Tuto n°1 : Embrasser comme une déesse, Brianna R. Shrum

Traduit par Maud Ortalda

L’histoire : Suite au remariage de son père avec une femme beaucoup plus jeune que lui, Renley n’a quasiment plus aucun contact avec sa mère, partie vivre à New York depuis 4 ans. La jeune fille est une tête en maths – bref, on ne peut pas dire que ce soit la plus cool des lycéennes – et entretient une relation platonique avec son voisin et meilleur ami, aux côtés duquel elle a grandi. Car même s’il est très amoureux, elle ne se voit pas du tout sortir avec lui. Pour un voyage de classe…à New York justement…Renley a besoin de réunir un peu d’argent et décide de lancer une chaîne de tutos qu’elle monétise. L’argument ? Des réponses d’expert, vécues de première main, aux questions que se posent les ados. Jalouse de son indépendance, elle préfère garder sa véritable identité secrète. C’est le début d’une quête qui va la transformer et changer le regard que les autres portent sur elle.

Mon avis : Il faut que je vous avoue quelque chose. Il se pourrait que… J’ai complètement craqué pour cette couverture, qui fait étrangement écho à mon côté fleur bleue. Le jeu des couleurs, tout ça… Vous voyez ce que je veux dire ? J’adore ‘_’ BREF. Laissons-là mon côté superficiel et parlons plutôt du livre en tant que tel : petite nouveauté de chez Lumen, il nous raconte l’histoire d’une lycéenne lambda, Renley. Vivant avec son père et sa belle-mère, cette jeune fille fait partie de la classe moyenne au lycée : ni populaire ni paria, elle vit sa vie sans faire de vagues. Mais quand son professeur de maths annonce un potentiel voyage à New York pour la bagatelle de 3000 $, Renley prend une grande décision : plutôt que de chercher un petit boulot pour réunir la somme, elle se lancera dans les tutos internet payants… De manière anonyme, histoire d’entretenir un peu de mystère. Des tutos, oui, mais de quoi ? Et bien… Tout dépend des questions de ses abonnés : de la meilleure manière de se faire un œil de biche à la technique pour embrasser comme une déesse, Renley devra donner de sa personne… pour le meilleur et pour le pire !
Que l’on se le dise : j’ai beaucoup aimé ma lecture. C’est léger, drôle, et ça le lit clairement tout seul : en quelques heures, je l’avais ouvert et refermé, le cœur un peu plus léger. Les personnages sont attachants, et l’on se prend facilement au jeu de savoir si, oui ou non, Renley va réussir à mener son projet jusqu’au bout sans y laisser des plumes. L’écriture de l’auteure est fluide et nous fait l’effet d’un baume apaisant : ce roman pourrait être comparé à un petit bonbon acidulé.
Le souci, avec ce genre de bonbons… C’est que, bien souvent, quand on en a mangé un, on les a tous goutés. Et c’est ce qu’il se passe avec ce récit : si notre lecture est agréable et efficace, il n’en reste pas moins que je l’ai trouvée plutôt convenue : les personnages, bien qu’attachants, ne sortent pas vraiment du moule et ne me laisseront, malheureusement, pas  d’impression impérissable : la jeune fille qui ignore sa beauté, le beau gosse inaccessible, le meilleur ami devenu subitement bien attirant… On les connait ! Et ils finissent, malheureusement, par ne plus avoir d’identité propre mais par être de simples personnages-types auxquels on n’a recourt sans les retravailler. J’aurais notamment aimé que l’auteure approfondisse la relation de Renley avec ses parents, je pense qu’il y avait là matière à faire quelque chose de vraiment touchant, pouvant de plus parler à beaucoup d’ados. L’intrigue, quant à elle, est quelque peu cousue de fil blanc : pas de grandes surprises à noter, et l’on devine très vite comment les choses vont tourner… La faute au sujet déjà sur-traité : accordons à l’auteure qu’il est en effet particulièrement délicat de se démarquer dans le registre qu’elle a choisi, tant la production est importante.
Finalement… Que retenir ? Tuto n°1 : Embrasser comme une déesse plaira sans conteste aux ados souhaitant lire une histoire légère, mêlant amour et amitié, peuplée de personnages qui leur seront proches. Il restera pour moi une lecture parfaite pour se détendre après une bonne journée de boulot, même si j’aurais aimé un peu plus de profondeur, tant côté intrigue que personnages : je pense, pour le coup, ne pas être dans la cible visée pour ce roman !

En bref, un petit roman se lisant vite et bien, qui plaira très certainement à un public adolescent recherchant des récits aux thèmes qu’ils connaissent bien !


Un bon moment !

J’ai toujours cette musique dans la tête, Agnès Martin-Lugand

L’histoire : Yanis et Véra ont la petite quarantaine et tout pour être heureux. Ils s’aiment comme au premier jour et sont les parents de trois magnifiques enfants. Seulement voilà, Yanis, talentueux autodidacte dans le bâtiment, vit de plus en plus mal sa collaboration avec Luc, le frère architecte de Véra, qui est aussi pragmatique et prudent que lui est créatif et entreprenant. La rupture est consommée lorsque Luc refuse LE chantier que Yanis attendait. Poussé par sa femme et financé par Tristan, un client providentiel qui ne jure que par lui, Yanis se lance à son compte, enfin.
Mais la vie qui semblait devenir un rêve éveillé va soudain prendre une tournure plus sombre. Yanis saura-t-il échapper à une spirale infernale sans emporter Véra ? Son couple résistera-t-il aux ambitions de leur entourage ?

Mon avis : Il y a quelques temps, je découvrais la plume d’Agnès Martin-Lugand avec son roman Désolée, je suis attendue, qui m’avait beaucoup plu. J’avais aimé la plume de l’auteure, son sens de l’intrigue et ses personnages hauts en couleurs… Et ai donc souhaité réitérer l’expérience avec son petit dernier, dont l’une de mes collègues m’avait dit le plus grand bien. Et, effectivement… Je l’ai lu en une soirée ! Fait rare qui n’était pas arrivé depuis un long moment, je l’ai dévoré en quelques petites heures, totalement absorbée par ma lecture 🙂 Il faut dire que ce roman, plus que le précédent, possède un petit côté sombre qui m’a mise sur les charbons ardents. J’oserai même dire qu’il m’a noué l’estomac, le bougre !
Nous y rencontrons Yanis et Véra, un couple de quarantenaires parents de trois enfants… Et, surtout, amoureux fous. Alors que Véra travaille dans une agence de voyage, Yanis, lui est associé à son beau-frère dans un cabinet d’architecture… Une association qu’il supporte de plus en plus mal, tant le fait qu’il ait tout appris sur le terrain lui pèse. Après une dispute de trop, c’est la rupture : Yanis se retrouve sans travail… Jusqu’à ce qu’il tombe sur Tristan, homme d’affaires mystérieux qui le pousse à s’établir en son propre nom, quitte à se porter garant pour lui. Yanis hésite, et se jette finalement à l’eau : une telle chance est bien trop belle pour la laisser passer… N’est-ce pas ?
Ouuh, que cette chronique va être délicate à écrire ! Le tout, c’est de ne pas vous en dévoiler trop : l’élément de surprise est crucial, et participe de manière décisive à la montée en puissance de l’intrigue. Agnès Martin-Lugand joue très bien sa partition en captant notre intérêt très rapidement, et ne le lâche pas : j’ai vraiment été captivée par ce récit qui démarre doucement, en nous présentant des personnages attachants auxquels je me suis beaucoup identifiée, puis en instillant une aura de malaise parfaitement dérangeante qui ne pourra laisser quiconque indifférent. Malgré la fatigue, malgré la journée du lendemain qui promettait d’être harassante, j’ai donc lu, encore et encore, les mains crispées sur mon bouquin. D’intriguée, je suis passée à méfiante, me retenant de jeter un coup d’œil angoissé derrière mon épaule. Et… J’ai aimé ça ! Parce que l’auteure m’a beaucoup surprise, ce n’était pas du tout un terrain sur lequel je l’attendais. Nous ne sommes pas dans le thriller ou le polar… Mais presque. Mais je ne vous en dis pas plus !
Quoi qu’il en soit, je pense que ce récit sera à même de plaire à beaucoup : les lecteurs aimant les récits de vie présentant des personnages forts qui nous marquent par leur vitalité y trouveront leur compte, tout comme ceux avides de suspense et d’intrigues non cousues de fil blanc. J’y ai pour ma part trouvé mon compte, quitte à y perdre ma nuit !

En bref, ce nouveau roman d’Agnès Martin-Lugand ne sera pas sans surprendre les inconditionnels de l’auteure, tant ce petit côté sombre dénote dans sa bibliographie… Elle s’en sort pourtant particulièrement bien, nous offrant un récit prenant et bien ficelé. On en redemande !


On en redemande !

Le sixième sommeil, Bernard Werber

Couverture réalisée par Valentino Sani

L’histoire :

PHASE 1
Assoupissement
PHASE 2
Sommeil léger
PHASE 3
Sommeil lent
PHASE 4
Sommeil très profond
PHASE 5
Sommeil paradoxal
PHASE 6
Le sixième sommeil.
Celui de tous les possibles.

Mon avis : En cinq ans, aucun roman de Bernard Werber n’a été chroniqué ici. Pas un. Oh, je vous en ai bien parlé, à de multiples reprises : des Fourmis aux Thanatonautes, je n’ai pas manqué de vous dire que je lui devais mon goût démesuré pour la lecture. Mais je n’ai pas non plus oublié de vous dire… Que j’avais été cruellement déçue, avec ses dernières parutions. Qu’elles étaient loin d’avoir la fougue et la justesse de ses premiers romans, que j’avais parfois l’impression que son rythme d’écriture effréné mettait en péril la qualité de ses écrits. Bref, après Troisième Humanité, j’ai abandonné. Je me suis dit que je préférais garder intacts mes bons souvenirs avec lui, sans les entacher avec une déception de plus.
Et puis… Et puis, j’ai craqué. VOILÀ. Parce que je n’ai aucune volonté, et que j’avais quand même peur de passer outre une potentielle bonne lecture. J’ai donc profité de sa dernière sortie en poche pour refaire une petite plongée dans l’imaginaire teinté de sciences de cet auteur que j’affectionnais tant…
Et, finalement, force est de dire que ça a plutôt pas mal marché. Bon, disons-le : ce n’est pas un coup de cœur… Mais… J’ai passé un bon moment, oui. Cette fois-ci, et comme le titre l’indique, c’est au sommeil que s’intéresse l’auteur. Les cinq stades que nous connaissons plus ou moins tous ( Assoupissement – Sommeil léger – Sommeil lent – Sommeil très profond – Sommeil paradoxal)… Mais aussi ce mystérieux sixième stade, faisant du monde des rêves une nouvelle Terra Incognita que ses héros se mettront en devoir d’explorer.
Une nouvelle fois, Bernard Werber nous montre qu’il peut recycler son ancienne casquette de journaliste scientifique sans trop de difficulté : son roman fourmille de petits détails passionnants rendant la lecture particulièrement attractive, d’autant que le sujet ne m’est clairement pas familier. On ressort du roman avec de nouvelles connaissances en main, fait non négligeable et tout à fait appréciable. Cela compense d’ailleurs deux choses : les personnages centraux assez peu charismatiques, sans trop de substance et relativement anecdotiques (on est loin de 103e et de Michael !), et l’action parfois un peu mollette qui m’a fait, je l’avoue, sauter quelques paragraphes. Ce qui explique pourquoi cette lecture, bien que m’ayant fait passé un moment somme toute agréable, ne me restera pas en mémoire ad vitam eternam : le sujet est passionnant, mais la façon dont il est enrobé l’est moins. Je n’ai pas retrouvé ici cette urgence de lecture que j’ai pu vivre avec ses premiers romans, et j’avoue avoir été nostalgique du temps où il nous présentait des personnages emblématiques, capables de rayonner des années après notre rencontre dans notre cœur de lecteur.
Une chronique rapide pour une lecture sans plus, mais mon avis est fait : je patienterai le temps qu’il faudra, mais ne lirai pas l’un de ses prochains romans tant qu’il ne sera pas annoncé comme un digne successeur des Fourmis ou des Thanatonautes :/

En bref, un roman qui m’aura fait passé un moment agréable mais non pas incroyable… Venant de B. Werber, j’avoue que j’en attendais bien plus : dommage !


Un bon moment, mais…

Les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye

Couverture par Marc Simonetti

L’histoire : « J’avais seize ans quand j’ai quitté la steppe. Mais je ne vais pas vous narrer mon histoire. Je ne vais pas non plus vous relater les exploits de grands seigneurs, de sages conseillers, de splendides princesses et de nobles chevaliers. Je croyais, quand j’étais jeune, que c’était dans ce bois qu’on taillait les héros. Je me trompais. Je vais vous narrer les hauts faits de Sainte-Étoile, l’escrimeur errant au passé trouble, persuadé de porter un monstre dans son crâne. De Maëve la morguenne, la sorcière des ports des Havres, qui voulait libérer les océans. De Wenceslas le clerc de notaire, condamné à l’enfer des mines, et qui dans les ténèbres trouva un nouvelle voie… Et de tant d’autres encore, de ceux dont le monde n’attendait rien, et qui pourtant y laissèrent leur empreinte. Leur légende. Et le vent emportera mes mots sur la steppe. Le vent, au-delà, les murmurera dans Bohen. Avec un peu de chance, le monde se souviendra. »

Mon avis : … Je crois que je pourrais me contenter de faire un article blanc, avec un immense COUP DE CŒUR en plein milieu, histoire que vous compreniez bien l’effet que ce livre a eu sur moi. Mais, outre le fait que ce ne serait plutôt pas pro, j’ai BESOIN de vous en parler. BESOIN de vous dire pourquoi ce livre m’a chamboulée, BESOIN de vous dire à quel point il faut que vous le lisiez. BESOIN, surtout, de vous dire que je ne remercierai jamais assez Book en Stock et les édition Critic pour m’avoir permis de découvrir cette pépite à laquelle je ne m’attendais absolument pas. BESOIN de remercier Estelle Faye, pour nous offrir un récit aussi riche qu’enivrant. Tout ça, et plus encore…
Très honnêtement, je ne sais pas si je dois me lancer dans l’exercice ardu du résumé, d’autant que l’intrigue de ce petit pavé ne saurait contenir en quelques lignes succinctes. Estelle Faye nous offre une plongée en Bohen, une Terre faite de guerres et de conflits, d’intrigues politiques et de magie ancestrale. Aujourd’hui gouvernée par des Hommes ayant interdit la pratique de cet art païen, elle était jadis aux mains des Wurms, créatures difformes ayant apprivoisé les Dracs. Chassés par ceux-là mêmes qu’ils avaient réduis en esclavage, ils ont laissé une empreinte indélébile sur Bohen, une cicatrice purulente à l’odeur nauséabonde. C’est dans cet univers que nous rencontrons une multitude de personnages : Estelle Faye nous offre en effet un roman choral, bien que la narration soit effectué par un personnage bien précis. Personnages, donc, éparpillés aux quatre coins de l’Empire et n’ayant, vraisemblablement rien à voir les uns avec les autres. Pourtant, tous ou presque finiront par poursuivre un même but : faire de Bohen un autre monde, et rétablir une vérité depuis longtemps oubliée…
… Ce roman est ÉPOUSTOUFLANT. Et je pèse mes mots. Vous le savez, j’ai lu tout récemment Porcelaine, d’Estelle Faye également. Un conte d’inspiration asiatique qui m’avait beaucoup, beaucoup plu. Mais que dire, dans ce cas, de celui-ci ? Après une semaine où je me suis plongée à chacun de mes temps libres dans ce récit mené d’une main de maitre, je ne sais plus trouver mes mots : l’auteure m’a coupé la parole, laissée orpheline. Son intrigue m’a captivée, ensorcelée, hypnotisée : rares sont les romans de fantasy à être aussi aboutis, aussi merveilleusement menés. L’auteure ne laisse rien au hasard, et tisse avec intelligence et habileté une toile qui nous laisse abasourdis. Les détails sont pensés, pesés, toujours avec une justesse millimétrée. Séduite dès les premières lignes, j’ai été tout à la fois ravie et admirative de voir avec quelle maestria Estelle Faye réunissait finalement tous les pans de son intrigue pour nous servir sur un plateau un roman complet, complexe et… Émotionnellement surpuissant, puisqu’il faudra bien y venir : j’ai lu les cinquante dernières pages en pleurant à chaudes larmes, quasiment incapable de distinguer les mots filtrant à travers mon regard brouillé. Tout cela pour une simple et bonne raison : l’auteure nous livre des portraits d’hommes et de femmes extrêmement crédibles et attachants, et ne les ménage pas… C’est même le moins que l’on puisse dire. Ne vous y trompez pas ! Nous sommes bel et bien dans un roman de dark fantasy : tous, je dis bien tous, ont leur part d’ombres et de lumière, tous sont loin d’être des modèles de sainteté. Mais tous sont croqués avec une justesse incroyable, rendant leur portrait d’une vitalité vibrante. Je me suis attachée à chacun d’entre eux, de Sorenz à Sainte-Étoile, de Maëve à Sigalit, de Janosh à Wens en passant par Lantane… Et tous les autres, tous ces autres qui, à un moment ou à un autre, pénètrent avec force dans ce roman, y ajoutant toujours un peu plus d’émotions, un peu plus d’humanité. Estelle Faye crée des personnages forts, loin de tout manichéisme et, surtout, loin de tout clichés : fonctionnant essentiellement en duos, ils m’ont tous émue par la pureté de leurs sentiments, la justesse de leurs réactions. J’avoue avoir été surprise du chemin qu’empruntait l’auteure quant à ces duos, celui-ci étant rarement abordé en fantasy (du moins, dans le romans que j’ai pu lire jusqu’à présent…), mais je n’ai tout simplement rien à y redire : ce vent de fraicheur m’a fait un bien fou, et j’ai trouvé cela… Beau, tout simplement. Toutes ces rencontres un peu dues au hasard, ces sentiments à l’œuvre, ces relations aussi improbables que touchantes… Oui, j’ai été subjuguée. Subjuguée, aussi, parce qu’Estelle Faye crée des personnages terriblement réels : non, leurs décisions ne sont pas toujours sages, censées. Non, ils ne sont pas parfaits. Non, ils ne rentrent pas dans le moule que l’on trouve habituellement dans le genre, ce personnage emblématique qui ne fait jamais, JAMAIS le moindre faux pas. Des faux pas, ils en font. Beaucoup. Et prennent des chemins auxquels nous n’aurions pas songé un instant : Maeve, par exemple, m’a assise, je ne pourrais dire mieux. Me serais-je attendue à cela ? JAMAIS. JA-MAIS.
Une fois encore, j’ai l’impression de vous offrir une chronique terriblement décousue, qui veut tout et rien dire à la fois. Mais, comprenez-moi : je tiens là, sans hésitation, ma plus belle lecture de ce premier trimestre. En lice pour l’année, et très bien placée, m’est avis. Et pourtant, j’en ai eu, des coups de cœur ! Mais, force est de le dire, rien d’aussi… D’aussi parfait. Mon cœur en souffre encore, mes yeux sont toujours humides, et mes mains se trainent misérablement vers mon roman laissé là, sur le canapé, comme posé un instant pour être repris dans quelques secondes. Je suis tombée amoureuse d’un livre, oui, de ses personnages, surtout, de son intrigue, aussi. Je suis tombée amoureuse d’une plume pleine de poésie, et la rupture est cruelle. Je suis tombée amoureuse des Seigneurs de Bohen, de ce livre que je mettrais volontiers dans les mains de tout le monde, si je n’avais envie de le garder encore un instant pour moi. De ce livre dont j’attendais beaucoup, et qui m’a apporté plus encore. Alors oui, Estelle, merci, merci, merci. ❤️

En bref, COUP DE CŒUR pour ce roman à la fois puissant, merveilleux, et magnifiquement conté. A mettre dans toutes les mains, sans hésitation aucune !


Coup de cœur !

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Porcelaine, Estelle Faye

Couverture par Letizia Goffi

L’histoire : Chine, vers l’an 200. Xiao Chen est un comédien errant, jeté sur les routes par un dieu vengeur. Un masque à forme humaine dissimule son faciès de tigre, tandis que son cœur est de porcelaine fêlée. Son voyage va durer plus de mille ans.
Au cours de son périple, il rencontrera Li Mei, une jeune tisseuse, la Belle qui verra en lui plus qu’une Bête. Celle qui, sans doute, saura lui rendre son cœur de chair. Cependant Brume de Rivière, fille-fée jalouse et manipulatrice, intrigue dans l’ombre contre leur bonheur.
Pendant presque quinze siècles, rivalités et amour s’entrecroisent, tissant une histoire de passion, de tendresse et de sacrifice, sur fond de magie et de théâtre.

Mon avis : … Franchement, je suis bien incapable de vous dire grâce à qui ce petit roman est entré dans ma PAL. Grâce à l’un d’entre vous sans aucun doute, qui a lu ce conte merveilleux et en a parlé de telle façon que je n’ai pu y résister en le croisant en rayon. Et je regrette, oh ! que je regrette de ne pas avoir noté dans un coin à qui je devais ce craquage… Parce que cette lecture, mes petits, cette lecture… Je m’en souviendrai longtemps, longtemps, longtemps. Estelle Faye m’a charmée, hypnotisée, envoûtée. J’ai savouré le moindre mot, la moindre ligne, la moindre page. Je l’ai fait durer, durer, pour ne pas la voir se terminer. Et, finalement…
Porcelaine raconte l’histoire de Xiao Chen, jeune garçon fils d’un célèbre potier, vivant dans un village reculé d’un territoire que l’on appellera, bien des années plus tard, Chine. Maudit par un dieu moribond, il sera banni de son village, contraint de rejoindre une compagnie de théâtre… Au cœur de laquelle son nouveau faciès fera sensation : affublé d’une tête de tigre, c’est sur les planches qu’il trouvera son salut…
Voilà un résumé fort abscons, j’en conviens volontiers. Le fait est que le récit est court, et recèle mille surprises. En dévoiler une de trop, et c’est la magie qui s’envole… Et en matière de magie, Estelle Faye sait y faire : en prenant des allures de conte oriental, son récit nous envoûte dès les premières lignes : l’atmosphère y est très particulière, d’une poésie certaine, nous plongeant dans une torpeur hypnotique, les mots s’élevant devant nos yeux sans obstacle pour leur faire barrage. Choisis avec soin, pesés, mesurés, ils ont rapidement eu raison de moi : je suis simplement tombée amoureuse de la plume d’Estelle Faye. De cette façon subtile de faire naitre dans nos esprits les paysages les plus vivants, de dresser en quelques mots le portrait de personnages terriblement vivants. Si la narration impose une certaine distance avec ces derniers (bien que le rôle d’un lecteur soit essentiellement passif, j’ai trouvé que ma lecture était bien plus contemplative que d’ordinaire), je n’en ai pas moins été particulièrement touchée par leur sort : de Xiao Chen à Li Mei, en passant par Brume… La galerie est restreinte, due à l’étendue de la narration (l’action s’étale sur plusieurs centaines d’années), mais cela n’importe que peu : Estelle Faye soigne ses personnages, les rend plus humains que jamais en leur prêtant des sentiments complexes, évoluant au fil du temps et des épreuves. Comment, dès lors, ne pas avoir envie de continuer notre lecture pour connaitre le fin mot de l’histoire ? Entre conte ancestral, récit merveilleux, roman d’amour, vendetta désespérée et hommage au monde du spectacle, Porcelaine se trouve à la croisée des genres… Et cela marche, parfaitement : on s’y plonge avec délectation, trouvant le retour à la réalité bien trop rude.
J’écris sur le vif, ce qui explique peut-être la rapidité de cette chronique : les émotions suscitées par cette lecture tourbillonnent encore en moi, et j’avoue avoir du mal à en démêler l’écheveau. Pour une première lecture de l’auteure, avouons que cela est un succès : je ne m’attendais pas à être tant bouleversée. Ne me reste dès lors qu’à digérer ce récit fantastique, et peut-être, pourquoi pas ? Le reprendre dans quelques temps, pour retrouver cette atmosphère inoubliable, qui me fait désormais rêver de cette Chine ancestrale oh combien mystérieuse…

En bref, une lecture magique. Le conte n’est certes pas le genre que j’affectionne le plus, mais Estelle Faye a réussi le joli coup de me faire abaisser toutes mes barrières en nous offrant une récit merveilleusement bien écrit, peuplé de personnages extrêmement touchants, abordant des thèmes aussi multiples qu’indémodables… Et lui insufflant une foule d’émotions surpuissantes. A lire !


On en redemande !

 

Winter People, Jennifer McMahon

Traduit par Jean-Baptiste Bernet

L’histoire : « J’avais aussi compris qu’il valait mieux éviter de la contrarier. Tantine s’emportait vite et n’appréciait guère qu’on la contredise. Quand quelqu’un refusait de la payer, elle versait une poudre noire tirée d’une de ses bourses en cuir sur sa maison en marmonnant d’étranges incantations. – S’il te plaît, réponds-moi, Tantine. Est-ce qu’on peut faire revenir les morts ? Ai-je insisté en jetant une poignée de têtes-de-violon dans son panier. Elle m’a dévisagée longuement de ses petits yeux noirs, la tête penchée. – Oui, il y a bien un moyen. Les rares qui le connaissent le transmettent à leurs enfants. Et puisque tu es ce que j’ai de plus proche d’une fille, je te transmettrai le secret ». Et si l’amour était vraiment plus fort que la mort ? Et si l’on avait la possibilité de ramener de l’au-delà l’être qu’on aime le plus au monde ?

Mon avis : … Autant vous le dire de suite : ce roman m’a fichu une trouille de tous les diables. OK, il se peut que je sois un peu flippette. Pas avec les monstres, ni même avec les serial killers ou autre réjouissances de ce genre. Mais, dès lors que l’on touche aux revenants et aux présences dans les placards, là, vous perdez le Bouchon ci-présent. J’ai d’ailleurs été mendier du réconfort dans les bras du Chéri, qui a bien sûr trouvé rigolo d’enfoncer le clou. L’amour vache, avez-vous dit ?
Winter People fait partie de ces romans se déroulant sur différentes époques : de nos jours, à travers plusieurs personnes, et en 1904, en se concentrant essentiellement sur Sara, dont nous découvrons les souvenirs de jeunesse en même temps que sa vie actuelle. On comprend bien sûr très rapidement que les deux sont liés, et que le surnaturel y est à l’œuvre. Je nous dévoilerai volontairement pas grand chose sur l’intrigue, le roman étant relativement court… Et la surprise participant à l’ambiance pour le moins particulière du récit. Mais, une question demeure : si vous aviez l’occasion de faire revenir de l’au delà un être particulièrement cher… Le feriez-vous ? En dépit des conséquences ?
Bien que l’ayant commencé jeudi, ce n’est véritablement hier que je m’y suis plongée : j’ai lu les trois quarts restants d’une traite, terrée au fond de mon lit et maudissant quelque peu l’orgueil m’ayant poussée à vouloir le lire, quand bien même je savais pertinemment qu’il me mettrait profondément mal à l’aise. Il faut dire que l’auteure arrive avec brio à mettre en place une atmosphère extrêmement oppressante, pesant telle une chape de plomb sur nos épaules : à la fois mystérieuse et profondément glaçante, elle nous enserre dès le début du récit pour ne plus nous lâcher… Ou presque : si la fin est, elle aussi, duale, elle apporte un semblant de réconfort au lecteur éprouvé. Car, après tout, c’est bien d’amour dont il est ici question, et j’ai trouvé tout à fait intéressant la manière dont l’auteure avait réussi à coupler l’élément sentimental avec l’horreur  du sujet. En un sens, Winter People s’est révélé être d’une poésie certaine, les détails sanglants et morbides n’entachant pas le reste. Une lecture dérangeante, donc, mais poignante, surtout.
Et prenante, bien sûr : une fois véritablement plongée dedans, je n’ai pas su m’arrêter de lire, tant l’histoire me prenait aux tripes : on a envie d’avancer, de savoir, de comprendre. De comprendre, oui, quel est le lien entre Sara et les différentes femmes que l’on rencontre au fil du roman. Car la galerie de portraits est uniquement féminine, ou presque : on sent que les hommes n’ont pas vraiment leur place ici, perclus dans une rationalité par trop embarrassante. L’auteure a-t-elle voulu renouer avec la croyance populaire qui prône une plus grande sensibilité des femmes à l’élément surnaturel ? Possible, mais le principal n’est pas là : Jennifer McMahon nous livre avant toute chose des portraits de femmes très crédibles, certes peu développés de part la taille réduite du roman, mais auxquels on ne peut rester insensible. La détresse de Sara à laquelle fait écho celle de Katherine, les petites Fawn et Gertie, Ruthie… Certains m’ont glacée, d’autres envoûtée : la plume de l’auteure est d’une justesse incroyable et ne fait le moindre faux pas.
Si l’on ne peut pas parler de bon moment, tant elle m’aura collé la chaire de poule, cette lecture m’aura beaucoup, beaucoup marquée. Je n’ai d’ailleurs pas perdu de temps et suis allée directement consulter la bibliographie de l’auteure, en espérant pouvoir me plonger dans l’un de ses autres ouvrages sous peu… Mais avant, il faudra se laisser le temps de digérer celui-ci. Ouf !

En bref, une lecture marquante, dérangeante, prenante. Impossible de rester insensible à ce récit qui m’aura prise aux tripes, fait frémir autant qu’il m’aura ému. À lire !


On en redemande !

Chasseurs de livres, Jennifer Chambliss Bertmann

Traduit par Magali Duez

L’histoire : Un livre caché. Un message codé. La chasse peut commencer. Émily est une passionnée de la Chasse aux livres, un jeu créé par son idole, le célèbre éditeur californien Garrison Griswold. Il s’agit de décrypter des messages codés pour trouver l’emplacement de livres cachés ! Mais lorsqu’elle emménage avec ses parents à San Francisco, patrie de la Chasse aux livres, elle est choquée d’apprendre que M. Griswold a été agressé alors même qu’il allait lancer une nouvelle quête livresque d’une ampleur inédite. À elle et à ses amis de jouer !

Mon avis : Et j’inaugure ma première lecture du nouveau label R Jeunesse ! Il faut dire que ce petit Chasseurs de livres avait de quoi m’intriguer : j’adore ces livres qui parlent… De livres 🙂 Je n’ai donc pas tergiversé longtemps avant de me décider à tenter ma chance : l’appel fut trop fort !
Nous rencontrons Emily, jeune fille passionnée de littérature… Et de mystères : grande amatrice du fabuleux jeu Book Scravenger, qui consiste à cacher/trouver des livres en résolvant diverses énigmes, elle vient juste d’atterrir à San Francisco. Les déménagements, d’ailleurs, ça la connait : ses parents se sont mis en tête d’habiter dans les cinquante États que compte le pays. Une vie difficile à assumer pour notre jeune héroïne, et loin d’être évidente pour qui veut se faire des amis ! C’est donc sans trop de conviction qu’Emily emménage dans sa nouvelle demeure : peut-être y resteront-ils un an, tout au plus… Mais un an, c’est déjà ça : car la ville se trouve être le chef-lieu de son idole, le merveilleux Garrison Griswold, créateur de Book Scavenger… Qui s’apprête, d’ailleurs, à lancer un nouveau jeu. Malheureusement, un accident le plonge dans le coma, retardant ainsi pour une durée indéterminée le lancement tant attendu. Alors qu’Emily se retrouve par hasard sur le lieu du drame, elle trouve un livre. Un livre caché, derrière une poubelle. Quelqu’un l’a-t-il mis là intentionnellement  ? Ou s’agit-il de quelque chose de plus mystérieux encore… ? Commence pour elle la plus grande enquête qu’elle ait eu à mener…
Je n’irai pas par quatre chemins : j’ai beaucoup, BEAUCOUP aimé. Oui oui oui ! Ce petit roman ne payait pas de mine, et je me demandais sincèrement ce que ça allait donner : j’avais même un peu peur, peur de m’ennuyer, de ne pas m’en sortir. Et finalement… Que nenni ! J’y ai trouvé une aventure rythmée et passionnante, portée par une héroïne ma foi fort attachante : impossible de ne pas se retrouver dans cette jeune fille un peu perdue, mais oh combien touchante ! Et puis… Comment ne pas trouver un écho à notre propre passion dans l’amour qu’elle porte aux livres ? Bref, j’ai adoré.
L’intrigue commence doucement, et pour ne rien vous spoiler je resterai volontairement vague : notre petite Emily trouve donc ce fameux livre et, convaincue de tenir là le nouveau jeu de Garrison Griswold, va se lancer à corps perdu dans la résolution de l’énigme qui doit s’y trouver cachée. S’y lancer… Mais pas seule : car la première surprise de ce déménagement, c’est son nouveau voisin, James… Garçon aussi excentrique que malin, il va se révéler être d’une compagnie de choix pour ce mystère délicat. Autant vous dire que le binôme fonctionne parfaitement ! J’ai retrouvé à travers nos deux héros la fraicheur d’une enfance pas tout à fait enfuie, et cette capacité qu’ont les plus jeunes à se lier d’une amitié sincère en quelques heures à peine. Nos deux compères se prennent donc rapidement au jeu, et nous avec : le récit se dévore en quelques heures, que nous passons le sourire aux lèvres et l’adrénaline au corps. Car, le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne manque pas de rythme ! Les péripéties s’enchainent sans crier gare, et la fin arrive sans qu’on l’ai vue venir : j’avoue que j’en aurais bien lu davantage 🙂 Fort heureusement, je crois que ce volume n’est que le premier d’une longue série : je ne suis pour ma part pas prête de décrocher de ce merveilleux jeu auquel je m’adonnerais moi-même bien !
Vous l’aurez donc compris : je suis tombée sous le charme de ce roman jeunesse, qui séduira les plus jeunes pour son abord facile, son côté très rythmé, ses personnages facilement identifiable et son intrigue séduisante… Mais aussi les plus grands, qui se laisseront facilement prendre au jeu de cette enquête trépidante. Mes doutes n’avaient donc pas lieu d’être : on en redemande !

En bref, un premier tome tout à fait convaincant pour une série jeunesse qui démarre fort ! Les petits lecteurs amateurs d’énigmes y trouveront leur compte : Chasseurs de livres nous fait assurément passer un bon moment !


On en redemande !