Enders, Lissa Price

*** Je tiens à remercier Stéphane-Laure et la Collection R pour m’avoir permis de découvrir ce titre *** 

 
Traductrice : Cécile Ardilly
Premier tome : Starters

L’histoir
e : 

 MESSAGE SPÉCIAL DU PDG DE PRIME DESTINATIONS À L’ATTENTION DES STARTERS :
LA LOCATION DE VOS CORPS A ÉTÉ INTERROMPUE.
MAIS N’OUBLIEZ PAS,
JE CONTRÔLE TOUJOURS VOTRE ESPRIT.
Je peux voir à travers vos yeux.
Vous forcer à dire ce que je veux.
Vous pousser à entrer dans n’importe quel lieu.
Alors, juste un petit conseil : ne faites confiance à personne, même pas à vous-même !
VOTRE VIE M’APPARTIENT.
Callie, âgée de seize ans, vit dans un monde où une terrible catastrophe a tué tous ceux qui n’ont pu être vaccinés à temps. Seuls ont survécu les très jeunes, les Starters, ou les vieillards, les Enders. Tandis que ces derniers ne cessent d’accroître leur fortune, les plus jeunes sont la proie d’une pauvreté inextricable. La seule possibilité qu’ont les Starters pour gagner de l’argent est la Banque des Corps. Afin d’assurer leur survie, ils peuvent ainsi louer leur corps à des personnes âgées en quête d’une nouvelle jeunesse, grâce à un transfert d’esprit. Callie a réussi à stopper les agissements de cet institut sans scrupules. C’est alors qu’elle doit faire face à un plus grand danger : le Vieux, ce mystérieux PDG de la Banque des Corps, s’est enfui et en veut à sa vie. Au cours d’une traque sans pitié, elle réalise que le secret du Vieux est plus sombre encore que tout ce qu’elle imaginait. La clé de l’énigme est dissimulée dans son propre passé…

Mon avis
:
Souvenez-vous : j’avais adoré Starters. Ce premier tome n’avait pas été un coup de cœur, mais je n’en avais pas moins passé un très agréable moment. Et bien, Enders n’a fait que confirmer cette impression, et clôt d’une manière très satisfaisante cette duologie.
Nous retrouvons Callie, Tyler et Michael, tous les trois habitant désormais dans la maison de Helena. Alors qu’ils pensaient pouvoir vivre paisiblement, la menace du Vieux n’a jamais été aussi perceptible : il a trouvé le moyen de contrôler les Metals (= les porteurs de puce) et semble prêt à tout pour mettre la main sur la jeune fille. Alors qu’il la menace de s’en prendre à son frère et à Michael, Callie décide de lui accorder un rendez-vous… Qu’elle ne pourra honorer : elle se fait enlever en cours de route par un mystérieux Starter, Hyden… Qui est-il, que veut-il ? Callie ne tardera pas à le découvrir, avec tout ce que cela implique. Notre héroïne n’est pas au bout de ses surprises…
Si vous avez lu Starters, vous vous souviendrez sans peine de cette fin absolument insoutenable : toutes nos certitudes s’en trouvaient ébranlées, personne ne pouvait prévoir quoi que ce soit. Et bien, laissez moi vous dire que vous n’êtes pas au bout de vos peines ! Enders est une vraie petite bombe, parole de Bouch’. Je l’ai lu en l’espace d’une journée, captivée par la plume de Lissa Price. Les révélations vont bon train, on tombe des nues toutes les deux pages. Et on aime ça ! La trame est particulièrement captivante, et la tension monte crescendo. Je vous mets au défi de reposer, ne serait-ce qu’un instant, ce thriller dystopique tout bonnement haletant !
Côté personnages, nous retrouvons bien entendu Callie, Tyler et Michael, bien que le petit frère de Callie soit encore une fois assez absent. Il a cependant un rôle capital dans l’intrigue, puisque Callie n’a qu’une idée en tête : le protéger. Tout ce qu’elle entreprend est donc fait en son nom, pour lui. 
Michael, par contre, est bien plus présent : j’ai beaucoup aimé en apprendre plus sur lui, voir sa relation avec Callie se développer. Malgré tout, il reste en retrait par rapport à Hyden, le nouveau venu. Je ne peux pas trop vous en dire sur lui, de peur de vous dévoiler quelque chose de capital. Néanmoins, je l’ai trouvé particulièrement attachant, même si son personnage est extrêmement ambivalent. Tout comme Callie, on ne sait pas vraiment sur quel pied danser avec lui… Le triangle amoureux est donc bel est bien là, mais reste tout de même très effacé : on sent que ce n’est pas du tout le point central de l’intrigue, Lissa Price creusant bien davantage le côté « thriller » de son ouvrage. D’où la tension qui monte, monte… !
Nous retrouvons une Callie plus motivée que jamais à éradiquer définitivement la menace du Vieux. On la sent un peu perdue face à tous ces évènements, mais elle ne perd pas la tête une seconde et ne cesse de se battre pour les Starters, quitte à se mettre en danger. C’est une véritable battante, toujours prête à aller sur le front… Mon admiration pour elle, amorcée lors de ma lecture de Starters, n’a fait que se renforcer avec Enders.
Si j’ai ressenti un petit pincement au cœur en refermant Enders, je n’ai pas été frustrée : la fin de cette duologie, particulièrement surprenante, est adroitement tournée pour répondre à toutes nos interrogations. C’est une fin… sereine, dirais-je. Et totalement inédite, puisqu’on ne peut rien deviner avant d’avoir tourné la dernière page : Lissa Price nous fait tourner en bourrique plusieurs fois, jusqu’au dénouement ultime… Que l’on découvre avec un léger sourire aux lèvres, décidément conquis par cette duologie si prenante.

En bref, un second tome particulièrement prenant, qui n’épargne pas le lecteur un seul instant : les révélations pleuvent, et on tourne les pages à la vitesse de l’éclair… Laissez vous prendre au jeu, Callie n’a pas fini de vous étonner !

 
4/5 : on en redemande !
 

Oh, my Dear ! T.J. Middleton



Traductrice : Héloïse Esquié

L’hisoire : Al Greenwood, 50 ans, est taxi dans un paisible petit village côtier d’Angleterre. C’est un homme qui a tout pour être heureux, et qui le serait certainement s’il n’était pas marié à l’encombrante Audrey. Aussi décide-t-il tout simplement un jour de s’en débarrasser en commettant le crime parfait. Le scénario est vite trouvé : profitant d’une des promenades quotidiennes de sa femme, il la précipitera du haut d’une falaise. Aussitôt dit, aussitôt fait, Al s’embusque sur le parcours habituel d’Audrey, surgit à son passage et la précipite dans le vide. Tout se passe comme prévu sauf… sauf qu’en rentrant chez lui, il tombe nez à nez avec sa femme qui lui annonce avoir exceptionnellement renoncé à sa petite ballade. Si il n’a pas tué Audrey, qui est donc sa victime ? Et comment va-t-il déjouer la perspicacité des enquêteurs, dans cette petite communauté où tout le monde se connaît ? Quant à sa femme, qui commence à trouver son comportement étrange, ne faut-il pas qu’il s’en débarrasse très vite, avant qu’elle ne nourrisse trop de soupçons ? Mais cela ne fera-t-il pas de lui un tueur en série ? Commence alors pour Al un long cauchemar, dont il est encore très loin de soupçonner l’issue.

Mon avis : Quand j’ai appris que le Cherche-midi proposait à un nombre limité de blogueurs de découvrir ce titre en avant-première, vous pensez bien que j’ai sauté sur l’occasion : après tout, pourquoi pas ? Le résumé était très tentant, je dois dire. Après avoir eu quelques soucis d’organisation m’ayant contrainte à repousser ma lecture (pas bien !!), je m’y suis enfin plongée jeudi dernier, espérant pouvoir le lire très rapidement afin de rendre ma chronique dans les temps. Manque de pot, certains impératifs familiaux se sont rappelés à moi, et je n’ai pas avancé d’un pouce dans ma lecture, que j’ai finalement reprise hier. 
Oh, my dear ! est l’histoire de Al Greenwood, un cinquantenaire en crise. Alors qu’il mène une vie paisible, il ne peut plus supporter sa femme, Audrey, et conçoit donc un plan pour s’en débarrasser. Lors d’une tempête et à la suite d’une dispute, Audrey part prendre l’air près du phare. Al en profite donc pour passer à l’action : il sort par derrière et coupe à travers champs pour arriver sur la falaise avant sa dulcinée. Alors qu’il l’aperçoit dans son ciré jaune, de dos, il se précipite et la pousse du haut du promontoire. Enfin libre ! Il rentre chez lui, heureux et prêt pour commencer sa nouvelle vie. Quelle n’est pas sa surprise quand, après avoir ouvert la porte d’entrée, il aperçoit Audrey dans le salon, bien vivante. Mais qui donc a-t-il poussé…?
Ce quiproquo d’envergure, développé sur les trois ou quatre premières pages, est la base de tout le roman : qui donc se trouvait près du phare cet après-midi là, avec qui Al a-t-il confondu sa femme ? Pour un thriller, c’est assez loufoque, non ? Et bien, c’est ce qui m’a attirée. Malheureusement, j’ai eu beaucoup mal à m’immerger dans l’action. Il m’a fallu passer la moitié de l’ouvrage pour y être enfin embarquée, et c’est vraiment quelque chose que je regrette : je m’attendais à accrocher dès le début, et surtout à rire davantage. Pourtant, il y a matière, à rire ! Mais, je ne sais pas, je n’étais pas dedans.
Passée la première moitié de l’ouvrage, en revanche, je me suis passionnée pour l’enquête de Al, et surtout l’évolution de son personnage. Ne serait-ce qu’envisager de tuer sa femme me parait assez extrême mais, soit, il a ses raisons. Alors même qu’il passe à l’action, il ne se place étrangement pas dans la peau du « méchant ». Pire, je m’y suis attachée, à cette pourriture ! Car s’en est une, à n’en pas douter. Passée cette première tentative ratée d’assassinat, il va réitérer. Et s’enfoncer ainsi dans une spirale complétement dingue, d’où il ne pourra pas sortir sans dommage. Son cynisme m’a conquise, même si je n’aimerai pas l’avoir pour voisin.
Les autres personnages ne sont pas en reste, loin de là : ils sont tous plus fous les uns que les autres. A commencer par la femme de Al, Audrey. Leurs dialogues m’ont fait hausser le sourcil plus d’une fois, et j’ai aimé suivre la tournure que prenait leur relation. J’ai trouvé le dénouement un peu triste, à ce propos. Quoi qu’il en soit, T.J. Middleton dresse le portrait d’une petite communauté qui a tout a cacher, chaque ménage ayant un cadavre dans son placard. Si ce n’est deux.
L’enquête de Al se précise au fur et à mesure de l’ouvrage, pour ne devenir véritablement intense qu’au cours de la deuxième moitié du livre : on sent que l’étau se resserre, sans vraiment comprendre qui est derrière tout ça. Chacun semble jouer un double jeu, Al le premier. Et tout le monde s’y perd. J’ai été tout à fait surprise du fin mot de l’histoire, même si j’ai trouvé que c’était plutôt bien trouvé. On aurait peut-être pu s’en douter mais, pour moi, ce fut une surprise totale. 
Sans ces difficultés lors de la première partie de ma lecture, nul doute que j’aurais grandement apprécié cet ouvrage, à l’humour particulièrement incisif. Malheureusement, cela reste une lecture en demi-teinte, quoique hautement relevée par une deuxième partie d’ouvrage passionnante
En bref, un vaudeville à la sauce thriller, saupoudré de cet humour noir typiquement british, mais qui ne m’aurait conquise que sur le tard.  
 
  Laborieux, mais…

Drood, Dan Simmons

Offert par mes parents en récompense de l’obtention de mon diplôme en juillet dernier, Drood me narguait depuis mes étagères. Ayant auparavant lu et apprécié Terreur, autre ouvrage de Dan Simmons, ce n’était pas l’envie qui manquait pour découvrir ce nouvel ouvrage.
Le résumé : Le 9 juin 1865, le célèbre écrivain Charles Dickens monte dans l’express devant le ramener le jour même à Londres. A trois heures de l’après-midi, ce même express déraille, envoyant toutes les voitures du train s’écraser au fond d’un ravin. Toutes, sauf une. Devant l’ampleur de la catastrophe à laquelle il a échappé miraculeusement, Dickens se précipite au secours des survivants. Se trouvant alors au fond du gouffre, il fait la rencontre d’un mystérieux individu, semblant lui aussi porter secours aux rescapés : Drood. Une face monstrueuse, un corps difforme, une voix sifflante…La créature ne va plus quitter un seul instant l’esprit de l’écrivain. 
De retour à Londres, il ne se confie qu’à une seule personne : Wilkie Collins, également écrivain et perpétuellement dans l’ombre de son ami. Si Wilkie a tout d’abord du mal à croire au récit farfelu de l’Inimitable, ce dernier ne va pas se priver de l’embarquer dans des expéditions rocambolesques pour retrouver le mystérieux personnage. Dickens est-il devenu fou ? Collins fait-il un usage abusif de l’opium, le rendant sujet à des hallucinations plus vraies que nature ? Ou Drood est-il réellement fait de chair et de sang… Avec tout ce que cela implique ?
Mon avis : Je suis totalement partagée envers ce livre. D’un côté, je serais tentée de le classer en « laborieux… Mais », et d’un autre en « Bon moment » voire en « On en redemande ». Peut-être devrait-il aller dans les trois catégories, d’ailleurs. Je m’explique.
Drood, en termes purement physiques, c’est quoi ? 870 pages de caractères riquiquis, 2 bons kilos de pages ultra fines que tu déchires en essayant de les attraper. Ma lecture a plutôt mal commencée : les pages étaient tellement fines que j’en sautais régulièrement une ou deux, ne comprenant donc pas grand chose à ce que j’avais sous les yeux. Une fois la méprise dévoilée, j’ai tout de même dû réfréner mes accès de mauvaise humeur quand je passais une minute a tenter vainement de détacher deux pages. Robert Laffont, on a connu mieux, quand même. Ce n’est pas du papier de Bible, mais presque !
L’intrigue, quant à elle, est à l’image du contenant : lourde. Dan Simmons n’a pas lésiné sur les digressions, jusqu’à parfois nous en faire perdre le fil. Et c’est tellement dommage car, dès l’instant où l’on revient dans le vif du sujet, le livre est passionnant ! Certes, les digressions sont passionnantes elles aussi, mais tout de même ! Enfin, je parle ici de digressions… Peut-être me suis-je totalement trompée. Peut-être y a-t-il deux (voire trois) angles de lecture au sein de ce livre : le mystère entourant le trio Dickens-Drood-Collins et le sujet purement universitaire du processus de création littéraire. C’est bien possible et d’ailleurs mentionné en quatrième de couverture. Mais l’abondance d’anecdotes sur tel ou tel roman de nos deux écrivains, les passages entiers relatant les manies d’écritures de nos deux compères, les pages et les pages relatant la réception de l’œuvre par le public… Noient plus le poisson qu’autre chose, à mon avis.
A vouloir trop en faire, Dan Simmons risque bien de perdre son lecteur dans les méandres de ses réflexions. Et c’est bien dommage car, pris séparément, les différents « morceaux » de Drood sont délectables : 
L’intrigue centrale : le mystère Drood, et la longue et lente descente aux enfers de Dickens et Collins. Tout au long de l’ouvrage, on se demande si Drood est bien réel ou non. Si ce ne sont pas seulement les élucubrations d’un fou et d’un opiomane. J’ai trouvé l’intrigue complexe mais très bien ficelée, bien qu’il ne faille pas s’en écarter trop longtemps pour conserver sa concentration. Plus on avance et plus on frémit, tout comme le narrateur, Wilkie Collins.
Les passages biographiques (ou « autobiographiques », si l’on joue le jeu) : j’ai appris énormément de choses, tant sur Dickens que sur Collins et leurs œuvres respectives. Et c’était un régal ! J’ai d’ailleurs décidé de lire un ou deux ouvrages de ce cher Wilkie, histoire de voir de quoi il retourne réellement. 
La relation Dickens-Collins : fortement imbriqué dans les deux précédents, cet aspect de Drood a suscité chez moi bien des questions. Le ton est donné dès le départ : il ne s’agit pas vraiment d’une relation amicale, mais plutôt d’une rivalité inoffensive, au début tout du moins. Habitué à être placé en deçà de Dickens, Collins le prend au départ avec philosophie. Ils sont amis, après tout. On sent tout de même une pointe de ressentiment envers celui qu’il nomme affectueusement (ou ironiquement, au choix) l’Inimitable. Quand Drood débarque, quelque chose se brise entre les deux protagonistes, et cela ne fait qu’empirer… Jusqu’à l’issue fatale. 
Chacun de ces trois points est en soi complexe, rendant le tout plus complexe encore. Et le fait que Dan Simmons mêle fiction et réa
lité
n’arrange pas les choses, bien au contraire. Nous avons donc une intrigue solidement bâtie, mais noyée sous une profusion de détails. Et qui entraine dans la noyade le lecteur lui-même.
En bref, un livre prometteur qui se perd en digressions trop nombreuses, rendant laborieuse une lecture qui aurait du être rythmée et efficace. Le style de Dan Simmons, si prompt à inspirer la peur, et son intelligence littéraire sont ainsi balayées par une masse parfois indigeste, mais qui aura tout de même su nous apporter de très bons moments de lecture. 

  Laborieux, mais…

Enfants de la paranoïa, Trevor Shane

Découvert sur le blog d’Ayma, ce livre avait tout de suite attiré mon attention. Mais je n’avais pas pour autant prévu de l’acheter rapidement. MAIS ! Vous savez comment sont les aléas de la vie… Je l’ai dégoté très peu de temps après chez Gibert Jeune, en parfait état et pour la modique somme de… 2,30 €. Un broché pour 2,30 € ?! A ce prix là, il était impensable de s’en priver. Surtout qu’il a commencé à fleurir peu de temps après sur la blogo, récoltant de plus en plus d’avis positifs… Je l’ai donc intégré à ma PAL d’automne, et l’ai commencé dimanche dernier.
 
 
L’histoire : Une guerre invisible fait rage, ignorée de la plupart des hommes. Une guerre opposant le Bien au Mal, et comptabilisant des milliers de victimes, année après année. Cette guerre est régie par plusieurs règles :

Régle n°1 : On ne tue pas les innocents,
Règle n°2 : On ne tue pas les ennemis de moins de 18 ans,
Règle n°3 : On ne fait pas d’enfant avant ses 18 ans, sous peine de le voir passer à l’ennemi.
 
Joseph a vu sa famille décimée par le camp adverse. Quand on lui a montré les visages des assassins de sa soeur et de son père, il s’est consumé de rage. Consumé par une haine terrible, alors qu’il n’avait que seize ans. Il en a aujourd’hui vingt-cinq, et est enrôlé depuis sept ans aux côtés du « Bien« . Il ne compte plus ses victimes et a depuis longtemps abandonné de nettoyer le sang qu’il a sur les mains. Alors qu’une vague de nostalgie et de doute s’abat sur lui, il décide de rejoindre ses deux amis, Jared et Michael, pour une petite virée entre mecs. Mais la bonne humeur de ses deux comparses ne suffit pas à lui ôter ses noires pensées de la tête : à quoi tout cela rime-t-il ? Quelle garantie a-t-on, au fond, d’être dans le bon camp ? Et quelles sont les véritables raisons de cette guerre ? Si Jared tente de rassurer son ami, Joe reste encore sur ses gardes, plus las que haineux, désormais. Mais leurs vacances vont être brusquement interrompues : Joe échappe de peu à la mort et s’envole pour le Canada s’en avoir pu revoir ses amis. On lui confie alors une mission de la plus haute importance : assassiner un collaborateur influant des forces du Mal. L’homme est bien protégé, mais Joe est le meilleur à ce jeu là. Le travail ne devrait lui poser aucune difficulté. Alors qu’il observe les faits et gestes de sa cible avant de passer à l’action, LA voilà qui entre en jeu. Celle qui va faire exploser les certitudes déjà minces du jeune homme. Maria, une jeune étudiante en psychologie ou religion, elle ne sait pas trop. Une cascade de cheveux bruns masquant un sourire éclatant et enjôleur. Et Joe commet l’impensable : il se dévoile, tombe amoureux et… rate sa cible. Dès lors, que choisir ? Fuir en emportant avec lui cette jeune innocente, se mettre à dos les deux camps et risquer sa vie pour sauvegarder son amour ? Ou bien abandonner là ses sentiments, et continuer une guerre dans laquelle il ne croit plus ?
 
Mon avis : Et bien, on peut dire que ce livre ne m’a pas déçue, loin de là. On entre très vite dans le vif du sujet, et l’on ne tarde pas à comprendre à quel point les interrogations de Joe sont justifiées : mais à quoi donc rime cette Guerre ? Les rares explications qui nous sont données sont floues, aussi bien pour nous que pour le narrateur. On a presque du mal à croire que Joe soit le seul à s’interroger sur les motifs sous-jacents de ce conflit.
J’ai beaucoup aimé l’idée de départ : une guerre invisible, chaque camp (bien que nous ne soyons jamais du côté du « Mal ») renouvelant ses troupes grâce à l’enrôlement des jeunes par la haine. Et que feriez-vous, vous, à la place de ces jeunes de seize ans, devant les photos du meurtrier de votre père/mère/frère/soeur… ? Ils ont tout compris, en adoptant cette méthode de recrutement ! Quoique, recrutement est bien grand mot, puisqu’on leur fait rapidement comprendre qu’ils n’ont pas le choix : il suffit d’un membre de la famille enrôlé dans la guerre pour que le reste de la famille y soit plongé tout entier. Et à dix-huit ans, la chasse est ouverte : il faut donc tuer ou être tué. Dès lors, chaque crime est justifié par la vengeance. Car, qu’elle ait participé ou non à l’assassinat d’une personne qui nous est chère, notre cible n’en est pas moins complice, puisque dans le camp adverse. Et comme le dit si bien Ayma, cela donne un côté un peu psychopathe à la chose.
Le personnage de Joe est, sans surprise, le plus creusé du roman. Si je l’ai trouvé très froid au début, il parait beaucoup plus humain à mesure que le doute s’installe dans son esprit. Même s’il ne peut totalement se soustraire du conditionnement dont il a fait l’objet, il ne peut pas non plus s’empêcher d’éprouver du remord, de la culpabilité face à ses victimes. Une overdose de tueries, diraient certains. Mais je n’ai pas bien compris pourquoi lui seul s’interroge sur les motifs de la guerre. Ni sa mère, ni ses amis ne semblent trouver à y redire. Étrange, tout de même ! A moins que cela ne fasse preuve d’une vivacité d’esprit hors du commun.
Le personnage de Maria est peu creusée, mais le sera certainement davantage dans le second tome. Donc, Maria, une jeune innocente qui va croiser la route de Joe et en tomber éperdument amoureuse. Et c’est sûrement la réciprocité de cet amour qui déclenche le véritable changement dans la personnalité de Joe. Sans elle, il n’aurait jamais été capable de changer de vie, d’abandonner son « travail » et d’envoyer paître ses « employeurs ». Il est prêt à tout pour elle, et elle le lui rend bien, même si e
lle ne sait pas vraiment dans quoi elle s’embarque. J’ai beaucoup aimé son personnage, que j’ai trouvé très mûr. Elle fait preuve d’un courage exemplaire, qui aurait manqué à beaucoup dans de telles situations.
J’ai trouvé leur histoire d’amour très belle, bien que je pense pas que ce soit elle que l’auteur ait voulu mettre au premier plan, mais bien la folie inhérente à ce conflit. La fin m’a laissé pantoise, même si l’on pouvait s’en douter dans les grandes lignes. Quant à vos propres justifications sur les raisons de cette guerre, je suis preneuse ! J’ai imaginé tout et n’importe quoi, mais je suis sure que l’auteur saura nous surprendre avec son deuxième tome, que je ne manquerai certainement pas de lire, donc.
 

En bref, une dystopie haletante sur fond d’histoire d’amour, des personnages ambivalents, creusés et attachants, une écriture fluide et un style sans anicroche : un très bon roman !

 
4/5 : on en redemande !

Les Ruines, Scott Smith

Un véritable jeu de piste pour retrouver ce livre ! Pas de titre, pas d’auteur, juste un vague souvenir concernant une mystérieuse colline envahie par des ronces… Et finalement, nous y sommes parvenus ! J’avais tout d’abord pensé à l’acheter, mais… mes derniers achats m’ont suffisamment pénalisée niveau challenges pour que je choisisse la solution de la bibliothèque…

 

 

L’histoire : Jeff, Amy, Stacy et Eric sont américains. Agés d’une vingtaine d’années, ils ont décidé de passer leur été au Mexique, à lézarder sur la plage et à boire des mojitos. Durant leur séjour, ils rencontrent Mathias, un allemand venu passer ses vacances à Cancun avec son frère. Celui-ci l’a cependant quitté, pour aller sur un site de fouilles archéologiques rejoindre une jeune fille travaillant sur les ruines. Quand Mathias décide de partir à son tour retrouver son frère, les quatre amis décident, avec plus ou moins de bonne volonté, de l’accompagner. Se joint à la petite troupe un jeune homme grec ne parlant pas un mot de leur langue, mais manifestement avide d’aventures. Ils partent donc tous les six, légèrement vêtus et peu équipés. Première difficulté : trouver un taxi qui accepte de les emmener sur le site. Après plusieurs mises en garde et une bonne liasse de billets, les voilà cependant partis. Bientôt, le taxi s’arrête, refusant de les emmener plus loin. Qu’à cela ne tienne, ils continueront à pied. Arrivés devant les ruines, ils s’arrêtent quelques instants pour admirer la beauté du lieu. Quelques minutes suffisantes pour qu’un cavalier arrive en trombe, en leur interdisant de poser le pied sur sur la colline. Trop tard : Amy a déjà les pieds dans les ronces. Ils sont alors contraints de grimper, menacés par toute la tribu de mort si l’un d’entre eux s’avise de redescendre. Et le pire reste à venir…
 
Mon avis : Et bien, quelle lecture ! Je voulais quelque chose de radicalement différent du Trône de Fer, j’ai été servie. La citation de Stephen King sur la couverture est tout à fait adaptée : je n’ai pu m’empêcher de lire cet ouvrage la bouche entrouverte, les yeux révulsés. Et pourtant, au départ, tout commence gentiment ! Comme tous les jeunes adultes, nos quatre compères ne pensent qu’à boire et faire la fête. Ils auraient passé le reste de leurs vacances à cela si Jeff ne les avait pas embarqués aux côtés de Mathias, dans sa folle quête pour retrouver son frère. Tout commence bien, et tout tourne mal en quelques lignes : Sous la menace de dizaines d’armes, ils sont contraints de grimpés tout en haut de la colline, sans téléphone portable, sans nourriture et sans eau. Sur le coup, on ne s’inquiète pas trop : des gens vont bien se douter que quelque chose ne tourne pas rond. Ne serait-ce que les amis du jeune homme grec, à qui il a laissé un plan du site. On se dit ensuite que les Mayas vont finir par se lasser. Que nenni ! Puis l’on fini par se demander s’ils vont seulement survivre assez longtemps pour voir arriver les secours. Entre l’eau qui menace de manquer, l’absence de nourriture, les rancoeurs de chacun qui s’exacerbent peu à peu et…Les ronces, qui sont en réalité… Non, je ne vous en dirais pas plus, coquinous !
Côté intrigue, nous sommes donc servis même si cela reste assez basique. Au départ, j’ai cru qu’il s’agissait d’un remix de The Descent, avec des bêtes sanguinaires et tout le tralala. Mais non, et heureusement ! Plus on avance, et plus on sombre dans l’horreur. Je ne suis pourtant pas facilement impressionnable côté scènes gores, mais là, c’est quelque chose ! Rien que d’y repenser, mon estomac proteste.
Côté narration, basique aussi, juste ce qu’il faut pour être efficace. Des phrases courtes, incisives, un style effacé, quelques coquilles. Rien de bien méchant ! C’est peut être ce détachement face à l’intrigue qui a provoqué ma révulsion. C’est dit d’un ton tellement… normal ! Il se fait arracher les jambes ? Normal ! Il faut lui trancher la gorge ? Normal ! L’auteur arrive à nous insuffler un espoir permanent, qui vacille à chaque révélation. On se dit « Non ?! Mais c’est pas possible, ils vont bien trouver un moyen… ». De l’espoir jusqu’au final, un final qui nous laisse là, pantelant.
 
En somme, une très bonne lecture que je recommande, mais à éviter pour les âmes sensibles : certains passages sont décidément très durs à encaisser !
 

PS : J’ai vu le film, dans la foulée. Et bien, contre toute attente, le livre m’a davantage choquée. On met des images sur des idées, certes, mais le pouvoir évocateur des mots reste plus fort.

3/5 : un bon moment !

Level 26, Dark revelations, Anthony E. Zuiker

Après près de 1200 pages… C’est la fin de cette trilogie qui m’aura fait frissonner plus d’une fois. Retour sur le troisième et dernier opus.
 

 
L’histoire : Sans surprise, nous retrouvons dans ce troisième tome notre chasseur d’homme préféré, Steve Dark. Il s’est cette fois-ci lancé sur la piste d’un mystérieux tueur insaisissable et féru de devinettes, Labyrinthe. Enrôlé par l’Alliance Globale pour mettre hors d’état de nuire les criminels les plus sadiques de la planète, Dark se lance à la poursuite d’une ombre qui le nargue et menace de le renvoyer à tout moment dans la folie qu’il a évité de justesse. Avec ses trois comparses, il va donc tenter de s’immiscer dans la tête du tueur pour prévoir ses mouvements. C’était sans compter sur l’aide inattendue de son ancien chef, Tom Riggins, qui semble décidément prêt à tout pour se faire pardonner. Mais se faire pardonner quoi ? Dark l’apprendra bien assez tôt…
 
Mon avis : Comme le premier tome, j’ai dévoré celui-ci. La trilogie avait très bien commencé, pour connaître une baisse de régime avec le second tome et repart de plus belle avec Dark Revelations. Comme son nom l’indique, ce tome nous donne un éclaircissement global sur des mystères jusqu’ici non élucidés : la véritable identité de Dark, les mensonges de Riggins et le pourquoi de ses agissements, cette agence énigmatique composée de justiciers masqués… Anthony E. Zuicker ne commet pas la même erreur qu’avec le tome 2 : Steve Dark n’est plus en proie à l’indécision permanente, il est plutôt bien dans ses basquettes : père le jour, traqueur la nuit, cela lui va bien. Pas de pensées parasites donc, juste se réflexion méthodique et implacable, que l’on suit avec passion. Le tueur est lui-même très creusé et porte, pour tout dire, très bien son nom. Même si plusieurs pistes ont été lancées durant le roman pour en découvrir l’identité, le secret ne s’est révélé à moi qu’au cours des trente dernières pages. Pour des raisons de connexions internet, je n’ai malheureusement pas pu accéder au site internet et n’ai donc pas pu voir les vidéos. Dommage ! Il n’empêche que j’ai lu cet ultime tome avec passion du début à la fin, celui-ci clôturant avec brio cette trilogie. Même si un petit pincement au coeur se fait sentir…
 

Mon avis global sur la série : Ce fut une excellente surprise ! Si le tome 2 fut une petite déception, les deux autres tomes masquent ça sans aucune difficulté. Le principe soutenant la série (la classification des criminels selon leur degré de dangerosité) m’a véritablement séduite, l’atmosphère de la trilogie m’a scotchée. On est presque triste de quitter Dark, ce héros ni bon ni mauvais, qui semble pouvoir basculer d’un côté comme de l’autre à chaque moment… Bien qu’on le préfère sans aucun doute dans la peau du flic prêt à tout pour éradiquer le mal (quitte à ce que les méthodes employées ne soient pas conventionnelles) plutôt qu’en tueur violent, sanguinaire et psychotique. Une vraie bonne découverte donc, que je partagerais sans retenue avec tous les amateurs de thriller !

5/5 : Coup de coeur !