La petite Chartreuse, Pierre Peju

La petite Chartreuse fut pour moi l’un de ces livres sur lesquels on tombe par hasard et que l’on emporte, sans raison apparente. On devient, le temps de quelques heures, le lecteur d’un livre et d’un seul.
 
L’histoire :
Etienne Vollard est libraire. Depuis toujours, il vit avec les livres. Lecteur malmené par ses camarades durant ses années de lycée, encombré par son corps trop grand, trop lourd, trop voyant, il lit et retient tout, pans entiers de littérature. Bibliothèque vivante, Vollard appartient à un passé révolu et tente tant bien que mal de s’adapter à ce monde qui le rejette.
Eva est une enfant déjà adulte, laissée à elle même par sa mère qui n’a de cesse de fuir, de fuir sa qualité de mère et cette vie trop lourde à porter. Alors que sa mère est une fois de plus en retard à la sortie de l’école, Eva s’enfuit et court à perdre haleine, dans le dédale d’une ville qu’elle ne connaît guère. Le drame se produit alors, rencontre des corps, confrontation entre la petite chose fragile et la masse de chair humaine : elle traverse aveuglement la route, alors que Vollard conduit tranquillement sa camionnette. Temps suspendu et envol : la petite se retrouve dans le coma. Commence alors pour Vollard l’attente, tandis que la culpabilité l’écrase, implacable. Passant ses après-midi auprès de la petite désormais muette, il lui conte et raconte tous ces passages qu’il a lu et mémorisé, passages enfouis et lentement dévoilés, tentant de guérir la petite… aussi bien que lui-même.
 
Mon avis :
Dire que j’ai dévoré ce livre serait loin de la vérité et assez inapproprié : pas de suspens ici, pas de mystère à résoudre. L’auteur semble d’ailleurs écrire plus pour lui-même que pour être lu. La justesse des mots nous accroche cependant dès la première page, l’incongruité de la situation également, sa stupidité nous dépasse. Deux êtres hors du monde se retrouvent ensemble, réunis à la faveur de dramatiques circonstances. Une question nous taraude : pourquoi ? On imagine très bien la rencontre de ces deux personnages dans de toutes autres circonstances : deux êtres luttant ensemble contre une solitude écrasante, Vollard jouant ce rôle de père qu’il a toujours voulu et Eva ayant pour elle quelqu’un sur qui compter, toujours. Pierre Peju préfèrent cependant conter leur destruction mutuelle, mettant en lumière l’absurdité inhérente à la vie. Un véritable gâchis en somme, mais un gâchis plein de beauté, de douceur, de délicatesse. Un texte poignant, un auteur de talent. Un livre qui nous parle, qui nous serre le ventre et nous étreint le coeur.
 
 » Pour Vollard, Eva devenait la petite Chartreuse. Silencieuse sans en avoir fait le voeu. La très pâle monial. L’enfant cloîtrée. L’enfant privée de voix et de joie, privée d’enfance. « 

 
4/5 : on en redemande !

Le cycle de Pendragon, parties 1 et 2 – Stephen Lawhead

C’est dans l’antique Grande-Bretagne que nous conduisent aujourd’hui mes lectures, sur les traces de la légende Arthurienne.

J’ai découvert cette épique saga grâce à l’Homme, et m’y suis mise depuis peu. Composé de 5 tomes, le cycle de Pendragon reprend ainsi toute l’épopée d’Arthur, depuis la disparition de l’Atlantide à la quête du Saint-Graal. N’en étant toutefois pas encore là, je ne vous parlerai que des deux premiers tomes : Taliesin et Merlin, père et fils.

  

  

Tout commence par la découverte de la mythique Atlantide, dépeinte comme indolente mais agitée de nombreux conflits internes. Charis, fille du roi Avallach, rêve d’aventures et de nouveaux horizons… deux choses auxquelles elle ne peut raisonnablement aspirer. Entourée de ses frères qui l’ignorent et la méprisent, elle trompe son ennui en passant ses journées avec Annubi, devin et conseiller de son père. La guerre menace cependant de briser cette tranquilité précaire : les neufs rois sont plus désunis que jamais, une étincelle suffisant à les retourner les uns contre les autres. Au cours d’un voyage, c’est l’embuscade : la mère de Charis est atrocement tuée, l’auteur ne nous épargnant pas les détails. La princesse quitte alors le palais, pour n’y revenir que bien des années plus tard afin de tenter de convaincre son père de la fin imminente du peuple des Fées : l’Atlantide va sombrer dans les eaux qui l’entourent.

Pendant ce temps en Bretagne, Elphin, jeune prince breton renommé pour la malchance infernale qui l’accable, fait une découverte incroyable : parti récupérer les saumons pris dans les filets placés dans le fleuve voisin, il y trouve un petit paquet fait de peaux de phoques et contenant…un bébé. On se rendra vite compte que Taliesin, le bébé ainsi nommé, n’est pas un enfant comme les autres (normal, pour quelqu’un repêché dans un fleuve glacé), mais est destiné à être le plus grand barde jamais connu. Enchantant les uns par la douceur de ses paroles, menant les autres vers l’unique Dieu, son charme n’aura d’égal que la beauté de… Charis. L’un et l’autre était en effet destinés à se rencontrer et à s’unir, pour donner naissance au fameux… Merlin, « roi, guerrier, druide, barde et prophète ».

C’est sur ces entrefaits que nous passons au second tome, et du même coup d’une narration extérieure à un narrateur intrinséquement lié au récit, à savoir Merlin lui même. Merlin à qui est promis un avenir aussi radieux que sombre, peut être plus envahi de ténèbres que n’importe quel autre homme. On y retrouve également son enemie mortelle, Morg[i]an, fille d’Avallach et demi-soeur de Charis.

De peur de vous dévoiler toute l’intrigue, je m’arréterai ici.

La plume de S. Lawhead semble avoir été créée pour retracer les légendes celtes. Les descriptions, très nombreuses, n’en sont pas moins excellentes. J’ai dévoré ces deux tomes en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, et les trois prochains subiront très certainement le même sort. La légende arthurienne prend ici une toute autre tournure, et l’on se replonge avec joie dans cet univers si souvent fantasmé. Le passage d’une narration externe à une narration interne est également très appréciable.

Quoiqu’il en soit, je conseille vivement à tout lecteur avide d’aventures extraordinaires de se procurer au plus vite ces deux tomes, dépaysement garanti !

Dix sont les anneaux, et neuf torques d’or
ornent le cou des seigneurs d’antan ;
Il existe huit vertus cardinales, et sept péchés
pour lesquels mettre son âme à l’encan ;
Six est la somme de la Terre et du Ciel,
de tous objets futiles ou importants ;
Cinq est le nombre des nefs qui fuirent
la froide Atlantide perdu dans l’océan ;
Quatre rois se trouvèrent épargnés,
et trois royaumes demeurent en occident ;
Ils furent deux, dans le fort de Lyonesse,
qui s’aimèrent désespérément ;
Il est un monde, un Dieu et un roi dont les étoiles
prédirent au Druide l’avènement.

 
4/5 : on en redemande !

Sérum, épisodes 1/2

Pour ce premier article en matière de lecture, il fallait se décider : quel auteur choisir, quelle oeuvre représenter ? Le choix n’a pas été facile. Aussi, j’ai choisi de vous présenter l’un des derniers livres que j’ai pu lire, d’un auteur que je ne connaissais que peu (lacune bien vite compensée, cependant).
Au lieu d’un seul, il s’agit de deux livres en réalité, premiers d’une longue série : les deux premiers épisodes de la série Sérum, co-écrite par Henri Loevenbruck (déjà présenté comme le messie ayant réussi à faire lire l’Homme) et Fabrice Mazza, grand spécialiste des énigmes et mystères irrésolvables. J’ai eu vent de cette série via Twitter et Facebook, où les descriptions des auteurs et les commentaires élogieux des lecteurs ont su attiser ma curiosité. Ni une ni deux, j’achète.
Je suis donc en face d’un petit livre noir, dont le design entier respire le mystère : un tourbillon virant du noir au blanc, un mystérieux cygne (l’intrigue pourra nous permettre de faire quelques rapprochements…) et cette inscription, en jaune vif : « On peut effacer votre mémoire, pas votre passé ». Dur de résister ! Et sur la 4ème de couv, pas plus de pistes :

 
1773 : MESMER  INVENTE L’HYPNOSE
1886 : FREUD INVENTE LA PSYCHANALYSE
2012 : DRAKEN INVENTE LE SERUM
 
Une injection. Sept minutes pour accéder au subconscient d’Emily Scott. Un carnet pour décrypter ses visions fantasmagoriques. Quelques jours pour empêcher le pire. Mais quand les morts suspectes se multiplient, le NYPD se pose une question : Arthur Draken est-il un psychiatre de génie ou un dangereux criminel ?
 
 
Comme l’on peut s’en rendre compte rapidement, Sérum n’est effectivement pas un « roman comme les autres »*. Il reprend en effet les mêmes caractéristiques que les séries télévisées : le système d’épisodes oui, mais aussi des chapitres courts pour une lecture plus fluide, une entrée en matière rapide et sans détails inutiles, un rythme haletant, un ton vif et efficace, une écriture visuelle… On se croirait presque dans les rues de Brooklyn, aux côtés de cette inconnue qui tente furieusement d’échapper à ses poursuivants.
 
Car c’est ainsi que tout commence : une jeune femme blonde affolée est poursuivie par de mystérieux individus… pour être retrouvée quelques minutes plus tard dans un état proche de la mort, dans le parc de Fort Greene. A son réveil – miraculeux-, la jeune femme a perdu la mémoire : elle ne se souvient de rien, pas même de son identité. Lola Gallanger, détective au NYPD, est chargée de l’enquête (elle m’a, soit dit en passant, fortement fait penser à Lucrèce Nemrod, héroïne de plusieurs fictions de Bernard Werber. Si les personnages sont assez différents au final, ma première impression fut celle-ci). Le fameux docteur Draken et son mystérieux sérum n’apparaîtront que plus tard, une fois le premier épisode bien entamé. Ne voulant pas vous dévoiler tous les détails de l’épisode, je m’arrêterai toutefois ici. 
 
Quoiqu’il en soit c’est, selon moi, une véritable réussite. Tout y est : les personnages sont très bien construits, l’environnement tendancieux à souhait et l’intrigue… Les auteurs nous tiennent en haleine d’une main de maître(s!). L’avertissement figurant en 4ème de couverture  » Ne pas dépasser la zone prescrite » est, en ce sens, particulièrement vicieux.
Les surprises ne s’arrêtent cependant pas là : l’ouvrage est en effet parsemé de flashcodes (les bienheureux possesseurs de smartphones seront ravis), rendant la lecture interactive : ils permettent en effet au lecteur d’accéder à diverses pistes audios, vidéos ou encore différents documents annexes et complétant la lecture. L’ouvrage propose donc une expérience de lecture unique, expérience se poursuivant grâce au site éponyme.
En bref, que du bien de ces deux premiers épisodes, on attend avec impatience la suite !

4/5 : on en redemande !
 
 
Pour en savoir plus :
 
– http://www.serum-online.com/
<spa
n style= »font-size:x-small; »>– http://www.actualitte.com/actualite/lecture-numerique/usages/serum-loevenbruck-et-mazza-plongent-dans-une-vie-numerique-33401.htm
 
* Indication présente en avant-propos