Glass Sword, Victoria Aveyard (Red Queen #2)

Traduit par Alice Delarbre

L’histoire : Mare Barrow a le sang rouge, comme la plupart des habitants de Norta. Mais comme les seigneurs de Norta, qui se distinguent par leur sang couleur de l’argent, elle possède un pouvoir extraordinaire, celui de contrôler la foudre et l’électricité. Pour les dirigeants de Norta, elle est une anomalie, une aberration. Une dangereuse machine de guerre.
Alors qu’elle fuit la famille royale et Maven, le prince qui l’a trahie, Mare fait une découverte qui change la donne : elle n’est pas seule. D’autres Rouges, comme elle, cachent l’étendue de leurs pouvoirs. Traquée par Maven, Mare fait face à sa nouvelle mission : recruter une armée, rouge et argent. Aussi rouge que l’aube, plus rapide qu’un éclair d argent. Capable de renverser ceux qui les oppriment depuis toujours.
Mais le pouvoir est un jeu dangereux, et Mare en connaît déjà le prix.

Mon avis : Que je l’attendais, celui-ci ! Ayant lu le premier tome lors de sa sortie poche, je n’avais eu de cesse, depuis, d’appeler de tous mes vœux le deuxième, résistant tant bien que mal au grand format. Vous vous en souviendrez peut-être, j’avais effectivement eu un GROS coup de cœur pour Red Queen, le trouvant à la fois original et hyper prenant, et doté -qui plus est- de personnages fort bien construits. Se terminant sur un bon gros cliffhanger, il nous promettait une suite à la hauteur, voire davantage…
Glass Sword reprend ainsi où son prédécesseur s’était arrêté (on surligne, pour ceux l’ayant lu !) : Après son intégration à la famille royale pour avoir manifesté des pouvoirs dignes d’une princesse Argent tout en étant une simple Rouge, Mare avait finalement été trahie par Maven, son promis, devenant aux yeux de tous une paria… Tout comme Cal, lui aussi manipulé et trahi de la pire des façons. Ayant rejoint la Résistance, charge à eux de s’y faire une place… Mais comment y arriver, quand nul ne vous fait confiance, quand nul ne vous est semblable ? Pourtant, une information cruciale pourrait bien changer la donne : Mare n’est pas seule. Et si elle est courant de l’existence de ces autres mutants, Maven l’est aussi. Prendre le nouveau roi de vitesse est désormais une question de survie…
BON. Alors, je suis désolée, mais je ne vais pas être très tendre… Quand bien même ma lecture fut agréable. Agréable, oui. Agréable, quand je m’attendais à ce qu’elle soit… Je ne sais pas, EXPLOSIVE ! Incendiaire ! Incroyable, en un mot ! En vérité, j’ai trouvé ce deuxième opus en deçà du premier : oui, il se lit plutôt bien. Oui, Victoria Aveyard continue de nous passionner. Mais… C’est loooong ! C’est lent !!!! C’est que l’on arrive dans une partie cruciale du récit : Mare et Cal se lancent à la recherche des autres mutants, tout en luttant de toutes leurs forces pour devancer Maven. C’est une véritable course contre la montre, où le prix à gagner est une vie sauve… Et un potentiel soutien de plus dans un combat qu’ils sont loin d’avoir gagné. Autant dire qu’il y a de l’enjeu dans ce deuxième opus, et je ne vous parle pas des relations entre les personnages qui se complexifient énormément de par les évènements éprouvants du tome précédent De l’enjeu, donc. De la tension. Et pourtant… Pourtant, rien, ou presque : je m’imaginais déjà lire avec avidité, il n’en fut rien. Pire, je me suis parfois ennuyée, ne lisant que d’un œil fatigué. Oh, oui ! J’ai bien veillé pour terminer ma lecture ! Mais c’était plus histoire de me mettre un coup de pied aux fesses pour en finir qu’autre chose : j’en avais marre, marre de trainer ce deuxième tome tel un boulet, de n’y trouver de l’intérêt que par intermittence. Oui, oui je suis dure, j’avoue. Parce qu’au fond, j’étais contente de les retrouver, nos zigotos. J’étais contente de les suivre, une nouvelle fois. Mais je m’attendais à bien, bien plus, et surtout pas à ces moments où l’on a simplement l’impression qu’ils… Tournent en rond. Même la fin, qui sonne de nouveau comme LE cliffhanger qui tue, n’a pas réussi à me surprendre : on la voit venir depuis le début, ou presque. Le flop.
Côté personnages… Mare m’a clairement pris la tête. Oui, celle qui m’avait tant touchée précédemment m’a lassée, avec ses geignements et sa tête de lard. Évidemment, ce qu’elle vient de vivre est extrêmement traumatisant. Mais… Je ne sais pas, c’est une caractéristique commune à toutes les héroïnes un peu badass de passer par la phase « Je suis seule au monde, personne ne m’aime » ?! Une fois, deux fois, admettons. Mais en le répétant à longueur de temps, ça commence à devenir un peu… Oppressant, vous voyez ce que je veux dire ? Que j’aurais aimé que l’auteure s’appesantisse plus sur Cal, ou Shade, ou… Tous les autres, en fait ! Il y a tellement de personnages intéressants qui font leur entrée, que j’ai vécu leur mise de côté comme un crime de lèse majesté. J’ai été frustrée, oui, et à plus d’un titre. Cette lecture fut frustrante, VOILÀ.
Vous l’aurez compris, j’ai été un poil déçue. Déçue, et pourtant je ne peux m’empêcher de me demander ce que donnera le troisième opus, prévu pour dans une dizaine de jours. Malgré le goût doux-amer de celui-ci, j’aurai donc bien du mal à ne pas me jeter sur la suite, histoire de voir… Et bien, si Mare aura repris ses esprits. Espérons que oui, car cette série reste vraiment prometteuse !

En bref, une lecture en demi-teinte avec ce deuxième tome qui n’aura pas été, à mon goût, à la hauteur du premier. Espérons que la suite fera mieux !

Les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye

Couverture par Marc Simonetti

L’histoire : « J’avais seize ans quand j’ai quitté la steppe. Mais je ne vais pas vous narrer mon histoire. Je ne vais pas non plus vous relater les exploits de grands seigneurs, de sages conseillers, de splendides princesses et de nobles chevaliers. Je croyais, quand j’étais jeune, que c’était dans ce bois qu’on taillait les héros. Je me trompais. Je vais vous narrer les hauts faits de Sainte-Étoile, l’escrimeur errant au passé trouble, persuadé de porter un monstre dans son crâne. De Maëve la morguenne, la sorcière des ports des Havres, qui voulait libérer les océans. De Wenceslas le clerc de notaire, condamné à l’enfer des mines, et qui dans les ténèbres trouva un nouvelle voie… Et de tant d’autres encore, de ceux dont le monde n’attendait rien, et qui pourtant y laissèrent leur empreinte. Leur légende. Et le vent emportera mes mots sur la steppe. Le vent, au-delà, les murmurera dans Bohen. Avec un peu de chance, le monde se souviendra. »

Mon avis : … Je crois que je pourrais me contenter de faire un article blanc, avec un immense COUP DE CŒUR en plein milieu, histoire que vous compreniez bien l’effet que ce livre a eu sur moi. Mais, outre le fait que ce ne serait plutôt pas pro, j’ai BESOIN de vous en parler. BESOIN de vous dire pourquoi ce livre m’a chamboulée, BESOIN de vous dire à quel point il faut que vous le lisiez. BESOIN, surtout, de vous dire que je ne remercierai jamais assez Book en Stock et les édition Critic pour m’avoir permis de découvrir cette pépite à laquelle je ne m’attendais absolument pas. BESOIN de remercier Estelle Faye, pour nous offrir un récit aussi riche qu’enivrant. Tout ça, et plus encore…
Très honnêtement, je ne sais pas si je dois me lancer dans l’exercice ardu du résumé, d’autant que l’intrigue de ce petit pavé ne saurait contenir en quelques lignes succinctes. Estelle Faye nous offre une plongée en Bohen, une Terre faite de guerres et de conflits, d’intrigues politiques et de magie ancestrale. Aujourd’hui gouvernée par des Hommes ayant interdit la pratique de cet art païen, elle était jadis aux mains des Wurms, créatures difformes ayant apprivoisé les Dracs. Chassés par ceux-là mêmes qu’ils avaient réduis en esclavage, ils ont laissé une empreinte indélébile sur Bohen, une cicatrice purulente à l’odeur nauséabonde. C’est dans cet univers que nous rencontrons une multitude de personnages : Estelle Faye nous offre en effet un roman choral, bien que la narration soit effectué par un personnage bien précis. Personnages, donc, éparpillés aux quatre coins de l’Empire et n’ayant, vraisemblablement rien à voir les uns avec les autres. Pourtant, tous ou presque finiront par poursuivre un même but : faire de Bohen un autre monde, et rétablir une vérité depuis longtemps oubliée…
… Ce roman est ÉPOUSTOUFLANT. Et je pèse mes mots. Vous le savez, j’ai lu tout récemment Porcelaine, d’Estelle Faye également. Un conte d’inspiration asiatique qui m’avait beaucoup, beaucoup plu. Mais que dire, dans ce cas, de celui-ci ? Après une semaine où je me suis plongée à chacun de mes temps libres dans ce récit mené d’une main de maitre, je ne sais plus trouver mes mots : l’auteure m’a coupé la parole, laissée orpheline. Son intrigue m’a captivée, ensorcelée, hypnotisée : rares sont les romans de fantasy à être aussi aboutis, aussi merveilleusement menés. L’auteure ne laisse rien au hasard, et tisse avec intelligence et habileté une toile qui nous laisse abasourdis. Les détails sont pensés, pesés, toujours avec une justesse millimétrée. Séduite dès les premières lignes, j’ai été tout à la fois ravie et admirative de voir avec quelle maestria Estelle Faye réunissait finalement tous les pans de son intrigue pour nous servir sur un plateau un roman complet, complexe et… Émotionnellement surpuissant, puisqu’il faudra bien y venir : j’ai lu les cinquante dernières pages en pleurant à chaudes larmes, quasiment incapable de distinguer les mots filtrant à travers mon regard brouillé. Tout cela pour une simple et bonne raison : l’auteure nous livre des portraits d’hommes et de femmes extrêmement crédibles et attachants, et ne les ménage pas… C’est même le moins que l’on puisse dire. Ne vous y trompez pas ! Nous sommes bel et bien dans un roman de dark fantasy : tous, je dis bien tous, ont leur part d’ombres et de lumière, tous sont loin d’être des modèles de sainteté. Mais tous sont croqués avec une justesse incroyable, rendant leur portrait d’une vitalité vibrante. Je me suis attachée à chacun d’entre eux, de Sorenz à Sainte-Étoile, de Maëve à Sigalit, de Janosh à Wens en passant par Lantane… Et tous les autres, tous ces autres qui, à un moment ou à un autre, pénètrent avec force dans ce roman, y ajoutant toujours un peu plus d’émotions, un peu plus d’humanité. Estelle Faye crée des personnages forts, loin de tout manichéisme et, surtout, loin de tout clichés : fonctionnant essentiellement en duos, ils m’ont tous émue par la pureté de leurs sentiments, la justesse de leurs réactions. J’avoue avoir été surprise du chemin qu’empruntait l’auteure quant à ces duos, celui-ci étant rarement abordé en fantasy (du moins, dans le romans que j’ai pu lire jusqu’à présent…), mais je n’ai tout simplement rien à y redire : ce vent de fraicheur m’a fait un bien fou, et j’ai trouvé cela… Beau, tout simplement. Toutes ces rencontres un peu dues au hasard, ces sentiments à l’œuvre, ces relations aussi improbables que touchantes… Oui, j’ai été subjuguée. Subjuguée, aussi, parce qu’Estelle Faye crée des personnages terriblement réels : non, leurs décisions ne sont pas toujours sages, censées. Non, ils ne sont pas parfaits. Non, ils ne rentrent pas dans le moule que l’on trouve habituellement dans le genre, ce personnage emblématique qui ne fait jamais, JAMAIS le moindre faux pas. Des faux pas, ils en font. Beaucoup. Et prennent des chemins auxquels nous n’aurions pas songé un instant : Maeve, par exemple, m’a assise, je ne pourrais dire mieux. Me serais-je attendue à cela ? JAMAIS. JA-MAIS.
Une fois encore, j’ai l’impression de vous offrir une chronique terriblement décousue, qui veut tout et rien dire à la fois. Mais, comprenez-moi : je tiens là, sans hésitation, ma plus belle lecture de ce premier trimestre. En lice pour l’année, et très bien placée, m’est avis. Et pourtant, j’en ai eu, des coups de cœur ! Mais, force est de le dire, rien d’aussi… D’aussi parfait. Mon cœur en souffre encore, mes yeux sont toujours humides, et mes mains se trainent misérablement vers mon roman laissé là, sur le canapé, comme posé un instant pour être repris dans quelques secondes. Je suis tombée amoureuse d’un livre, oui, de ses personnages, surtout, de son intrigue, aussi. Je suis tombée amoureuse d’une plume pleine de poésie, et la rupture est cruelle. Je suis tombée amoureuse des Seigneurs de Bohen, de ce livre que je mettrais volontiers dans les mains de tout le monde, si je n’avais envie de le garder encore un instant pour moi. De ce livre dont j’attendais beaucoup, et qui m’a apporté plus encore. Alors oui, Estelle, merci, merci, merci. ❤️

En bref, COUP DE CŒUR pour ce roman à la fois puissant, merveilleux, et magnifiquement conté. A mettre dans toutes les mains, sans hésitation aucune !


Coup de cœur !

Retrouvez tous les articles sur Le mois d’Estelle Faye chez Book en Stock ❤️

Porcelaine, Estelle Faye

Couverture par Letizia Goffi

L’histoire : Chine, vers l’an 200. Xiao Chen est un comédien errant, jeté sur les routes par un dieu vengeur. Un masque à forme humaine dissimule son faciès de tigre, tandis que son cœur est de porcelaine fêlée. Son voyage va durer plus de mille ans.
Au cours de son périple, il rencontrera Li Mei, une jeune tisseuse, la Belle qui verra en lui plus qu’une Bête. Celle qui, sans doute, saura lui rendre son cœur de chair. Cependant Brume de Rivière, fille-fée jalouse et manipulatrice, intrigue dans l’ombre contre leur bonheur.
Pendant presque quinze siècles, rivalités et amour s’entrecroisent, tissant une histoire de passion, de tendresse et de sacrifice, sur fond de magie et de théâtre.

Mon avis : … Franchement, je suis bien incapable de vous dire grâce à qui ce petit roman est entré dans ma PAL. Grâce à l’un d’entre vous sans aucun doute, qui a lu ce conte merveilleux et en a parlé de telle façon que je n’ai pu y résister en le croisant en rayon. Et je regrette, oh ! que je regrette de ne pas avoir noté dans un coin à qui je devais ce craquage… Parce que cette lecture, mes petits, cette lecture… Je m’en souviendrai longtemps, longtemps, longtemps. Estelle Faye m’a charmée, hypnotisée, envoûtée. J’ai savouré le moindre mot, la moindre ligne, la moindre page. Je l’ai fait durer, durer, pour ne pas la voir se terminer. Et, finalement…
Porcelaine raconte l’histoire de Xiao Chen, jeune garçon fils d’un célèbre potier, vivant dans un village reculé d’un territoire que l’on appellera, bien des années plus tard, Chine. Maudit par un dieu moribond, il sera banni de son village, contraint de rejoindre une compagnie de théâtre… Au cœur de laquelle son nouveau faciès fera sensation : affublé d’une tête de tigre, c’est sur les planches qu’il trouvera son salut…
Voilà un résumé fort abscons, j’en conviens volontiers. Le fait est que le récit est court, et recèle mille surprises. En dévoiler une de trop, et c’est la magie qui s’envole… Et en matière de magie, Estelle Faye sait y faire : en prenant des allures de conte oriental, son récit nous envoûte dès les premières lignes : l’atmosphère y est très particulière, d’une poésie certaine, nous plongeant dans une torpeur hypnotique, les mots s’élevant devant nos yeux sans obstacle pour leur faire barrage. Choisis avec soin, pesés, mesurés, ils ont rapidement eu raison de moi : je suis simplement tombée amoureuse de la plume d’Estelle Faye. De cette façon subtile de faire naitre dans nos esprits les paysages les plus vivants, de dresser en quelques mots le portrait de personnages terriblement vivants. Si la narration impose une certaine distance avec ces derniers (bien que le rôle d’un lecteur soit essentiellement passif, j’ai trouvé que ma lecture était bien plus contemplative que d’ordinaire), je n’en ai pas moins été particulièrement touchée par leur sort : de Xiao Chen à Li Mei, en passant par Brume… La galerie est restreinte, due à l’étendue de la narration (l’action s’étale sur plusieurs centaines d’années), mais cela n’importe que peu : Estelle Faye soigne ses personnages, les rend plus humains que jamais en leur prêtant des sentiments complexes, évoluant au fil du temps et des épreuves. Comment, dès lors, ne pas avoir envie de continuer notre lecture pour connaitre le fin mot de l’histoire ? Entre conte ancestral, récit merveilleux, roman d’amour, vendetta désespérée et hommage au monde du spectacle, Porcelaine se trouve à la croisée des genres… Et cela marche, parfaitement : on s’y plonge avec délectation, trouvant le retour à la réalité bien trop rude.
J’écris sur le vif, ce qui explique peut-être la rapidité de cette chronique : les émotions suscitées par cette lecture tourbillonnent encore en moi, et j’avoue avoir du mal à en démêler l’écheveau. Pour une première lecture de l’auteure, avouons que cela est un succès : je ne m’attendais pas à être tant bouleversée. Ne me reste dès lors qu’à digérer ce récit fantastique, et peut-être, pourquoi pas ? Le reprendre dans quelques temps, pour retrouver cette atmosphère inoubliable, qui me fait désormais rêver de cette Chine ancestrale oh combien mystérieuse…

En bref, une lecture magique. Le conte n’est certes pas le genre que j’affectionne le plus, mais Estelle Faye a réussi le joli coup de me faire abaisser toutes mes barrières en nous offrant une récit merveilleusement bien écrit, peuplé de personnages extrêmement touchants, abordant des thèmes aussi multiples qu’indémodables… Et lui insufflant une foule d’émotions surpuissantes. A lire !


On en redemande !

 

The Curse #1, Marie Rutkoski

Traduit par Mathilde Montier

L’histoire : Fille du plus célèbre général d’un empire conquérant, Kestrel n’a que deux choix devant elle : s’enrôler dans l’armée ou se marier. Mais à dix-sept ans à peine, elle n’est pas prête à se fermer ainsi tous les horizons. Un jour, au marché, elle cède à une impulsion et acquiert pour une petite fortune un esclave rebelle à qui elle espère éviter la mort. Bientôt, toute la ville ne parle plus que de son coup de folie. Kestrel vient de succomber à la  » malédiction du vainqueur  » : celui qui remporte une enchère achète forcément pour un prix trop élevé l’objet de sa convoitise. Elle ignore encore qu’elle est loin, bien loin, d’avoir fini de payer son geste. Joueuse hors pair, stratège confirmée, elle a la réputation de toujours savoir quand on lui ment. Elle croit donc deviner une partie du passé tourmenté de l’esclave, Arin, et comprend qu’il n’est pas qui il paraît… Mais ce qu’elle soupçonne n’est qu’une infime partie de la vérité, une vérité qui pourrait bien lui coûter la vie, à elle et à tout son entourage.

Mon avis : Me ferais-je un petit marathon Lumen, en ce moment ? Il faut croire que oui ! Il faut dire que cette nouvelle série me rendait particulièrement curieuse : il y avait un petit je ne sais quoi qui me gênait dans le résumé, sans que je parvienne à déterminer si ce premier tome serait un coup de foudre ou un petit flop. Je m’y suis donc lancée avec un intérêt certain, pas sûre de ce que j’allais y trouver mais globalement plutôt confiante… Et j’ai bien fait : si mon rythme de lecture équivaut, en ce moment, à celui d’un escargot faisant un sprint, j’ai beaucoup, BEAUCOUP aimé ma lecture. Et je vous dis pourquoi !
Kestrel a dix-sept ans. Dans trois ans, elle devra faire un choix crucial : se marier, ou accepter de s’enrôler dans l’armée. Pour tous, il ne fait aucun doute que la fille du plus célèbre général du pays choisira la seconde option… Pour la jeune fille, pourtant, rien n’est joué : décider revient à choisir entre Charybde et Scylla, et elle n’y est pas prête. En attendant, elle flâne donc de réceptions en réceptions, profitant de l’aura de puissance qui l’entoure depuis sa naissance. Réputée comme étant une joueuse hors pair, elle laisse rarement filtrer ses émotions et se plait à maitriser les cartes comme les hommes… Ce pourquoi tout le monde parait si surpris, elle en tête, lorsqu’elle cède à une étrange impulsion et acquiert un jeune homme à prix d’or lors d’un marché au esclaves. Mais une question l’obsède plus que tout : qui est ce Forgeron au regard étrangement magnétique ? Qu’il fasse partie des Herannis, l’ancien peuple souverain du territoire conquis par le père de Kestrel, ne fait pas tout : la jeune fille en est convaincue, il cache quelque chose… Et elle sera celle qui découvrira quoi.
Et bien… BIEN ! Je vous le disais, j’ai beaucoup aimé. Si je ne savais pas à quoi m’attendre avec ce résumé… Déroutant, j’ai rapidement mis mes questions et doutes de côté pour profiter pleinement de ma lecture : là où les cent premières pages se contentent essentiellement de mettre en place l’intrigue en réunissant les deux personnages principaux, la suite n’est que rebondissements et retournements de situation . Autant vous dire que je me suis retrouvée bon nombre de fois bien embêtée de ne pouvoir continuer ma lecture ! J’en ai d’ailleurs lu le dernier quart d’une traite, les événements se précipitant inéluctablement. La fin, quant à elle… Brrr ! Espérons que l’éditeur ne nous fera pas trop languir, les deux tomes suivants étant déjà parus dans leur langue d’origine ‘_’
Côté personnages, j’ai beaucoup aimé Forgeron . Évidemment, ai-je envie de dire, et pourtant… Ce n’était pas forcément gagné : il y a pas mal de concurrence dans le rang des book boyfriend potentiels 🙂 Mais force est de dire que ce garçon est sacrément touchant : on en apprend finalement assez peu sur lui (durant la majeur partie du roman, du moins… Même s’il lui reste un sacré paquet de parts d’ombres), mais le peu que l’on entrevoit suffit à nous émouvoir : sans tomber dans le pathos, Marie Rutkoski crée au contraire un personnage tout à fait crédible, avec ses forces et ses faiblesses. Kestrel, quant à elle, m’a quelque peu énervée au début, son comportement n’étant pas sans rappeler celui des jeunes aristocrates par trop convaincues de l’immuabilité de leur confort. Pourtant… Je sentais bien que je ne tenais pas là la véritable Kestrel. Et… Bingo : plus l’intrigue avance, plus l’on découvre une jeune femme sensible, piégée dans un monde dont elle n’accepte ni les règles, ni les codes. Son franc-parler m’a plu, et tout dans ce premier tome laisse présager une héroïne encore plus forte dans le suivant. Autant vous dire… Qu’il me tarde !
Côté univers, l’auteure reste relativement sobre : peu de descriptions, peu d’enjolivements. L’atmosphère n’est pas sans rappeler la Rome Antique, voire les contes orientaux, mais les détails ne nous permettent pas de nous faire une idée beaucoup plus précise… Et j’ai trouvé cela un peu dommage : clairement, Marie Rutkoski a voulu ici écrire une romance, et prend seulement pour cadre une fantasy peu étoffée. Si le point principal de son roman est très bien rendu (ouiiii, j’ai soupiré après nos deux héros, ÉVIDEMMENT), j’avoue que cela m’a parfois manqué de ne pas en savoir plus sur le passé des Herranis/Valoriens, sur les us et coutumes des uns et des autres, sur la topographie des lieux, même. Je ne perds toutefois pas espoir : qui sait ce que l’auteure nous réserve par la suite ?
L’intrigue, enfin, m’a rapidement emportée : la question de l’identité de Forgeron prévaut sur une bonne partie du récit, et même si l’on devine rapidement qu’il est bien davantage que ce qu’il parait… On ne s’ennuie pas un instant. D’une, parce que l’auteure oublie toute mièvrerie pour travailler son début de romance, et qu’il n’en est que plus crédible. De deux, parce qu’elle mêle politique et jeux de dupes à tout cela, et que l’on ne peut résister à ce tourbillon effréné. Jusqu’où va-t-elle les mener ? On trépigne d’impatience de le savoir…
Vous l’aurez compris, j’ai passé un sacré bon moment avec ce premier tome, qui s’est révélé être prenant à souhait et tout bonnement drôlement bien fichu : il a d’ailleurs réussi le pari compliqué de me faire oublier (ou presque) le cinquième tome de Gardiens des Cités perdues ! Si vous cherchez une romance avec un brin d’exotisme, mêlée d’intrigues politiques et de jeux de pouvoir, n’allez pas donc plus loin : vous avez trouvé le livre qu’il vous faut !

En bref, ce premier tome m’a totalement convaincue, ou presque : mis à part un background assez peu creusé à mon goût, l’intrigue m’a passionnée, les personnages principaux m’ont touchée… Bref, j’ai passé un excellent moment avec cette romance mâtinée de fantasy, et je ne demande qu’une chose… La suite, évidemment !


On en redemande !!

Projet Polaris, Shannon Messenger (Gardiens des Cités Perdues #5)

Traduit par Mathilde Tamae-Bouhon

Couverture par Jason Chan

L’histoire : Après un passage mouvementé par Exillium, l’école réservée aux bannis, Sophie et ses amis sont de retour à l’académie Foxfire, où la jeune Télépathe n’est pas la seule, cette fois, à bénéficier de la protection d’un garde du corps. Car certains masques sont tombés : les nouveaux membres du Cygne Noir, ainsi que leurs familles, sont plus que jamais en danger… D’autant que les Invisibles, ces rebelles qui menacent les Cités perdues, multiplient les attaques. Tandis que la tension monte avec les ogres, forçant les elfes à accepter des changements drastiques de leurs modes de vie, notre petite troupe tente d’en découvrir plus sur le plan de l’ennemi. Sophie ne dispose pourtant que de maigres indices…

Mon avis : … C’est fou. C’est fou, parce qu’à chaque fois que j’ouvre un nouveau tome de Gardiens des Cités Perdues, je me dis « Ok, cette fois-ci elle ne peut pas faire mieux ». Et à chaque fois que je lis la suite… Et bien si, elle peut le faire. Et cette fois-ci, Shannon Messenger ne se contente pas de faire mieux : elle s’est tout simplement surpassée. Chaque tome fut pour moi une révélation : je tenais enfin là une série jeunesse à même de me faire vivre les mêmes émotions que j’avais ressenti à la lecture d’Harry Potter Et avec celui-ci, c’est le coup de foudre : plus l’on avance dans l’intrigue, et plus Shannon Messenger peaufine ses détails. Plus elle soigne ses personnages, plus ceux-ci font partie intégrante de nous-mêmes : Sophie, bien sûr, mais également Fitz, Keefe, Dex, Diana, Tam, Linh, Sandor, Edaline, Grady… Et j’en passe, tellement, tellement. Ils sont si… Vivants, humains, attachants ! Je deviens un peu plus orpheline à chaque fois que je suis contrainte de les quitter, et je donnerais tout pour avoir la suite de leurs aventures sous la main… Et ce, d’autant plus quand arrive la fin, et la manie proprement horrible de l’auteure de finir ses tomes de la pire manière qu’il soit.
Oui, j’avais quitté le quatrième tome en larmes. Je ne vous ferai pas de résumé, pour ne pas spoiler ceux d’entre vous n’ayant pas encore eu l’occasion de découvrir cette petite pépite de série, mais nous reprenons là où nous terminions l’opus précédent : des bouleversements de taille s’étaient produits, et les chocs multiples avaient été longs à absorber. Nous découvrions plus avant les projets du Cygne Noir et des mystérieux Invisibles, tout en en apprenant davantage sur Sophie et son étrange génétique. Nous rencontrions de nouveaux héros, qui ne tardaient pas à nous frapper en plein cœur. Bref, une nouvelle fois, nous vivions véritablement notre lecture. Et à l’aube de ce cinquième tome… Toutes les émotions qui nous avaient précédemment submergés reviennent en force : l’étau se resserre, et avec lui le nœud qui oppresse notre gorge. Nous retrouvons avec joie nos héros, mais ne pouvons nous empêcher de nous demander… Que va-t-il leur arriver, cette fois-ci ? Va-t-on avoir les réponses à nos questions ? Le début du roman, d’ailleurs, est fort intrigant : en faisant référence à une scène ultérieure, je n’ai pu m’empêcher d’imaginer que l’auteure souhaitait là nous montrer, peut-être, l’un des pouvoirs encore non éveillés de Sophie. Car, de quoi s’agit-il ? D’un rêve prémonitoire de notre héroïne, ou d’un simple passage rapporté par un narrateur omniscient, qui n’existe pourtant pas dans le reste du roman ? Mon intérêt s’est donc éveillé de suite, comme je m’y attendais… Pour ne plus s’éteindre : malgré la taille du bébé, Shannon Messenger mène son intrigue tambour battant et ne nous laisse aucun répit : on aurait envie de le dévorer d’une traite, quitte à y passer la journée. J’en ai d’ailleurs lu une bonne moitié d’affilée, me mettant carrément en retard pour le boulot : impossible de le lâcher et, de fait, de voir le temps défiler à la vitesse de l’éclair. Qu’à cela ne tienne : je l’ai repris le soir même, terminant la cinquantaine de pages restantes… Et me mettant derechef à pleurer, tant Shannon met d’ardeur à bouleverser tout ce que nous prenions pour acquis, à mettre un violent coup de pied dans la fourmilière. J’avais bien compris, avec le tome précédent, qu’aucun de nos personnages chouchous n’étaient désormais plus en sécurité. Mais… De là à imaginer cela… Bref.
C’est donc totalement absorbée que j’ai dévoré ces presque 700 pages, contenant bien mal la tempête d’émotions faisant rage à l’intérieur de mon crâne. Car, à ceux qui ne l’auraient pas encore compris, GdCP est loin, loin de n’être qu’une saga jeunesse : Shannon Messenger ne laisse aucunement place à la facilité, ni dans son intrigue, ni dans la construction de ses personnages, ni dans la mise en place de son univers. Bien au contraire, tout cela se complexifie à mesure que l’auteure nous plonge plus avant dans sa série. Oui, elle reste accessible à un public jeune, du moins les premiers tomes. Mais elle est également à même de plaire aux plus grands, tant elle est complète : je reste toujours impressionnée du degré de détails que l’auteure nous livre, même si j’aimerais bien entendu en connaitre plus : j’imagine volontiers des tomes deux fois plus épais 🙂 Si vous hésitiez, donc, par peur de vous frotter à quelque chose de trop simpliste, sachez que vos doutes n’ont pas lieu d’être : cette série est passionnante, simplement. Et ce cinquième tome surpasse tout, mes espoirs comme mes attentes. Je viens tout simplement de dévorer un concentré de bonheur, d’émotions, de tristesse, de violence, d’amour. Et je crois… Que je vais avoir beaucoup, beaucoup de mal à passer à autre chose.

En bref, COUP DE COEUR !!! Mais enfin… VOUS ATTENDEZ QUOI POUR VOUS LANCER ?!!


COUP DE CŒUR !

Sénéchal, Grégory Da Rosa – La gouaille d’un Jaworski, le sadisme d’un Katz !

Illustration de couverture réalisée par Lin Hsiang

L’histoire : Lysimaque, la Ville aux Fleurs, fière capitale du royaume de Méronne, est encerclée et menacée par une mystérieuse armée. Et pour le sénéchal Philippe Gardeval, ce n’est que le début des ennuis. Suite à l’empoisonnement d’un dignitaire de la cité, il découvre que l’ennemi est déjà infiltré au sein de la cour, dans leurs propres rangs ! Sous quels traits se cache le félon ? Parmi les puissants, les ambitieux et les adversaires politiques ne manquent pas ; le sénéchal devra alors faire preuve d’ingéniosité pour défendre la ville et sa vie dans ce contexte étouffant d’intrigues de palais.

Mon avis : Jouons un peu, voulez-vous ? Comme ça, à brûle pourpoint, à votre avis… L’ai-je aimé, ce petit ? L’ai-je lu d’une traite ou, au contraire, l’ai-je trainé durant un temps interminable ? L’ai-je trouvé excellent, ou ennuyeux au possible ? Alors, ALORS ? Ceux parmi vous me connaissant bien auront bien évidemment trouvé la réponse : en me rappelant inévitablement deux de mes auteurs favoris (aka Jean-Philippe Jaworski et Gabriel Katz, Bonjour Vous !), Grégory Da Rosa a simplement tapé dans le mille : j’ai A-D-O-R-É. Mieux, je l’ai fourré dans les mains de Chéri sitôt terminé, en lui intimant de l’emmener lors de son prochain service, afin qu’il lui tienne compagnie durant ses pauses. Parce que, ce qui fait la force de Sénéchal, c’est qu’il reste tout à fait accessible (à des lecteurs ne lisant pas forcément beaucoup, ou beaucoup de fantasy) tout en nous présentant à la fois une intrigue vraiment bien ficelée, un univers original, des personnages croqués à merveille et une plume… Une PLUME ! Et pourtant, au début, j’en ai eu peur, de cette plume. En plaçant son récit dans un cadre médiéval, Grégory Da Rosa a voulu y coller au mieux en adoptant un style volontairement suranné. Impossible de passer à côté ! Et, pendant les premiers instants de ma lecture, j’avoue avoir redouté qu’il en fasse trop. Que cela finisse par parasiter notre attention.
Force est de dire que… Non, absolument pas. Tout au contraire, même : passés les premiers instants d’adaptation, on se laisse totalement bercer par les mots de l’auteur, ceux-ci accompagnant à merveille un récit passionnant. Loin de forcer le trait, j’ai trouvé au contraire qu’il tombait tout à fait juste, créant une atmosphère particulièrement tangible, prégnante. Et oui ! Sénéchal fait bel et bien partie de ces livres qui auront su éclipser à mes yeux le monde extérieur, m’embarquer en quelques secondes à chaque fois que je me plongeais dans leurs pages. Et c’est fort, pour un premier roman ! Parce que, on peut franchement se le demander : si c’est aussi bon maintenant, qu’est-ce que ça donnera quand l’auteur aura eu l’occasion de peaufiner encore son talent ?
Parlons de l’histoire, donc. Le roman s’ouvre en fanfare : le Sénéchal Philippe Gardeval est réveillé abruptement par l’Architecte Rodenteux, ce dernier le sommant de se rendre au plus vite à la Cour… La ville étant assiégée. Par qui, qui, comment, pourquoi : la suite nous le dira. Mais nous plongeons dès lors, aux côtés de notre héros, dans un trou sans fond infesté de serpents : trahisons, complots, Grégory Da Rosa fait la part belle à la politique, tissant une toile d’araignée aux moult ramifications, d’une ampleur que l’on ne fait qu’imaginer. Très vite, l’on apprend qu’un traitre (et sans doute davantage) se terre dans les murs de la ville. Mais qui ? Le Sénéchal va devoir le découvrir… Sous peine de se retrouver, lui aussi, sur la liste des suspects. Et… Et c’est passionnant ! Force est de le dire, rien que les manigances politiques m’ont fascinée. On cherche nous aussi, on essaie d’y voir clair dans ce jeu de dupe, sans franc succès. J’ai aimé avancé aux côtés de nos personnages, frémir avec eux devant l’immensité de l’armée ennemie et redouter, moi aussi, ce piège dans lequel ils ne tarderont pas à tomber. Alors, que dire quand l’auteur intègre à son récit un élément fantastique ? Un vrai de vrai ? En développant une véritable mythologie tout autour ? Quelque chose de vraiment original, qui détonne VRAIMENT de ce que l’on trouve habituellement en fantasy ? Et bien, on dit… On dit… BRAVO ! Bravo, et merci ! Parce que son récit n’en devient que plus fascinant, que plus prenant. On se dit que, décidément, entre les personnages qui sont hyper bien croqués (j’ai évidemment beaucoup aimé Sénéchal et sa gouaille toute particulière, mais aussi Roufos, la princesse… Qui m’intrigue d’ailleurs beaucoup, BEAUCOUP), l’intrigue qui tient bien la route et le background bien plus travaillé que ce à quoi je m’attendais… Grégory Da Rosa a vraiment bien fait son boulot : j’ai trouvé Sénéchal tout bonnement EXCELLENT.
MAIS. Mais, car oui, il y a un mais. Et un mais de taille. Excellent, donc, MAIS… avec une fin qui m’a fait HURLER. Trépigner, rager. Taper des poings. J’ai bien failli envoyé valdinguer mon roman, tant ce monsieur a fait preuve de sadisme. CAR OUI, MESDAMES ET MESSIEURS. C’EST DU SADISME. PARFAITEMENT ! C’est du sadisme de faire une fin comme ça, sans crier gare, et sans avoir le deuxième tome sous la main. Parce qu’on LE VEUT, CE DEUXIÈME TOME. VOUS M’ENTENDEZ, MONSIEUR L’AUTEUR ? ON.LE.VEUT. ET VITE. (Et après, on dira que je suis autoritaire, voire un peu effrayante. Pfeu)
Allez, pardonnons. Pardonnons à ces auteurs impies qui n’ont pas une seule seconde de compassion pour leurs pauvres lecteurs. Pardonnons, et prions pour que ce cher Grégory Da Rosa ait du temps, suffisamment de temps pour nous offrir, vite, des nouvelles de nos héros. VITE. Donc.

En bref, un premier tome qui m’a beaucoup, beaucoup plu : l’auteur mène très, très bien sa barque, et nous offre un récit rythmé, prenant et doté d’une bonne dose d’originalité. Vite vite vite ! La suite !


Coup de cœur !

Les papillons géomètres, Christine Luce


Couverture par Melchior Ascaride

L’histoire : Eve a disparu il y a cinq ans, sans laisser ni corps ni trace.
Enfuie avec un amant, d’après la police londonienne, mais morte selon l’époux inconsolable. En dépit de sa défiance, ce dernier a fait appel à une médium ; contre toute attente, Mademoiselle LaFay possède un réel talent pour joindre l’au-delà et réunit chaque année le couple pour un jour de félicité… sauf cette fois-ci : Eve n’apparaît pas.
En ces temps de misère et de richesse insolente dans la société victorienne, la vie après la mort attise les espoirs des scientifiques. Mary-Gaëtane LaFay et son amie Maisy, deux femmes audacieuses, affrontent leurs frayeurs pour résoudre un mystère entre deux mondes crépusculaires. De l’autre côté, l’Enquêteur poursuit le même dessein. La frontière qui les sépare est plus ténue qu’ils ne l’imaginaient, ce qui les unit, infiniment supérieur. L’affaire Blake révélera une énigme de la taille des univers.

Mon avis : Et un petit Mouton pour bien démarrer le mois, un ! Comme beaucoup, je n’ai pas manqué de remarquer ce petit roman grâce à la belle campagne de communication dont il a bénéficié : annoncé comme LA nouvelle petite pépite de la maison d’édition, il a de suite éveillé mon intérêt. D’autant que la fantasy spirite n’est pas ce que je connais le mieux : mises à part deux-trois références, on pourrait même dire que je n’y entends goutte. C’est donc avec une curiosité non feinte que je m’y suis plongée, regrettant d’avance son format restreint…
Mary-Gaëtane est médium. Loin de servir boniments et fantaisies à quelques clients trop crédules, elle possède en réalité un véritable don… Qui lui permet de réunir, chaque année à la même date, un mari éploré et sa jeune épouse disparue sans crier gare. Mais cinq ans plus tard, à la date cruciale, Eve manque pour la première fois leur rendez-vous. Le veuf, éploré, s’enfuit… Commence alors pour Mary-Gaëtane et son amie Maisy une véritable enquête, qui les mènera bien plus loin qu’elles n’auraient osé l’imaginer…
Et bien ! Pour être prenant, il l’est, le bougre ! Si j’ai trainé durant les cent premières pages, ne trouvant pas le temps de m’y mettre sérieusement, j’ai dévoré la suite d’une traite, un matin avant de partir au boulot. Autant vous dire que ce n’était pas gagné, avec Malo qui me tirait par le pantalon pour que je lâche mon bouquin ! Mais, le fait est que l’auteure a une plume qui nous embarque et nous happe en très peu de temps : l’intrigue est aussi passionnante que l’atmosphère tangible, on s’y croirait vraiment. Tout débute donc avec ce bouleversement : alors que sa séance relève de l’habituel, Mary-Gaëtane, médium de son état, n’arrive pas à joindre Eve, disparue cinq ans plus tôt dans des circonstances mystérieuses. Face à la détresse de son client, notre héroïne va se mettre en devoir de retrouver la disparue, pouvant compter sur l’aide pour le moins… inhabituel : l’Enquêteur, ectoplasme de son état et doté d’un sens de l’à-propos tout à fait certain. Évidemment, vous vous en doutez, tout ceci n’est que le point de départ : Christine Luce nous offre en vérité une intrigue bien plus complexe, faites de mystères et d’interrogations : j’ai lu avec avidité, extrêmement curieuse de voir ou tout cela allait nous mener. Et je dois avouer que j’ai passé un excellent moment ! Je suis vraiment tombée amoureuse de la plume de l’auteure, qui a un style bien à elle : à la fois particulièrement poétique et tout à fait propice au ton pince-sans-rire qu’elle ne manque pas d’employer régulièrement… Autant vous dire que ce fut un régal de dévorer ces deux cents et quelques pages 🙂
Côté personnages, j’ai également apprécié la façon dont l’auteure dressait leur portrait : le roman reste certes trop court pour en dresser un état tout à fait complet, mais ils n’en sont pourtant pas moins crédibles, entre Mary-Gaëtane la décidée, l’intransigeante et pourtant si douce Maisy, le mystérieux Enquêteur et ce cher Monsieur de la Bretelle… J’ai bien eu un faible pour l’Enquêteur, que je vous le dise : c’est d’ailleurs en ce sens que je regrette un petit peu la fin, espérant toutefois que l’auteure n’en a pas terminé avec cet univers : plusieurs questions restent en effet sans réponse, ce qui fut quelque peu frustrant. Au delà de ça… Les papillons géomètres tient ses promesses : c’est un récit foisonnant, bien mené et parfaitement conté, qui a su me captiver en cette période troublée. Si vous souhaitez lire un récit qui ne cède pas à la facilité tout en étant d’une grande qualité, je ne saurais donc que vous conseiller une chose : foncer chez votre libraire… Voilà deux jours qu’il devrait s’y trouver !

En bref, de la fantasy spirite de haut vol, soutenu par un sens de l’intrigue certain et une plume aiguisée : moi, j’ai adoré ! Et vous ?


On en redemande !