Winter People, Jennifer McMahon

Traduit par Jean-Baptiste Bernet

L’histoire : « J’avais aussi compris qu’il valait mieux éviter de la contrarier. Tantine s’emportait vite et n’appréciait guère qu’on la contredise. Quand quelqu’un refusait de la payer, elle versait une poudre noire tirée d’une de ses bourses en cuir sur sa maison en marmonnant d’étranges incantations. – S’il te plaît, réponds-moi, Tantine. Est-ce qu’on peut faire revenir les morts ? Ai-je insisté en jetant une poignée de têtes-de-violon dans son panier. Elle m’a dévisagée longuement de ses petits yeux noirs, la tête penchée. – Oui, il y a bien un moyen. Les rares qui le connaissent le transmettent à leurs enfants. Et puisque tu es ce que j’ai de plus proche d’une fille, je te transmettrai le secret ». Et si l’amour était vraiment plus fort que la mort ? Et si l’on avait la possibilité de ramener de l’au-delà l’être qu’on aime le plus au monde ?

Mon avis : … Autant vous le dire de suite : ce roman m’a fichu une trouille de tous les diables. OK, il se peut que je sois un peu flippette. Pas avec les monstres, ni même avec les serial killers ou autre réjouissances de ce genre. Mais, dès lors que l’on touche aux revenants et aux présences dans les placards, là, vous perdez le Bouchon ci-présent. J’ai d’ailleurs été mendier du réconfort dans les bras du Chéri, qui a bien sûr trouvé rigolo d’enfoncer le clou. L’amour vache, avez-vous dit ?
Winter People fait partie de ces romans se déroulant sur différentes époques : de nos jours, à travers plusieurs personnes, et en 1904, en se concentrant essentiellement sur Sara, dont nous découvrons les souvenirs de jeunesse en même temps que sa vie actuelle. On comprend bien sûr très rapidement que les deux sont liés, et que le surnaturel y est à l’œuvre. Je nous dévoilerai volontairement pas grand chose sur l’intrigue, le roman étant relativement court… Et la surprise participant à l’ambiance pour le moins particulière du récit. Mais, une question demeure : si vous aviez l’occasion de faire revenir de l’au delà un être particulièrement cher… Le feriez-vous ? En dépit des conséquences ?
Bien que l’ayant commencé jeudi, ce n’est véritablement hier que je m’y suis plongée : j’ai lu les trois quarts restants d’une traite, terrée au fond de mon lit et maudissant quelque peu l’orgueil m’ayant poussée à vouloir le lire, quand bien même je savais pertinemment qu’il me mettrait profondément mal à l’aise. Il faut dire que l’auteure arrive avec brio à mettre en place une atmosphère extrêmement oppressante, pesant telle une chape de plomb sur nos épaules : à la fois mystérieuse et profondément glaçante, elle nous enserre dès le début du récit pour ne plus nous lâcher… Ou presque : si la fin est, elle aussi, duale, elle apporte un semblant de réconfort au lecteur éprouvé. Car, après tout, c’est bien d’amour dont il est ici question, et j’ai trouvé tout à fait intéressant la manière dont l’auteure avait réussi à coupler l’élément sentimental avec l’horreur  du sujet. En un sens, Winter People s’est révélé être d’une poésie certaine, les détails sanglants et morbides n’entachant pas le reste. Une lecture dérangeante, donc, mais poignante, surtout.
Et prenante, bien sûr : une fois véritablement plongée dedans, je n’ai pas su m’arrêter de lire, tant l’histoire me prenait aux tripes : on a envie d’avancer, de savoir, de comprendre. De comprendre, oui, quel est le lien entre Sara et les différentes femmes que l’on rencontre au fil du roman. Car la galerie de portraits est uniquement féminine, ou presque : on sent que les hommes n’ont pas vraiment leur place ici, perclus dans une rationalité par trop embarrassante. L’auteure a-t-elle voulu renouer avec la croyance populaire qui prône une plus grande sensibilité des femmes à l’élément surnaturel ? Possible, mais le principal n’est pas là : Jennifer McMahon nous livre avant toute chose des portraits de femmes très crédibles, certes peu développés de part la taille réduite du roman, mais auxquels on ne peut rester insensible. La détresse de Sara à laquelle fait écho celle de Katherine, les petites Fawn et Gertie, Ruthie… Certains m’ont glacée, d’autres envoûtée : la plume de l’auteure est d’une justesse incroyable et ne fait le moindre faux pas.
Si l’on ne peut pas parler de bon moment, tant elle m’aura collé la chaire de poule, cette lecture m’aura beaucoup, beaucoup marquée. Je n’ai d’ailleurs pas perdu de temps et suis allée directement consulter la bibliographie de l’auteure, en espérant pouvoir me plonger dans l’un de ses autres ouvrages sous peu… Mais avant, il faudra se laisser le temps de digérer celui-ci. Ouf !

En bref, une lecture marquante, dérangeante, prenante. Impossible de rester insensible à ce récit qui m’aura prise aux tripes, fait frémir autant qu’il m’aura ému. À lire !


On en redemande !

Quelques minutes après minuit, Patrick Ness – Ou comment apprendre à se retenir de pleurer.

Traduit par Bruno Krebs
Couverture réalisée par  Jim Kay

L’histoire : Depuis que sa mère est malade, Conor redoute la nuit et ses cauchemars. Quelques minutes après minuit, un monstre apparaît, qui apporte avec lui l’obscurité, le vent et les cris. C’est quelque chose de très ancien, et de sauvage. Le monstre vient chercher la vérité.

Mon avis : … Je crois que je tiens là mon premier coup de cœur de l’année, les amis. FRANCHEMENT. Je ne connaissais absolument pas la plume de Patrick Ness (ce n’est pas faute d’avoir certains de ses romans dans ma PAL, ceci dit), ni ses univers de prédilection, ni rien du tout. Et puis, j’ai vu la bande annonce de l’adaptation de ce petit roman. Et j’ai croisé sa superbe version illustrée. C’est comme si… Vous savez, comme si je le voyais ABSOLUMENT partout. Comme si la Terre entière avait décidé de comploter contre moi afin de me tenter plus que de raison. Fort heureusement pour moi, Noël ne fut pas sans me rapporter quelque pécule. J’ai donc sauté sur l’occasion et l’ai subrepticement glissé dans mon panier… Et m’y suis plongée quasiment de suite (ce qui ne m’était pas arrivée depuis DES MOIS. Vous vous souvenez, de ce plaisir simple ? Acheter un livre et le lire de suite ? FIOU ❤️). Et… Enfin, il est d’une telle FORCE !
Le pitch est le suivant : Conor O’Malley a treize ans. Un si jeune âge, et pourtant, il en a déjà trop vu : habitant seul avec sa mère, il doit l’aider à combattre au quotidien le cancer qui l’éteint peu à peu. Si les journées sont terribles, les nuits ne sont guère mieux : assailli de cauchemars, le jeune garçon n’en peut plus. Quand une nuit, un monstre apparait à sa fenêtre, Conor n’est guère surpris : Son imaginaire a déjà fait bien pire. Mais pourtant, tout est différent, cette fois-ci : le monstre lui racontera trois histoires, pas une de plus. Et après, Conor devra dire la vérité. Quelle vérité ? Celle qu’il cache au plus profond de son âme, celle qu’il prend bien soin de dissimuler à tous, y compris à lui-même…
Comme souvent, je ne savais pas à quoi m’attendre, n’ayant pas lu la 4e de couverture. Je ne savais pas quels sujets seraient abordés, j’ignorais tout des deux cents pages que j’avais dans les mains. Et, une fois encore… Tant mieux : je dois dire que j’aime terriblement commencer une lecture avec un œil neuf 🙂 Pour dire vrai, j’avais tout de même une petite appréhension quant à l’épaisseur de la bête : j‘avais peur que l’auteur ne réussisse pas à nous embarquer dès le début dans son récit, qu’il nous faille patienter de longs chapitres avant d’être happés. Et finalement… Pas du tout. Patrick Ness nous livre en vérité un récit d’une puissance énorme, qui a balayé mes interrogations dès les premières lignes. Je ne vais pas dire que j’ai adoré suivre Conor, que j’ai aimé avancer à ses côtés. De même, je ne pourrais pas dire que j’ai adoré ce roman. Je ne peux pas, parce que je l’ai terminé le cœur au bord de l’explosion, les lèvres serrées et les larmes au bord des yeux, concentrée pour ne pas éclater en sanglots devant Malo. Ceci dit, je crois qu’il a tout de même compris que quelque chose ne tournait pas rond, puisque j’ai eu droit à un énorme câlin. Du genre « t’inquiète maman, ça va aller ». En fait, ce roman m’a carrément bouleversée. Et c’est en vous faisant part de mon sentiment sur la page FB du blog que j’ai pu me rendre compte que j’étais loin d’être la seule à l’avoir vécu ainsi : c’est d’un roman coup de poing dont je vous parle, un roman qui m’a fait l’effet d’une tornade ravageant l’ensemble de mes sentiments. Peut-être est-ce parce que le sujet me touche particulièrement, peut-être est-ce parce que l’auteur est particulièrement doué. Peut-être est-ce parce que sa plume est d’une poésie incroyable, peut-être est-ce parce que son personnage central m’a terriblement émue. Peut-être est-ce tout ça à la fois, et plus encore : on parle ici d’un roman que certains voudraient réserver aux ados, mais qui est parfaitement à-même de toucher les plus grands, parce que le sujet en lui-même n’a pas d’âge : l’amour, la douleur, la perte d’un être cher, la mort, la vie. Je l’ai lu, fascinée, sentant mon ventre se contracter peu à peu, ma gorge se serrer, mes mains se crisper. J’ai perdu mes moyens face à lui, et n’ai cessé d’y penser depuis : je peine d’ailleurs à m’investir dans une autre lecture.
Un petit roman, donc, mais d’une efficacité folle, d’une puissance immense. Comme souvent dans ce genre de cas, je vous ai davantage parlé de mon ressenti que du roman en tant que tel mais… Il n’y a rien à dire d’essentiel, sinon qu’il vaut vraiment la peine d’être lu. Ne vous y préparez pas et plongez-y le cœur grand ouvert, les émotions au vent. Promis, vous ne resterez pas de marbre ❤️

En bref, coup de cœur. Le premier de l’année, pour un petit roman ne payant pas de mine mais se révélant être une véritable petite pépite de poésie. N’hésitez plus : lisez-le !


Coup de cœur !

∼ Brèves de rentrée ∼

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HELLO CHATONS !

Je m’extraie un peu de la frénésie ambiante pour vous parler de mes lectures de rentrée. Car, oui, une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de me plonger dans quelques romans de la rentrée littéraire. Et comme je cours après le temps, j’ai décidé de vous faire part de mes lectures via ces brèves, où je vous relaterai de façon succincte ce que j’en ai pensé 🙂 J’aurais voulu faire mieux, croyez-moi, mais là, clairement… Mon emploi du temps ne me le permet pas T.T

Une chanson douceMyriam étouffe. Alors qu’elle avait volontairement mis sa carrière de côté pour se consacrer à ses enfants, elle ne supporte plus de rester chez elle, d’être uniquement réduite à son rôle de mère. Quand une opportunité professionnelle s’offre à elle, elle saute donc dessus : commence pour son couple un parcours du combattant pour trouver LA nounou qui fera battre leur cœur. Quand Louise entre dans leur vie, ils ne se doutent pas une seconde que cette femme qui semble tomber du ciel les mènera tout droit à un drame dont ils ne peuvent imaginer l’ampleur…
Ce roman m’a prise aux tripes. Leïla Slimani a une plume tout à fait particulière : à la fois incisive, d’une froideur clinique et profondément efficace, elle m’a simplement glacée. Le récit est court, mais l’on en ressort profondément bouleversé : j’ai lu avec effroi, simplement. Dès les premières lignes, on connait la fin du roman. On apprend le drame qui s’est noué dans cet appartement huppé, au sein de cette famille apparemment sans tâche. On apprend, et l’on ne demande qu’à comprendre : mais comment, comment a-t-on pu en arriver là ? Ce n’est pas un coup de cœur, simplement parce que j’ai été horrifiée par ma lecture : je doute qu’il ait été particulièrement judicieux de découvrir ce roman alors même que je m’apprête à laisser Malo pour la première fois à une nounou, et que cela m’angoisse déjà pas mal. Mais, MAIS, je salue profondément la performance de l’auteure, pour la simple et bonne raison que son roman me restera très, très longtemps en mémoire. Il est d’une justesse à couper le souffle, et chacun des mots est soigneusement pesé, mesuré. Si vous vous en sentez le courage… Foncez !

Ecoutez moi grandirEt l’on passe d’un extrême à l’autre : ce court récit ravira futurs et jeunes parents. Nous y découvrons la jeune Elizabeth, encore dans le ventre de sa mère d’abord, puis durant sa première année. A travers ses émotions, ses ressentis, ses premières expériences et réflexions nous nous (re)plongeons à notre tour dans le quotidien d’un nourrisson. J’avoue que cette lecture m’a rendue fort nostalgique de ma grossesse et des premiers mois de Malo : avec ingénuité et tendresse, l’auteure se glisse à merveille dans la peau de ce petit être pétri de douceur et avide d’apprendre, extrêmement attentionné et à l’écoute de son entourage, réagissant de tout son être au moindre changement d’humeur. Mais c’est court, peut-être un peu trop : on en voudrait davantage, rester plongés dans ce temps béni où chaque seconde est faite de découvertes prodigieuses, où l’amour règne en maitre sans partage. Un livre à offrir à toutes les futures mamans, et à s’offrir pour se perdre dans de bienheureux souvenirs.

ob_728156_adabelloQuand Frank est appelé au siège de Turing Corp pour retrouver une personne disparue, il était bien loin de se douter que… Il s’agissait en vérité d’Ada, une intelligence artificielle chargée d’écrire des romans d’amour. Fugue, kidnapping ? Voilà notre héros jeté dans la fosse aux lions, où tout n’est question que de bénéfices et de marge, où la qualité d’un roman est disséquée et mesurée à outrance, et où les ordinateurs se piquent de décrocher le prestigieux Prix Pulitzer…
VOILA. J’ai beaucoup aimé ! Cela faisait un moment que je voulais découvrir la plume de cet auteur, et le pitch de son dernier roman m’avait bien donné envie de me jeter à l’eau. Et franchement… C’est bon ! On est de suite happé par cette intrigue à la fois loufoque et angoissante, loufoque de par cette excentrique Ada qui jure comme un charretier et écrit un navet à la minute, et angoissante de par toutes les questions qu’elle soulève : la règne des machines tel qu’il s’annonce est-il réellement, RÉELLEMENT enviable ? La recherche du profit à tout prix, la description de ce rêve américain aux revers innombrables… Aussi instructif que divertissant, Ada fut une excellente lecture, quoique un brin longuette par moments. Et j’avoue que la toute fin, que je viens d’ailleurs de lire (ça, c’est de l’article à chaud !), m’a totalement retourné la tête. J’étais un peu en mode :  » Que… Quoi ?!!! » Une chose est sûre : je suis pas prête d’enterrer ses autres livres sous ma PAL : ils passeront à la casserole, sous peu !

 Les avis sont courts, mais j’espère tout de même qu’ils auront aiguisé votre curiosité ❤️ Je ne sais pas encore quels romans prendront la suite de ceux-là mais, promis : je ne manquerai pas de vous tenir au courant !

The Memory Book, Lara Avery

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Traduit par Julie Lafon

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L’histoire : On me dit que ma mémoire ne sera plus jamais la même, que je vais commencer à oublier des choses. Au début juste quelques-unes, mais ensuite beaucoup plus. Alors je t’écris, cher futur moi, pour que tu te souviennes ! Sam a toujours eu un plan : sortir première du lycée et filer vivre à New York. Rien ne l’en empêchera – pas même une anomalie génétique rare qui, lentement, va commencer à lui voler ses souvenirs, puis sa santé.
Désormais, ce qu’il lui faut, c’est un nouveau plan. C’est ainsi que naît son journal : ce sont les notes qu’elle s’envoie à elle-même dans le futur, la trace des heures, petites et grandes, qu’elle vit. C’est là qu’elle consignera chaque détail proche de la perfection de son premier rendez-vous avec son amour de toujours, Stuart. Le but ? Contre toute attente, contre vents et marées : ne rien oublier.
Au détour des pages de The Memory Book, mélange étonnant d’extraits de son journal, de notes personnelles et de messages de son entourage, vous ne pourrez que tomber amoureux de Sam, une fille comme aucune autre qui apprend à vivre sa vie à pleines dents, même si ce n’est pas celle qu’elle avait planifiée.

Mon avis : Mais, mais… T.T Je dois vous avouer quelque chose : quand j’ai commencé ce petit roman, j’étais en pleine panne de lecture. J’avais trainé ma lecture précédente sur presque une semaine sans pour autant la terminer, et passait devant ma bibliothèque en la regardant d’un œil terne. AMBIANCE ! Et, bien malgré moi, j’étais persuadée que The Memory Book prendrait la même direction… Et, durant les premiers temps, c’est bien ce qui a failli se passer. Dans les premiers temps seulement…
Sam est une jeune fille brillante. Brillante, oui, mais atteinte d’une maladie incurable qui va, à terme, lui confisquer tous ses souvenirs… Sinon pire. Pour contrer tout cela, et parce qu’elle reste bien décidée à finir première du lycée et à partir étudier à New York, elle décide d’écrire un journal. Un journal contenant des notes qu’elle écrit pour son « futur moi », allant du compte-rendu de son premier rendez-vous galant à la biographie des membres de sa famille, toujours avec humour, avec une tendre sincérité qui ne pourra laisser personne indifférent…
Alors oui, au début, j’ai eu du mal à m’y plonger. J’ai eu du mal à m’attacher à Sam, même. Pendant quelques chapitres, j’ai lu en dilettante, désespérée à l’idée de tenir là une autre déception. Et puis… Je ne saurais vous dire quand le basculement s’est produit. Le fait est que… J’ai fini ce roman en larmes, à 5h30 du matin. Parce que Lara Avery nous offre un récit terriblement poignant, qui ne peut que nous prendre aux tripes : j’ai ri et pleuré en compagnie de Sam, j’ai cru, moi aussi, à sa rémission. J’ai espéré, espéré de tout mon cœur, et vécu à travers elle ces moments qui pourront sembler banals, et qui pourtant prennent une saveur toute particulière, au vu des circonstances… Je me suis doucement laissée emporter par les mots de cette jeune fille pas comme les autres, tantôt maladroite, tantôt cruellement réaliste, mais surtout, surtout… Attachante, envers et contre tout. Comment faire taire notre empathie dans de telles circonstances ? J’ai souvent eu envie d’arracher les pages de mon bouquin, de le jeter, loin, pour ne pas connaitre la fin… Et n’ai jamais mis mes menaces à exécution. Peut-être aurais-je dû ‘_’
J’ai trouvé la plume de Lara Avery en harmonie totale avec le sujet traité, tout à fait crédible dans la retranscription des propos d’une adolescente et excellant à véhiculer des émotions aussi diverses que puissantes. Étant donné le sujet traité, j’ai trouvé tout à fait appréciable le fait de ne pas avoir l’impression de tenir entre mes mains un roman, mais véritablement un « simple » journal, sans intermédiaire. Cela n’en a rendu ma lecture que plus forte, mon immersion que plus grande ❤️
Finalement… Je n’ai aucun regret : The Memory Book a comblé toutes mes attentes et, mieux : il a su me tirer -outre des larmes- d’une vilaine panne de lecture dans laquelle je m’enlisais doucement mais sûrement. J’ai été complètement chamboulée par cette lecture, quand rien ne le laissait présager. Wahou !

En bref, une lecture qui m’aura mise les genoux à terre : je l’ai terminée la gorge nouée et le visage paré de larmes, tant Lara Avery a su me toucher en plein cœur. J’en tremble encore !

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Coup de cœur !

Perdue et Retrouvée, Cat Clarke

Perdue et retrouvee

Traduit par Alexandra Maillard

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L’histoire : Essayez d’imaginer : Une enfant kidnappée. Une famille déchirée. Lentement, au fil des ans, cette famille va recoller les morceaux. Elle reste un peu fragile, bien sûr, mais toujours unie. Et voilà que l’enfant, devenue adulte, revient à la maison… C’est là que l’histoire commence. Et si la fin du cauchemar n’était que le début d’un autre ?

Mon avis : alors, effectivement, lire le nouveau roman de Cat Clarke dans mon état actuel n’était peut-être pas très judicieux, comme me l’a fait remarqué Chéri quand il m’a retrouvé prostrée et en larmes dans le lit, les mains convulsivement serrées sur le ventre. Déjà que j’ai tendance à pleurer dès que je vois le moindre escargot mal en point au bord de la route, alors si on me parle d’un kidnapping d’enfant… Bref, vous voyez le genre.
Outre cela… WAAAAAAAAAH !!! C’est marrant, j’ai cru comprendre que les réactions étaient très partagées sur ce roman. Ou on accroche, mais vraiment, ou on accroche pas. Question d’atmosphère, peut-être ? En tout cas, pour moi, une chose est sure : si je n’ai pas été séduite par tous les romans de l’auteure, celui-ci a incontestablement broyé mon petit cœur tout mou. Hormones ou pas, le fait est que j’en tremble encore…
Faith a 4 ans quand sa sœur ainée, Laurel, est enlevée. Malgré des moyens énormes, un dispositif de recherches exceptionnel, la petite fille de six ans semble bel et bien avoir disparu dans la nature. Pour la famille Morgan, ce n’est que le début d’une longue descente aux enfers : harcelés par les journalistes, réagissant extrêmement différemment à la disparition de leur fille, les parents de Faith finissent par se séparer. La petite, elle, se contente de grandir, écrasée par le fantôme de cette sœur dont elle peine à se souvenir…
Quand, un jour, l’impossible se produit : treize ans plus tard, Laurel réapparait. Comment réussir à réparer ce qui a depuis si longtemps été brisé ? Commence pour Faith un véritable parcours du combattant : soumise à des sentiments contradictoires quant au retour de sa sœur, elle sait qu’elle a pourtant un grand rôle à jouer dans sa réinsertion. Jusqu’à ce qu’un petit grain de sable vienne enrayer une machine que tous souhaitaient bien huilée…
J’ai commencé Perdue et Retrouvée le troisième soir de mon marathon lecture, pour me remettre du goût un peu amer laissé par Le Prince Écorché. Trois heures plus tard, il était terminé : comme souvent, l’auteure m’a véritablement captivée. Oh, j’aurais pu le poser et le finir le lendemain. Mais, dans ce cas-là, je doute que ma lecture ait été aussi forte. Pour moi, un Cat Clarke tel que celui-ci se lit d’une traite, ou ne se lit pas : interrompre sa lecture revient à briser l’atmosphère si particulière mise en place par l’auteure, et je doute qu’on la retrouve complètement ensuite.
Je suis donc restée sous son emprise, et pas qu’un peu : la tension monte tout au long du roman, jusqu’au dénouement final… Dénouement final qui, s’il ne m’a pas surprise, m’a tout de même bouleversée. Comme tout le reste du roman, d’ailleurs : le sujet extrêmement sensible, déjà, et puis la façon dont Cat Clarke a choisi de le traiter… Cette plongée dans l’esprit de Faith m’a mise complètement à la merci des émotions de la jeune femme, en plus des miennes.
Je dois avouer qu’une telle… crudité des propos m’a surprise. Faith est la narratrice de ce roman, donc, et ne nous cache aucun des sentiments ambivalents qui l’habitent. Bien sûr, elle est plus qu’heureuse de retrouver enfin sa soeur, de la savoir tirée des griffes du sadique qui l’a enfermée pendant treize ans. Mais, à côté de cela… Elle a vécu dans son ombre durant tout ce temps. Et la retrouver, maintenant… C’est dur. Entre culpabilité, amour et regret, Faith ne sait plus où donner de la tête. J’ai beaucoup aimé que l’auteure donne la part belle aux sentiments de cette jeune fille, sans chercher à les atténuer. Vous voyez ce que je veux dire ? De prime abord, je me suis dit « elle exagère, elle devrait être heureuse de savoir sa sœur saine et sauve ». Mais en fait… C’est beaucoup plus réaliste ainsi. Réaliste, touchant, et prenant.
J’ai également apprécié le fait que l’auteure ne s’étende pas sur les sévices infligés à Laurel. On sait tous très bien que, dans ce genre de situation, les ravisseurs sont loin d’être des anges. Plutôt que de rentrer dans les détails, Cat Clarke joue d’allusions, de sous-entendus. Et c’est assez glaçant, surtout si l’on a un imaginaire propre à s’enflammer comme le mien.
Finalement, Cat Clarke nous prouve une fois encore qu’elle sait parfaitement jouer avec les émotions de ses personnages, en plus des nôtres. L’action n’est pas omniprésente, mais l’intérêt n’est pas là : sa plume acérée nous met littéralement à sa merci, et ce dès les premières lignes. Elle sait où appuyer pour faire mal, et m’a encore une fois complètement chamboulée. Presque un mois après ma lecture… J’en tremble encore.

En bref, je retrouve avec Perdue et Retrouvée la Cat Clarke qui m’avait fait tant bouleversée avec Revanche. On en ressort abasourdi et essoufflé, les émotions à vif et le cœur à l’envers. Wahou !

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Coup de cœur !

The book of Ivy, Amy Engel

The book of Ivy

Traduit par Anaïs Goacolou

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Decitre

{Un grand merci aux éditions Lumen et à Emily pour m’avoir permis de découvrir cet ouvrage}

L’histoire : Voilà cinquante ans qu’une guerre nucléaire a décimé la population mondiale. Un groupe de survivants d’une dizaine de milliers de personnes a fini par se former, et ce qui reste des Etats-Unis d’Amérique s’est choisi un président. Mais des deux familles qui se sont affrontées pour obtenir le pouvoir, la mienne a perdu. Aujourd’hui, les fils et les filles des adversaires d’autrefois sont contraints de s’épouser, chaque année, lors d’une cérémonie censée assurer l’unité du peuple.
J’ai seize ans cette année, et mon tour est venu. Je m’appelle Ivy Westfall, et je n’ai qu’une seule et unique mission dans la vie : tuer le garçon qu’on me destine, Bishop, le fils du président. Depuis ma plus tendre enfance, je me prépare pour ce moment. Peu importent mes sentiments, mes désirs, mes doutes. Les espoirs de toute une communauté reposent sur moi. Le temps de la rébellion approche…
Bishop doit mourir. Et je serai celle qui le tuera. Née pour trahir et faite pour tuer… Sera-t-elle à la hauteur ?

Mon avis : ENCORE UN LUMEN ?! Eh oui, encore un. Mais pas n’importe lequel, je vous prie : The Book of Ivy fut en effet la cerise sur le gâteau d’une opération de communication massive, et surtout… tout bonnement géniale. Après nous avoir fait baver des jours et des jours durant à coups de mails tous plus intrigants les uns que les autres, de mystérieux courriers et j’en passe… Ces petits farceurs nous ont enfin dévoilé le mystérieux roman se cachant derrière tout cela. Allait-il être à la hauteur, ou tous ces efforts avaient-ils été déployés en vain ? Grande curieuse que je suis, je n’ai pas tardé à m’y plonger…
Pour y découvrir bien plus qu’un simple roman young-adult. Si le cadre ne change pas fondamentalement (un futur où l’humanité est au bord du précipice, une autorité quasi-dictatoriale instaurée pour garantir la sécurité des survivants et faire renaitre les hommes de leurs cendres, une ville centrée sur elle-même et coupée du monde extérieur par une barrière infranchissable…), deux « choses » distinguent pour moi ce petit bijou de ce que l’on peut habituellement lire en matière de YA : premièrement, ces mariages « arrangés » pour maintenir la cohésion sociale – les fils des perdants avec les filles des gagnants (le groupe de survivants s’étant divisé pour obtenir le pouvoir et la gouvernance de la nouvelle cité), et inversement. J’ai trouvé ça carrément malin, et surtout très bien exploité (vous imaginez un peu les difficultés qui en découlent ?). À la base du roman, donc, Ivy, jeune fille de 16 ans issue de la famille des grands perdants, ainsi contrainte de se marier avec le fils du président actuel, Bishop. Mais ce qui m’a plu, surtout, c’est le fait que ce petit roman ne se cantonne pas aux frontières de la dystopie. Non, c’est aussi une histoire d’amour dramatique et torturée (et vous savez combien j’aime ça), un roman particulièrement noir jouant sur la psychologie des personnages, avec une cruauté indéniable. Car, vous l’aurez compris en lisant le résumé, Ivy n’a d’autre but que de tuer Bishop. Complètement sous la coupe de son père et de sa sœur, elle ne vit que pour cela. Et si elle est bien déterminée à ne pas flancher, mettre en branle ses résolutions n’a rien d’évident. Surtout quand le garçon que l’on vous a appris à haïr se révèle très différent de ce que l’on imaginait…
L’action est menée tambour battant, l’auteure ne nous laissant que peu de répit : on comprend dès les premières pages que tout cela finira forcément mal. Pour Ivy, pour Bishop… Ou les deux. Mais le plus cruel, là-dedans, c’est plus on sent la catastrophe arriver, plus on s’attache à nos deux amoureux maudits. Vous parlez d’une injustice ! J’avais peur qu’Amy Engel fausse le jeu en choisissant une porte de sortie convenue et attendue, mais… Heureusement (ou non, je n’ai pas encore décidé), ce n’est pas le cas : la fin du roman m’a laissée abasourdie, sous le choc, en larmes, bien décidée à faire le voyage Outre-Atlantique pour menacer l’auteure des pires représailles si elle ne m’offrait pas la suite immédiatement. Faute de pouvoir mener à bien ce plan diabolique, j’ai préféré me terrer sous la couette en attendant que le chagrin passe.
Tout aurait été plus simple si Ivy et Bishop étaient moins… Moins… Moins tout. Dès le début, je me suis sentie proche d’Ivy, cette jeune fille complètement endoctrinée par sa famille, profondément seule et, il faut le dire, un peu perdue. A seize ans, et avec un tel destin… Je n’aurais clairement pas été mieux. C’est sans doute le personnage qui évolue le plus au cours de ce premier tome, apprenant au fil du texte à se démarquer des opinions familiales, devenant plus forte de jour en jour. Et Bishop, Bishop… Si seulement il avait pu se montrer un poil détestable ! Rien qu’un peu, pour rendre les choses plus faciles… Et bien moins séduisantes, il faut l’avouer :/
Donc, The Book of Ivy m’a beaucoup plu. Mieux : il m’a captivée. A un point tel que je vais vous dire une chose : si ce roman vous fait un tant soit peu envie, foncez. Foncez, sans un regard en arrière, saisissez-le et prenez quelques heures de votre temps pour le dévorer. Laissez-vous envahir par cette intrigue à la fois irrésistible et angoissante, laissez-vous charmer par Bishop, laissez Ivy se faufiler dans votre cœur. Laissez, une fois encore,  ce que les éditions Lumen savent faire de mieux : marquer votre vie de lecteur avec un petit bijou délectable. Voilà.

On en redemande
On en redemande !

L’enfant de Schindler, Leon Leyson

** Je tiens à remercier les éditions PKJ pour m’avoir permis de découvrir ce titre **

Traduit par Juliette Lê
Sortie prévue début mai 2014
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L’histoire : L’histoire vraie d’un enfant miraculeusement sauvé des Nazis par la fameuse liste immortalisée par Spielberg au cinéma, lors de la 2nde Guerre Mondiale.
Pour la petite histoire, l’auteur aura de justesse eu le temps de déposer son manuscrit à l’éditeur avant de décéder… le monde pourra tout de même connaître son histoire.

Mon avis : Contrairement à mes lectures habituelles, aucune trace d’imaginaire dans celle-ci. Et pourtant, il aurait mieux valu. Depuis ma lecture assez traumatisante de J’ai pas pleuré au collège, j’évite -plus ou moins consciemment- tout ce qui a trait à la déportation des juifs et aux camps de concentration. Un comportement un peu lâche, sans doute, mais encouragé par un Chéri qui préfère de très loin me voir avec un sourire aux lèvres plutôt que prostrée sur le canapé. Et pourtant, quand j’ai vu que PKJ proposait aux blogueurs de recevoir ce roman en service-presse, je n’ai pas hésité une seule seconde : le film de Spielberg m’a bien trop marquée pour cela. Ni une, ni deux, je pose ma candidature… Et une semaine plus tard, il arrivait sur les étagères de ma bibliothèque. Si j’ai mis un certain temps à le commencer (quasiment un mois), je ne l’ai plus lâché dès lors que j’ai mis le nez dedans. Ce petit roman vous prend aux tripes, vous serre le cœur, vous coupe le souffle. Tout ce qu’on y lit, on le connait : les rafles, les camps, la cruauté, la misère, la famine… On le connait pour l’avoir lu dans nos manuels d’histoire, l’avoir vu à la télévision ou au cinéma. On le connait sans le connaitre : la terreur, la faim… On imagine, uniquement. On pourrait croire qu’il s’agit d’un énième témoignage sur l’horreur des camps, et on aurait tort : comme chaque témoignage, il est unique. Ils racontent tous la même réalité, mais à leur façon, instillant différemment une foule de sentiments, d’émotions. Colère, injustice, haine, amour, générosité, espoir… On connait toute l’histoire, et pourtant, on la redécouvre, encore et encore.
L’enfant de Schindler est le témoignage de Leon Leyson, le plus jeune juif inscrit sur la fameuse liste du nazi Oskar Schindler. En quelques deux cents pages, il nous raconte l’arrivée des allemands à Cracovie, l’espoir de la communauté juive de voir la guerre se terminer sans trop de dégâts, les premières mesures antisémites, les rafles, les ghettos et, finalement, les camps. Mais il nous raconte aussi l’indéfectible lien unissant les membres de sa famille, cet amour qui les poussent à prendre tous les risques possible les uns pour les autres.
J’ai trouvé ce roman bouleversant. Bouleversant d’humanité, de générosité. Face aux horreurs de la guerre, leurs manifestations n’en ressortent que davantage. On en connait l’issue avant même de l’avoir ouvert, et pourtant, on est tenu en haleine tout du long, le cœur brisé d’assister à la lente descente en enfer de ces populations innocentes. Leon Leyson ne fait rien pour dissimuler, pour atténuer la vérité, et ne mâche pas ses mots. Pour autant, ses propos ne sont pas crus, et toucheront sans traumatiser les jeunes lecteurs auxquels se destine (plus ou moins) son témoignage.
Que puis-je vous dire d’autre ? Je ne peux pas dire que j’ai « aimé » ce roman. Que j’ai « aimé » suivre Leon dans son périple. Que j’ai « aimé » découvrir Oskar Schinlder sous un autre jour, à travers les yeux d’un enfant affamé, désemparé, prêt à accueillir la mort à tout instant. Non, je ne peux pas dire cela, parce que L’enfant de Schindler ne fait pas partie des romans que l’on aime. Il fait partie des romans qui se gravent à jamais dans notre mémoire, que nous gardons bien au chaud, serrés contre notre cœur, comme un talisman improbable. Il fait partie de ces romans dont on n’attendait rien, et qui nous apportent tout.

En bref, une lecture bouleversante, que je conseillerais au plus grand nombre. Je l’ai lu d’une traite, ou presque, sans pouvoir me détacher du destin de ce petit Leon, dix ans à peine, contraint de faire face à l’une des plus grandes horreurs perpétrée par l’homme. Je termine cette chronique, et j’en ai encore la gorge serrée, le souffle coupé. Comment a-t-on pu ?

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Coup de cœur !