J’ai toujours cette musique dans la tête, Agnès Martin-Lugand

L’histoire : Yanis et Véra ont la petite quarantaine et tout pour être heureux. Ils s’aiment comme au premier jour et sont les parents de trois magnifiques enfants. Seulement voilà, Yanis, talentueux autodidacte dans le bâtiment, vit de plus en plus mal sa collaboration avec Luc, le frère architecte de Véra, qui est aussi pragmatique et prudent que lui est créatif et entreprenant. La rupture est consommée lorsque Luc refuse LE chantier que Yanis attendait. Poussé par sa femme et financé par Tristan, un client providentiel qui ne jure que par lui, Yanis se lance à son compte, enfin.
Mais la vie qui semblait devenir un rêve éveillé va soudain prendre une tournure plus sombre. Yanis saura-t-il échapper à une spirale infernale sans emporter Véra ? Son couple résistera-t-il aux ambitions de leur entourage ?

Mon avis : Il y a quelques temps, je découvrais la plume d’Agnès Martin-Lugand avec son roman Désolée, je suis attendue, qui m’avait beaucoup plu. J’avais aimé la plume de l’auteure, son sens de l’intrigue et ses personnages hauts en couleurs… Et ai donc souhaité réitérer l’expérience avec son petit dernier, dont l’une de mes collègues m’avait dit le plus grand bien. Et, effectivement… Je l’ai lu en une soirée ! Fait rare qui n’était pas arrivé depuis un long moment, je l’ai dévoré en quelques petites heures, totalement absorbée par ma lecture 🙂 Il faut dire que ce roman, plus que le précédent, possède un petit côté sombre qui m’a mise sur les charbons ardents. J’oserai même dire qu’il m’a noué l’estomac, le bougre !
Nous y rencontrons Yanis et Véra, un couple de quarantenaires parents de trois enfants… Et, surtout, amoureux fous. Alors que Véra travaille dans une agence de voyage, Yanis, lui est associé à son beau-frère dans un cabinet d’architecture… Une association qu’il supporte de plus en plus mal, tant le fait qu’il ait tout appris sur le terrain lui pèse. Après une dispute de trop, c’est la rupture : Yanis se retrouve sans travail… Jusqu’à ce qu’il tombe sur Tristan, homme d’affaires mystérieux qui le pousse à s’établir en son propre nom, quitte à se porter garant pour lui. Yanis hésite, et se jette finalement à l’eau : une telle chance est bien trop belle pour la laisser passer… N’est-ce pas ?
Ouuh, que cette chronique va être délicate à écrire ! Le tout, c’est de ne pas vous en dévoiler trop : l’élément de surprise est crucial, et participe de manière décisive à la montée en puissance de l’intrigue. Agnès Martin-Lugand joue très bien sa partition en captant notre intérêt très rapidement, et ne le lâche pas : j’ai vraiment été captivée par ce récit qui démarre doucement, en nous présentant des personnages attachants auxquels je me suis beaucoup identifiée, puis en instillant une aura de malaise parfaitement dérangeante qui ne pourra laisser quiconque indifférent. Malgré la fatigue, malgré la journée du lendemain qui promettait d’être harassante, j’ai donc lu, encore et encore, les mains crispées sur mon bouquin. D’intriguée, je suis passée à méfiante, me retenant de jeter un coup d’œil angoissé derrière mon épaule. Et… J’ai aimé ça ! Parce que l’auteure m’a beaucoup surprise, ce n’était pas du tout un terrain sur lequel je l’attendais. Nous ne sommes pas dans le thriller ou le polar… Mais presque. Mais je ne vous en dis pas plus !
Quoi qu’il en soit, je pense que ce récit sera à même de plaire à beaucoup : les lecteurs aimant les récits de vie présentant des personnages forts qui nous marquent par leur vitalité y trouveront leur compte, tout comme ceux avides de suspense et d’intrigues non cousues de fil blanc. J’y ai pour ma part trouvé mon compte, quitte à y perdre ma nuit !

En bref, ce nouveau roman d’Agnès Martin-Lugand ne sera pas sans surprendre les inconditionnels de l’auteure, tant ce petit côté sombre dénote dans sa bibliographie… Elle s’en sort pourtant particulièrement bien, nous offrant un récit prenant et bien ficelé. On en redemande !


On en redemande !

∼ Brèves de rentrée ∼

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HELLO CHATONS !

Je m’extraie un peu de la frénésie ambiante pour vous parler de mes lectures de rentrée. Car, oui, une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de me plonger dans quelques romans de la rentrée littéraire. Et comme je cours après le temps, j’ai décidé de vous faire part de mes lectures via ces brèves, où je vous relaterai de façon succincte ce que j’en ai pensé 🙂 J’aurais voulu faire mieux, croyez-moi, mais là, clairement… Mon emploi du temps ne me le permet pas T.T

Une chanson douceMyriam étouffe. Alors qu’elle avait volontairement mis sa carrière de côté pour se consacrer à ses enfants, elle ne supporte plus de rester chez elle, d’être uniquement réduite à son rôle de mère. Quand une opportunité professionnelle s’offre à elle, elle saute donc dessus : commence pour son couple un parcours du combattant pour trouver LA nounou qui fera battre leur cœur. Quand Louise entre dans leur vie, ils ne se doutent pas une seconde que cette femme qui semble tomber du ciel les mènera tout droit à un drame dont ils ne peuvent imaginer l’ampleur…
Ce roman m’a prise aux tripes. Leïla Slimani a une plume tout à fait particulière : à la fois incisive, d’une froideur clinique et profondément efficace, elle m’a simplement glacée. Le récit est court, mais l’on en ressort profondément bouleversé : j’ai lu avec effroi, simplement. Dès les premières lignes, on connait la fin du roman. On apprend le drame qui s’est noué dans cet appartement huppé, au sein de cette famille apparemment sans tâche. On apprend, et l’on ne demande qu’à comprendre : mais comment, comment a-t-on pu en arriver là ? Ce n’est pas un coup de cœur, simplement parce que j’ai été horrifiée par ma lecture : je doute qu’il ait été particulièrement judicieux de découvrir ce roman alors même que je m’apprête à laisser Malo pour la première fois à une nounou, et que cela m’angoisse déjà pas mal. Mais, MAIS, je salue profondément la performance de l’auteure, pour la simple et bonne raison que son roman me restera très, très longtemps en mémoire. Il est d’une justesse à couper le souffle, et chacun des mots est soigneusement pesé, mesuré. Si vous vous en sentez le courage… Foncez !

Ecoutez moi grandirEt l’on passe d’un extrême à l’autre : ce court récit ravira futurs et jeunes parents. Nous y découvrons la jeune Elizabeth, encore dans le ventre de sa mère d’abord, puis durant sa première année. A travers ses émotions, ses ressentis, ses premières expériences et réflexions nous nous (re)plongeons à notre tour dans le quotidien d’un nourrisson. J’avoue que cette lecture m’a rendue fort nostalgique de ma grossesse et des premiers mois de Malo : avec ingénuité et tendresse, l’auteure se glisse à merveille dans la peau de ce petit être pétri de douceur et avide d’apprendre, extrêmement attentionné et à l’écoute de son entourage, réagissant de tout son être au moindre changement d’humeur. Mais c’est court, peut-être un peu trop : on en voudrait davantage, rester plongés dans ce temps béni où chaque seconde est faite de découvertes prodigieuses, où l’amour règne en maitre sans partage. Un livre à offrir à toutes les futures mamans, et à s’offrir pour se perdre dans de bienheureux souvenirs.

ob_728156_adabelloQuand Frank est appelé au siège de Turing Corp pour retrouver une personne disparue, il était bien loin de se douter que… Il s’agissait en vérité d’Ada, une intelligence artificielle chargée d’écrire des romans d’amour. Fugue, kidnapping ? Voilà notre héros jeté dans la fosse aux lions, où tout n’est question que de bénéfices et de marge, où la qualité d’un roman est disséquée et mesurée à outrance, et où les ordinateurs se piquent de décrocher le prestigieux Prix Pulitzer…
VOILA. J’ai beaucoup aimé ! Cela faisait un moment que je voulais découvrir la plume de cet auteur, et le pitch de son dernier roman m’avait bien donné envie de me jeter à l’eau. Et franchement… C’est bon ! On est de suite happé par cette intrigue à la fois loufoque et angoissante, loufoque de par cette excentrique Ada qui jure comme un charretier et écrit un navet à la minute, et angoissante de par toutes les questions qu’elle soulève : la règne des machines tel qu’il s’annonce est-il réellement, RÉELLEMENT enviable ? La recherche du profit à tout prix, la description de ce rêve américain aux revers innombrables… Aussi instructif que divertissant, Ada fut une excellente lecture, quoique un brin longuette par moments. Et j’avoue que la toute fin, que je viens d’ailleurs de lire (ça, c’est de l’article à chaud !), m’a totalement retourné la tête. J’étais un peu en mode :  » Que… Quoi ?!!! » Une chose est sûre : je suis pas prête d’enterrer ses autres livres sous ma PAL : ils passeront à la casserole, sous peu !

 Les avis sont courts, mais j’espère tout de même qu’ils auront aiguisé votre curiosité ❤️ Je ne sais pas encore quels romans prendront la suite de ceux-là mais, promis : je ne manquerai pas de vous tenir au courant !

Désolée, je suis attendue, Agnès Martin-Lugand

Désolée je suis attendue

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L’histoire : Yaël ne vit que pour son travail. Brillante interprète pour une agence de renom, elle enchaîne les réunions et les dîners d’affaires sans jamais se laisser le temps de respirer. Les vacances, très peu pour elle, l’adrénaline est son moteur. Juchée sur ses éternels escarpins, elle est crainte de ses collègues, et ne voit quasiment jamais sa famille et ses amis qui s’inquiètent de son attitude. Peu lui importe les reproches qu’on lui adresse, elle a simplement l’impression d’avoir fait un autre choix, animée d’une volonté farouche de réussir. Mais le monde qu’elle s’est créé pourrait vaciller face aux fantômes du passé.

Mon avis : Il était temps, non ? Depuis le temps que j’entends du bien des romans de Dame Martin-Lugand ! C’est donc sans attendre que je me suis précipitée sur son dernier-né, curieuse de voir ce que ça allait donner. Parce qu’il faut dire que, plus le temps passe… Et plus je me concentre sur les littératures de l’imaginaire. C’était donc un peu quitte ou double, cette lecture ! Résultat ?
Yaël n’a attendu qu’une seule fois, dans sa vie : une attente cruelle, démesurée, quand l’un de ses plus proches amis a disparu du jour au lendemain sans laisser de traces. Dix ans plus tard, c’est elle qui se fait attendre : entièrement vouée à son travail, elle n’a plus le temps pour rien ni personne. Les réunions de famille ? Très peu pour elle ! Les diners entre amis ? Si c’est pour s’entendre rabâcher durant tout le repas combien elle a changé, non merci… L’amour ? Pourquoi faire ? Jusqu’au jour où le destin s’emmêle… Semblant  bien décidé à lui apprendre comment rattraper le temps le temps perdu.
J’ai adoré. Voilà, c’est simple ! J’ai adoré les personnages, l’histoire, et la plume de l’auteure. J’ai adoré avec quelle simplicité elle nous communiquait les émotions les plus diverses, avec quelle facilité elle nous plongeait dans le quotidien de ces personnages qui nous ressemblent, avec quelle justesse elle dressait leur portrait. J’ai adoré dévorer ce livre en l’espace de quelques heures, totalement happée par la valse virevoltante de Yaël et son entourage. J’ai adoré.
Oui ! Oui moi, la férue de fantasy, je sais encore apprécier un bon roman de littérature contemporaine quand j’en ai un sous la main ❤️ J’ai ri, beaucoup, pleuré, parfois. Soupiré, aussi, parce que… Cette Yaël, j’aurais bien voulu lui ouvrir grand les yeux. De force, s’il avait fallu en arriver là. Malgré son caractère entêté et sa volonté farouche d’oublier qu’il y a une vie à côté du travail, je me suis de suite prise d’affection pour elle, me reconnaissant parfois dans certaines de ses réactions. Son incapacité à s’abandonner m’a profondément émue, de même que les blessures qu’elle prend bien soin de cacher à son entourage : il n’y a qu’une Yaël qui vaille, et elle est forte, brillante, intransigeante avec elle-même… Mais surtout avec les autres.
Évidemment, on comprend rapidement que les choses vont dégénérer. Pour autant, ce n’est pas pour les rebondissements que l’on lit, ici. Il n’y avait ni meurtrier à découvrir, ni monstre à terrasser, et pourtant… Pourtant, on lit avec avidité, Agnès Martin-Lugand nous rendant littéralement accro à sa plume, nous boostant aussi sûrement qu’un carré de chocolat noir : c’est un petit concentré de bonheur qu’elle nous offre, tout simplement. On en ressort grandi, ému et heureux, avec la sensation que tout est possible… Même les rêves que l’on croyait à jamais perdus.
Je ne saurais donc que vous conseiller de vous précipiter sur cette petite pépite, tant elle vous fera du bien. Quand à moi… C’est sûr : j’ai du retard à rattraper. Mais si tous les romans de l’auteure sont du même acabit que celui-ci, je vais vous dire… Je n’ai pas fini de sourire !

En bref, une excellente, excellente lecture qui m’aura fait l’effet d’une bouffée d’air frais ! Agnès Martin-Lugand trouve le ton juste, et nous embarque le temps d’un récit aux émotions intenses. J’adore ❤️

On en redemande
On en redemande !

Un parfum d’encre et de liberté, Sarah McCoy

Un parfum dencre et de liberte

Traduit par Anath Riveline

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L’histoire : 1859. La jeune et impétueuse Sarah apprend qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfant. Mais comment trouver un sens à sa vie dans ce monde régi par les hommes ? Comment trouver sa place quand on est la fille de John Brown, célèbre abolitionniste qui aide des esclaves à fuir ?
2014. Eden et son mari emménagent dans la banlieue de Washington dans l’espoir de sauver leur mariage et fonder enfin une famille. En explorant sa nouvelle demeure, la jeune femme découvre une tête de poupée ancienne. Que signifient les mystérieuses lignes qui la recouvrent ?
Plus de cent cinquante ans séparent Eden de Sarah, mais sur la grande carte du monde et de l’Histoire, les destins de ces deux femmes se rejoignent en plus d’un point.
Un voyage exaltant, à la redécouverte du courage, de la famille, de l’amour et de l’héritage.

Mon avis : Enfin, ENFIN ! Je découvre la plume de Sarah McCoy 😀 Depuis le temps que j’en entends parler ! Quand l’occasion m’a été offerte de découvrir son nouveau roman, j’ai donc sauté dessus… Et ce d’autant plus que j’aime particulièrement les récits en deux temps 🙂
A l’aube de la guerre de Sécession, alors qu’elle se remet tout juste d’une grave maladie ayant failli lui couter la vie, la jeune Sarah apprend qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfant. Dévastée, la jeune fille se tourne alors vers son père, afin de trouver dans la cause qu’il défend un nouveau sens à sa vie : elle rejoindra, elle aussi, le clan des abolitionnistes…
Cent cinquante ans plus tard, Eden et son mari emménagent dans leur nouvelle maison. Son combat contre la stérilité a rendu la jeune femme renfermée et aigrie, et ils espèrent que cette nouvelle vie donnera un second souffle à un amour devenu bien terne. Alors qu’elle s’approprie les lieux, Eden découvre une tête de poupée un brin angoissante. Que fait-elle ici, cachée dans le garde-manger ? A quelle étrange histoire ses yeux de porcelaine ont-ils assisté ? Aidée d’une jeune détective des plus attachantes, Eden va plonger au cœur de l’un des plus gros conflits des États-Unis d’Amérique…
J’ai adoré. Que dire d’autre ? Sarah McCoy a une plume profondément immersive, et je n’ai pas vu le temps passer sitôt que j’ouvrais mon roman. C’est à la fois très bien écrit, mais aussi parfaitement rendu et particulièrement prenant : qu’il s’agisse de Sarah ou d’Eden, je me suis passionnée pour les deux pans de ce récit profondément humain, pour le destin de ces deux femmes qui m’ont énormément touchée.
Parlons tout d’abord de Sarah. Nous la rencontrons alors en proie à la dysenterie, qui la laissera incapable de concevoir des enfants. Profondément affectée (et l’on peut le comprendre, surtout quand on vit dans une société où le rôle des femmes se résument presque exclusivement à porter et à élever des enfants)(non, je ne parle pas de notre époque)(Hahaha. Haha. Ha.), convaincue qu’elle représente désormais un poids pour sa famille, la jeune fille va chercher à se rendre utile en rejoignant le combat mené par son père, visant à abolir l’esclavage. Sans concession, Sarah McCoy nous plonge dans cette époque terrifiante, et le fait avec une justesse fort appréciable. J’ai aimé en apprendre plus sur la guerre de Sécession et sur les prémices de l’abolition de l’esclavage, cette lecture m’incitant d’ailleurs à me documenter davantage sur le sujet. Sarah, quant à elle, m’a énormément touchée : courageuse et volontaire, notre héroïne se battra jusqu’au bout pour prouver qu’elle peut exister autrement qu’en tant que mère potentielle. Se mettant perpétuellement en retrait, elle m’a souvent émue, parfois aux larmes. Eh oui…
Eden, elle aussi, m’a tiré quelques sanglots : en colère contre la Terre entière mais surtout contre elle-même, elle est au bord du gouffre. Impossible pour moi de ne pas me sentir proche de cette femme blessée au plus profond d’elle-même, convaincue qu’elle ne peut s’accomplir autrement qu’en devenant mère. Si son quotidien est forcément plus évident que notre première héroïne, je n’en ai pas moins été émue de la voir se débattre ainsi d’entre les griffes de ses démons. J’ai aimé la voir s’ouvrir peu à peu aux autres (et à une petite perle en particulier), reprendre confiance en elle et… CHUT ! Plus un mot. Je vous laisse le soin de découvrir tout cela <3
Sarah McCoy nous offre donc un récit empreint de vitalité, à la fois dur et profondément émouvant, qui m’a énormément plu. Pour une découverte, c’en fut une fameuse : à quand Un goût de cannelle et d’espoir ?

En bref, quelle lecture ! J’ai été émue aux larmes par le destin de nos deux héroïnes, touchée en plein cœur par la plume légère et parfaitement juste de Sarah McCoy. Je suis sous le charme <3

On en redemande
On en redemande !

Le secret de la manufacture de chaussettes inusables, Annie Barrows

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Traduit par : Aline Azoulay & Dominique Haas

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L’histoire : Ce n’était pas le projet estival dont Layla avait rêvé. Rédiger l’histoire d’une petite ville de Virginie-Occidentale et de sa manufacture de chaussettes, Les Inusables Américaines. Et pourtant… Eté 1938. Layla Beck, jeune citadine fortunée, refuse le riche parti que son père lui a choisi et se voit contrainte, pour la première fois de sa vie, de travailler. Recrutée au sein d’une agence gouvernementale, elle se rend à Macedonia pour y écrire un livre de commande sur cette petite ville. L’été s’annonce mortellement ennuyeux. Mais elle va tomber sous le charme des excentriques désargentés chez lesquels elle prend pension. Dans la famille Romeyn, il y a… La fille, Willa, douze ans, qui a décidé de tourner le dos à l’enfance… La tante, Jottie, qui ne peut oublier la tragédie qui a coûté la vie à celui qu’elle aimait… Et le père, le troublant Félix, dont les activités semblent peu orthodoxes. Autrefois propriétaire de la manufacture, cette famille a une histoire intimement liée à celle de la ville. De soupçons en révélations, Layla va changer à jamais l’existence des membres de cette communauté, et mettre au jour vérités enfouies et blessures mal cicatrisées.

Mon avis : Quand j’ai appris qu’Annie Barrows avait écrit un nouveau livre, je n’ai plus eu qu’une seule idée en tête : me le procurer, et vite. Il faut dire que j’avais eu THE coup de coeur pour Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, conjointement écrit avec sa tante – Mary Ann Shaffer – et qu’il me tardait de me plonger dans un roman aussi rafraichissant. Ni une, ni deux et faisant fi de mon habituelle préférence pour les formats poche, me voilà partie en quête du St Graal, laissant complètement tomber ma PAL de l’été pour me jeter sur ce petit pavé. 617 pages, s’il vous plait ! Et bien, figurez-vous que… Son sort fut réglé en une nuit : Bébé bien calé dans les bras, j’ai passé des heures absolument délicieuses en compagnie de la plume de Mme Barrows. Coup de coeur ? Assurément !
Quand Layla Beck, jeune femme issue de la haute bourgeoisie américaine refuse à grands cris d’épouser le riche parti dégotté par son sénateur de père, elle est loin d’imaginer que cela va l’envoyer tout droit en Virginie Occidentale, au cœur de la minuscule ville de Macedonia. Contrainte de travailler pour subvenir à ses besoins, la voilà chargée de la délicate mission de rédiger l’histoire de la ville, quand bien même cette bourgade proprette paraisse bien trop lisse pour présenter quelque intérêt que ce soit. Et pourtant, en atterrissant au beau milieu de la famille Romeyn, c’est tout un monde de secrets qui s’ouvre à elle, des secrets que certains ont tout intérêt à bien cacher…
Ce que j’apprécie le plus chez Annie Barrows, c’est cette façon si particulière qu’elle a de rendre ses romans vivants. Plonger dans un de ses livres, c’est se couper de son quotidien pour pénétrer dans celui de ses personnages si tangibles, s’asseoir à leurs côtés sur un fauteuil en rotin et siroter en leur compagnie un thé glacé. J’ai eu beau lire ce récit de nuit, pendant que Bébé mangeait, j’étais parfaitement réveillée dès l’instant où mes yeux en rencontraient les lignes. Ce n’est pas palpitant comme un roman d’aventure, ni bourré d’action ou de rebondissements, mais… Je ne sais pas, c’est comme si l’auteure nous offrait une véritable tranche de vie, avec les joies et les peines que cela implique, et une authenticité particulièrement précieuse. Je n’avais pas dépassé le premier chapitre que j’avais déjà l’impression de connaitre depuis toujours les personnages, de retrouver à travers eux de vieux amis perdus de vue. Je me suis pris d’affection pour chacun (ou presque) d’eux, appréciant leur fraicheur et leurs tempéraments hauts en couleurs, merveilleusement rendus. Quelle portraitiste, cette Annie !
Et comme l’intrigue met leurs interactions au premier plan, autant vous dire qu’il était plus que crucial qu’ils soient crédibles 🙂 Interactions que j’ai d’ailleurs pris grand (grand, grand !) plaisir à suivre, tant c’est bien tourné : on découvre en même temps que Layla (et les autres) les « menus » secrets de Macedonia et de la famille Romeyn, suivant avec émotion les bouleversements que cela va induire sur leur quotidien à tous. J’ai été prise aux tripes par cette histoire, chamboulée par les sentiments puissants qui s’en dégagent. Et si les révélations finales ne m’ont pas réservé grande surprise, j’ai fini ma lecture l’esprit apaisé et le cœur conquis : Le secret de la manufacture de chaussettes inusables est une petite bulle de légèreté, d’humour et de tendresse, qui ravira quiconque a besoin de douceur ♥

En bref, une lecture qui fait du BIEN. On rit, on pleure avec les personnages et, surtout, on s’attache plus que de raison à ces héros atypiques. À n’en pas douter, voici un digne successeur au Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates !

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Coup de cœur !

Sous les couvertures, Bertrand Guillot

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L’histoire : Un samedi soir, une librairie de quartier. Comme toutes les nuits, sitôt le rideau tombé, les livres s’éveillent et se racontent leurs histoires… Mais ce soir, l’heure est grave : les nouveautés viennent d’arriver, et les romans du fond de la librairie n’ont plus que quelques jours pour trouver un lecteur ! Pour sortir par la grande porte, il leur faudra s’unir et prendre la place des best-sellers solidement empilés près de la caisse.
Autant dire qu’ils n’ont pratiquement aucune chance…

Mon avis : je dois dire que je plaçais beaucoup d’espoir dans ce petit roman. Pensez-donc : un livre dont les personnages centraux sont eux-mêmes des livres, évoluant au cœur d’une librairie. Luttes intestines, prises de pouvoir, putsch, renversement des best-sellers… Un véritable Games of Thrones livresque ! Je me suis donc lancée avec enthousiasme dans cette lecture, certaine d’y trouver divertissement et intelligence.
Pendant les cinquante premières pages, tout s’est bien passé :  un humour caustique allié à une vision assez juste du monde du livre, présentée d’une manière vraiment originale, ont paru confirmer l’idée que je m’en faisais. Suivre ces romans menant une opération commando m’a complètement emballée, et j’ai pendant quelques temps cru que je ne ferais qu’une bouchée de ce court roman.
Oui, mais… Mais, car il en faut bien un. Je vous ai parlé des cinquante premières pages… Ensuite, le bât blesse : quel ennui ! Voilà une bonne dizaine de jours que je l’ai terminé, et cette sensation de lourdeur, de longueur, de lassitude persiste encore. Le comble, pour un bouquin ne faisant même pas deux cents pages ! Si je ne l’ai pas repéré tout de suite, le désintérêt s’est doucement installé. Trop de circonvolutions pour une intrigue qui aurait dû aller droit au but, et surtout trop, trop de noirceur ! Si la fin rehausse un peu la chose, j’ai juste eu envie de déprimer pendant cent pages, devant un tableau si pessimiste : les gens ne lisent QUE les romans à la mode, les libraires sont désabusés, le monde du livre est sur le point de disparaitre tant il fait preuve de médiocrité… BREF. Même si tout cela recèle bien évidemment une part de vérité, j’ai trouvé le trait beaucoup trop forcé, beaucoup trop lourd.
C’est donc assez déçue que je ressors de ce roman, d’autant plus déçue que c’est, je crois, le seul de la rentrée littéraire 2014 que j’ai pu lire. Dooommage !

En bref, amère déception que ce roman, bien trop lourd pour si peu de pages. L’humour ne fait pas tout, encore faut-il savoir donner du rythme à son récit !

laborieux
Déçue !

Les liens du mariage, J. Courtney Sullivan

Les liens du mariageTraduit de l’anglais (américain) par Anne-Laure Paulmont et Frédéric H. Collay

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L’histoire : De 1947 à 2013, cinq destins, cinq couples s’entrecroisent sans savoir ce qui les lie.
De Frances pionnière de la publicité dans les années 1940 qui sacrifiera sa vie amoureuse à sa carrière, à Kate, jeune femme des années 2000 qui a arrêté de travailler pour s’occuper de sa fille tout en fuyant le mariage, J. Courtney Sullivan retrace les évolutions du couple depuis plus de soixante ans et brosse de magnifiques portraits de femmes.
Un roman juste, réaliste et touchant, par l’auteur de Les Débutantes et de Maine.

Mon avis : Une fois encore, je ne peux que remercier l’équipe de Rue Fromentin pour la belle découverte qu’ils m’ont permis de faire. A chaque fois que je reçois un de leurs ouvrages, je peux être certaine qu’il ne me laissera pas indemne. A fortiori quand il s’agit d’un roman écrit par J. Courtney Sullivan, que j’ai découverte avec Maine. Quand j’ai reçu un mail m’annonçant la parution du roman, je n’ai donc pas pu résister : d’une, j’adore la plume de l’auteure et, de deux, je ne pouvais pas passer à côté d’un titre pareil. Je n’avais pas le choix, on est d’accord 🙂
L’intrigue prend place au sein de cinq époques différentes. Cinq époques, donc cinq narrateurs : Frances, début des années 50, Evelyn, début des années 70, James (le seul homme de l’affaire !), fin des années 80, Delphine, début des années 2000, et enfin Kate, 2012. Hormis Frances, tous sont en couple. Et tous vivent une relation différente avec leur compagnon. En apparence, rien ne les relie les uns aux autres : ils ne sont pas parents, ne se rencontreront sans doute jamais. Et pourtant, une chose les rassemble : les liens du mariage…
Comment vous décrire l’effet que m’a fait cette lecture ? J’ai été à la fois charmée de retrouver la plume douce et subtile de J. Courtney Sullivan, happée par le mystère que l’on sent affleurer sous tous les mots, et profondément intriguée par les personnages qu’elle avait décidé de mettre à l’honneur. Leur vision du couple, leur histoire… Tout cela confronté à mes propres illusions, espoirs, désirs… Bref, j’ai passé un sacré bon moment. Un sacré bon moment, bien différent de ce que je peux lire habituellement : Les liens du mariage ne fait pas partie de ces ouvrages que l’on dévore, pressés d’arriver au dénouement. Non, tout comme Maine, il se savoure. Le développement existe pour lui-même, n’est pas uniquement là pour mettre en valeur le point final. Bien sûr, on meurt d’envie de connaitre le lien unissant ces cinq destins. Mais le découvrir signifie avant tout quitter ces personnages si… atypiques, dans leur normalité. Et ça… Je peux vous dire que je n’étais pas pressée. Ils sont si bien croqués, si réalistes, et surtout si attachants… J’ai pris énormément de plaisir à me plonger dans leur quotidien, à passer ne serait-ce qu’un instant à leurs côtés.
Tout commence avec Frances. A une époque où la place des femmes se situe entre la cuisine et la chambre des enfants, Frances a décidé de prendre un tout autre chemin : c’est dans la publicité qu’elle a choisi de faire carrière, au sein d’une des plus grandes références en la matière : Ayer. Ironie du sort ? Elle qui défit toutes les conventions en demeurant célibataire se voit confier l’un des plus gros clients de la société : De Beers, célèbre joailler connu pour ses bagues de fiançailles. A elle de trouver le slogan qui poussera des milliers d’hommes à passer un diamant au doigt de leur promise, un slogan qui traversera les âges et fera la fierté de la maison… Avec Frances, J. Courtney Sullivan nous dresse le portrait d’une femme forte, émancipée, bien décidée à ne pas se laisser enfermer dans les carcans liés à son sexe. N’est-elle pas tombée sur la perle rare, ou refuse-t-elle purement et simplement de se laisser enfermer dans une relation inévitablement déséquilibrée ? Je ne sais pas bien. Mais son caractère fier, droit et bien trempé m’a singulièrement impressionnée, et peut-être même plus que cela : Frances a tout à fait la carrure pour intégrer les rangs de ces femmes que j’érige en modèle. J’ai aimé la retrouver au fil des chapitres, et j’ai surtout apprécié de voir, petit à petit, la manière dont elle fédérait les autres personnages : tout commence avec elle, et nous la retrouvons de-ci, de-là, en filigrane. Comment, pourquoi ? Il faudra attendre bien des pages pour le découvrir 🙂
Quant aux autres… Evelyn m’a énormément touchée. Nous la rencontrons lors d’une période cruciale de sa vie : son fils unique, séparé de sa femme sur un coup de tête, vient diner. Alors que les mentalités commencent à peine à s’habituer à l’idée du divorce, Evelyn est estomaquée : qu’a-t-elle raté dans l’éducation de son enfant pour qu’il se montre d’une telle cruauté aujourd’hui ? Je me suis énormément retrouvée en elle, partageant nombre de ses doutes et de ses peurs. Plus fragile que Frances, je l’ai également trouvée plus abordable, plus accessible.
James m’a beaucoup plu. Si j’avais peur de perdre en sensibilité lors de ses prises de parole, je me suis rapidement aperçue que ce n’était pas le cas : cet homme n’a pas eu une vie facile, c’est le moins que l’on puisse dire. De ses propos transparaissent à la fois lassitude et mélancolie, sans pour autant tomber dans la dépression pure et simple : on sent en lui l’envie de s’en sortir, une envie qui peine à s’extraire d’un quotidien écrasant et dur.
Delphine et Kate sont encore différentes des trois autres. La première se retrouve dans le rôle inconfortable de la femme trompée, la seconde est totalement contre l’idée du mariage. J’ai également pris beaucoup de plaisir à les suivre, bien que je me sois sentie moins « proche » (c’est assez surprenant, quand on y pense – et ce n’est d’ailleurs peut-être pas le bon terme) d’elles, plutôt que de Frances ou Evelyn.
Ce roman m’a totalement envoutée. Les sujets, la plume, la justesse des portraits, tout a fait écho en moi. Et c’est d’autant plus rageant, car je suis loin d’avoir transmis tout ce que je souhaitais à travers cette chronique ! Qu’à cela ne tienne, je n’ai plus qu’à espérer avoir réussi à susciter votre intérêt 🙂 Et surtout, n’oubliez pas ce nom : J. Courtney Sullivan. J’ai l’intuition que nous n’avons pas fini d’en entendre parler…

En bref, une lecture merveilleuse. Le ton est toujours juste, les personnages troublants de réalisme. J. Courtney Sullivan nous parle de l’Amour avec un grand A, mais aussi de la vie, de ses farces, de ses surprises, de ses pièges. Et on en redemande.

On en redemande