Winter People, Jennifer McMahon

Traduit par Jean-Baptiste Bernet

L’histoire : « J’avais aussi compris qu’il valait mieux éviter de la contrarier. Tantine s’emportait vite et n’appréciait guère qu’on la contredise. Quand quelqu’un refusait de la payer, elle versait une poudre noire tirée d’une de ses bourses en cuir sur sa maison en marmonnant d’étranges incantations. – S’il te plaît, réponds-moi, Tantine. Est-ce qu’on peut faire revenir les morts ? Ai-je insisté en jetant une poignée de têtes-de-violon dans son panier. Elle m’a dévisagée longuement de ses petits yeux noirs, la tête penchée. – Oui, il y a bien un moyen. Les rares qui le connaissent le transmettent à leurs enfants. Et puisque tu es ce que j’ai de plus proche d’une fille, je te transmettrai le secret ». Et si l’amour était vraiment plus fort que la mort ? Et si l’on avait la possibilité de ramener de l’au-delà l’être qu’on aime le plus au monde ?

Mon avis : … Autant vous le dire de suite : ce roman m’a fichu une trouille de tous les diables. OK, il se peut que je sois un peu flippette. Pas avec les monstres, ni même avec les serial killers ou autre réjouissances de ce genre. Mais, dès lors que l’on touche aux revenants et aux présences dans les placards, là, vous perdez le Bouchon ci-présent. J’ai d’ailleurs été mendier du réconfort dans les bras du Chéri, qui a bien sûr trouvé rigolo d’enfoncer le clou. L’amour vache, avez-vous dit ?
Winter People fait partie de ces romans se déroulant sur différentes époques : de nos jours, à travers plusieurs personnes, et en 1904, en se concentrant essentiellement sur Sara, dont nous découvrons les souvenirs de jeunesse en même temps que sa vie actuelle. On comprend bien sûr très rapidement que les deux sont liés, et que le surnaturel y est à l’œuvre. Je nous dévoilerai volontairement pas grand chose sur l’intrigue, le roman étant relativement court… Et la surprise participant à l’ambiance pour le moins particulière du récit. Mais, une question demeure : si vous aviez l’occasion de faire revenir de l’au delà un être particulièrement cher… Le feriez-vous ? En dépit des conséquences ?
Bien que l’ayant commencé jeudi, ce n’est véritablement hier que je m’y suis plongée : j’ai lu les trois quarts restants d’une traite, terrée au fond de mon lit et maudissant quelque peu l’orgueil m’ayant poussée à vouloir le lire, quand bien même je savais pertinemment qu’il me mettrait profondément mal à l’aise. Il faut dire que l’auteure arrive avec brio à mettre en place une atmosphère extrêmement oppressante, pesant telle une chape de plomb sur nos épaules : à la fois mystérieuse et profondément glaçante, elle nous enserre dès le début du récit pour ne plus nous lâcher… Ou presque : si la fin est, elle aussi, duale, elle apporte un semblant de réconfort au lecteur éprouvé. Car, après tout, c’est bien d’amour dont il est ici question, et j’ai trouvé tout à fait intéressant la manière dont l’auteure avait réussi à coupler l’élément sentimental avec l’horreur  du sujet. En un sens, Winter People s’est révélé être d’une poésie certaine, les détails sanglants et morbides n’entachant pas le reste. Une lecture dérangeante, donc, mais poignante, surtout.
Et prenante, bien sûr : une fois véritablement plongée dedans, je n’ai pas su m’arrêter de lire, tant l’histoire me prenait aux tripes : on a envie d’avancer, de savoir, de comprendre. De comprendre, oui, quel est le lien entre Sara et les différentes femmes que l’on rencontre au fil du roman. Car la galerie de portraits est uniquement féminine, ou presque : on sent que les hommes n’ont pas vraiment leur place ici, perclus dans une rationalité par trop embarrassante. L’auteure a-t-elle voulu renouer avec la croyance populaire qui prône une plus grande sensibilité des femmes à l’élément surnaturel ? Possible, mais le principal n’est pas là : Jennifer McMahon nous livre avant toute chose des portraits de femmes très crédibles, certes peu développés de part la taille réduite du roman, mais auxquels on ne peut rester insensible. La détresse de Sara à laquelle fait écho celle de Katherine, les petites Fawn et Gertie, Ruthie… Certains m’ont glacée, d’autres envoûtée : la plume de l’auteure est d’une justesse incroyable et ne fait le moindre faux pas.
Si l’on ne peut pas parler de bon moment, tant elle m’aura collé la chaire de poule, cette lecture m’aura beaucoup, beaucoup marquée. Je n’ai d’ailleurs pas perdu de temps et suis allée directement consulter la bibliographie de l’auteure, en espérant pouvoir me plonger dans l’un de ses autres ouvrages sous peu… Mais avant, il faudra se laisser le temps de digérer celui-ci. Ouf !

En bref, une lecture marquante, dérangeante, prenante. Impossible de rester insensible à ce récit qui m’aura prise aux tripes, fait frémir autant qu’il m’aura ému. À lire !


On en redemande !

 

Les papillons géomètres, Christine Luce


Couverture par Melchior Ascaride

L’histoire : Eve a disparu il y a cinq ans, sans laisser ni corps ni trace.
Enfuie avec un amant, d’après la police londonienne, mais morte selon l’époux inconsolable. En dépit de sa défiance, ce dernier a fait appel à une médium ; contre toute attente, Mademoiselle LaFay possède un réel talent pour joindre l’au-delà et réunit chaque année le couple pour un jour de félicité… sauf cette fois-ci : Eve n’apparaît pas.
En ces temps de misère et de richesse insolente dans la société victorienne, la vie après la mort attise les espoirs des scientifiques. Mary-Gaëtane LaFay et son amie Maisy, deux femmes audacieuses, affrontent leurs frayeurs pour résoudre un mystère entre deux mondes crépusculaires. De l’autre côté, l’Enquêteur poursuit le même dessein. La frontière qui les sépare est plus ténue qu’ils ne l’imaginaient, ce qui les unit, infiniment supérieur. L’affaire Blake révélera une énigme de la taille des univers.

Mon avis : Et un petit Mouton pour bien démarrer le mois, un ! Comme beaucoup, je n’ai pas manqué de remarquer ce petit roman grâce à la belle campagne de communication dont il a bénéficié : annoncé comme LA nouvelle petite pépite de la maison d’édition, il a de suite éveillé mon intérêt. D’autant que la fantasy spirite n’est pas ce que je connais le mieux : mises à part deux-trois références, on pourrait même dire que je n’y entends goutte. C’est donc avec une curiosité non feinte que je m’y suis plongée, regrettant d’avance son format restreint…
Mary-Gaëtane est médium. Loin de servir boniments et fantaisies à quelques clients trop crédules, elle possède en réalité un véritable don… Qui lui permet de réunir, chaque année à la même date, un mari éploré et sa jeune épouse disparue sans crier gare. Mais cinq ans plus tard, à la date cruciale, Eve manque pour la première fois leur rendez-vous. Le veuf, éploré, s’enfuit… Commence alors pour Mary-Gaëtane et son amie Maisy une véritable enquête, qui les mènera bien plus loin qu’elles n’auraient osé l’imaginer…
Et bien ! Pour être prenant, il l’est, le bougre ! Si j’ai trainé durant les cent premières pages, ne trouvant pas le temps de m’y mettre sérieusement, j’ai dévoré la suite d’une traite, un matin avant de partir au boulot. Autant vous dire que ce n’était pas gagné, avec Malo qui me tirait par le pantalon pour que je lâche mon bouquin ! Mais, le fait est que l’auteure a une plume qui nous embarque et nous happe en très peu de temps : l’intrigue est aussi passionnante que l’atmosphère tangible, on s’y croirait vraiment. Tout débute donc avec ce bouleversement : alors que sa séance relève de l’habituel, Mary-Gaëtane, médium de son état, n’arrive pas à joindre Eve, disparue cinq ans plus tôt dans des circonstances mystérieuses. Face à la détresse de son client, notre héroïne va se mettre en devoir de retrouver la disparue, pouvant compter sur l’aide pour le moins… inhabituel : l’Enquêteur, ectoplasme de son état et doté d’un sens de l’à-propos tout à fait certain. Évidemment, vous vous en doutez, tout ceci n’est que le point de départ : Christine Luce nous offre en vérité une intrigue bien plus complexe, faites de mystères et d’interrogations : j’ai lu avec avidité, extrêmement curieuse de voir ou tout cela allait nous mener. Et je dois avouer que j’ai passé un excellent moment ! Je suis vraiment tombée amoureuse de la plume de l’auteure, qui a un style bien à elle : à la fois particulièrement poétique et tout à fait propice au ton pince-sans-rire qu’elle ne manque pas d’employer régulièrement… Autant vous dire que ce fut un régal de dévorer ces deux cents et quelques pages 🙂
Côté personnages, j’ai également apprécié la façon dont l’auteure dressait leur portrait : le roman reste certes trop court pour en dresser un état tout à fait complet, mais ils n’en sont pourtant pas moins crédibles, entre Mary-Gaëtane la décidée, l’intransigeante et pourtant si douce Maisy, le mystérieux Enquêteur et ce cher Monsieur de la Bretelle… J’ai bien eu un faible pour l’Enquêteur, que je vous le dise : c’est d’ailleurs en ce sens que je regrette un petit peu la fin, espérant toutefois que l’auteure n’en a pas terminé avec cet univers : plusieurs questions restent en effet sans réponse, ce qui fut quelque peu frustrant. Au delà de ça… Les papillons géomètres tient ses promesses : c’est un récit foisonnant, bien mené et parfaitement conté, qui a su me captiver en cette période troublée. Si vous souhaitez lire un récit qui ne cède pas à la facilité tout en étant d’une grande qualité, je ne saurais donc que vous conseiller une chose : foncer chez votre libraire… Voilà deux jours qu’il devrait s’y trouver !

En bref, de la fantasy spirite de haut vol, soutenu par un sens de l’intrigue certain et une plume aiguisée : moi, j’ai adoré ! Et vous ?


On en redemande !

 

Quelques minutes après minuit, Patrick Ness – Ou comment apprendre à se retenir de pleurer.

Traduit par Bruno Krebs
Couverture réalisée par  Jim Kay

L’histoire : Depuis que sa mère est malade, Conor redoute la nuit et ses cauchemars. Quelques minutes après minuit, un monstre apparaît, qui apporte avec lui l’obscurité, le vent et les cris. C’est quelque chose de très ancien, et de sauvage. Le monstre vient chercher la vérité.

Mon avis : … Je crois que je tiens là mon premier coup de cœur de l’année, les amis. FRANCHEMENT. Je ne connaissais absolument pas la plume de Patrick Ness (ce n’est pas faute d’avoir certains de ses romans dans ma PAL, ceci dit), ni ses univers de prédilection, ni rien du tout. Et puis, j’ai vu la bande annonce de l’adaptation de ce petit roman. Et j’ai croisé sa superbe version illustrée. C’est comme si… Vous savez, comme si je le voyais ABSOLUMENT partout. Comme si la Terre entière avait décidé de comploter contre moi afin de me tenter plus que de raison. Fort heureusement pour moi, Noël ne fut pas sans me rapporter quelque pécule. J’ai donc sauté sur l’occasion et l’ai subrepticement glissé dans mon panier… Et m’y suis plongée quasiment de suite (ce qui ne m’était pas arrivée depuis DES MOIS. Vous vous souvenez, de ce plaisir simple ? Acheter un livre et le lire de suite ? FIOU ❤️). Et… Enfin, il est d’une telle FORCE !
Le pitch est le suivant : Conor O’Malley a treize ans. Un si jeune âge, et pourtant, il en a déjà trop vu : habitant seul avec sa mère, il doit l’aider à combattre au quotidien le cancer qui l’éteint peu à peu. Si les journées sont terribles, les nuits ne sont guère mieux : assailli de cauchemars, le jeune garçon n’en peut plus. Quand une nuit, un monstre apparait à sa fenêtre, Conor n’est guère surpris : Son imaginaire a déjà fait bien pire. Mais pourtant, tout est différent, cette fois-ci : le monstre lui racontera trois histoires, pas une de plus. Et après, Conor devra dire la vérité. Quelle vérité ? Celle qu’il cache au plus profond de son âme, celle qu’il prend bien soin de dissimuler à tous, y compris à lui-même…
Comme souvent, je ne savais pas à quoi m’attendre, n’ayant pas lu la 4e de couverture. Je ne savais pas quels sujets seraient abordés, j’ignorais tout des deux cents pages que j’avais dans les mains. Et, une fois encore… Tant mieux : je dois dire que j’aime terriblement commencer une lecture avec un œil neuf 🙂 Pour dire vrai, j’avais tout de même une petite appréhension quant à l’épaisseur de la bête : j‘avais peur que l’auteur ne réussisse pas à nous embarquer dès le début dans son récit, qu’il nous faille patienter de longs chapitres avant d’être happés. Et finalement… Pas du tout. Patrick Ness nous livre en vérité un récit d’une puissance énorme, qui a balayé mes interrogations dès les premières lignes. Je ne vais pas dire que j’ai adoré suivre Conor, que j’ai aimé avancer à ses côtés. De même, je ne pourrais pas dire que j’ai adoré ce roman. Je ne peux pas, parce que je l’ai terminé le cœur au bord de l’explosion, les lèvres serrées et les larmes au bord des yeux, concentrée pour ne pas éclater en sanglots devant Malo. Ceci dit, je crois qu’il a tout de même compris que quelque chose ne tournait pas rond, puisque j’ai eu droit à un énorme câlin. Du genre « t’inquiète maman, ça va aller ». En fait, ce roman m’a carrément bouleversée. Et c’est en vous faisant part de mon sentiment sur la page FB du blog que j’ai pu me rendre compte que j’étais loin d’être la seule à l’avoir vécu ainsi : c’est d’un roman coup de poing dont je vous parle, un roman qui m’a fait l’effet d’une tornade ravageant l’ensemble de mes sentiments. Peut-être est-ce parce que le sujet me touche particulièrement, peut-être est-ce parce que l’auteur est particulièrement doué. Peut-être est-ce parce que sa plume est d’une poésie incroyable, peut-être est-ce parce que son personnage central m’a terriblement émue. Peut-être est-ce tout ça à la fois, et plus encore : on parle ici d’un roman que certains voudraient réserver aux ados, mais qui est parfaitement à-même de toucher les plus grands, parce que le sujet en lui-même n’a pas d’âge : l’amour, la douleur, la perte d’un être cher, la mort, la vie. Je l’ai lu, fascinée, sentant mon ventre se contracter peu à peu, ma gorge se serrer, mes mains se crisper. J’ai perdu mes moyens face à lui, et n’ai cessé d’y penser depuis : je peine d’ailleurs à m’investir dans une autre lecture.
Un petit roman, donc, mais d’une efficacité folle, d’une puissance immense. Comme souvent dans ce genre de cas, je vous ai davantage parlé de mon ressenti que du roman en tant que tel mais… Il n’y a rien à dire d’essentiel, sinon qu’il vaut vraiment la peine d’être lu. Ne vous y préparez pas et plongez-y le cœur grand ouvert, les émotions au vent. Promis, vous ne resterez pas de marbre ❤️

En bref, coup de cœur. Le premier de l’année, pour un petit roman ne payant pas de mine mais se révélant être une véritable petite pépite de poésie. N’hésitez plus : lisez-le !


Coup de cœur !

Le club des mauvais jours, Alison Goodman (Lady Helen #1)

Traduit par Philippe Giraudon
Couverture réalisée par Laurent Besson

***

L’histoire : Londres, avril 1812. Lady Helen Wrexhall s’apprête à faire son entrée dans le monde. Bientôt, elle sera prise dans le tourbillon des bals avec l’espoir de faire un beau mariage. Mais d’étranges faits surviennent qui la plongent soudain dans les ombres de la Régence : une bonne de la maison disparaît, des meurtres sanglants sont commis et Helen fait la connaissance de lord Carlston, un homme à la réputation sulfureuse. Il appartient au Club des mauvais jours, une police secrète chargée de combattre des démons qui ont infiltré toutes les couches de la société. Lady Helen est dotée d’étranges pouvoirs mais acceptera-t-elle de renoncer à une vie faite de privilèges et d’insouciance pour basculer dans un monde terrifiant?

Mon avis : Mais qu’il est bon, ce premier tome ! Oui, j’annonce la couleur de suite : j’ai beaucoup, beaucoup aimé ma lecture ! Il m’a fallu un bon moment pour en venir à bout (quasiment une semaine, alors qu’il était très prenant), n’ayant pas eu beaucoup de temps à lui consacrer, mais les heures passées avec lui furent vraiment, vraiment excellentes : si j’avais pu n’en faire qu’une bouchée, pensez bien que je n’aurais pas hésité !
J’ai été interpellée par ce roman dès sa sortie, soyons honnêtes : sa sublime couverture passait difficilement inaperçue, de même que son épaisseur un poil conséquente : je me souviens l’avoir alors pris, posé, repris, reposé, repris… Reposé. Parce que, si vous ne le saviez pas encore, je suis quelqu’un de fort raisonnable (et là, je suis crédible ?). Je n’ai donc pas craqué sur le coup, et l’ai quelque peu oublié. Jusqu’à ce que… Jusqu’à ce que je rejoigne mon équipe actuelle, tous grands lecteurs et passionnés de genres bien différents (mais, comme ce sont tous des personnes de bon goût, elles marquent tous une petite prédilection pour les littératures de l’imaginaire. Comme quoi, je suis VRAIMENT bien tombée), et notamment ma collègue gérant le rayon jeunesse. Avec qui je me suis mise à discuter, devant la table ado. Et qui m’a dit « Mais quoi, tu n’as pas lu Lady Helen ?! » Ni une, ni deux, je lui ai donc piqué son exemplaire, et me suis plongée dedans peu après…
Helen est une jeune fille de bonne famille. Âgée de 18 ans, elle s’apprête à faire son entrée dans le monde : dans quelques jours à peine, elle se tiendra devant la Reine d’Angleterre et devra être tout simplement parfaite. Car Helen porte un lourd fardeau : sa mère, disparue quand elle avait huit ans, a été condamnée pour trahison, entachant ainsi durement leur nom. Si la jeune fille souhaite trouver un beau parti, elle devra donc être exemplaire. Mais les choses ne se passent pas comme prévu : une petite phrase chuchotée d’une voix royale, et c’est les convictions de toute une vie qui s’écroulent. Une rencontre fortuite avec un homme dangereux, mais oh combien mystérieux, et c’est le monde policé qu’Helen a toujours connu qui s’affadit. La vie de Cour n’a jamais été aussi loin, surtout  quand la jeune fille se découvre des pouvoirs bien trop étranges pour être naturels…
Alison Goodman plante ainsi son intrigue en plein 18e siècle, dans le décor fastueux de l’aristocratie londonienne. Ne connaissant pas particulièrement bien cette période, et la croisant assez rarement dans mes lectures, je dois dire que j’ai été de suite séduite par ces descriptions riches et imagées, l’auteure parvenant sans peine à créer une atmosphère toute particulière, entre préciosité et mystère. Nous rencontrons donc Helen, cette jeune fille d’une vivacité d’esprit ma foi fort agréable, et dotée d’un caractère décidément assez loin de ce que son entourage aurait souhaité. Un combo fort attachant, et c’est avec un intérêt grandissant que j’ai suivi le méandre de ses aventures : si les premiers chapitres se lisent avec curiosité, les derniers se dévorent littéralement (j’ai d’ailleurs lu les 250 dernières pages d’une traite). Alison Goodman nous propose en effet une intrigue qui ne cesse de gagner en intensité : cette rencontre avec la Reine, tout d’abord, qui amorce les premiers bouleversements. Et avec Carlston ensuite, ce noble énigmatique dégageant une aura à la fois dangereuse et profondément séduisante. J’en vois tiquer, là-bas, avec ce dernier mot ! Laissez-moi vous détromper : si l’on sent bien (et je ne précise pas avec qui) une petite amorce de romance, elle est tout bonnement ridiculement minuscule : ce n’est absolument pas ce qui nous préoccupe ici. Et j’avoue avoir été agréablement surprise de ce fait, tout comme de la façon dont c’est amené : loin des habituels clichés que l’on retrouve en littérature adolescente, j’ai trouvé qu’Alison Goodman faisait preuve de doigté et d’intelligence : on se laisse bien volontiers prendre au jeu, un jeu loin de toute niaiserie, paraissant donc bien plus crédible que toutes ces relations sans profondeur qui se nouent et se dénouent au fil des romans. Et cela tient sans doute au fait que l’auteure ne sacrifie pas à l’intrigue la psychologie des personnages : la galerie est plutôt restreinte, certes (nous avons deux personnages centraux, et une petite dizaine de personnages secondaires), mais les portraits n’en sont pas moins travaillés : il m’a été fort aisé de leur laisser prendre vie à mes côtés. Concernant Carlston et Helen, ils m’ont d’ailleurs fait étrangement penser à deux héros me tenant particulièrement à cœur : Rose et Artus, que nous retrouvons dans la série Rose Morte de Céline Landressie. À vous de juger 🙂
Côté univers… Une nouvelle fois, c’est excellent : sans entrer dans les détails (vous voulez des surprises, vous en aurez !), laissez moi vous dire que l’auteure amène particulièrement bien l’élément fantastique. Qui a, en outre, l’avantage d’être assez novateur : j’ai été fascinée devant ces nouvelles « créatures » (appelons-les comme ça, voulez-vous ?), et j’aurais voulu en apprendre encore davantage : nous restons effectivement dans un roman classé « ado », et tout n’est pas développé à l’extrême. Mais cela n’empêche pas l’auteure de nous servir  quelque chose d’à la fois très crédible, et vraiment passionnant. Ajoutez à cela une plume fort agréable à lire, et vous comprendrez pourquoi j’ai été ravie de découvrir ce roman : ma première lecture de 2017 augure décidément une excellente année livresque 🙂

En bref, le premier tome d’une trilogie que je ne manquerai pas de suivre ! Alison Goodman nous offre ici un roman tout à fait prenant, vraiment bien construit et mené : les personnages sont attachants et loin d’être fade, l’intrigue est captivante et la plume de l’auteure très évocatrice. L’un des meilleurs romans ado que j’ai pu lire, je le dis sans fard !

 
On en redemande ! (Carrément !)

1/48

Galilée, Clive Barker

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Traduit par Jean Esch

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L’histoire : Depuis la guerre de Sécession, deux familles rivales, les Geary et les Barbarossa, comptent parmi les plus puissantes et les plus influentes des Etats-Unis. De terribles secrets sont à l’origine de leur pouvoir, qui pourraient resurgir à l’occasion de l’arrivée dans la famille Geary de l’innocente Rachel Pallenberg, ou des manigances de Galilée, le fils prodigue et dangereux des Barbarossa.

Mon avis : Et bien… Wah ! Quelle différence d’avec Secret Show ! C’est à se demander si j’ai bien eu affaire au même auteur : là où Clive Barker m’avait révulsée, il m’a captivée avec ce récit. Que oui ! Enfin, disons-le tout net : si c’est pour le côté gore de son œuvre que vous souhaitez vous frotter au Sieur Barker, fuyez ce roman-ci… Vous n’y trouverez pas votre compte 🙂
A travers ce bon pavé, c’est une fresque familiale que nous découvrons. Entre décadence et magnificence, nous rencontrons les Barbarossa, famille de demi-dieux aussi puissants que dangereux (et un peu fous à lier, quoi), et les Geary, rassemblant autant de clichés qu’un soap américain. Rivales depuis des siècles, les deux familles vont se voir subitement liées par l’amour de deux des leurs : Galilée Barbarossa et Rachel Geary…
Et pourtant, lorsque le récit débute, des années ont passé. Conscient de la fin imminente de sa dynastie, Edmund Maddox Barbarossa décide d’en écrire l’histoire, quoi qu’il en coûte. C’est donc cet homme que nous rencontrons en premier, c’est à travers lui que nous nous forgeons nos premiers bourgeons de connaissance quant à sa famille… Et à ce fameux Galilée. Autant vous le dire : Clive Barker excelle dans l’exercice du portrait. Les personnages qu’il fait naitre sont absolument saisissants, à la fois particulièrement bien travaillés et suffisamment caricaturaux pour nous marquer profondément. J’avoue avoir été très souvent mal à l’aise en leur compagnie, l’auteur ayant un don pour les rendre… Dérangeants. Dérangeant, d’ailleurs, son roman l’est souvent : pas de gore ici, effectivement, mais un certain érotisme tout à fait particulier… Sur lequel j’aurais le plus grand mal à mettre des mots. Entre répulsion et fascination, la frontière fut mince.
Malgré de multiples longueurs dont j’ai bien cru qu’elles auraient finalement raison de ma lecture, je n’ai pas pu m’empêcher de reprendre, à chaque fois que je le posais, ce roman. J’ai conscience du caractère décousu de cette chronique, sans doute l’une des plus chaotique que j’ai pu écrire, mais comprenez bien : Galilée m’a laissée dans un état tout à fait particulier, quasi inédit dans ma vie de lectrice : pour la première fois, je serais bien en peine de vous dire si… J’ai apprécié ou non ma lecture. J’ai été captivée, oui, mais le livre me brûlait les doigts. Je le posais, le reprenais, le reposais encore… Et finissais, invariablement, par m’y replonger. Les chapitres sont courts mais la narration exigeante, l’intrigue complexe et dense… Et ces personnages… Cette atmosphère si particulière… Je ne sais plus que penser. Peut-être cette expérience est-elle encore trop récente, trop « à vif » ?

En bref, une lecture tout à fait particulière, à la fois envoûtante et dérangeante… Mais qui ne laisse pas insensible, c’est certain !

La fille qui navigua autour de Féérie dans un bateau construit de ses propres mains, Catherynne M. Valente

LaFilleQuiNaviguaAutourDeFeerie

Traduit par Laurent Philibert-Caillat

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L’histoire : Septembre est une jeune fille qui aspire à l’aventure. Quand elle est invitée en Féérie par le Vent Vert et le Léopard des Petites Brises, bien sûr, elle accepte. Qui ne le ferait pas à douze ans ? Mais Féérie est dans la tourmente, sous le règne écrasant d’une Marquise maléfique. Cheminant en compagnie d’un vouivre amoureux des livres et d’un garçon bleu bien étrange, presque humain nommé Samedi, elle perdra : son ombre, sa chaussure, son cœur et bien sûr son chemin. Mais elle trouvera le courage, l’amitié, une cuillère un peu spéciale et bien plus encore. Elle seule détient la clef qui rétablira l’ordre et le bonheur en Féérie… Il n’y avait pas eu de monde si envoûtant, de personnages si originaux depuis Alice au pays des Merveilles ou le pays d’Oz. L’héroïne grandit au cours de cette aventure. Septembre est intelligente et très logique avec pourtant une forme de naïveté que nous voudrions garder toute notre vie, dans un monde plus complexe qu’il n’y paraît où tout n’est pas que soleil et magie.

Mon avis : J’attaque avec entrain la pile de livres ramenés des Imaginales ! Après une superbe lecture aux côtés de Ken Liu, c’est au tour de la lauréate du prix Imaginales 2016 -catégorie jeunesse- de me faire voyager. Et quel voyage ! Je ne regrette absolument pas d’avoir craqué pour ce titre qui, en plus d’être doté d’une superbe couverture, m’a rendu mes yeux d’enfant durant quelques heures…
Assez simplement, La fille qui navigua autour de Féérie dans un bateau construit de ses propres mains est un conte aussi bien philosophique qu’initiatique, dans la même veine qu’Alice aux pays des merveilles. Pas de terrier ou de miroir ici, mais deux personnages nous mettant tout de suite dans l’ambiance : Vent Vert et son Léopard des Petites Brises, tous deux venant chercher Septembre, une petite fille de douze ans esseulée -un père parti à la guerre et une mère réquisitionnée pour travailler en usine du matin au soir- pour lui proposer de venir passer quelques temps en Féérie. N’écoutant que sa soif d’aventures, notre jeune héroïne ne se fait pas prier… et ne tarde ainsi pas à découvrir que le pays est sous le joug d’une cruelle Marquise (qu’on lui coupe la tête !) opprimant à qui mieux mieux ses sujets. D’aventures en rencontres, notre charmante Septembre finira par se confronter à cette abominable petite femme… Ce qui nous réserve bien des surprises, foi de Bouch’.
Empreint de poésie et bien plus profond qu’on ne pourrait le croire, ce récit m’a énormément plu. Septembre y est pour beaucoup, cette petite étant particulièrement touchante : je dois avouer que j’ai retrouvée en elle une partie de l’enfant que j’ai pu être, en beaucoup plus courageuse et beaucoup (beaucoup, beaucoup) plus débrouillarde 🙂 Ceci dit, mon coup de cœur va (évidemment, diront ceux qui l’ont lu !) pour A-à-L, ce Vouivriothèque tout bonnement irrésistible : drôle, généreux et terriblement attachant, j’ai succombé dès qu’il est apparu dans le récit, cœur d’artichaut que je suis ❤️
J’ai aimé suivre les aventures de nos deux compères, l’auteure ayant le chic pour faire naitre au sein de notre imaginaire les paysages les plus fous (les descriptions de la Capitale m’ont laissée pantoise !), tout en agrémentant sa narration de petites touches d’humour ajoutant du piquant à l’ensemble. La plume, sans être extrêmement compliquée (n’oublions pas qu’il s’agit -aussi !- d’un roman destiné à un public plutôt jeune -mais pas que, voilà une chose de certaine-), est tout à fait soignée : on s’y croirait !

En bref, une très, très bonne lecture, dont je garderai souvenir longtemps. A conseiller à tous les enfants, qu’ils soient petits… Ou grands !

On en redemande
On en redemande !

Lockwood & Co, Jonathan Stroud

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Traduit par Jean Esch

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L’histoire : Un terrible fléau s’abat sur Londres : des fantômes s’introduisent dans les maisons, et terrorisent les occupants. Quand ils ne tentent pas de les assassiner. Lucy, talentueuse chasseuse de Spectres, intègre l’agence du déjanté Anthony Lockwood pour une première mission très périlleuse : neutraliser un sanguinaire Duc Rouge dans un sinistre manoir au fin fond de la campagne anglaise. Ajoutez à cela un Escalier Hurleur, une chambre de torture, des squelettes derrière les portes, des agences concurrentes prêtes à tout pour vous nuire et pas une minute pour prendre le thé !

Mon avis : Et bien, en voilà une lecture bien sympathique ! C’est tout d’abord le résumé un peu loufoque qui m’a fait craqué : des chasseurs de fantômes anglais, hein ? Voilà qui promet ! Et ça n’a pas loupé : entre humour et frissons, je n’ai fait qu’une bouchée de ce petit roman qui tombait à pic pour relancer mon appétit livresque 🙂
L’intrigue est plutôt simple : voilà plusieurs dizaine d’années que des Spectres ont envahi le monde des vivants, terrorisant et attaquant les braves gens. Pour contrer le Fléau, des dizaines d’agences ont ouvert leurs portes : équipés de bombes au magnésium et de limailles de fer, les chasseurs de fantômes sillonnent la nuit pour débarrasser la veuve et l’innocent (mais pas que) de ces immondes créatures. Après quelques déboires, Lucy intègre l’agence Lockwood & Co… Elle qui espérait intégrer enfin une agence digne de ce nom, la voilà engagée aux côtés de deux ados complètement déjantés… Pour des missions on ne peut plus périlleuses. Car, qui sait se que cache véritablement ce manoir perdu dans la campagne anglaise ?
Si je connaissais Jonathan Stroud de nom, je ne m’étais pour autant jamais frottée à sa plume. Et, pour une première expérience… C’est réussi ! L’auteur nous sert en effet une intrigue riche en rebondissements, s’assurant dès les premières pages notre intérêt. La plume, sans être particulièrement enlevée, se prête parfaitement à une lecture sans heurt : on apprécie le mélange entre humour pince-sans-rire et action trépidante, avec quelques moments m’ayant donné des sueurs froides. Non pas qu’il s’agisse d’un roman d’horreur à proprement parler : le public visé par ce roman reste relativement jeune. Mais j’avoue que je n’ai pas fait la fière quand Jo s’est approché subrepticement de moi PAR DERRIÈRE (le fourbe), alors que j’étais en train de me ronger les sangs sur un passage particulièrement prenant (et angoissant, un peu. OK, JE SUIS UNE FLIPPETTE). On dira donc ce que l’on veut, mais ce premier tome fut pour le moins… Immersif 🙂
Côté intrigue, les rebondissements sont nombreux et les mystères captivants : d’où viennent ces spectres ? Existe-il réellement des revenants de Type 3 ? Si, dans ce premier tome, la narration se consacre essentiellement aux missions de nos jeunes agents (et qui n’en sont pas moins intéressantes, loin de là), on comprend que les opus suivants prendront soin d’approfondir le background mis en place par l’auteur. Et… J’ai hâte !
Côté personnages, j’ai beaucoup aimé Lucy. On ne connait pas son âge exact (simplement qu’il s’agit d’une adolescente), mais j’ai trouvé cette jeune fille très touchante, manquant parfois de confiance en elle et pourtant dotée d’une grande maturité. Lockwood m’a quant à lui intriguée, de même que George, avec qui j’avais un peu de mal au début… Mais qui est fort, fort remonté dans mon estime par la suite. Les dialogues entre nos trois compères sont savoureux, et c’est avec une pointe non dissimulée de regret que je les ai quittés. Fort heureusement, il ne s’agit que du premier tome d’une (je l’espère) longue série, dans laquelle je me replongerai avec grand plaisir !

En bref, une petite lecture fort sympathique, qui pourra plaire au plus grand nombre : Jonathan Stroud nous offre un récit à la fois drôle et prenant, bourré de mystères et d’actions. Clairement… On en redemande !

 On en redemande

On en redemande !