Les Abîmes d’Autremer, Danielle Martinigol (Intégrale)

Couverture réalisée par Jessica Rossier

L’histoire : Dans la Confédération des Cent Mondes, Sandiane Ravna, fille d’un grand reporter peu scrupuleux, marche sur les traces de son père à la recherche du scoop à tout prix. Quand elle doit la vie sauve à un Abîme d’Autremer, l’un des mystérieux vaisseaux spatiaux de la planèteocéan, elle se met au défi de filmer en action un perl, un pilote d’Abîme. Mais elle se heurte à Mel Maguelonne, futur pilote lui-même et farouche adversaire des médias comme tous les Autremeriens.

Mon avis : Mais quelle bonne lecture ! Je dois un grand merci à ma chère Sia pour m’avoir fait découvert cette trilogie et son auteure, au détour d’un coin de table aux dernières Imaginales 🙂 Elle me l’a alors vendue comme l’une des séries ayant marquée sa prime jeunesse, et j’avais décidé de foncer tête baissée, la couverture m’ayant totalement séduite… L’auteure particulièrement adorable ayant fait le reste 🙂 Entré dans ma PAL en mai, ce joli pavé y est donc resté quelques mois sans que je ne l’ouvre… Jusqu’à ce que je tombe dans cette période troublée pour ma vie de lectrice : même si cela fait quelques temps déjà que je sens que les choses s’améliorent de ce côté-ci, j’avais tout de même besoin de me plonger dans un roman à la fois facile d’accès et prenant, tout en m’éloignant un peu de la fantasy. Ne pouvant me détacher complètement des littératures de l’imaginaire, j’ai donc opté pour de la SF, certaine que ce choix serait le bon…. Et, BINGO ! Ça n’a pas loupé : je me suis régalée avec cette trilogie, que je ne quitte qu’à grands regrets !
Qu’il est loin, le temps où les Hommes n’étaient cantonnés que sur la Terre ! Depuis qu’Il a su maitriser l’espace et les voyages interstellaires, l’Homme n’a eu de cesse de découvrir et de coloniser de nouvelles planètes. Dans ce monde où les technologies de pointe sont reines, le concept de vie privée est devenu des plus flous : les médias sont omniprésents au sein de la Confédération des Cent Mondes, et les multiples reporters parsemant la Galaxie ne cessent de s’écharper pour obtenir LE scoop qui fera définitivement décoller leur carrière. Sandiane Ravna est de ceux-là : fille unique d’un journaliste connu pour son indélicatesse, elle ne recule devant rien pour obtenir les images les plus spectaculaires possible. Lorsque le vaisseau qui l’a transportait aux côtés de plusieurs centaines de passagers connait une grave avarie, et est de justesse sauvé par l’un des mythiques Abîmes d’Autremer, la jeune femme voit donc une occasion en or pour accomplir ce qu’aucun journaliste n’a fait avant elle : filmer un perl -ces mystérieux pilotes- en pleine action…
Et bien… FIOU ! Cette aventure m’a laissée rêveuse, il faut bien le dire. Rêveuse, et songeuse : Danielle Martinigol nous offre en effet un roman particulièrement engagé, défendant de farouches positions quant à la suprématie grandissante des médias et de l’info à tout prix : si c’est le point de départ du premier tome, c’est aussi l’un fil des conducteurs de la trilogie toute entière, tout comme notre manque de scrupules quand il s’agit de mettre dans la balance profits et écologie. Nous découvrons en effet en même temps que l’héroïne cette merveilleuse planète qu’est Autremer, colonisée certes par les humains mais dans le plus grand respect de son écosystème, et refusant de se prêter au jeu du reste de la Confédération : caméras et micros ne sont guère les bienvenus sur place, les Autremeriens gardant farouchement leurs secrets. Une discrétion qui leur vaudra bien des soucis par la suite… Les Abîmes d’Autremer fait donc partie de ces romans qui nous poussent à nous interroger et à réfléchir, et j’ai grandement apprécié les remises en question qu’il suscite. Mais ce n’est pas que cela : c’est, avant toute chose, un roman absolument passionnant. Tant au niveau de l’intrigue, que de l’univers ou encore des personnages, Danielle Martinigol fait preuve d’une minutie et d’une passion qui ne peuvent que nous séduire : j’ai été fascinée de bout en bout, et ai eu bien du mal à stopper ma lecture… Et ai, d’ailleurs, lu la moitié de cette intégrale d’une traite. Je dois bien dire que les yeux me piquent un peu, mais… Pas de regret : je n’aurais de toute façon pas pu m’endormir tant qu’elle n’était pas terminée 🙂
L’univers, d’abord, m’a fait rêver : que l’on soit dans l’espace ou sur ces différentes planètes, j’en ai simplement pris plein les yeux. Les descriptions sont fabuleuses et propres à faire s’envoler notre imagination, et j’aurais voulu y rester des centaines de pages supplémentaires : pas sûr, cependant, que mon goût pour les détails à l’infini soit à même de plaire à tous 🙂 L’intrigue, ensuite, m’a fascinée : la trilogie suit une chronologie linéaire, et j’ai eu grand plaisir à retrouver les personnages du premier tome tout au long de cette intégrale, les suivre dans leurs aventures et découvrir plus avant ces merveilleux Abîmes. Non, je ne veux pas vous en dire trop… Tout cela passe bien trop vite pour que je vous gâche ne serait-ce qu’un tout petit peu la surprise 🙂 Sachez cependant ceci : frissons, émotions, tristesse et amour seront au rendez-vous, retournements de situations et nouvelles fracassantes également…
Côté personnages, enfin, si nous n’avons pas affaire à des portraits parfaitement fouillés, à la psychologie HYPER détaillée, ils n’en restent pas moins crédibles et attachants… Tant, j’imagine, pour de jeunes lecteurs que pour l’adulte que je suis (ahem). Difficile, dès lors, de marquer une préférence pour l’un ou l’autre, quand tous ou presque nous touchent au cœur ! Des héroïnes fortes, des héros qui ne cachent pas leur sensibilité… Oui, bien difficile de choisir dans de pareils conditions 🙂
Finalement, je ne regrette absolument pas mon choix : Danielle Martinigol a su m’emporter loin, très loin avec elle, et je ressors de cette aventure des étoiles plein les yeux, le cœur apaisé, et une nouvelle fois convaincue que les catégorisations par âge n’ont parfois que peu de sens : que vous ayez 13 ou 30 ans, si vous souhaitez rêver… Foncez !

En bref, une lecture fantastique dont j’aurai dévoré la seconde moitié d’une traite, incapable d’abandonner cette aventure palpitante aux multiples héros parfaitement attachants. A lire !


On en redemande !

 

Mes vrais enfants, Jo Walton

Couverture réalisée par Aurélien Police
Traduit de l’anglais par Florence Dolisi

L’histoire : Née en 1926, Patricia Cowan finit ses jours dans une maison de retraite. Très âgée, très confuse, elle se souvient de ses deux vies. Dans l’une de ces existences, elle a épousé Mark, avec qui elle avait partagé une liaison épistolaire et platonique, un homme qui n’a pas tardé à montrer son véritable visage. Dans son autre vie, elle a enchaîné les succès professionnels, a rencontré Béatrice et a vécu heureuse avec cette dernière pendant plusieurs décennies. Dans chacune de ces vies, elle a eu des enfants. Elle les aime tous… Mais lesquels sont ses vrais enfants : ceux de l’âge nucléaire ou ceux de l’âge du progrès? Car Patricia ne se souvient pas seulement de ses vies distinctes, elle se souvient de deux mondes où l’Histoire a bifurqué en même temps que son histoire personnelle.

Mon avis : … Merci, Miss Walton, MERCI ! Que je l’attendais, ce livre qui, de nouveau, me ferait fuir le sommeil ! Qui, de nouveau, me passionnerait à un point tel que je ne cesserais jamais tout à fait d’y penser ! Qui me ferait, de nouveau, passer par des vagues d’émotions surpuissantes. Oui, mes deux lectures précédentes m’ont subjuguée. Chacune à leur façon, elles ont GRANDEMENT contribué à faire, doucement mais sûrement, passer ma panne de lecture (la plus longue que j’ai connu jusqu’ici – une véritable traversée du désert !). Mais… J’ai mis, pour chacune, un temps fou à les lire. Alors qu’avec ce petit bijou… Il m’a tellement HANTÉE que je n’ai pas su résister à l’appel de ses sirènes : il fallait que je le continue.
Mes vrais enfants est l’histoire d’une femme. D’une femme, et de ses deux vies. Alors que nous la rencontrons au crépuscule de sa vie, placée en maison de retraite pour palier à ses pertes de mémoires de plus en plus handicapantes, elle se souvient. Elle se souvient… D’avoir épousé Mark, un homme au futur prometteur et s’étant, pourtant, révélé d’une aigreur terrible. De n’avoir jamais ou presque quitté l’Angleterre, et d’avoir sacrifié sa propre érudition à sa famille. Mais elle se souvient aussi d’avoir aimé follement Bee, une biologiste brillante avec qui elle aura passé plusieurs dizaine d’années. D’être tombée amoureuse de Florence et d’y avoir consacré une partie de sa vie. D’avoir eu, dans une vie comme dans l’autre, des enfants. Des enfants qu’elle aime de tout son cœur, mais… Lesquels sont vrais ?
J’ai… Adoré. Oui, c’est un coup de cœur immense, un IMMENSE coup de cœur, et je sais déjà que je vais le coller dans les mains de ma Maman, quand elle viendra en août. Pas le choix ! J’ai adoré, parce que j’ai été terriblement touchée par cette, ces femme(s). J’ai adoré, parce que l’idée de départ de l’auteure m’a tout simplement fascinée : laquelle de ces deux vies était vraie ? J’ai adoré, parce que l’auteure ne se contente pas de développer deux existences différentes, elle choisit plutôt de créer véritablement deux mondes à part entière. J’ai adoré, enfin, parce que la plume de l’auteure est toujours aussi exaltante, toujours aussi poétique. Toujours aussi juste.
Détaillons un peu, voulez-vous ? Nous rencontrons donc Patricia Cowan, alors placée dans une maison de retraite. Autant vous le dire, j’ai été ébranlée par ses mots dès le premier chapitre : sa détresse face à une situation qu’elle ne comprend pas, sa certitude d’avoir vécu deux vies, son incapacité à déterminer si l’une était plus « vraie » que l’autre… Bien décidée à faire la lumière sur ce phénomène qu’elle ne peut expliquer, elle va donc se mettre en devoir de nous raconter sa vie. Son enfance, perturbée par la guerre. Son adolescence et sa vie d’étudiante, sa passion pour la littérature. Et ce moment fatidique, où tout va basculer. Où nous rencontrons, successivement, Pat et Tricia. Où l’une tombe définitivement sous la coupe d’un homme mesquin et terrible, où l’autre le quitte pour mieux se construire ailleurs. C’est donc, en vérité, quatre femmes que nous rencontrons : la Patricia âgée, la jeune femme qu’elle fut, et les deux femmes qu’elle a incarné. Et chacune d’entre elle m’a énormément touchée : la détresse, je vous le disais, de la plus vieille. La passion et l’envie de vivre, d’apprendre, de la plus jeune. L’infortune de Tricia, l’amour de Pat. J’ai aimé chacune d’entre elles, j’attendais l’une avec impatience quand je dévorais le récit de l’autre. Jo Walton crée des héroïnes fortes, profondes, fortement et profondément humaines, qui ne peuvent qu’éveiller notre empathie… Et susciter, pour ma part, une grande admiration. Que j’aime ces héroïnes crédibles, à la psychologie fouillée, qui trouvent écho en mes propres rêves !
D’autres personnages viennent en outre s’ajouter à nos (notre ?) héroïne(s), et l’on ne peut que saluer l’auteure pour la minutie qu’elle porte à ses portraits secondaires : qu’il s’agisse des enfants, de Mark, de Bee, de la mère de Patricia et j’en passe… Aucun ne peut laisser indifférent. J’en ai haï certains comme j’en ai aimé d’autres, quelques uns m’ont émue aux larmes quand j’aurais voulu entrer dans le récit pour en secouer un ou deux. Nul doute qu’ils me resteront longtemps en tête…
Côté univers, c’est aussi brillant : à travers la petite histoire se dessine la grande, et j’ai été fascinée de voir se construire deux univers oh combien différents. Et regretté, une fois encore, mes pénibles lacunes historiques qui me font comprendre un peu tard que, non non, ÇA, ça n’est pas arrivé -_- Si la question se pose en fin d’ouvrage, on ne pourra pas manquer de la soulever assez rapidement : les choix d’une seule personne peuvent-ils, à ce point, modifier le destin de tout un monde ? L’auteure initie habilement une véritable réflexion, prolongeant l’expérience de lecture hors du livre à proprement parler : les thèmes abordés sont nombreuses et les pistes soulevées plus encore, et j’avoue que cela m’a beaucoup plu (et pour cela, on pourra dire ce qu’on veut… Mais la SF est particulièrement douée).
Côté intrigue, enfin, je crois qu’elle pourrait convenir a ABSOLUMENT tout type de lecteur : si le côté uchronique du roman se fait davantage sentir au fur et à mesure que l’on avance dans l’intrigue, cela reste pour autant très, très léger. Si la SF, ou les littératures de l’imaginaire en général ne sont pas votre fort, je pense que ce roman aura tout de même toutes les chances de vous plaire : il s’agit avant tout d’une histoire profondément poignante, de celles qui retracent avec passion et émotion des destins… Extraordinairement ordinaires, ou presque. C’est beau, et prenant aussi : car l’on VEUT savoir, nous aussi. On veut savoir, même si cela implique de devoir choisir… Et que ce sera, dans tous les cas, un déchirement.
Vous l’aurez compris, je suis définitivement sous le charme de cette auteure, qui m’avait déjà transportée avec Morwenna. Autant vous dire que je suis plus que ravie d’avoir Le cercle de Farthing dans ma PAL, et son tout dernier roman sur mon ordi :3 Il n’y a plus qu’à, comme on dit !

En bref, un roman magnifique et poignant aux héroïnes magnifiques et fortes, à la plume poétique et enlevée, à l’intrigue puissante et passionnante. Qu’attendez-vous ?


Coup de cœur !

La messagère du ciel, Lionel Davoust (Les dieux sauvages #1)

Couverture réalisée par Alain Brion

L’histoire : Mériane est une trappeuse, une paria, une femme. Autant de bonnes raisons d’en vouloir aux Dieux qui ont puni le peuple de la Rhovelle pour les fautes de ses aïeux. Car depuis la chute du glorieux Empire d’Asrethia, le monde est parcouru de zones instables qui provoquent des mutations terrifiantes, les gens ont faim, et une religion austère qui prêche la haine des femmes soutient un système féodal.
Pourtant, quand les Dieux décident de vider leur querelle par l’intermédiaire des humains, un rôle crucial échoit à Mériane. Pour elle débute une quête qui la verra devenir chef de guerre et incarner l’espoir de tout un peuple.

Mon avis : ET BIEN ! Deux grosses, grosses semaines que Mériane me tient compagnie. Cela fait bien longtemps que je n’avais pas mis aussi longtemps pour lire un livre ‘_’ Il faut bel et bien se rendre à l’évidence : je suis en plein dans une grosse, grosse panne livresque !
Ceci dit, ce n’est pas pour autant que je n’ai pas apprécié ma lecture : au contraire, même, ce premier tome m’a beaucoup, beaucoup plu : j’y ai trouvé un univers foisonnant et une écriture riche, mettant en valeur des personnages complexes. L’intrigue a su me tenir en haleine, là où j’aurais sans doute abandonné un ouvrage moins prenant : l’exploit était difficile à atteindre Monsieur Davoust, mais vous l’avez fait !
L’intrigue, parlons-en : elle est tentaculaire. Tentaculaire, et difficilement réductible à un simple résumé… Mais essayons tout de même : celle-ci prend place en Rhovelle, un royaume réunissant sept duchés, et parcouru de zones dites instables, où des bulles de magie brute font des ravages. Vestige du chaos s’étant abattu sur l’Empire corrompu d’Asrethia, ces Anomalies transforment tout être vivant s’y frottant en une immonde mutation mêlant chair et métal, laissant bien plus souvent le malheureux plus mort que vif. Mériane, trappeuse de son état, s’y entend particulièrement pour s’en tenir le plus éloignée possible : vivant à l’écart des hommes, elle est devenue experte dans l’art d’écouter son sixième sens pour échapper au danger. Et pourtant, rien ne pouvait la préparer à ce qu’elle allait vivre : contre son gré, c’est bien elle qui va se retrouver au beau milieu d’une terrible confrontation entre deux puissances divines : Wer, dieu révéré par le clergé de la Rhovelle, ayant pourtant décidé de faire payer aux hommes les erreurs de leurs aïeux en créant ces Anomalies, et Aska, dieu du chaos. Bien décidées à régner sans partage sur cette terre, les deux entités se lanceront dans une guerre sans merci… Où les hommes ne seront que de simples pions.
Hum. Je vous avoue que c’est quand même pas mal frustrant, cette affaire. Parce qu’il y a tant à dire ! Tant à dire, si l’on ne veut pas avoir l’impression de rogner misérablement cette intrigue gigantesque ! Gigantesque; d’abord, parce que Lionel Davoust choisit de la placer à plusieurs niveaux : avec ces deux Dieux, d’abord, que l’on va retrouver de manière récurrente tout au long du récit, qu’ils interviennent directement dans le monde des hommes ou se livrent à des joutes orales effrénées. Avec les hommes, ensuite, qui ne se préoccupent guère des manigances divines pour mieux se concentrer sur leurs propres petites bassesses : quête de pouvoir, complots et trahisons… Pas de doute, nous nous trouvons bel et bien dans un roman de dark fantasy, où les thèmes abordés sont aussi sombres que les personnages. Enfin, loin de se contenter de ne développer que quelques personnages de-ci de-là, l’auteur décide au contraire de nous fournir une galerie de portraits très détaillée, couvrant la totalité du territoire mis en lumière : qu’il s’agisse des sbires d’Aska sur la cordillère Egide, de Meriane et de ses déboires, des conseillers crapuleux de la Reine et j’en passe… On pourrait s’y perdre, si ce n’était pas si bien mené : les fronts sont nombreux, et pourtant Lionel Davoust nous y guide avec une aisance incroyable. Certains personnages sont évidemment développés davantage que d’autres, mais la qualité règne partout : tous sont bien plus complexes, fouillés et travaillés qu’on ne pourrait le croire de prime abord, et je me suis régalée à les voir évoluer et gagner en profondeur au fil du récit. Mériane, notamment, m’a beaucoup plu : comment résister à cette jeune femme qui dénote tant de l’époque dans laquelle elle vit ? Son franc-parler m’a laissée admirative, il faut l’avouer (je rêve secrètement d’avoir autant de repartie !). Mériane, donc, mais pas que ! Que dire de Leopol, Chunsen, Ganner, Juhel… ! Si l’on ne perd pas notre mauvaise habitude de leur coller à tous une étiquette sitôt qu’on les croise dans le récit, l’auteur s’amuse à battre et rebattre ses cartes en permanence : nul n’est ce que l’on croit, et l’on va de surprise en surprise. Autant vous dire que… J’ai adoré. Adoré me perdre à leurs côtés, adoré les suivre, les voir se débattre au milieu de ce combat qui les dépasse. Adoré rager, trépigner, gronder. Oui, oui.
Mais ce que j’ai surtout aimé, c’est la richesse du background : l’univers créé par Lionel Davoust est d’une complexité folle, et il nous abreuve constamment de détails mythologiques, religieux, sociétaux, topographiques… Tout, absolument tout y passe : vous vouliez vous immerger corps et âme dans votre roman ? Celui-ci sera parfait pour cela ! Découvrir cette société profondément inégalitaire m’a fascinée, et j’ai absolument ADORÉ toutes les pistes de réflexions que l’auteur soulève au fil de son intrigue. Le roman n’en sort que grandit, et moi… Moi, je suis comblée ! De même, j’ai particulièrement apprécié le côté post-apocalyptique de l’univers : mais qu’y avait-il avant ? Je ne peux empêcher mon esprit de se poser mille questions, et ne peut qu’espérer y trouver des réponses très bientôt…
Ajoutez à cela une intrigue foisonnante et fascinante, qui ne connait aucun temps mort malgré l’épaisseur de la bête (on atteint presque les 700 pages, c’est dire !) et qui, mieux, sait nous faire aussi bien gémir, rire, pleurer, que pester, et vous aurez une idée de la raison qui m’a poussée à ne pas abandonner mes moments lectures ces derniers jours. Enrobez enfin tout cela d’une plume ciselée et efficace, se prêtant aussi bien aux descriptions proprement affreuses des sbires d’Aska et de leurs méfaits, qu’aux moments bien plus émouvants qui n’ont pas manqué de me serrer le coeur, et vous comprendrez vraiment pourquoi cette lecture m’a tant touchée. Alors, merci m’sieur Davoust, merci pour tout. Et… Vivement la suite !

En bref, un premier tome passionnant, qui aura su me faire passer outre une vilaine panne de lecture. Vivement, vivement la suite !


On en redemande !

Retrouvez les différents interviews de Lionel Davoust sur Book en Stock, où nos chères Dup et Phooka nous ont une nouvelle fois accueillis pour un merveilleux Mois De ! Un grand, grand merci à elles !

Le livre des Radieux, Brandon Sanderson (Les Archives de Roshar #2)

Traduits par Mélanie Fazi

Couvertures réalisées par Alain Brion

Premier tome : La voie des rois #1 & La voie des rois #2

L’histoire : Je me souviens des jours avant l’Ultime Désolation.
Avant que les Hérauts ne nous abandonnent, et que les Chevaliers Radieux se retournent contre nous. Des jours où la magie était encore de ce monde, et l’honneur dans le cœur des hommes. Aujourd’hui nous surveillons quatre personnes. La première est un chirurgien qui est devenu soldat dans une guerre brutale. La deuxième est un assassin qui pleure en tuant. La troisième est une jeune femme dont la robe d’étudiante abrite une âme de voleuse et de traîtresse. La dernière est un prince dont les yeux se sont ouverts sur le passé, tandis que son appétit pour la guerre décroît.
Le monde changera.
Ces quatre personnes sont la clé.
L’une d’entre elles nous aidera. L’une d’entre elles nous détruira.

Mon avis : BON. Si je vous dis que j’avais décidé de relire La voie des rois avant de me lancer à l’assaut du Livre des Radieux, et que je me suis finalement précipitée sur ce dernier comme une affamée devant un un buffet à volonté, cela vous donne-t-il une idée de l’envie que j’avais de le lire ? Si je vous dis que j’avais prévu de faire une pause entre les deux volumes, histoire de faire durer le plaisir, mais que j’ai finalement enchainé mes lectures, posant l’un et prenant l’autre sous le regard désabusé de Chéri, cela vous fait-il imaginer à quel point il est prenant ? Si je vous dis que j’ai terminé le second à trois heures du matin, bossant le lendemain et pourtant parfaitement réveillée, le cœur battant à tout rompre, cela vous informe t-il sur l’intensité de ma lecture ? Et si je vous dis, finalement, que je suis d’ores et déjà en PLS pour un bon bout de temps, mais aussi totalement et irrémédiablement ÉPOUSTOUFLÉE par le talent de cet homme, que me dites-vous ? Je vais vous donner un indice : je tiens là un de mes plus gros coups de cœur de tous les temps, un coup de cœur à placer au panthéon, aux côtés de La dernière Terre, des Royaumes du Nord ou encore d’Harry Potter. Un coup de cœur comme on en rencontre peu dans une vie de lectrice, et qui pourtant vous marque… À JAMAIS.
DIEU QUE C’ÉTAIT BON ! Je ne saurais même pas par où commencer, tant il est important pour moi de vous faire comprendre que nous avons là une œuvre majeure de la fantasy, et que nous n’en sommes pourtant qu’aux prémices de la série. Alors que La voie des rois pouvait parfois paraitre contemplatif, bien que regorgeant déjà de moult rebondissements, Le livre des Radieux est…. FIOU. Juste ça ! Il est EXTRAORDINAIRE. Moi qui avais peur d’être un peu perdue, vu le temps écoulé depuis ma lecture du premier tome, et bien… PAS DU TOUT. Pas un instant ! On se replonge dans l’ambiance de suite, pour ne plus connaitre un seul temps mort : le deuxième volume, plus particulièrement, est tout simplement INLÂCHABLE. Et je ne dis pas ça à la légère : il est plus inlâchable que n’importe quel livre que j’ai pu lire jusqu’ici. Plus inlâchable que ces thrillers palpitants, où l’on meurt d’envie de savoir qui est l’assassin. Plus inlâchable que ces histoires d’amour compliquées, où l’on se consume de savoir si, oui ou non, les héros finiront par se retrouver. Plus inlâchable que tout cela, et bien davantage encore… Pour la simple et bonne raison que Le livre des Radieux est un véritable medley de tout cela : on frémit de rage et de peur, autant que d’espérance. On tremble et on trépigne, convaincu qu’un cataclysme ne manquera pas de s’abattre sur nous et nos personnages chéris si nous ne tournons pas une page supplémentaire. Et j’ai pleuré, OUI ! J’ai pleuré. Plusieurs fois. J’ai pleuré parce que l’auteur nous joue de sales tours, parce qu’il instille à son récit une émotion incroyable. Qui a dit que la fantasy n’était affaire que de gros bras et de batailles ? Brandon Sanderson a tout compris, en nous offrant un récit aussi sensible que prenant, aussi poignant qu’épique. C’est un savant mélange de tous les éléments constitutifs d’un TRÈS bon livre, une partition savamment orchestrée, résonnant d’une musicalité incroyable. Oui, je suis totalement sous le charme, encore groggy de cette lecture qui résonne en moi telle une Tempête Éternelle.
Côté intrigue, nous reprenons là où nous nous étions arrêtés : Shallan et Jasnah sont en route pour les Plaines Brisées, Dalinar essaye tant bien que mal de rassembler les Hauts Princes et Kaladin s’habitue peu à peu à sa nouvelle condition. Hum, aurais-je pu faire plus succinct, plus nébuleux que cela ? Je ne crois pas ! Mais, très honnêtement, mieux vaut ne rien vous spoiler. Et, l’intrigue est tellement dense, tellement riche, qu’en dévoiler un petit bout me conduirait déjà à en dire trop. Qu’à cela ne tienne, je ne vous parlerai que de mes impressions :3 Ces deux volumes m’ont fait l’effet d’une claque à répétition : tout en continuant à travailler avec application son background, l’auteur se lance à corps perdu dans le développement de son intrigue : après la mise en place de celle-ci dans le premier opus, il est temps de la mettre en branle. ETJEVOUSJUREQUEC’ESTTROPBIEN !!!! J’ai retrouvé avec ce tome-ci les sensations que m’avaient procuré l’Empire Ultime : alors que l’on aurait pu penser que l’auteur se « contenterait » de dérouler sur l’ensemble de son récit les premières pistes soulevées, il choisit au contraire de les mener à leur terme relativement rapidement pour embrayer, de suite, sur quelque chose de plus grand encore : comment, de ce fait, ne voulez-vous pas réclamer la suite à corps et à cris ? C’est complet, et complexe : nul sujet n’est une fois encore mis à l’écart, qu’il s’agisse de politique, d’histoire, de religion, et j’en passe. Évidemment, je ne vous parle pas de la toute fin, qui m’a fait littéralement bondir de mon lit (tout comme bon nombre de passages précédents, il faut l’avouer) : même si une page se tourne bel et bien, cela implique tellement de choses que… GRUMPH. Dans la même veine, d’ailleurs, je n’ai pu m’empêcher de m’interroger sur les liens entre les différents mondes du Cosmère (l’univers dans lequel l’auteur a placé la majeur partie de ses romans) : certaines… scènes… ne sont en effet pas sans rappeler l’utilisation de l’allomancie dans Fils-des-brumes, et je ne peux m’empêcher de me demander si, là encore, l’auteur ne nous prépare pas quelque chose d’hors norme. Peut-être est-ce moi qui aie tendance à voir des liens partout, mais cela m’a surtout donné furieusement envie de me replonger dans cette trilogie chouchou ❤️
Quant aux personnages… Certains font leur apparition, d’autres s’envolent vers d’autres cieux, et une poignée… Une poignée s’ancre définitivement dans le récit, ainsi que dans notre esprit : Kaladin et Syl, bien sûr, mais aussi Shallan, Dalinar, Navani, Adolin… Ils sont TELLEMENT vivants ! TELLEMENT bien rendus ! Et l’on sent TELLEMENT bien l’immense potentiel qu’ils ont encore en eux ! Dieu que c’est bon de retrouver des personnages qui ne peuvent laisser indifférent, des personnages qui nous font vibrer, qui nous émeuvent… Qui nous font rire ! Je crois que c’est une dimension que je n’avais pas trouvé dans le premier opus : Le livre des Radieux possède en effet une petite note de légèreté qui va et vient, apaisant les moments les plus difficiles émotionnellement parlant, et j’avoue qu’on l’accueille avec grand plaisir : le ton général n’en sonne que plus juste. Les personnages s’affirment, donc, mais se complexifient également, de même que leurs relations : le noyau dur de personnages principaux se resserre, et j’ai observé avec une délectation non dissimulée leurs rencontres, imaginant même quelles pourraient être leurs relations futures… Mais, CHUT ! Je m’arrête là.
Honnêtement, ce livre est une bombe. J’ai l’impression de rabâcher toujours un peu la même chose quand il s’agit de B.S., et pourtant : à mon grand dam, plus je découvre ses écrits, plus j’ai le sentiment que ceux-ci gagnent en force, en aboutissement. Le processus d’écriture est long, et il nous faudra être patient pour la suite : le troisième tome serait prévu en anglais pour fin 2017 (donc une bonne, voire deux années d’ici la traduction), le quatrième pour 2020 (avec les retards que cela suppose), et le cinquième… Bref. Nous n’avons donc pas fini d’entendre parler de Roshar, et tant mieux : c’est tellement bon que je pourrais m’y plonger encore et encore 🙂 Je dois, enfin, un grand merci à la femme qui nous permet d’apprécier à leur juste valeur les romans de ce grand écrivain : Mélanie Fazi, à la traduction toujours aussi impeccable, toujours aussi poétique. Qui a dit que la fantasy ne pouvait pas être un superbe exercice de style ? 😉

En bref, le premier tome était déjà EXCELLENT, et celui-ci est encore meilleur : le premier volume m’a passionnée et… J’ai lu le second d’une traite, ou presque : c’est à la fois enivrant, magnifiquement écrit, mené à la perfection, bref… C’est un coup de cœur parfait, inoubliable et magnifique. FIOU ❤️

 
COUP.DE.CŒUR !

Un pont sur la brume, Kij Johnson

Traduit par Sylvie Denis

Couverture réalisée par Aurélien Police

L’histoire : Kit Meinem d’Atyar est peut-être le plus doué des architectes de l’Empire. Peut-être… et tant mieux. Car il lui faudra convoquer toutes ses compétences, l’ensemble de son savoir pour mener à bien la plus fabuleuse qui soit, l’œuvre d’une vie: un pont sur le fleuve de brume qui de tout temps a coupé l’Empire en deux. Un ouvrage d’art de quatre cent mètres au-dessus de l’incommensurable, cette brume mortelle, insondable, corrosive et peuplée par les Géants, des créatures indicibles dont on ne sait qu’une chose : leur extrême dangerosité…
Par-delà le pont… l’abîme, et pour Kit une aventure humaine exceptionnelle.

Mon avis : Oups ! Je crois que je commence à accumuler un peu de retard avec cette petite collection ‘_’ Sur les huit novellas sorties à ce jour, je n’en ai lu que… Trois. Dont celle-ci. PAS BIEN ! Ceci étant dit, je ne me sentirais pas capable de les lire tous à la suite : jusqu’à présent, ils m’ont tous offert un moment de lecture bien particulier, que j’ai mis longtemps à digérer. Les textes sont courts, oui, mais non moins puissants : ces écrits sont des portes d’entrée vers de véritables réflexions, et j’aime espacer mes lectures pour leur donner, à chacune, le temps qu’elles méritent. Mais trêve de blabla, venons-en au fait : un roman sur la construction d’un pont est-il à-même de nous transporter ?
Car oui, le sujet est bel est bien là : c’est un chantier que nous suivons ici. Ne prenez pas peur : par de pantalon à demi baissé ou de grossièretés à tout va, nous ne sommes pas à Paris (ceci dit, cela m’aurait rappelé quelques souvenirs). Non, Kij Johnson place son intrigue dans un univers à peine esquissé, et pourtant diablement intrigant : sommes-nous dans dans la SF, dans de la fantasy ? Impossible de le déterminer. Voici ce que nous savons : l’Empire est divisé en deux : un fleuve infranchissable le traverse de part en part, fleuve dont nul n’a jamais vu l’eau : celui-ci est en effet recouvert d’une chape de brume opaque, corrosive et abritant de dangereuses créatures : poissons à la taille variable, géants… Nul ne sait véritablement ce qu’il s’y cache. Pour la traverser, une seule solution : prendre l’un des Bacs effectuant le voyage, sans aucune garantie de survie. C’est dans ce contexte que Kit Meinem d’Atyar, le personnage principal, se rend à Procheville : architecte de renom, la Capitale l’a chargé de la délicate tâche de construire un pont reliant les deux rives. Le chantier est d’envergure, et les dangers multiples… Mais il faudra que Kit apprenne avant tout à connaitre les habitants, ces gens dont il va changer la vie à tout jamais…
J’ai trouvé qu’Un pont sur la brume avait un côté très onirique, très… Posé : nulle scène trépidante ici, nulle bataille avec ces mystérieux Géants… Non, nous suivons le chantier sur près de cinq ans, avec son lot de catastrophes et  d’imprévus… Mais, surtout, nous suivons des femmes, et des hommes. Des destins au bord du précipice, à la croisée des chemins. Ici réside pour moi la grande force de ce récit : en à peine 120 pages, l’auteure réussit le très joli coup de nous faire côtoyer des personnages d’une très grande crédibilité, dotant par là-même son roman d’une sensibilité certaine. Que cela soit Kit, évidemment, ou Rasali, chargée de faire traverser la brume aux voyageurs, ou encore Valo… L’auteure dresse succinctement leur portait, et pourtant, force est d’avouer que nous nous y attachons beaucoup. Comme quoi, nul besoin de longues descriptions ou d’interminables considérations psychologiques pour donner de la force à ses personnages : l’on est portraitiste, ou l’on ne l’est pas.
Vous l’aurez donc compris : l’intrigue a beau être essentiellement contemplative, elle est également prenante. L’édification de ce monument est fascinante, et j’ai été particulièrement touchée de découvrir comment l’œuvre d’un seul homme pouvait autant bouleverser la vie du plus grand nombre. Je pense notamment à Rasali, donc la vie même est intrinsèquement liée à cette brume qui n’aura, bientôt, plus d’impact sur un quotidien qu’elle parasitait totalement jusqu’alors. Une brume qui sera bientôt réduite au rang de détail, quand elle déterminait la vie de plusieurs milliers de gens. Les questions sont multiples, et les réponses ne viennent qu’ensuite : une fois encore, j’ai eu tout le loisir de m’interroger sur ce qu’impliquait ce petit roman. Et… J’ai aimé ça.
Un pont sur la brume est une fenêtre sur un univers fascinant, à propos duquel on aimerait en savoir davantage. Pour autant, l’auteure parvient tout à fait à nous rassasier avec son court roman, nous offrant un texte à la fois riche et puissant, porté par des personnages attachant et une plume poétique. Pour une première fois avec Kij Johnson, c’est une réussite !

En bref, une novella qui aura su me transporter dans un univers à la fois inquiétant et fascinant, traitant d’un sujet que d’aucun pourrait considérer comme barbant. Pourtant, notre lecture est d’une fluidité certaine, et nous la quittons comme à regret, des lambeaux de brume s’accrochant désespérément à notre esprit. Encore !


On en redemande !

La mémoire de Babel, Christelle Dabos (La Passe-Miroir #3)

Couverture réalisée par

Tome 1 : Les fiancés de l’Hiver
Tome 2 : Les disparus du Clairdelune

L’histoire : Thorn a disparu depuis deux ans et demi et Ophélie désespère. Les indices trouvés dans le livre de Farouk et les informations livrées par Dieu mènent toutes à l’arche de Babel, dépositaire des archives mémorielles du monde. Ophélie décide de s’y rendre sous une fausse identité.

Mon avis : Je crois que je pourrais, cette fois encore, commencer ma chronique par des points de suspension. Tout simplement parce que je n’ai pas, plus les mots, pour vous retranscrire avec justesse ce que ce troisième tome m’a fait ressentir. Cela fait un an et demi que j’attendais ce moment. Un an et demi que je ressassais la fin du deuxième opus, un an et demi que je ne pouvais empêcher mon cœur de se contracter douloureusement en y repensant. UN AN ET DEMI. Et j’aurais pu attendre un mois supplémentaire, si je n’avais eu la chance de pouvoir lire cette petite merveille quelques temps avant sa sortie (merci Chachou, si tu passes par là !)… Ce pourquoi j’ai décidé de le faire durer au maximum : ayant dévoré le deuxième en très peu de temps, j’avais envie de savourer celui-ci. De m’y plonger petit à petit, pour bien m’en imprégner… Et ce fut difficile, je ne vous le cache pas : si la fatigue n’avait pas favorisé des soirées relativement courtes, je pense que je l’aurais fini en deux jours, trois maximum. J’ai donc passé cinq jours au côté d’Ophélie, cinq jours intenses à l’issu desquels je me suis retrouvée désemparée : que lire, après ça ? Comment espérer s’investir émotionnellement dans un autre roman, après avoir tout donné avec celui-ci ? Je n’ai donc pas forcé, et suis en pause livresque depuis vendredi soir. Mais il est tout de même temps de s’atteler à la rédaction d’une chronique qui, je gage, sera délicate à écrire…
Souvenez-vous : dans le deuxième tome, notre chère Ophélie entrait dans les petits papiers de Farouk, l’esprit de famille du Pôle : nommée vice-conteuse, elle se retrouvait sous les feux d’une société oh combien hypocrite et dangereuse… Au sein de laquelle d’inexplicables disparitions ne tardèrent pas à se produire. Bien décidé à faire la lumière sur ce drame que nul ne semblait prendre au sérieux, Ophélie se plongeait, à nouveau, dans les ennuis jusqu’au cou…
Jusqu’à cette fin. Cette fin où tout s’accélère, où nos sentiments sont à la fois exaltés et piétinés. Cette fin où, {SPOILER ALERT} enfin, Thorn et Ophélie se trouvent véritablement… Avant d’être brutalement séparés. C’est donc sur Anima que nous retrouvons Ophélie, deux ans et sept mois après cette fin dramatique. Retournée sur son arche natale avec sa famille, elle s’y morfond depuis lors, surveillée de près par les suppôts de Dieu et sans aucune marche de manœuvre. Mais c’était sans compter les manigances d’Archibald, qui débarque en plein évènement familial sur Anima : il a trouvé le moyen de la faire sortir d’ici, et vite. Confrontée à l’urgence de la situation, Ophélie ne perd pas un instant… Et ne tarde pas à décider de la suite des évènements : hors de question de retourner au Pôle sans Thorn. Elle se lancera donc à sa recherche… Seule, sur une Arche inconnue : Babel, sur laquelle règnent les jumeaux Hélène et Pollux… {FIN DU SPOILER}
J’ai A-D-O-R-É. Aussi simplement que cela. Pour la troisième fois, Christelle Dabos m’a tout bonnement envoûtée : retrouver Ophélie fut une véritable libération, tant elle m’avait manquée. Malgré le délai séparant mes différentes lectures, l’émotion était palpable : la détresse de notre héroïne est toujours aussi touchante, et nous replonge instantanément dans l’univers que nous n’avions quitté qu’à grand regret. En quelques phrases, nous voilà partis à ses côtés : difficile, dès lors, de se détacher du texte pour retourner à la vie réelle. Et c’est d’autant plus dur que l’auteure nous offre une intrigue fourmillante, explorant plus avant un background toujours plus détaillé : je n’ai clairement pas boudé mon plaisir à découvrir la société Babelienne (??), ses codes et ses traditions, me retrouvant projetée en son sein avec une facilité déconcertante grâce à la plume extrêmement visuelle de Christelle. Le cadre est splendide, donc, et plein de promesses : après la fausse familiarité d’Anima et l’hypocrisie crasse du Pôle, nous nous frottons à l’exubérance stricte de cette nouvelle Arche, entre jungle luxuriante et désert aride, abritant une Famille pour le moins… intrigante. Le paraitre y est extrêmement important, mais tout y est codé, rigidifié. Le rang social y est capital, et chacun se doit de l’afficher avec ostentation… Entre autres détails que nous découvrons avec passion.
Ophélie arrive donc sur cette Arche, avec en tête une vague piste pour retrouver Thorn… Et c’est tout. Des us et coutumes de Babel, elle n’y connait rien, et ne tarde pas à s’en rendre compte : nous découvrons ce monde à travers ses yeux éberlués, et nombre de scènes m’ont serré le cœur. Car dès qu’elle pose le pied sur cette Arche, Ophélie est seule… Contre tous. Je ne veux pas vous dire un mot de l’intrigue pour ne pas vous gâcher quoi que ce soit, mais, très clairement, notre héroïne n’est épargnée ni sur le fond, ni sur la forme : le ton du récit se durcit encore davantage, et nous ne pouvons manquer de souffrir avec notre chère Animiste. L’intrigue est, certes, menée tambour battant : il n’y a aucun temps mort, et nous lisons en reprenant difficilement notre souffle. Mais… Elle est surtout riche en révélations fracassantes, en rebondissements tonitruants. Mon cœur a manqué de se déchirer à de multiples reprises, s’appropriant totalement les émotions d’Ophélie : incompréhension, frustration, horreur, tristesse, impuissance, espoir… Espoir, oui, mais espoir cruel, de ces espoirs qui nous gonflent la poitrine à en exploser, pour finalement nous laisser vidés, éreintés, souffrants. J’ai lu les yeux grand ouverts et les sentiments à la dérive, à la fois avide d’en savoir davantage, de trouver enfin les réponses à mes questions… Et terriblement craintive de devoir refermer définitivement mon roman.
Finalement, j’ai bien dû le fermer, ce troisième tome… J’ai bien dû le finir. En lisant les deux cents dernières pages d’une traite, les yeux rougis. Et cette fin… CETTE FIN. Cette fin m’a mise au supplice autant qu’elle m’a réjouie. Cette fin qui est une véritable épreuve quand l’on sait que la suite n’est pas pour demain, une torture pour qui s’est attaché à nos héros. Une nouvelle fois, mon cœur de lectrice est orphelin et peine à s’en remettre. Une nouvelle fois, c’est un grand, un magnifique, un merveilleux coup de cœur. Le talent de Christelle Dabos ne se dément pas, tout au contraire : plus l’on avance, et plus sa série s’épanouit. Malgré (ou grâce ?) les épreuves auxquelles elle est confrontée, Ophélie ne cesse de gagner en maturité et en courage, et notre affection pour elle s’affirme page après page. C’est une grande série que nous offre l’auteure, une grande série qui mérite d’être lue par tous les rêveurs… Pour moi, c’est désormais sûr et certain : La Passe-Miroir fait partie des mes incontournables, de mes plus beaux moments livresques. Et pour cela… Merci Christelle, merci ❤️

En bref, ce troisième tome m’a comblée : la plume de l’auteure est toujours aussi superbe, son imaginaire débordant m’a laissé béate d’admiration et… Que dire de nos personnages principaux ? J’en ai encore le cœur serré, et n’attends désormais plus qu’une chose : pouvoir, enfin, découvrir la fin de leurs aventures. Avec le déchirement que cela implique…

 
COUP DE CŒUR !

L’homme qui mit fin à l’Histoire, Ken Liu

lhomme-qui-mit-fin

Traduit par Pierre-Paul Durastanti

Couverture d’Aurélien Police

L’histoire : Imaginez un procédé scientifique révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée. Par une seule et unique personne. Sans aucune possibilité pour l’observateur d’interférer avec l’objet de son observation. Un procédé qui ouvre les portes de la connaissance, de la vérité, sur les périodes les plus obscures de l’histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d’Etat.
Avez-vous déjà entendu parler de l’Unité 731 ? Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le lieutenant-général Shirö Shii, cette unité militaire de recherche bactériologique se livra à l’expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d’un demi million de personnes… Cette invention révolutionnaire va enfin permettre de savoir la vérité sur ces terribles événements, à peine reconnus en 2002 par le gouvernement japonais, et couverts pendant des années par le gouvernement américain.
Quitte à mettre fin à l’Histoire…

Mon avis : Je… Quelle. Claque. Et je l’aurais volontiers hurlée, cette claque, si Ken Liu ne m’avait pas coupé la parole. J’ai terminé son livre voilà un sacré bout de temps, et j’en tremble encore : impossible, d’ailleurs, de passer à autre chose pendant un long moment. J’ai eu beau essayer de me plonger dans n’importe quel roman, j’en revenais toujours à cette nouvelle qui m’a profondément heurtée. Le texte est court, très court, mais il est… D’une puissance folle. C’est un coup de cœur, oui, mais un coup de cœur âpre, qui me laisse un arrière-goût extrêmement tenace sur la langue. Ken Liu m’a simplement bouleversée. Et encore, le mot est faible : ils le seront tous, dans cette chronique. Tous impropres à rendre le tourbillon d’émotions qu’a suscité l’auteur en moi.
Quand j’ai commencé ma lecture, je ne… Franchement, je n’avais qu’une idée extrêmement vague de ce que j’allais y trouver. Oh, j’avais lu quelques chroniques, bien sûr ! Mais je m’étais essentiellement contentée de les survoler, bien décidée à n’entacher ma lecture d’aucun apriori. J’avais donc bien compris que l’auteur mettait en scène deux savants un peu fou, ayant mis au point une machine capable de renvoyer une personne dans le passé, à un instant précis. Et, globalement, avec beaucoup de guillemets… C’est ça. C’est ça, mais de manière très très édulcorée, et très très simplifiée. Sous forme de récit journalistique, nous découvrons donc cette invention révolutionnaire, et son impact sur le quotidien de tous. Car notre héros, Evan Wei, est bien décidé à faire lumière sur l’un des évènements les plus noirs de l’Histoire du conflit Sino-Japonais : son invention sera pour lui le moyen de révéler au grand jour les exactions de la terrible Unité 731, un groupe de travail japonais s’étant livré à l’expérimentation humaine dans le but d’élaborer des armes bactériologiques…
J’ai donc lu. J’ai donc lu, la main devant la bouche et le cœur glacé, retournée par les mots extrêmement durs qu’emploie l’auteur. Son texte est brut, et je ne saurais que trop vous prévenir : les plus sensibles devraient peut-être s’abstenir, et je pèse mes mots. En si peu de temps, Ken Liu nous immerge totalement dans un récit qui ne connait aucun répit, aucune pause. On lit, hypnotisé, incapable de dresser quelque barrière que ce soit devant l’horreur qui s’impose à nous. On lit, on lit, et ses mots nous poignardent telles des lames chauffées à blanc.
Mais ça… Ça, c’était avant que je relève la tête, en plein milieu de ma lecture, et demande à mon père qui, lui, est féru d’Histoire (et plus particulièrement de la période WWII) : « Mais attends… Ce qu’il raconte, là… C’EST VRAI ?! ».
C’est vrai. C’est vrai, et peut-être bien en dessous de la vérité, pour ce que l’on en sait. Cette unité 731, les horreurs qu’elle a perpétré, le silence obstiné du Japon… Tout ça, c’est bel et bien vrai. Alors oui, le petit côté futuriste, tout ça… C’est ce qui fera que cette nouvelle sera classée en SF. Mais, très clairement, Ken Liu opère ici un véritable travail d’historien. Il met, enfin, à la portée du plus grand nombre la connaissance de l’un des évènements les plus tragiques de cette seconde guerre mondiale. L’une des plus grandes hontes de la race humaine.
Autant vous dire que ma lecture, déjà difficile, est devenue carrément éprouvante. Je n’ai plus cherché à retenir mes larmes, qui ont coulé sans discontinuer durant la seconde moitié du récit. Un récit en tout point remarquable, que l’on se le dise : Ken Liu pose les bonnes questions, amorce de multiples pistes de réflexions. Plus j’y songe, et plus j’en suis convaincue : j’ai très, TRÈS rarement lu un roman (ou une novella, dans ce cas-ci) aussi percutant. L’auteur a su trouvé le ton juste, exercice pourtant fort délicat avec un sujet comme celui-ci. Plus qu’un récit de SF, il nous offre une véritable réflexion sur des questions éthiques et morales, faisant de notre lecture une expérience tout à fait particulière, qui dure bien plus que le temps du roman. Je ne m’étais pas aussi concernée par une lecture depuis un moment, comme cela avait pu être le cas, par exemple, avec l’Infernale Comédie de Mike Resnick… à la différence près que L’homme qui mit fin à l’Histoire ne fait pas 800 pages, et que j’en suis ressortie encore davantage bouleversée.
Je ne pourrais donc que vous inviter à découvrir ce texte, qui fait désormais partie des pépites les plus précieuses de ma bibliothèque. L’horreur du sujet n’enlève rien au talent de l’auteur, qui n’a guère plus besoin de faire ses preuves avec moi : je sauterai sur la moindre ses prochaines parutions.

En bref, c’est un coup de cœur. Un coup de cœur qui m’a salement amochée, dont je ne suis qu’à moitié remise malgré le temps qui a passé depuis ma lecture : le sujet est affreux, les mots de l’auteur puissants. A lire, pour savoir, pour se souvenir. Et pour découvrir le génie d’un homme dont on entendra, je gage, bien plus parler à l’avenir.


Coup de cœur… Ou de massue, à voir !