avais donc bien compris que l’auteur mettait en scène deux savants un peu fou, ayant mis au point une machine capable de renvoyer une personne dans le passé, à un instant précis. Et, globalement, avec beaucoup de guillemets… C’est ça. C’est ça, mais de manière très très édulcorée, et très très simplifiée. Sous forme de récit journalistique, nous découvrons donc cette invention révolutionnaire, et son impact sur le quotidien de tous. Car notre héros, Evan Wei, est bien décidé à faire lumière sur l’un des évènements les plus noirs de l’Histoire du conflit Sino-Japonais : son invention sera pour lui le moyen de révéler au grand jour les exactions de la terrible Unité 731, un groupe de travail japonais s’étant livré à l’expérimentation humaine dans le but d’élaborer des armes bactériologiques…
J’ai donc lu. J’ai donc lu, la main devant la bouche et le cœur glacé, retournée par les mots extrêmement durs qu’emploie l’auteur. Son texte est brut, et je ne saurais que trop vous prévenir : les plus sensibles devraient peut-être s’abstenir, et je pèse mes mots. En si peu de temps, Ken Liu nous immerge totalement dans un récit qui ne connait aucun répit, aucune pause. On lit, hypnotisé, incapable de dresser quelque barrière que ce soit devant l’horreur qui s’impose à nous. On lit, on lit, et ses mots nous poignardent telles des lames chauffées à blanc.
Mais ça… Ça, c’était avant que je relève la tête, en plein milieu de ma lecture, et demande à mon père qui, lui, est féru d’Histoire (et plus particulièrement de la période WWII) : « Mais attends… Ce qu’il raconte, là… C’EST VRAI ?! ».
C’est vrai. C’est vrai, et peut-être bien en dessous de la vérité, pour ce que l’on en sait. Cette unité 731, les horreurs qu’elle a perpétré, le silence obstiné du Japon… Tout ça, c’est bel et bien vrai. Alors oui, le petit côté futuriste, tout ça… C’est ce qui fera que cette nouvelle sera classée en SF. Mais, très clairement, Ken Liu opère ici un véritable travail d’historien. Il met, enfin, à la portée du plus grand nombre la connaissance de l’un des évènements les plus tragiques de cette seconde guerre mondiale. L’une des plus grandes hontes de la race humaine.
Autant vous dire que ma lecture, déjà difficile, est devenue carrément éprouvante. Je n’ai plus cherché à retenir mes larmes, qui ont coulé sans discontinuer durant la seconde moitié du récit. Un récit en tout point remarquable, que l’on se le dise : Ken Liu pose les bonnes questions, amorce de multiples pistes de réflexions. Plus j’y songe, et plus j’en suis convaincue : j’ai très, TRÈS rarement lu un roman (ou une novella, dans ce cas-ci) aussi percutant. L’auteur a su trouvé le ton juste, exercice pourtant fort délicat avec un sujet comme celui-ci. Plus qu’un récit de SF, il nous offre une véritable réflexion sur des questions éthiques et morales, faisant de notre lecture une expérience tout à fait particulière, qui dure bien plus que le temps du roman. Je ne m’étais pas aussi concernée par une lecture depuis un moment, comme cela avait pu être le cas, par exemple, avec l’Infernale Comédie de Mike Resnick… à la différence près que L’homme qui mit fin à l’Histoire ne fait pas 800 pages, et que j’en suis ressortie encore davantage bouleversée.
Je ne pourrais donc que vous inviter à découvrir ce texte, qui fait désormais partie des pépites les plus précieuses de ma bibliothèque. L’horreur du sujet n’enlève rien au talent de l’auteur, qui n’a guère plus besoin de faire ses preuves avec moi : je sauterai sur la moindre ses prochaines parutions.

En bref, c’est un coup de cœur. Un coup de cœur qui m’a salement amochée, dont je ne suis qu’à moitié remise malgré le temps qui a passé depuis ma lecture : le sujet est affreux, les mots de l’auteur puissants. A lire, pour savoir, pour se souvenir. Et pour découvrir le génie d’un homme dont on entendra, je gage, bien plus parler à l’avenir.


Coup de cœur… Ou de massue, à voir !

Le Choix, Paul J. McAuley

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Traduit par Gilles Goullet

L’histoire : Ils sont amis depuis toujours, ils ont seize ans ou presque. Damian vit et travaille avec son père, éleveur de crevettes et cogneur d’enfants. Lucas s’occupe de sa mère, ancienne passionaria d’un mouvement écologiste radical clouée au lit par la maladie dans la caravane familiale. Le monde est en proie à un bouleversement écologique majeur — une montée des eaux dramatique et une élévation de la température moyenne considérable. Au cœur du Norfolk noyé sous les flots et écrasé de chaleur, la rumeur se répand : un Dragon est tombé du ciel non loin des côtes. Damian et Lucas, sur leur petit voilier, entreprennent le périlleux voyage en quête du mystérieux artefact extraterrestre, avec en tête un espoir secret : décrocher la clé des étoiles…

Mon avis : Ne vous avais-je pas dit, que je finirais par craquer ? Que je finirais par craquer pour cette superbe collection sortie tout droit de chez Le Bélial, et magnifiquement illustré par Aurélien Police ? SI ! Et c’est chose faite, avec cette petite nouvelle de Paul J. McAuley. Un auteur dont j’ignorais jusqu’au nom il y a encore quelques semaines, et que je suis désormais bien décidée à découvrir de manière plus approfondie : parce que, disons-le tout net, ce texte m’a beaucoup plu.
L’auteur nous présente un futur indéterminé, dans lequel la Terre est en bien mauvaise posture : montée des eaux impossible à enrayer, augmentation effrayante de la température moyenne… Il semblerait bien que la race humaine ait à payer pour ses errements. Ou aurait eu à le faire, si des extraterrestres n’étaient venus les tirer de ce mauvais pas : en les fournissant en technologies de pointe et en leur offrant la possibilité d’aller sur d’autres planètes, ces bienfaiteurs ont offert aux hommes un répit bienvenu, sans pour autant endiguer totalement la catastrophe. Pour les aider, notamment, des dragons… qui sillonnent les océans, traquant le moindre déchet. Et, justement, l’un d’entre eux vient de s’échouer tout près de Norfolk. Suscitant curiosité et convoitise, l’incident fait rapidement naitre les rumeurs les plus folles. Pour en avoir le cœur net, Damian et Lucas, deux jeunes garçons de 16 ans, décident d’entreprendre un véritable périple afin de voir la bête de leurs propres yeux… Et, qui sait, peut-être trouver un échappatoire à cette vie trop monotone qui ne leur sied guère.
C’est une fable humaniste que nous conte ici l’auteur, qui dérange parfois et fait grincer des dents. Nous découvrons une Terre ravagée, au bord de l’asphyxie… Et qui ressemble fort à la nôtre, quelques dizaines d’années plus tard. L’auteur campe fort bien son univers, pour un récit au format aussi court : il va droit au but, ne s’embarrasse pas d’explications inutiles et réussi le très joli coup de nous en donner assez… Tout en ayant envie de plus : pas de goût de trop peu ici, mais une saine envie d’en savoir davantage sur ces mystérieux extraterrestres et ce qui les entoure. Les questions que l’on se pose n’entrave en rien notre plongée dans l’intrigue, et c’est avec un intérêt grandissant que je me suis plongée dans cette nouvelle post-apocalyptique, mâtinée de considérations écologiques.
Au centre de celle-ci, donc, deux garçons : Damian vit avec son père, et lui sert régulièrement de défouloir. Lucas, lui, ne prend pas de coups… Mais s’occupe de sa mère infirme, écologiste convaincue et anti-extraterrestre virulente. Coincés dans une vie qui n’offre que peu de perspectives, nos deux jeunes gens ne vont pas se faire prier pour partir  un peu à l’aventure… Et devront, dès lors, assumer les conséquences de leur choix. Cette novella est ainsi divisée en deux temps : l’avant voyage, permettant à l’auteur de poser son cadre et de nous familiariser avec les protagonistes. Et l’après, où les choses s’emballent quelque peu, nous laissant le souffle court. Où la quête initiatique commence, de la plus terrible des façons : que choisir, entre l’espoir d’une vie meilleure, et la conservation de nos acquis ? J’ai été touchée, véritablement, par ces deux adolescents que l’on ne comprend que trop bien. Bien plus touchée que je n’aurais pu le croire, avec un texte aussi court. La narration est empreinte de poésie, mais nous frappe avec violence. Une violence désespérée, face à laquelle je n’ai pu que serrer les dents. C’est beau, dur, et surtout criant de vérité : une superbe découverte, en somme.

En bref, cette novella m’a prise aux tripes, avec ces quelques quatre-vingts pages. Paul J. McAuley réussi le pari fou de nous subjuguer en un temps record, nous offrant un récit aussi dramatique que criant de vérité. Parle-t-on réellement de SF, ici ? On peut se le demander…

On en redemande
On en redemande !

La ménagerie de papier, Ken Liu

La menagerie de papier

Traduit par Pierre-Paul Durastanti

Se le procurer :
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L’histoire : « Elle plaque la feuille sur la table, face vierge exposée, et la plie. Intrigué, j’arrête de pleurer pour l’observer. Ma mère retourne le papier et le plie de nouveau, avant de le border, de le plisser, de le rouler et de le tordre jusqu’à ce qu’il disparaisse entre ses mains en coupe. Puis elle porte ce petit paquet à sa bouche et y souffle comme dans un ballon.
“Kan, dit-elle. Laohu.” Elle pose les mains sur la table, puis elle les écarte.
Un tigre se dresse là, gros comme deux poings réunis. Son pelage arbore le motif du papier, sucres d’orge rouges et sapins de Noël sur fond blanc.
J’effleure ce qu’a créé Maman. Sa queue bat et il se jette, joueur, sur mon doigt… »

Ken Liu est né en 1976 à Lanzhou, en Chine, avant d’émigrer aux états-Unis à l’âge de onze ans. Titulaire d’un doctorat en droit (université de Harvard), programmeur, traducteur du chinois, il dynamite les littératures de genre américaines, science-fiction aussi bien que fantasy, depuis une dizaine d’années, collectionnant distinctions et prix littéraires, dont le Hugo, le Nebula et le World Fantasy pour la seule « Ménagerie de papier », ce qui demeure unique à ce jour. Le présent recueil, élaboré au sein d’un corpus considérable, et sans équivalant en langue anglaise, consacre l’éclosion du plus brillant des talents, protéiforme et singulier — l’avènement d’un phénomène.

Mon avis : Ma première lecture made in Le Bélial’, ça se fête, non ? Et je dois avouer que ce choix fut des plus heureux : j’ai été subjuguée par La Ménagerie de papier. C’est beau de voir que, même si tout ne va pas comme je le voudrais dans ma vie perso, je sais encore choisir mes lectures ^_^ Mais laissons-là ces considérations mélancoliques, et parlons de ce petit bijou : moi qui ne suis habituellement pas -pas du tout, même- férue de nouvelles, j’ai été transportée par ce recueil. Parce que Ken Liu a une plume envoûtante, et qu’il nous livre des récits empreints d’une sensibilité poignante. Évidemment, tous les textes ne m’ont pas touchée au même degré. Certains m’ont même laissée assez insensible. Mais, pour la plupart… C’est magique ❤️
J’ai découvert ce recueil grâce à Dup, juste . Depuis bientôt un an, il me trottait gentiment dans la tête, sans que je cède à la tentation… Comme je vous le disais plus haut, je ne suis habituellement pas férue de nouvelles, trouvant ce format trop court pour y créer, véritablement, une ambiance, une atmosphère suffisamment prégnante pour immerger le lecteur. Et puis, les Imaginales sont arrivées. Et, alors que je furetais sur le stand du Bélial’, mon regard est tombé sur la magnifique couverture d’Aurélien Police (je vous conseille vivement d’aller faire un tour sur son site, ce monsieur est extrêmement talentueux !), et… Vous connaissez la suite. C’est en attendant que Malo termine sa sieste que je l’ai commencé, décidée à prendre la température du recueil en lisant une ou deux de ses nouvelles… Pour en lire finalement les cinq premières. Et en arriver à la conclusion que je tenais sans aucun doute un OLNI, avec lequel j’allais passer un très, très bon moment : qu’ils fassent une ou quinze pages, je me suis plongée dans chacun des textes avec une facilité déconcertante. En quelques lignes, Ken Liu a su capturer l’essence même de son propos… Je ne dirais pas que des textes plus longs auraient été superflus (tout au contraire : ses idées sont si passionnantes qu’on le laisserait nous en parler des chapitres durant !), mais l’essentiel est là. Suffisamment développé pour ne pas frustrer le lecteur, et magnifié par une plume extrêmement poétique, visuelle et immersive. Rien que cela !
Si la plupart des nouvelles sont estampillées SF (voyages interstellaires, colonisation de planètes éloignées, avancées futuristes…), certaines d’entre elles relèvent davantage du fantastique : ainsi en est-il, notamment, pour La ménagerie de papier, nouvelle donnant son titre au recueil et figurant, pour ma part, au rang des plus touchantes. Touchantes, oui, mais toujours avec cet arrière goût amer laissé en bouche, aucune d’elles ne donnant gratuitement dans le pathos. Les thèmes traités par Ken Liu sont vastes, et entrent pourtant en résonance les uns avec les autres, conférant au recueil une unité certaine.
Si j’ai souvent eu la gorge serrée et l’œil humide (j’ai même carrément fondu en larmes en lisant Trajectoire et Journal intime), je n’en ai pas moins souri (voire ri franchement, pour certaines !) régulièrement. Le Golem au GMS, Emily vous répond… Le bonhomme a de l’humour et ne s’en prive pas, tant mieux pour nous ❤️ Aucune de ces dix-neuf nouvelles ne m’aura ainsi laissée insensible, et je n’espère désormais qu’une chose : pouvoir expérimenter la plume de l’auteur à travers l’un de ses romans qui, je l’espère, ne tardera pas à être traduit en français…

En bref, une lecture magnifique. Massivement primé (Prix Hugo, Nebula, World  Fantasy et, plus récemment, Grand prix de l’Imaginaire 2016), La ménagerie de papier est un recueil qui se savoure, et se relit. La plume de Ken Liu est magnifique, et les sujets qu’il a choisi d’aborder sont aussi divers que passionnants, tous porteurs d’un questionnement, d’une réflexion qui ne pourra laisser le lecteur insensible. A lire, et vite !

On en redemande
On en redemande !