Les Abîmes d’Autremer, Danielle Martinigol (Intégrale)

Couverture réalisée par Jessica Rossier

L’histoire : Dans la Confédération des Cent Mondes, Sandiane Ravna, fille d’un grand reporter peu scrupuleux, marche sur les traces de son père à la recherche du scoop à tout prix. Quand elle doit la vie sauve à un Abîme d’Autremer, l’un des mystérieux vaisseaux spatiaux de la planèteocéan, elle se met au défi de filmer en action un perl, un pilote d’Abîme. Mais elle se heurte à Mel Maguelonne, futur pilote lui-même et farouche adversaire des médias comme tous les Autremeriens.

Mon avis : Mais quelle bonne lecture ! Je dois un grand merci à ma chère Sia pour m’avoir fait découvert cette trilogie et son auteure, au détour d’un coin de table aux dernières Imaginales 🙂 Elle me l’a alors vendue comme l’une des séries ayant marquée sa prime jeunesse, et j’avais décidé de foncer tête baissée, la couverture m’ayant totalement séduite… L’auteure particulièrement adorable ayant fait le reste 🙂 Entré dans ma PAL en mai, ce joli pavé y est donc resté quelques mois sans que je ne l’ouvre… Jusqu’à ce que je tombe dans cette période troublée pour ma vie de lectrice : même si cela fait quelques temps déjà que je sens que les choses s’améliorent de ce côté-ci, j’avais tout de même besoin de me plonger dans un roman à la fois facile d’accès et prenant, tout en m’éloignant un peu de la fantasy. Ne pouvant me détacher complètement des littératures de l’imaginaire, j’ai donc opté pour de la SF, certaine que ce choix serait le bon…. Et, BINGO ! Ça n’a pas loupé : je me suis régalée avec cette trilogie, que je ne quitte qu’à grands regrets !
Qu’il est loin, le temps où les Hommes n’étaient cantonnés que sur la Terre ! Depuis qu’Il a su maitriser l’espace et les voyages interstellaires, l’Homme n’a eu de cesse de découvrir et de coloniser de nouvelles planètes. Dans ce monde où les technologies de pointe sont reines, le concept de vie privée est devenu des plus flous : les médias sont omniprésents au sein de la Confédération des Cent Mondes, et les multiples reporters parsemant la Galaxie ne cessent de s’écharper pour obtenir LE scoop qui fera définitivement décoller leur carrière. Sandiane Ravna est de ceux-là : fille unique d’un journaliste connu pour son indélicatesse, elle ne recule devant rien pour obtenir les images les plus spectaculaires possible. Lorsque le vaisseau qui l’a transportait aux côtés de plusieurs centaines de passagers connait une grave avarie, et est de justesse sauvé par l’un des mythiques Abîmes d’Autremer, la jeune femme voit donc une occasion en or pour accomplir ce qu’aucun journaliste n’a fait avant elle : filmer un perl -ces mystérieux pilotes- en pleine action…
Et bien… FIOU ! Cette aventure m’a laissée rêveuse, il faut bien le dire. Rêveuse, et songeuse : Danielle Martinigol nous offre en effet un roman particulièrement engagé, défendant de farouches positions quant à la suprématie grandissante des médias et de l’info à tout prix : si c’est le point de départ du premier tome, c’est aussi l’un fil des conducteurs de la trilogie toute entière, tout comme notre manque de scrupules quand il s’agit de mettre dans la balance profits et écologie. Nous découvrons en effet en même temps que l’héroïne cette merveilleuse planète qu’est Autremer, colonisée certes par les humains mais dans le plus grand respect de son écosystème, et refusant de se prêter au jeu du reste de la Confédération : caméras et micros ne sont guère les bienvenus sur place, les Autremeriens gardant farouchement leurs secrets. Une discrétion qui leur vaudra bien des soucis par la suite… Les Abîmes d’Autremer fait donc partie de ces romans qui nous poussent à nous interroger et à réfléchir, et j’ai grandement apprécié les remises en question qu’il suscite. Mais ce n’est pas que cela : c’est, avant toute chose, un roman absolument passionnant. Tant au niveau de l’intrigue, que de l’univers ou encore des personnages, Danielle Martinigol fait preuve d’une minutie et d’une passion qui ne peuvent que nous séduire : j’ai été fascinée de bout en bout, et ai eu bien du mal à stopper ma lecture… Et ai, d’ailleurs, lu la moitié de cette intégrale d’une traite. Je dois bien dire que les yeux me piquent un peu, mais… Pas de regret : je n’aurais de toute façon pas pu m’endormir tant qu’elle n’était pas terminée 🙂
L’univers, d’abord, m’a fait rêver : que l’on soit dans l’espace ou sur ces différentes planètes, j’en ai simplement pris plein les yeux. Les descriptions sont fabuleuses et propres à faire s’envoler notre imagination, et j’aurais voulu y rester des centaines de pages supplémentaires : pas sûr, cependant, que mon goût pour les détails à l’infini soit à même de plaire à tous 🙂 L’intrigue, ensuite, m’a fascinée : la trilogie suit une chronologie linéaire, et j’ai eu grand plaisir à retrouver les personnages du premier tome tout au long de cette intégrale, les suivre dans leurs aventures et découvrir plus avant ces merveilleux Abîmes. Non, je ne veux pas vous en dire trop… Tout cela passe bien trop vite pour que je vous gâche ne serait-ce qu’un tout petit peu la surprise 🙂 Sachez cependant ceci : frissons, émotions, tristesse et amour seront au rendez-vous, retournements de situations et nouvelles fracassantes également…
Côté personnages, enfin, si nous n’avons pas affaire à des portraits parfaitement fouillés, à la psychologie HYPER détaillée, ils n’en restent pas moins crédibles et attachants… Tant, j’imagine, pour de jeunes lecteurs que pour l’adulte que je suis (ahem). Difficile, dès lors, de marquer une préférence pour l’un ou l’autre, quand tous ou presque nous touchent au cœur ! Des héroïnes fortes, des héros qui ne cachent pas leur sensibilité… Oui, bien difficile de choisir dans de pareils conditions 🙂
Finalement, je ne regrette absolument pas mon choix : Danielle Martinigol a su m’emporter loin, très loin avec elle, et je ressors de cette aventure des étoiles plein les yeux, le cœur apaisé, et une nouvelle fois convaincue que les catégorisations par âge n’ont parfois que peu de sens : que vous ayez 13 ou 30 ans, si vous souhaitez rêver… Foncez !

En bref, une lecture fantastique dont j’aurai dévoré la seconde moitié d’une traite, incapable d’abandonner cette aventure palpitante aux multiples héros parfaitement attachants. A lire !


On en redemande !

 

L’infernale Comédie, Mike Resnick

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Traduit par Luc Carissimo

Se le procurer :
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L’histoire :

Mon avis : AH ! Ne me demandez plus pourquoi je tiens tant à aller aux Imaginales : vous avez là une merveilleuse justification. Peut-être serais-je passée à côté de cette pépite, si je ne m’étais arrêtée sur le stand d’Actusf. Si Jérôme Vincent n’avait pris le temps de me conseiller sur cet auteur dont j’ignorais tout. Fort heureusement, la rencontre s’est faite. Et j’ai craqué ! Après avoir fait patienter ce beau pavé quelques mois dans ma modique -hum- PAL, j’ai décidé de profiter de mon arrêt de travail pour m’y plonger. Et, de vous à moi… Je n’en ressors pas sans quelques séquelles.
L’infernale Comédie rassemble en réalité trois romans. Trois romans, mettant en scène trois planètes : Peponi, Karimon et Faligor. Toutes trois ont un point communs : alors que les humains ont colonisé des milliards de planètes, ces trois-là sont encore vierges de toute présence terrienne. Un état qui ne va pas durer : ces trois volumes nous offrent ainsi le récit de leur assimilation par l’être humain. Un être humain imbu de lui-même, appâté par le profit facile et très, TRÈS loin de se soucier d’autre chose que de lui-même. Un Homme bien proche de ce que nous connaissons, en somme… Et cela tombe bien : car à travers ce planet opera des plus captivants, c’est de faits bien réels que nous parle Mike Resnick. Mike Resnick, ce spécialiste de l’Histoire africaine : Kenya, Zimbabwe et Ouganda sont ainsi travestis, et si le décryptage particulièrement aisé peut parfois prêter à sourire… On finit rapidement par avoir les larmes aux yeux, tant les mots sont cruels. Je ne vous résumerai volontairement pas les trois romans, l’ensemble étant trop dense pour tenir en quelques lignes. Trop dense, mais surtout trop précieux : j’avais un œil neuf en m’y plongeant, et c’est sans doute le plus beau cadeau que je puisse vous faire : vous donner, je l’espère, envie de vous y plonger à votre tour, mais sans trop vous en dire. Voici, cependant, ce que je peux vous dévoiler : Peponi (le Kenya) nous parle des affres de la colonisation massive et brutale, de l’épuisement de la Terre pour quelques centaines de milliers de crédits. D’un paradis qui fut, qui aurait pu être, mais que l’on continue de rêver. Sur Karimon (Zimbabwe), nous découvrons les dangers d’une décolonisation tout aussi rapide, de ce repli sur soi après s’être ouvert au monde. Et, enfin, Faligor… Faligor est sans doute le pire. Faligor, ou l’Ouganda, une terre soumise aux caprices de trois dictateurs successifs, d’une terre ravagée, aux plaies hémorragiques.
J’ai lu, tout d’abord avec curiosité, attention. Et plus j’avançais dans ma lecture, plus je sentais mon sang se glacer : mais qu’est-ce qu’on a fait ?! Mais comment peut-on… Juste… Afficher un tel mépris ? Pour ces peuples qui vivent bien différemment de nous, certes… Mais qui ont compris tellement, tellement plus de choses ?! Je me suis très rapidement laissée emporter par la narration fluide et extrêmement imagée de l’auteur, découvrant avec un œil émerveillé ces paysages à couper le souffle. Si je me plaisais, au départ, à faire la transposition des termes inventés par l’auteur pour remplacer des mots bien connus, j’ai finalement été happée toute entière par une intrigue tout simplement magistrale : Mike Resnick a un véritable don de conteur, maniant avec dextérité les ficelles de son récit et, surtout, donnant une vitalité indéniable aux portraits qu’il choisit de dresser. Cela aurait été un véritable bonheur à lire si cela n’avait été aussi glaçant : bien que l’on se laisse séduire par ce planet opera tout à fait bien rendu (un genre que je lis trop peu, assurément ! Vos suggestions sont les bienvenues), on ne perd jamais de vue qu’il y a, cachée derrière, une Histoire bien réelle. Une Histoire dans laquelle l’Homme blanc a, une nouvelle fois, montrée sa stupidité et son arrogance.
Et je n’y connaissais rien. Plongée dans mon ignorance crasse, j’ignorai tout de l’histoire sanglante de ces pays, et me suis empressée d’aller en apprendre davantage : les sources trouvées sur google m’ont paru terriblement succinctes, et il faudra absolument que je me renseigne davantage, pour pallier à cette méconnaissance insultante. Mais… Je dois des remerciements à l’auteur. Pour m’avoir ouvert un peu plus les yeux, pour m’avoir appris énormément et, surtout, pour avoir choisi un biais tout à fait intelligent pour sensibiliser ses lecteurs à un fait encore bien trop passé sous silence : L’Infernale Comédie possède bien plus de charme qu’un banal livre d’Histoire, et l’on s’y plonge avec autant de délice que d’effroi. Que l’on se le dise : cette intégrale est bien, bien loin de me sortir de la tête. Courage au roman qui prendra la suite, car c’est bel et bien un coup de cœur !

En bref, ce planet opera fut une lecture aussi ardue qu’enrichissante : ardue, de par le tourbillon d’émotion qu’il a pu suscité en moi. Enrichissante, car c’est un véritable cours d’Histoire que nous offre l’auteur. Une histoire sanglante, désastreuse, révoltante…. L’Histoire de trois pays d’Afrique, qui mérite tout sauf d’être passée sous silence.

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Coup de cœur !