Bois d’Ombre, Nathalie Dau (Le livre de l’Enigme #2)

Couverture réalisée par Melchior Ascaride (N’est-elle pas splendide ?!)

Premier tome : Source des tempêtes

L’histoire : Les ténèbres ont un cœur de lumière.
Une abomination. C’est ainsi que me voient les hommes. Nombreux voudraient que je n’existe pas. D’autres rêvent de m’asservir, corps et âme. Même Cerdric attend de moi que je renonce aux robes bleues de l’Équilibre, car elles augurent d’un avenir trop dangereux. Mon frère ignore ce que j’endure au Séminaire. Mais, pour respecter l’Énigme et entrer dans Bois d’Ombre, il me faut en passer par là, et trouver de quoi conserver ma lumière.

Mon avis : … Je suis littéralement au bout de ma vie. AU BOUT. Au bout, parce que Nathalie Dau m’a mise à genoux. Oh, elle m’avait prévenue, que ce deuxième tome serait pire que le premier, niveau souffrance. Et pourtant, je m’y suis lancée le cœur léger, ravie de retrouver Cerdric et Ceredawn, convaincue que je saurais faire face. J’y suis allée la fleur au fusil, et bien mal m’en a pris : me voilà prostrée sur mon canapé, le cœur en miette, incapable de me plonger dans un autre bouquin.
Non pas que la fin soit SI terrible. Elle l’est, évidemment, parce qu’elle laisse présager de sombres évènements. Mais… C’est l’ensemble du récit qui m’a brisée. L’ensemble, parce que l’auteure poursuit sans sourciller le but qu’elle s’était fixé : nous offrir un roman sans concession ni faux-semblant, sans tour de passe-passe ni facilités. Le premier tome m’avait bouleversée : j‘y avais trouvé un récit extrêmement riche, une intrigue superbement menée et des personnages aussi vivants qu’il est possible de faire. Je m’étais énormément attachée à nos deux principaux héros, et les quitter avait été particulièrement difficile. Le coup de cœur avait été bel et bien là, niché au creux de mon ventre et explosant tel un feu d’artifice une fois la dernière page tournée. Et malgré l’année séparant ces deux lectures, je me souvenais encore avec justesse et précision des émotions que m’avait procuré le premier tome : c’est pourquoi j’étais particulièrement sereine en attaquant cette suite, ayant pleine confiance en Nathalie Dau pour m’offrir un moment inoubliable. Sereine, donc, et curieuse : car le temps des voyages était bel et bien terminé, Ceredawn entrant pour six ans au Séminaire, Cerdric choisissant de l’attendre dans la ville voisine. Qu’allait-il donc bien pouvoir ressortir de tout cela ? Évidemment, je n’en dirai pas plus : ni pour vous, qui n’avez pas encore eu la chance de découvrir la série, ni pour vous, qui avez su patienter et n’avez pas encore ouvert ce deuxième opus. Bien vous en a pris, d’ailleurs : je me mords désormais les doigts de n’avoir su patienter, tant je pressens que l’attente sera cruelle. Il faut dire que… Je n’ai pas su le faire durer : contrairement au premier, dont j’avais étalé la lecture sur plusieurs jours, voire une bonne semaine, j’ai lu celui-ci en deux tout petits jours. La faute, me direz-vous, à un voyage en train particulièrement long, et une journée de repos improvisée. Oui, mais… Même : même si je n’avais pas eu ce temps libre tombant à pic, je crois que j’aurais tout fait pour pouvoir rester plongée dedans. Parce que Nathalie Dau nous met sur les charbons ardents, ne termine pas un seul chapitre sans faire naitre en nous le sournois « Et après ?! » qui nous pousse à lutter contre le sommeil pour tourner encore une, deux, dix pages. Je l’ai donc lu, rapidement. Dévoré, même. Non pas qu’il soit moins exigeant que Source des tempêtes, notez-le bien : il est simplement plus… Stressant, angoissant. Le texte est aussi dense, la plume aussi merveilleusement poétique, l’intrigue aussi riche, voire davantage. Les émotions des personnages s’exacerbent, et eux-mêmes ne cessent de gagner en nuances, en profondeur. Si j’avais cru cela possible ! Il n’y avait déjà pas de manichéisme dans le précédent tome, et cela s’affirme avec celui-ci : les mauvais n’ont jamais aussi bien porté leur part de lumière, et les bons… Les bons s’assombrissent, bien malgré nous. Que j’ai pleuré, mais que j’ai pleuré ! Qu’elle ne nous épargne rien, ni en faits, ni en mots ! Le poing serré contre mes lèvres, je ne pouvais détacher mes yeux du texte : les passages les plus terribles m’ont fait l’effet d’un véritable cyclone, ravageant mon cœur de lectrice si peu accroché. J’ai lu avec fébrilité, oui, mais aussi avec horreur, stupéfaction, épouvante.
Et admiration, toujours : c’est une partition bien cruelle que se décide à jouer l’auteure, une partition à la beauté enivrante et blessante. Chaque note sonne juste, et l’harmonie de sa toile ne se dément absolument pas avec ce deuxième opus : elle gagne au contraire en profondeur, en richesse. J’ai été émerveillée, oui, à travers mes larmes. Parce que Bois d’Ombre ne fait que renforcer ma conviction d’avoir en face de moi une auteure d’exception, à la voix envoutante, mais aussi une femme d’une terrible empathie : car, comment parler aussi merveilleusement des émotions de ses personnages, comment créant d’aussi vibrants portraits si l’on ne porte pas en soi une grande sensibilité ? L’amour, l’horreur, l’amitié, la honte, l’échec, l’espoir, la vie… C’est une ode que nous écoutons-là, une ode splendide qui ne pourra que vous toucher.


COUP DE CŒUR !

Lu dans le cadre du Mois de Nathalie Dau, un grand merci à Dup et Phooka ❤️

1er ITV
2e ITV
3e ITV
4e ITV
5e ITV

Les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye

Couverture par Marc Simonetti

L’histoire : « J’avais seize ans quand j’ai quitté la steppe. Mais je ne vais pas vous narrer mon histoire. Je ne vais pas non plus vous relater les exploits de grands seigneurs, de sages conseillers, de splendides princesses et de nobles chevaliers. Je croyais, quand j’étais jeune, que c’était dans ce bois qu’on taillait les héros. Je me trompais. Je vais vous narrer les hauts faits de Sainte-Étoile, l’escrimeur errant au passé trouble, persuadé de porter un monstre dans son crâne. De Maëve la morguenne, la sorcière des ports des Havres, qui voulait libérer les océans. De Wenceslas le clerc de notaire, condamné à l’enfer des mines, et qui dans les ténèbres trouva un nouvelle voie… Et de tant d’autres encore, de ceux dont le monde n’attendait rien, et qui pourtant y laissèrent leur empreinte. Leur légende. Et le vent emportera mes mots sur la steppe. Le vent, au-delà, les murmurera dans Bohen. Avec un peu de chance, le monde se souviendra. »

Mon avis : … Je crois que je pourrais me contenter de faire un article blanc, avec un immense COUP DE CŒUR en plein milieu, histoire que vous compreniez bien l’effet que ce livre a eu sur moi. Mais, outre le fait que ce ne serait plutôt pas pro, j’ai BESOIN de vous en parler. BESOIN de vous dire pourquoi ce livre m’a chamboulée, BESOIN de vous dire à quel point il faut que vous le lisiez. BESOIN, surtout, de vous dire que je ne remercierai jamais assez Book en Stock et les édition Critic pour m’avoir permis de découvrir cette pépite à laquelle je ne m’attendais absolument pas. BESOIN de remercier Estelle Faye, pour nous offrir un récit aussi riche qu’enivrant. Tout ça, et plus encore…
Très honnêtement, je ne sais pas si je dois me lancer dans l’exercice ardu du résumé, d’autant que l’intrigue de ce petit pavé ne saurait contenir en quelques lignes succinctes. Estelle Faye nous offre une plongée en Bohen, une Terre faite de guerres et de conflits, d’intrigues politiques et de magie ancestrale. Aujourd’hui gouvernée par des Hommes ayant interdit la pratique de cet art païen, elle était jadis aux mains des Wurms, créatures difformes ayant apprivoisé les Dracs. Chassés par ceux-là mêmes qu’ils avaient réduis en esclavage, ils ont laissé une empreinte indélébile sur Bohen, une cicatrice purulente à l’odeur nauséabonde. C’est dans cet univers que nous rencontrons une multitude de personnages : Estelle Faye nous offre en effet un roman choral, bien que la narration soit effectué par un personnage bien précis. Personnages, donc, éparpillés aux quatre coins de l’Empire et n’ayant, vraisemblablement rien à voir les uns avec les autres. Pourtant, tous ou presque finiront par poursuivre un même but : faire de Bohen un autre monde, et rétablir une vérité depuis longtemps oubliée…
… Ce roman est ÉPOUSTOUFLANT. Et je pèse mes mots. Vous le savez, j’ai lu tout récemment Porcelaine, d’Estelle Faye également. Un conte d’inspiration asiatique qui m’avait beaucoup, beaucoup plu. Mais que dire, dans ce cas, de celui-ci ? Après une semaine où je me suis plongée à chacun de mes temps libres dans ce récit mené d’une main de maitre, je ne sais plus trouver mes mots : l’auteure m’a coupé la parole, laissée orpheline. Son intrigue m’a captivée, ensorcelée, hypnotisée : rares sont les romans de fantasy à être aussi aboutis, aussi merveilleusement menés. L’auteure ne laisse rien au hasard, et tisse avec intelligence et habileté une toile qui nous laisse abasourdis. Les détails sont pensés, pesés, toujours avec une justesse millimétrée. Séduite dès les premières lignes, j’ai été tout à la fois ravie et admirative de voir avec quelle maestria Estelle Faye réunissait finalement tous les pans de son intrigue pour nous servir sur un plateau un roman complet, complexe et… Émotionnellement surpuissant, puisqu’il faudra bien y venir : j’ai lu les cinquante dernières pages en pleurant à chaudes larmes, quasiment incapable de distinguer les mots filtrant à travers mon regard brouillé. Tout cela pour une simple et bonne raison : l’auteure nous livre des portraits d’hommes et de femmes extrêmement crédibles et attachants, et ne les ménage pas… C’est même le moins que l’on puisse dire. Ne vous y trompez pas ! Nous sommes bel et bien dans un roman de dark fantasy : tous, je dis bien tous, ont leur part d’ombres et de lumière, tous sont loin d’être des modèles de sainteté. Mais tous sont croqués avec une justesse incroyable, rendant leur portrait d’une vitalité vibrante. Je me suis attachée à chacun d’entre eux, de Sorenz à Sainte-Étoile, de Maëve à Sigalit, de Janosh à Wens en passant par Lantane… Et tous les autres, tous ces autres qui, à un moment ou à un autre, pénètrent avec force dans ce roman, y ajoutant toujours un peu plus d’émotions, un peu plus d’humanité. Estelle Faye crée des personnages forts, loin de tout manichéisme et, surtout, loin de tout clichés : fonctionnant essentiellement en duos, ils m’ont tous émue par la pureté de leurs sentiments, la justesse de leurs réactions. J’avoue avoir été surprise du chemin qu’empruntait l’auteure quant à ces duos, celui-ci étant rarement abordé en fantasy (du moins, dans le romans que j’ai pu lire jusqu’à présent…), mais je n’ai tout simplement rien à y redire : ce vent de fraicheur m’a fait un bien fou, et j’ai trouvé cela… Beau, tout simplement. Toutes ces rencontres un peu dues au hasard, ces sentiments à l’œuvre, ces relations aussi improbables que touchantes… Oui, j’ai été subjuguée. Subjuguée, aussi, parce qu’Estelle Faye crée des personnages terriblement réels : non, leurs décisions ne sont pas toujours sages, censées. Non, ils ne sont pas parfaits. Non, ils ne rentrent pas dans le moule que l’on trouve habituellement dans le genre, ce personnage emblématique qui ne fait jamais, JAMAIS le moindre faux pas. Des faux pas, ils en font. Beaucoup. Et prennent des chemins auxquels nous n’aurions pas songé un instant : Maeve, par exemple, m’a assise, je ne pourrais dire mieux. Me serais-je attendue à cela ? JAMAIS. JA-MAIS.
Une fois encore, j’ai l’impression de vous offrir une chronique terriblement décousue, qui veut tout et rien dire à la fois. Mais, comprenez-moi : je tiens là, sans hésitation, ma plus belle lecture de ce premier trimestre. En lice pour l’année, et très bien placée, m’est avis. Et pourtant, j’en ai eu, des coups de cœur ! Mais, force est de le dire, rien d’aussi… D’aussi parfait. Mon cœur en souffre encore, mes yeux sont toujours humides, et mes mains se trainent misérablement vers mon roman laissé là, sur le canapé, comme posé un instant pour être repris dans quelques secondes. Je suis tombée amoureuse d’un livre, oui, de ses personnages, surtout, de son intrigue, aussi. Je suis tombée amoureuse d’une plume pleine de poésie, et la rupture est cruelle. Je suis tombée amoureuse des Seigneurs de Bohen, de ce livre que je mettrais volontiers dans les mains de tout le monde, si je n’avais envie de le garder encore un instant pour moi. De ce livre dont j’attendais beaucoup, et qui m’a apporté plus encore. Alors oui, Estelle, merci, merci, merci. ❤️

En bref, COUP DE CŒUR pour ce roman à la fois puissant, merveilleux, et magnifiquement conté. A mettre dans toutes les mains, sans hésitation aucune !


Coup de cœur !

Retrouvez tous les articles sur Le mois d’Estelle Faye chez Book en Stock ❤️

Sénéchal, Grégory Da Rosa – La gouaille d’un Jaworski, le sadisme d’un Katz !

Illustration de couverture réalisée par Lin Hsiang

L’histoire : Lysimaque, la Ville aux Fleurs, fière capitale du royaume de Méronne, est encerclée et menacée par une mystérieuse armée. Et pour le sénéchal Philippe Gardeval, ce n’est que le début des ennuis. Suite à l’empoisonnement d’un dignitaire de la cité, il découvre que l’ennemi est déjà infiltré au sein de la cour, dans leurs propres rangs ! Sous quels traits se cache le félon ? Parmi les puissants, les ambitieux et les adversaires politiques ne manquent pas ; le sénéchal devra alors faire preuve d’ingéniosité pour défendre la ville et sa vie dans ce contexte étouffant d’intrigues de palais.

Mon avis : Jouons un peu, voulez-vous ? Comme ça, à brûle pourpoint, à votre avis… L’ai-je aimé, ce petit ? L’ai-je lu d’une traite ou, au contraire, l’ai-je trainé durant un temps interminable ? L’ai-je trouvé excellent, ou ennuyeux au possible ? Alors, ALORS ? Ceux parmi vous me connaissant bien auront bien évidemment trouvé la réponse : en me rappelant inévitablement deux de mes auteurs favoris (aka Jean-Philippe Jaworski et Gabriel Katz, Bonjour Vous !), Grégory Da Rosa a simplement tapé dans le mille : j’ai A-D-O-R-É. Mieux, je l’ai fourré dans les mains de Chéri sitôt terminé, en lui intimant de l’emmener lors de son prochain service, afin qu’il lui tienne compagnie durant ses pauses. Parce que, ce qui fait la force de Sénéchal, c’est qu’il reste tout à fait accessible (à des lecteurs ne lisant pas forcément beaucoup, ou beaucoup de fantasy) tout en nous présentant à la fois une intrigue vraiment bien ficelée, un univers original, des personnages croqués à merveille et une plume… Une PLUME ! Et pourtant, au début, j’en ai eu peur, de cette plume. En plaçant son récit dans un cadre médiéval, Grégory Da Rosa a voulu y coller au mieux en adoptant un style volontairement suranné. Impossible de passer à côté ! Et, pendant les premiers instants de ma lecture, j’avoue avoir redouté qu’il en fasse trop. Que cela finisse par parasiter notre attention.
Force est de dire que… Non, absolument pas. Tout au contraire, même : passés les premiers instants d’adaptation, on se laisse totalement bercer par les mots de l’auteur, ceux-ci accompagnant à merveille un récit passionnant. Loin de forcer le trait, j’ai trouvé au contraire qu’il tombait tout à fait juste, créant une atmosphère particulièrement tangible, prégnante. Et oui ! Sénéchal fait bel et bien partie de ces livres qui auront su éclipser à mes yeux le monde extérieur, m’embarquer en quelques secondes à chaque fois que je me plongeais dans leurs pages. Et c’est fort, pour un premier roman ! Parce que, on peut franchement se le demander : si c’est aussi bon maintenant, qu’est-ce que ça donnera quand l’auteur aura eu l’occasion de peaufiner encore son talent ?
Parlons de l’histoire, donc. Le roman s’ouvre en fanfare : le Sénéchal Philippe Gardeval est réveillé abruptement par l’Architecte Rodenteux, ce dernier le sommant de se rendre au plus vite à la Cour… La ville étant assiégée. Par qui, qui, comment, pourquoi : la suite nous le dira. Mais nous plongeons dès lors, aux côtés de notre héros, dans un trou sans fond infesté de serpents : trahisons, complots, Grégory Da Rosa fait la part belle à la politique, tissant une toile d’araignée aux moult ramifications, d’une ampleur que l’on ne fait qu’imaginer. Très vite, l’on apprend qu’un traitre (et sans doute davantage) se terre dans les murs de la ville. Mais qui ? Le Sénéchal va devoir le découvrir… Sous peine de se retrouver, lui aussi, sur la liste des suspects. Et… Et c’est passionnant ! Force est de le dire, rien que les manigances politiques m’ont fascinée. On cherche nous aussi, on essaie d’y voir clair dans ce jeu de dupe, sans franc succès. J’ai aimé avancé aux côtés de nos personnages, frémir avec eux devant l’immensité de l’armée ennemie et redouter, moi aussi, ce piège dans lequel ils ne tarderont pas à tomber. Alors, que dire quand l’auteur intègre à son récit un élément fantastique ? Un vrai de vrai ? En développant une véritable mythologie tout autour ? Quelque chose de vraiment original, qui détonne VRAIMENT de ce que l’on trouve habituellement en fantasy ? Et bien, on dit… On dit… BRAVO ! Bravo, et merci ! Parce que son récit n’en devient que plus fascinant, que plus prenant. On se dit que, décidément, entre les personnages qui sont hyper bien croqués (j’ai évidemment beaucoup aimé Sénéchal et sa gouaille toute particulière, mais aussi Roufos, la princesse… Qui m’intrigue d’ailleurs beaucoup, BEAUCOUP), l’intrigue qui tient bien la route et le background bien plus travaillé que ce à quoi je m’attendais… Grégory Da Rosa a vraiment bien fait son boulot : j’ai trouvé Sénéchal tout bonnement EXCELLENT.
MAIS. Mais, car oui, il y a un mais. Et un mais de taille. Excellent, donc, MAIS… avec une fin qui m’a fait HURLER. Trépigner, rager. Taper des poings. J’ai bien failli envoyé valdinguer mon roman, tant ce monsieur a fait preuve de sadisme. CAR OUI, MESDAMES ET MESSIEURS. C’EST DU SADISME. PARFAITEMENT ! C’est du sadisme de faire une fin comme ça, sans crier gare, et sans avoir le deuxième tome sous la main. Parce qu’on LE VEUT, CE DEUXIÈME TOME. VOUS M’ENTENDEZ, MONSIEUR L’AUTEUR ? ON.LE.VEUT. ET VITE. (Et après, on dira que je suis autoritaire, voire un peu effrayante. Pfeu)
Allez, pardonnons. Pardonnons à ces auteurs impies qui n’ont pas une seule seconde de compassion pour leurs pauvres lecteurs. Pardonnons, et prions pour que ce cher Grégory Da Rosa ait du temps, suffisamment de temps pour nous offrir, vite, des nouvelles de nos héros. VITE. Donc.

En bref, un premier tome qui m’a beaucoup, beaucoup plu : l’auteur mène très, très bien sa barque, et nous offre un récit rythmé, prenant et doté d’une bonne dose d’originalité. Vite vite vite ! La suite !


Coup de cœur !

Les loups chantants, Aurélie Wellenstein – « Dans la neige immaculée de la Sibérie »…

Couverture par Aurélien Police

L’histoire : Yuri appartient à un clan d’éleveurs de rennes. Il vit dans un village entouré par un perpétuel blizzard. Il y a un an, son amour, Asya, a disparu dans la tempête, attirée par les hurlements hypnotiques des loups chantants. Bien que tout le monde la croie morte, le garçon espère qu’elle soit toujours en vie, quelque part, de l’autre côté du blizzard. Un jour, la soeur de Yuri, Kira, contracte un mal étrange : son corps se couvre de glace. Pour le chaman du clan, la jeune fille est maudite par le dieu de l’hiver ; elle est bannie, et condamnée à s’enfoncer seule dans le blizzard. Mais une amie, Anastasia, rejette farouchement ce verdict surnaturel. Selon elle, il s’agit d’une maladie soignable à la capitale, par la chirurgie. Déterminés à tout tenter pour sauver Kira, Yuri et Anastasia prennent leurs traîneaux à chiens pour emmener la jeune malade à la capitale. Mais aussitôt partis à travers le blizzard, les loups les prennent en chasse.

Mon avis : … Cela fait des mois que ce roman me faisait envie. Depuis mai dernier en fait, lors des Imaginales, quand j’en ai entendu parler pour la première fois. Et puis, vous savez ce que c’est : l’occasion ne s’est pas présentée, le temps a passé… Bref. Mais quand il a fallu faire une petite liste de livres qui me feraient potentiellement très (très très très) plaisir pour mon anniversaire, c’est tout naturellement qu’il s’est rappelé à moi. Il ne fallait dès lors plus que la chronique de Joyeux Drille pour me persuader de ne pas le laisser trainer trop longtemps dans ma PAL…
Yuri vit avec sa sœur, Kira, au cœur d’un village perdu de Sibérie. Entouré d’un Blizzard impénétrable durant tout l’Hiver, celui-ci est comme coupé du monde : seule rôde aux alentours une meute de loups aux pouvoirs psychiques dévastateurs… La même meute ayant emportée la compagne de Yuri un an auparavant. Alors que le jeune homme peine encore à faire son deuil, le sort semble de nouveau s’acharner sur lui : Kira tombe subitement malade, atteinte d’un mal des plus étranges : sa peau se recouvre peu à peu de glace. Impuissant, le chaman du village la déclare condamnée et les somme de partir. Accompagnés d’Anastasia, leur amie infirmière, Yuri et Kira vont se lancer sur les pistes pour gagner la grande ville et espérer, ainsi, trouver un remède. Mais en quittant l’abri relatif de leur foyer, nos trois compagnons se mettent à la merci des loups… Voire pire.
Brrrr… J’en ai encore des frissons ! Après avoir passé deux jours en pleine toundra, je peux vous dire une chose : ce roman est certes court, mais non moins percutant. Hypnotique, même, à l’image de la superbe couverture réalisée par Aurélien Police : bien que mon rythme de lecture soit relativement lent ces derniers temps, je n’ai pu m’empêcher d’en dévorer les lignes. Et je sens, maintenant que l’heure est venue de vous en parler, qu’il me sera difficile de vous offrir quelque chose de construit : j’ai été tout à fait bouleversée par ce récit. Profondément marquée par son atmosphère délicieusement sombre, qui s’est emparée de moi aussi sûrement que rapidement. Envoûtée par ces paysages incroyables, à la beauté aussi indéniable que dangereuse…
Ouvrir Les Loups Chantants, c’est plonger dans un univers immaculé. Un univers proche (si proche !) du notre, et pourtant totalement différent. Un univers où la science n’a pas sa place, et laisse le pas aux croyances anciennes, où magie brute et pratiques occultes règnent sans partage. Le début du roman ne nous laisse guère de répit : entre la découverte de la maladie de Kira, leur bannissement du camp et le début de leur voyage ne s’écoulent que quelques pages, par ailleurs cruciales : Aurélie Wellenstein donne le ton de son récit dès les premières lignes., nous faisant comprendre qu’elle ne donnera ni dans la complaisance de façade, ni dans la surenchère inutile. Le rythme ralentit ensuite, épousant parfaitement l’intrigue : nos trois héros se lancent alors sur les chemins enneigés de Sibérie, avec pour seule compagnie leurs chiens de traineaux… C’est simple : l’auteure nous plonge si bien dans son roman que nous entendons presque les patins crisser sur la neige, le vent souffler à nos oreilles et le halètement tendu de la meute. Plus l’on avance dans notre lecture, et plus l’atmosphère devient oppressante, plus cette sensation d’inéluctabilité devient prégnante : la présence des loups se fait de plus en plus menaçante, de plus en plus perturbante. J’en suis venue à me demander si tout cela n’était pas un rêve, une manipulation de la psyché de Yuri par les loups… Depuis le début. Si le roman n’était pas rose jusqu’ici, la tension laisse peu à peu le pas à l’horreur : sans jamais en faire trop, l’auteure arrive parfaitement à instiller une aura terrible à son récit, nous donnant des sueurs froides incroyables. Une scène, notamment, m’a beaucoup marquée : nos trois héros se sont abrités au cœur d’une église, au sein d’un village fantôme. Je ne vous en dirai rien d’autre, mais voilà : cela finit en bain de sang. Et jamais, jamais l’auteure ne donne dans le gore ou les détails sanglants. Tout est suggéré à demi mot et… Que c’est puissant ! J’ai passé cette scène dans un état de semi-conscience, moi-même plongée au cœur du charnier. Une chose est certaine : la plume d’Aurélie Wellenstein m’a soufflée. Vraiment.
On lit, donc, et l’on ne peut qu’admirer la profondeur que l’auteure a su donner à son récit. S’en dégage des thèmes forts, qu’elle a su traiter avec doigté et justesse : le deuil, bien sûr, à travers la figure de Yuri (se lance-t-il dans ce voyage pour guérir ou, au contraire… ? Il y a de quoi s’interroger), mais également la question de la bestialité, cette figure mi-homme mi-bête (les loups ne sont jamais décrits comme tels, mais davantage comme des bêtes hybrides, telles des sirènes du grand Nord), et cette opposition entre croyances ancestrales et science, passé et futur… Et le poids, justement, de cette magie que l’on voudrait parfois réduire à de simples superstitions. J’ai d’ailleurs vu dans la fin un petit clin d’oeil à Cernunnos, Dieu gaulois coiffé de bois ‘_’
Vous l’aurez donc compris (du moins, je l’espère !), ce roman m’a tout bonnement passionnée. J’en ressors à contrecœur, mais surtout admirative du travail de cette auteure que je ne connaissais jusqu’à présent pas. Fort heureusement… Le Roi des Fauves est là !

En bref, coup de cœur (encore !) pour ce one-shot à la force incroyable. En instillant à son récit une inéluctabilité qui nous horrifie, Aurélie Wellenstein capte notre attention et ne la lâche plus : sa plume est magique, et son sens de l’intrigue admirable. A LIRE !


Coup de coeur !

La voix du sang, Anthony Ryan (Blood Song #1)

blood-song-tome-1

Traduit par Maxime Le Dain
Couverture par Didier Graffet

L’histoire : Vaelin Al Sorna, héros légendaire du Royaume Unifié, accomplit son dernier voyage. Sur le navire qui l’emmène vers sa condamnation, il raconte enfin son histoire…
Fils du célèbre Seigneur de Guerre, élevé au sein du Sixième Ordre, le jeune homme est confronté dès l’enfance au quotidien rude d’un combattant de la Foi. Entre les maitres sans pitié et les épreuves initiatiques mortelle, il se liera à vie à ses frères d’armes et à celle qu’il n’a pas le droit d’approcher. Guerrier redoutable, général hors pair, le destin de Vaelin dépassera les frontières et fera de lui à la fois un héros et un traitre.

Mon avis : UNE CHRONIQUE ! Incroyable, mais vrai : si vous lisez ces mots, c’est que nous sommes enfin sortis de notre retraite forcée, que la lumière éclatante d’internet a de nouveau sa place dans nos vies. C’est que cela m’a manqué (euphémisme !), de ne pouvoir vous parler de mes lectures ! Ceci dit, vous n’avez pas loupé grand chose : mis à part Blood Song… Je n’ai rien lu. Par manque de temps, mais aussi par la faute d’une vilaine panne de lecture dans laquelle j’ai bien cru m’enliser indéfiniment. Et sans l’aide de Sir Ryan, peut-être aurait-ce été le cas : fort heureusement, il est tombé à pic. 
Dire que ce roman (premier roman, qui plus est !) m’a enchantée serait bien faible, en comparaison des sensations qu’il m’a procuré : Blood Song m’a pour le moins envoûtée. Captivée. Charmée. Hypnotisée, même. De bout en bout, j’ai été fascinée par une intrigue aussi riche que sombre, aussi bien menée haletante. Là où un simple élan de curiosité m’avait poussée à l’ouvrir, c’est une véritable frénésie qui m’a enjoint de le continuer. Et de le finir, au bout milieu d’une nuit agitée, à la faveur de quelque insomnie tombant à pic. Comme souvent quand un auteur réussi à m’emporter purement et simplement dans son imaginaire, j’ai senti mon coeur s’emballer follement, mon souffle devenir de plus en plus court. Rien n’aurait, pourtant laissé présager une telle tempête : ma lecture a débuté parfaitement normalement, peut-être même un peu mollement. Cette façon d’annoncer la fin de l’action dès les premières pages, un univers ne semblant pas détonné de ce que l’on peut lire habituellement… Je m’attendais à une bonne lecture, certes, la plume de l’auteur m’étant particulièrement agréable, et son caractère évocateur n’étant pas pour me déplaire. Mais… Rien de plus. Et pourtant… Aujourd’hui, je vous le dis : c’est un nouveau coup de cœur que je vous présente, un premier tome qui me laisse sur les charbons ardents, mettant terriblement à mal ma décision de ne pas acheter de livres d’ici la fin de l’année. Mais comment résister à la suite, quand celle-ci s’affiche sans honte sur les rayonnages de mon lieu de travail ? Une épreuve m’attend, les amis, et je doute d’en sortir victorieuse.
Comme je vous le disais, Blood Song commence par la fin : le narrateur est alors un scribe chargé d’escorter un criminel de guerre vers le lieu de son jugement. Tueur d’Espoir, ainsi est-il nommé, présenté sous les traits d’une immonde brute avide de sang. Quelle n’est donc pas notre surprise quand à la faveur du récit de sa vie, nous rencontrons… Un enfant. Un enfant abandonné par son père, alors trop occupé -semble-t-il- par les vicissitudes de la guerre pour se charger de l’éducation de son Héritier, préférant le confier au sixième Ordre de la Foi, ces guerriers implacables luttant pour la généralisation de leurs croyances à travers le monde. Au milieu de ses frères d’armes, il devra apprendre et endosser le rôle qu’on lui destine… Ou mourir.
MAIIIIS ! En vrai, vrai de vrai, il va me falloir rapidement la suite. Parce que ce premier tome, là, il est déjà SUPER passionnant, alors qu’il ne fait « que » raconter l’enfance et l’adolescence de Vaelin. Ce qui est, en soi, terrible : j’ai été totalement captivée par le récit de cette enfance meurtrie, amputée. Le Sixième Ordre, compagnie rassemblant des frères guerriers là où d’autres préfèrent former des guérisseurs ou des érudits, ne les ménage absolument pas, lui et ses six compagnons : on ne peut manquer d’être parfois horrifiés devant le sort qui leur est réservé. Bien que nous connaissions l’issue du roman avant même de l’avoir terminé, on ne peut s’empêcher de frémir à l’idée que ce qu’il pourrait lui, leur arriver. Car si l’on s’attache beaucoup à Vaelin (qu’il est loin, l’impitoyable bourreau présenté dans les premières pages !), il en va de même pour ses compagnons : Nortah, Caenis, Dentos, Frentis, Barkus… Bien qu’Anthony Ryan ne soit pas de ces auteurs qui s’attarde beaucoup sur la psychologie de ces personnages, il n’en arrive pas moins à en croquer des portraits saisissants, réalistes : tout le temps qu’a duré ma lecture, il ne m’a fallu que quelques lignes pour me replonger dans le récit, et les voir ainsi apparaitre à mes côtés. Malgré tout, on ne peut oublier ce prologue nous présentant notre personnage principal sous un tout autre jour que ce que les premiers chapitres nous laissent entrevoir : comment a-t-il pu en arriver là ? Notre curiosité étant ainsi éveillée, ne manquait plus qu’une intrigue retorse mais non moins prenante pour l’attiser de plus en plus. Et cela, croyez-moi, l’auteur y arrive parfaitement : à mesure que le récit avance, on comprend que la trame de l’histoire est bien plus vaste que ce l’on avait pu croire de prime abord. Une foule de personnages secondaires intervient alors, impactant l’intrigue sur de multiples niveaux : les bouleversements immédiats, ayant menacé mon cœur d’arrêts cardiaques, et ceux à plus longs termes : l’auteur essaime de multiples indices, s’ouvre d’innombrables pistes que l’on espère emprunter dans les deux prochains opus. L’action s’élargit, rayonnant toujours autour de Vaelin mais ne se concentrant plus son son destin seul, mêlant passé, présent et futur. C’est l’Histoire d’une nation qui nous passionne désormais, l’Histoire d’une religion, aussi, de ses travers et écarts. Anthony Ryan parvient sans mal à donner un souffle épique à ses mots, et nous… Nous, nous embarquons aux côtés de ces guerriers bien trop jeunes pour les voir se tailler un destin à coups d’épées. 

Côté univers, enfin… De multiples questions se posent, et nous n’aspirons qu’à une chose : avoir des réponses, et vite. Le cadre du roman n’est pas, comme je vous le disais, d’une originalité folle… Mais après tout, cela nous importe peu. L’auteur réussi parfaitement à s’approprier les codes du genre pour nous offrir sur un plateau un univers pouvant nous paraitre familier, mais avec une Histoire, des règles, des codes qui lui sont propres. J’ai particulièrement aimé cette aura de mystère entourant la Ténèbre, et le peu d’informations que l’on parvient à glaner : on sent, confusément, que l’auteur se réserve pour la suite, nous préparant un petit tour bien à lui. 
En somme… J’ai adoré. De bout en bout, des personnages à l’intrigue, de la plume au background, j’ai adoré ce roman qui se lit avec une facilité déconcertante. Très honnêtement, je n’étais pas certaine qu’il ne subirait pas, lui aussi, l’impact dévastateur de ma panne de lecture, pensant presque le reposer au bout d’une centaine de pages. Finalement… C’est tout le contraire qui s’est produit, et je n’espère désormais qu’une chose : que la suite soit à la hauteur !

En bref, un premier tome qui m’a terriblement plu : du début à la fin, j’ai été happée par une intrigue riche en rebondissements et en surprises, à la fois bien pensée et très bien menée. On suit avec passion les traces d’un personnage principal parfaitement campé, pour lequel on ne cesse de trembler… A QUAND LA SUITE ?!

158d0-coupdecoeur2
Coup de cœur !

L’épée brisée, Poul Anderson

81anjiemcul

Traduit par Jean-Daniel Brèque

Couverture par Nicolas Fructus (édition Le Bélial’)

L’histoire : Voici l’histoire d’une épée qu’on dit capable de trancher jusqu’aux racines mêmes d’Yggdrasil, l’Arbre du Monde. Une épée dont on dit qu’elle fut brisée par Thor en personne. Maléfique. Forgée dans le Jotunheim par le géant Bölverk, et appelée à l’être à nouveau. Une épée qui, une fois dégainée, ne peut regagner son fourreau sans avoir tué. Voici l’histoire d’une vengeance porteuse de guerre par-delà le territoire des hommes. Un récit d’amours incestueuses. De haine. De mort. Une histoire de destinées inscrites dans les runes sanglantes martelées par les dieux, chuchotées par les Nornes. Une histoire de passions. Une histoire de vie…

Mon avis : Honte à moi, mais je ne connaissais pas ce Monsieur. Poul Anderson, ou l’auteur mis sur un pied d’égalité avec Tolkien par notre bien aimé Michael Moorcock… Ce qui n’est pas rien ! Quand j’ai eu vent de la sortie en poche de L’épée brisée, j’ai donc sauté sur l’occasion d’améliorer ma culture SFFFesque et découvrir ce grand classique (écrit en 1954, comme La communauté de l’anneau !). Qui n’aura d’ailleurs pas fait long feu, puisqu’il fut expédié en deux soirées. Si peu !
Ce récit nait d’une vengeance. D’une vengeance terrible, venant d’une femme s’étant promis d’anéantir toute une lignée. De deux garçons, l’un homme élevé parmi les elfes, l’autre troll changelin, mis à sa place à la tête d’une fratrie fort prometteuse. C’est également l’histoire d’une épée. Du réceptacle de tant de violence que l’on ne peut que frémir en la contemplant, d’une promesse de mort et de destruction. C’est enfin une ode à la mythologie scandinave, une véritable Geste dans toutes les règles de l’art, une presque tragédie grecque, une œuvre foisonnante et extrêmement riche, à qui l’on concède volontiers le titre de précurseur en matière de fantasy. Tout ça !
J’avoue avoir toujours un peu peur en me lançant dans des romans datant de plusieurs dizaine d’années, et plus particulièrement quand il s’agit de fantasy. Étant habituée aux codes plus récents du genre, je n’y trouve parfois pas ce que je recherche. Pour autant… L’épée brisée m’a passionnée. Fascinée, même. Poul Anderson nous offre un récit tout à fait épique, aux allures de fable historique. Que ne donnerais-je pour l’entendre conté au coin d’un feu ! Avec un plaid bien chaud et de quoi empêcher mes mains de trembler, parce que l’atmosphère est simplement glaciale : non pas que je n’en attendais moins de la part du mentor du père d’Elric, mais nous sommes ici plongée dans une Fantasy des plus dark, où les personnages – qu’ils soient centraux ou secondaires, à quelques exceptions près- n’ont ni limites, ni morale : que nous sommes loin du ton parfois bon enfant employé par Tolkien ! Si la comparaison est immanquable, elle n’en souligne que mieux les différences de ces deux œuvres majeures. Là où l’une plaçait l’espoir en première ligne, la seconde nous plonge dans un univers noir où la loi du plus fort règne en maitre, où chacun manipule l’autre, pour tous se retrouver sur l’échiquier de dieux pas beaucoup plus moraux que leurs fidèles. Une ambiance que l’on ressent par ailleurs extrêmement bien dans la couverture imaginée par Nicolas Fructus (d’où le fait que j’ai préféré mettre celle-ci plutôt que celle de ma propre édition) : violence, trahisons et descriptions sans complaisance sont au programme, et nous frémissons devant cette intrigue tout sauf édulcorée.
Côté univers, je vous le disais, Poul Anderson mêle Histoire et Fantasy avec brio : Angleterre, Normandie ou encore Écosse sont ainsi explicitement nommées, son intrigue se déroulant manifestement aux alentours du Xe siècle, au cœur des raids du peuple Vikings. S’invitent alors Trolls, Elfes, Nains et autres Gobelins, mais également Thor, Odin, Loki et consorts. C’est tout une mythologie que nous retranscrit ici l’auteur, et j’avoue avoir été particulièrement sensible au talent dont il fait preuve pour rendre tout cela plus que plausible. On s’y croirait presque, là, tranquillement installés sur notre canapé.
Que vous soyez amateurs de mythologie scandinave, en quête d’un roman au souffle épique ou amateurs de Dark Fantasy, vous y trouverez donc votre compte : L’épée brisée ne dépasse certes pas les 400 pages, mais son poids est indéniable : me voici pour ma part plus que ravie d’avoir enfin découvert cet auteur majeur qui, je l’espère, n’a pas fini de peupler ma bibliothèque !

En bref, un roman qui a su me surprendre et me passionner : Poul Anderson est sans conteste l’une des figures majeures de la fantasy anglo-saxonne, sa patte se retrouvant dans bien des œuvres plus récentes. Mêlant Dark Fantasy, mythologie nordique et véritable fresque épique, L’épée brisée est un incontournable du genre !

On en redemande
On en redemande !

Les Terres de l’Est, Chloé Chevalier (Récits du Demi-Loup #2)

19.08.Terres-de-lest

Se le procurer :
Decitre FNAC-logo-noir-et-blanc-UNE-communication

Premier tome : Véridienne

L’histoire : Deux ans ont passé. La Preste Mort poursuit ses ravages et la scission entre les deux domaines du royaume, Véridienne et les Éponas, se creuse chaque jour davantage. Aux deux Suivantes, Lufthilde et Nersès, il revient d’œuvrer dans l’ombre de leurs reines pour éviter le pire. Ballottées entre la frivolité de Calvina, les lubies imprévisibles de Malvane et la colère grandissante des comtes et du peuple, l’une comme l’autre peinent à se montrer à la hauteur de la tâche. Tandis que de vieilles querelles de jeunesse se muent peu à peu en dangereux jeux de pouvoir, à l’Est, l’Empereur tourne son regard et ses légions vers le Demi-Loup. Pour Cathelle et Aldemor, la Suivante et le prince renégats, l’heure approche de sortir de l’ombre et, enfin, de prendre leur revanche.

Mon avis : QUE JE L’ATTENDAIS ! Que je l’attendais ce deuxième tome, après avoir dévoré le premier ! J’avais follement aimé cette intrigue à la fois originale et bien menée, mettant en scène des personnages hauts en couleurs et superbement croqués. Je n’ai donc pas attendu longtemps avant de passer à la suite sitôt celle-ci sortie, curieuse de voir ce que ça allait donner… Mais surtout confiante : avec un tel début, cet opus ne pouvait qu’être bon 🙂
Et le fait est : il est même excellent ! Si je ne l’ai pas lu aussi vite que le 1er (et pourtant, ce n’était pas faute de le vouloir), je me suis autant régalé, voir davantage. J’épargnerai aux lecteurs n’ayant pas encore eu la chance de se plonger dans la série la malédiction du spoil en ne vous résumant pas l’intrigue de ce tome-ci : sachez seulement que deux ans ont passé, et que le Demi-Loup est au bord du gouffre. Nous y retrouvons nos deux princesses et leurs Suivantes (sachant que seules ces dernières ont la parole – Cathelle comme narratrice, Nersès et Lufthilde via leurs correspondances mutuelles), ainsi qu’Aldemor (dont nous découvrons -enfin !- l’adolescence tourmentée). L’atmosphère y est plus sombre, et pour cause : les évènements tragiques du 1er tome ont laissé une plaie enflammée et purulente dans tous les esprits, petit peuple et noblesse confondus.
Si Chloé Chevalier avait su attiser en moi les émotions les plus contraires avec son premier tome… Que dire de celui-ci ? J’ai pleuré, pleuré à en perdre haleine, et ce… Plusieurs fois. J’ai frémis, me suis rongé les sangs, ai lu avec avidité, tremblante à l’idée de ce que je pourrais découvrir en tournant la page. Les révélations sont terribles, même si la fin du premier opus le laissait présager : »tu ne leur a donc pas dit ? »… Ces quelques mots lancés par la Reine prennent ici tous leur sens, l’auteure nous assenant une claque… Magistrale. Et elle le fait avec brio : Miss Chevalier est une conteuse née. La moindre phrase, le moindre mot possède une saveur toute particulière, nous donnant la sensation d’être, simplement, parfaitement à sa place. J’ai particulièrement apprécié les longues phases descriptives durant lesquelles elle fait naitre sous nos yeux les paysages des Plaines Jaunes, mais aussi de ces fameuses Terres de l’Est : à travers le périple d’Aldemor (chut, je ne vous ai rien dit !) et de ses mémoires, c’est toute une culture que nous découvrons,  dépeinte avec subtilité et justesse : l’auteure n’en fait jamais trop, parvient à doser merveilleusement chacun des aspects de son roman. Et le résultat est là : nous sommes happés dans un tourbillon d’émotions, entièrement soumis au bon plaisir de l’auteure… Et à sa plume acérée, virevoltante, virtuose.
J’ai conscience de ne pas vous avoir offert, une fois encore, une chronique académique : je l’ai volontairement axé sur les émotions que cette lecture a pu me procurer, car l’essentiel est finalement là : vous faire comprendre que vous avez à portée de regard une perle de fantasy, un ouvrage dans lequel vous plonger à corps (et à cœur !) perdu. Un grand merci aux Moutons pour avoir déniché cette pépite, un grand merci à Melchior Ascaride pour lui avoir offert l’écrin qu’elle mérite… Et un immense merci à Chloé Chevalier pour ces quelques jours hors du temps. Merci, vraiment.

En bref, un deuxième tome qui m’aura laissée pantelante, les yeux humides et le cœur battant : le rythme ne faiblit pas un seul instant, l’intrigue nous emporte sans ménagement et la plume est toujours aussi exaltante. En somme, c’est une merveille que nous avons, bien loin de l’habituel tome transitoire : Chloé Chevalier pèse chacun de ses mots avec soin, tisse sa toile avec une dextérité certaine, et le résultat… Est bel et bien là. COUP DE CŒUR !

725a8-coupdecoeur2
Coup de cœur !