Porcelaine, Estelle Faye

Couverture par Letizia Goffi

L’histoire : Chine, vers l’an 200. Xiao Chen est un comédien errant, jeté sur les routes par un dieu vengeur. Un masque à forme humaine dissimule son faciès de tigre, tandis que son cœur est de porcelaine fêlée. Son voyage va durer plus de mille ans.
Au cours de son périple, il rencontrera Li Mei, une jeune tisseuse, la Belle qui verra en lui plus qu’une Bête. Celle qui, sans doute, saura lui rendre son cœur de chair. Cependant Brume de Rivière, fille-fée jalouse et manipulatrice, intrigue dans l’ombre contre leur bonheur.
Pendant presque quinze siècles, rivalités et amour s’entrecroisent, tissant une histoire de passion, de tendresse et de sacrifice, sur fond de magie et de théâtre.

Mon avis : … Franchement, je suis bien incapable de vous dire grâce à qui ce petit roman est entré dans ma PAL. Grâce à l’un d’entre vous sans aucun doute, qui a lu ce conte merveilleux et en a parlé de telle façon que je n’ai pu y résister en le croisant en rayon. Et je regrette, oh ! que je regrette de ne pas avoir noté dans un coin à qui je devais ce craquage… Parce que cette lecture, mes petits, cette lecture… Je m’en souviendrai longtemps, longtemps, longtemps. Estelle Faye m’a charmée, hypnotisée, envoûtée. J’ai savouré le moindre mot, la moindre ligne, la moindre page. Je l’ai fait durer, durer, pour ne pas la voir se terminer. Et, finalement…
Porcelaine raconte l’histoire de Xiao Chen, jeune garçon fils d’un célèbre potier, vivant dans un village reculé d’un territoire que l’on appellera, bien des années plus tard, Chine. Maudit par un dieu moribond, il sera banni de son village, contraint de rejoindre une compagnie de théâtre… Au cœur de laquelle son nouveau faciès fera sensation : affublé d’une tête de tigre, c’est sur les planches qu’il trouvera son salut…
Voilà un résumé fort abscons, j’en conviens volontiers. Le fait est que le récit est court, et recèle mille surprises. En dévoiler une de trop, et c’est la magie qui s’envole… Et en matière de magie, Estelle Faye sait y faire : en prenant des allures de conte oriental, son récit nous envoûte dès les premières lignes : l’atmosphère y est très particulière, d’une poésie certaine, nous plongeant dans une torpeur hypnotique, les mots s’élevant devant nos yeux sans obstacle pour leur faire barrage. Choisis avec soin, pesés, mesurés, ils ont rapidement eu raison de moi : je suis simplement tombée amoureuse de la plume d’Estelle Faye. De cette façon subtile de faire naitre dans nos esprits les paysages les plus vivants, de dresser en quelques mots le portrait de personnages terriblement vivants. Si la narration impose une certaine distance avec ces derniers (bien que le rôle d’un lecteur soit essentiellement passif, j’ai trouvé que ma lecture était bien plus contemplative que d’ordinaire), je n’en ai pas moins été particulièrement touchée par leur sort : de Xiao Chen à Li Mei, en passant par Brume… La galerie est restreinte, due à l’étendue de la narration (l’action s’étale sur plusieurs centaines d’années), mais cela n’importe que peu : Estelle Faye soigne ses personnages, les rend plus humains que jamais en leur prêtant des sentiments complexes, évoluant au fil du temps et des épreuves. Comment, dès lors, ne pas avoir envie de continuer notre lecture pour connaitre le fin mot de l’histoire ? Entre conte ancestral, récit merveilleux, roman d’amour, vendetta désespérée et hommage au monde du spectacle, Porcelaine se trouve à la croisée des genres… Et cela marche, parfaitement : on s’y plonge avec délectation, trouvant le retour à la réalité bien trop rude.
J’écris sur le vif, ce qui explique peut-être la rapidité de cette chronique : les émotions suscitées par cette lecture tourbillonnent encore en moi, et j’avoue avoir du mal à en démêler l’écheveau. Pour une première lecture de l’auteure, avouons que cela est un succès : je ne m’attendais pas à être tant bouleversée. Ne me reste dès lors qu’à digérer ce récit fantastique, et peut-être, pourquoi pas ? Le reprendre dans quelques temps, pour retrouver cette atmosphère inoubliable, qui me fait désormais rêver de cette Chine ancestrale oh combien mystérieuse…

En bref, une lecture magique. Le conte n’est certes pas le genre que j’affectionne le plus, mais Estelle Faye a réussi le joli coup de me faire abaisser toutes mes barrières en nous offrant une récit merveilleusement bien écrit, peuplé de personnages extrêmement touchants, abordant des thèmes aussi multiples qu’indémodables… Et lui insufflant une foule d’émotions surpuissantes. A lire !


On en redemande !

 

Je t’ai rêvé, Francesca Zappia

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Traduit par Fabienne Vidallet

Se le procurer :
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L’histoire : Vous, les gens normaux, êtes tellement habitués à la réalité que vous n’envisagez pas qu’elle puisse être mise en doute. Et si vous n’étiez pas capables de faire la part des choses ? Jour après jour, elle se retrouve confrontée au même dilemme : le quotidien est-il réel ou modifié par son cerveau détraqué ? Dans l’incapacité de se fier à ses sens, à ses émotions ou même à ses souvenirs, mais armée d’une volonté farouche, Alex livre bataille contre sa schizophrénie.
Grâce à son appareil photo, à une Boule Magique Numéro 8 et au soutien indéfectible de sa petite sœur, elle est bien décidée à rester saine d’esprit suffisamment longtemps pour aller à l’université. Plutôt optimiste quant au résultat, Alex croise la route de Miles, qu’elle était persuadée d’avoir imaginé de toutes pièces… Avant même qu’elle s’en rende compte, voilà que la jeune femme se fait des amis, va à des soirées, tombe amoureuse et goûte à tous les rites de passage de l’adolescence.
Mais alors, comment faire la différence entre les tourments du passage à l’âge adulte et les affres de la maladie ? Tellement habituée à la folie, Alex n’est pas tout à fait prête à affronter la normalité. Jusqu’où peut-elle se faire confiance ? Et nous, jusqu’où pouvons-nous la croire ?

Mon avis : Décidément, j’enchaine les lectures coups de poing, en ce moment ! Plus que la mention « coup de cœur de John Green », c’est la couverture qui m’a interpellée : tout ces bleus… J’aime beaucoup. Je l’ai reçu alors que l’on était en plein rush de fin d’année et, honte à moi… Je l’ai oublié. Un peu. Et puis, ma semaine de repos forcé est tombée : c’était l’occasion ou jamais. Je m’y suis donc plongée un soir… Pour ne plus en ressortir.
Alex est schizophrène. C’est-à-dire ? C’est-à-dire qu’elle peine à faire la différence entre hallucinations et réalité. Pourtant, Alex a des rêves simples : se constituer une bande d’amis, aller à la fac… Alors qu’elle fait sa rentrée dans un nouveau lycée, elle croise Miles. Miles, qui semble quelque peu socialement inadapté, mais qui, surtout, lui rappelle Yeux-Bleus, son premier ami imaginaire… Et si la jeune fille n’avait rien inventé ? Jusqu’à quel point peut-elle se faire confiance ? Entourée de sa petite sœur et d’une bande d’amis bien réels, Alex va partir à la conquête de l’âge adulte… Et de la liberté.
J’ai adoré ma lecture. Oui ! J’ai adoré, parce que l’auteure nous embarque dans un tourbillon d’émotions aussi puissantes qu’irrépressibles. J’ai adoré, parce que l’héroïne a une personnalité bien à elle, une présence quasi-physique. J’ai adoré, parce que je me suis instantanément attachée à ce petit bout de femme, qui a su me faire rire… Mais aussi pleurer. J’ai adoré, enfin, parce que ce roman a gonflé mon cœur à bloc, parce qu’il a su me surprendre jusqu’à la toute fin, parce que je l’ai refermé avec les larmes aux yeux, le souffle court et les poings serrés. Pour toutes ces raisons… J’ai adoré.
Vous imaginez, vous, ne pouvoir vous fier à rien de ce que vous voyez ? Tel est le quotidien d’Alex, jeune fille à l’imaginaire quelque peu envahissant. Dès le début, je me suis attachée à notre héroïne au caractère si ambivalent, à la fois pétrie de fêlures et de traumatismes et pourtant si, si forte. J’ai aimé la suivre dans son quotidien, aimé la voir prendre confiance en elle, faire confiance aux autres, s’envoler. Ses réflexions, entre ingénuité et profonde lucidité, ont porté ma lecture. J’ai lu avec délectation, la plume de l’auteure n’étant pas dénuée de poésie. Francesca Zappia a su provoquer en moi les émotions les plus contraires, mais aussi les plus violentes…. Ne me laissant pas une seconde pour reprendre mon souffle.
Je ne vous en ai pas trop dit, je le sais… Et pourtant, il n’y a rien d’autre à ajouter : il faut que votre œil soit neuf pour apprécier au mieux ce petit bijou. Alors… Laissez-vous tenter ❤️

Je t’ai rêvé est un récit puissant, hypnotique. Une fois commencé, je n’ai pas pu le lâcher, tant le quotidien d’Alex, cette jeune héroïne à la personnalité si particulière, m’a passionnée. Coup de cœur ❤️

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Coup de cœur !

Testament d’une race, Stanislas Kowalski

Contactée il y a peu par l’auteur, je n’avais pas du tout entendu parler de ce tout nouveau roman. La faute à l’auto-édition me direz-vous, puisque l’auteur ne bénéficie pas d’une publicité toute faite, mais doit faire tout le travail lui-même. Conquise par les trois premiers chapitres et étant toujours prête à promouvoir les jeunes auteurs, je me suis donc fait une joie d’accepter cette demande de partenariat.
Testament d'une race

Ce qu’en dit la quatrième de couv’ : « Kuntara est désormais un vieil homme. Il relate la destruction de son peuple dans une guerre qu’il n’a pas vue venir. Il raconte ses projets et les espoirs perdus de sa jeunesse. Il raconte ses choix d’homme mûr et les combats qu’il a dû mener pour sa patrie, ses compagnons et sa famille. Il raconte son héroïsme, auquel il ne croit plus lui-même. Bravoure, vulgarité, altruisme et cruauté se mêlent et interrogent son désir d’être civilisé. » 

Mon avis : Je tiens avant toute chose à remercier Stanislas Kowalski pour m’avoir permis de découvrir son roman. Le rythme de parution dans l’édition est tellement dense que, sans sa demande de partenariat, je serais sûrement passée à côté. Et cela aurait été dommage, car j’ai été singulièrement touchée par cet ouvrage.
La narration s’ouvre étrangement puisque, dès les premières lignes, Kuntara (le narrateur) nous annonce qu’il va mourir. Et cette prévision nous accompagne durant toute notre lecture, nous ôtant tout espoir d’assister à une quelconque amélioration du sort de son peuple. Plus qu’un roman, il s’agit davantage d’une lettre, lettre dans laquelle Kuntara relate à un mystérieux jeune homme (le lecteur lui-même ?) la fin tragique de son peuple, à travers sa propre vie. Il apostrophe donc régulièrement le lecteur, qui fait ainsi office de témoin.
Nous suivons le personnage de Kuntara à travers toutes les étapes de sa vie, celui-ci revenant sur l’homme qu’il était avec un œil critique et acéré. On ne peut d’ailleurs pas dire qu’il soit particulièrement tendre envers lui-même, ce qui provoque une réaction ambivalente chez le lecteur : il est impossible de ne pas le juger, et ce n’est pas toujours à son avantage. Fils de chef, il aspire à être lui-même un grand homme… sans en avoir, à mon sens, l’étoffe. Sa position hiérarchique est telle qu’il n’a pas à faire grand chose pour que tout lui tombe tout cuit dans le bec. Et son ascension sociale est bien souvent due à un concours heureux de circonstances. Il est donc difficile de s’y attacher sans réserves, même si l’honnêteté de ses propos le réhabilite un tant soit peu. J’ai davantage apprécié le personnage de Karm qui, lui, a dû apprendre à se battre pour obtenir ce qu’il désirait. Et encore, les lauriers de ses exploits se perdent bien souvent en route. 
On ne sait pas quand ni où se situe l’action. J’aurais tendance à l’imaginer dans des temps moyenâgeux (rapport aux armes utilisées durant la guerre), mais quand il s’agit de la situer… non pas que cela ait une grande importance, mais j’aurais voulu que la frontière entre fantastique (à part ce mystérieux pays, aucun élément ne permet de rapprocher ce roman de ce genre-ci) et réalité soit plus nette. Mais, comme je l’ai dit, cela importe peu. Car Testament d’une race est avant tout le récit cruel d’une guerre sanglante, n’épargnant rien ni personne. Une guerre pour conquérir, quitte à en payer le prix. Pourquoi cruel ? Car le peuple de Kuntara est, dans l’ensemble, plutôt pacifique. Les enfants jouent à la guerre, et les adultes ne l’imaginent pas autrement que ces passes d’armes puériles. Et quand l’ennemi se présente, ce peuple qui ne craint rien ni personne – car il n’a jamais dû le faire – réagit d’une façon unanime : avec orgueil et dédain. Et signe par là sa propre perte. Dès lors, tout n’est question que de batailles, de manigances, de sang et d’horreurs. Et Kuntara, au milieu, qui essaye tant bien que mal de tirer son épingle du jeu, tout en se rendant compte, au final, que l’essentiel n’était peut être pas là.
Je ne sais pas si je peux dire que j’ai pris plaisir à lire cet ouvrage, dans le sens où cela relèverait sans doute du sadisme. Disons que j’ai apprécié, car j’ai trouvé la plume de l’auteur très poétique, quoique rendant la lecture un tantinet laborieuse. Si je peux vous conseiller une méthode de lecture, il s’agirait peut être de le lire en une seule fois, pour rester immergé et ne pas se déconcentrer. C’est un très beau roman que m’a offert là l’auteur, et je l’en remercie. Je ne saurais donc que vous le conseiller.
   

Un bon moment !