Membrane, Chi Ta-Wei

Traduit par Gwennaël Gaffric

(N’ayant pas trouvé d’illustration convenable, j’ai pris la couverture de l’édition GF à la place de celle du poche ;))

L’histoire : Momo, une jeune esthéticienne réputée mais solitaire et marginale, vit dans une ville sous-marine d’un monde futur à l’écologie bouleversée. Ayant contracté enfant un virus d’un genre nouveau, il semble qu’elle ait subi de multiples transplantations d’organes artificiels.
Dans ce monde où les corps, les identités et les sexes se métamorphosent et se réinventent, les humains sont-ils encore maîtres de leur mémoire et de leur avenir ? Quel est le véritable passé de Momo ? Les prodigieuses membranes dont elle fait usage dans sa clinique auraient-elles une fonction insoupçonnée ?

Mon avis : Membrane est entré dans ma PAL un peu par hasard, alors que je n’en avais jamais entendu parler, ni de lui, ni de son auteur (bouuuh !). En me fiant uniquement à son résumé, donc, je me suis lancée à l’assaut de ce petit roman ma foi fort court… Mais non moins intense.
À l’aube du XXIIe siècle, nous découvrons une Terre dévastée par un réchauffement climatique que nul n’a su endiguer, contraignant la race humaine à se réfugier… Dans d’immenses cités sous-marines. C’est dans ce cadre que nous rencontrons Momo, jeune femme de 30 ans et esthéticienne de renom : dans une société où le paraitre et les soins de la peau sont primordiaux, l’artiste a pourtant décidé de vivre retirée loin du monde, n’entretenant de contact physique qu’avec ses clients, qu’elle choisi avec soin. Atteinte d’une grave maladie ayant nécessité une lourde opération quand elle avait dix ans, elle a également rompu tout lien avec sa mère peu après sa sortie d’hôpital… et l’on comprend, rapidement, que ce mal la ronge énormément. Mais, peu de jours avant son trentième anniversaire, « Maman » reprend contact avec elle : elle souhaite la voir. Mais, pourquoi cette envie soudaine ? Que cherche-t-elle, en voulant renouer avec sa fille unique ?
Membrane fait partie de ces OLNI que je serais bien en peine de classifier (si tant est que cela s’impose). Nous sommes de toute évidence dans un contexte post-apocalyptique, mais celui-ci reste relativement survolé : de par le format réduit du roman, l’auteur esquisse brièvement le cadre avant de s’attaquer à son intrigue en elle-même… Une intrigue qui n’en finit pas de nous surprendre. Si le début m’a paru un peu longuet, j’ai dévoré la seconde moitié du récit sans voir les pages défiler : j’avoue ne pas avoir une seconde anticipé la chute du roman. D’autant que l’auteur nous propose des thèmes pour le moins accaparants : la relation mère-fille tout d’abord, qui prend une place primordiale au sein du roman : qu’est-ce qui a bien pu pousser cette femme à abandonner son enfant, et pourquoi vouloir la revoir après tant d’années ? Deuxièmement, l’aspect particulièrement décomplexé de la sexualité : l’homosexualité est monnaie courante dans cette société futuriste, tout comme la transsexualité : c’est l’humain en tant que tel qui est mis au premier plan, et non son genre particulier, l’identité n’étant pas liée au sexe. Si la sexualité des personnages (et je ne parle qu’en matière de littératures de l’imaginaire, étant quelque peu larguée pour les autres genres) tend à s’assouplir de plus en plus, rares sont les auteurs à traiter l’homosexualité (et, de fait, le reste) comme quelque chose allant de soi : Chi Ta-Wei n’y prête ici pas grande attention (c’est du moins comme cela que je l’ai ressenti), se contentant d’énoncer un fait : telle est la société dans laquelle son héroïne évolue, point.
Le côté SF, lui… reste relativement secondaire : il ne s’agit pas d’un thème central, mais plutôt d’un relais servant une intrigue centrée sur le personnage de Momo. Je ne peux malheureusement pas vous en dire davantage, pour ne pas risquer de vous dévoiler une information cruciale… Mais je dois bien avouer avoir été un petit peu (tout petit peu, seulement) frustrée de ne pas avoir un background plus détaillé que ça : il y a tellement de potentiel dans le cadre imaginé par l’auteur que je me suis un peu emballée, des questions fusant à tout va dans ma tête. Pour autant, l’on se fait rapidement que ce n’est pas ce genre de livre que nous avons entre les mains : Membrane se situe davantage sur le plan psychologique qu’autre chose.
Finalement… Membrane aura su me toucher par sa singularité et sa profondeur. Même si Momo apparait très nettement comme un personnage excessivement peu sociable, je me suis sentie proche de cette jeune femme percluse de doutes et de traumatismes enfouis. L’intrigue développée par Chi Ta-Wei m’aura passionnée, et je ne peux désormais qu’espérer que ses autres romans seront traduits sous peu !

En bref, un roman à la croisée des genres qui aura su me séduire malgré un début un peu poussif : à découvrir !


On en redemande !

Bois d’Ombre, Nathalie Dau (Le livre de l’Enigme #2)

Couverture réalisée par Melchior Ascaride (N’est-elle pas splendide ?!)

Premier tome : Source des tempêtes

L’histoire : Les ténèbres ont un cœur de lumière.
Une abomination. C’est ainsi que me voient les hommes. Nombreux voudraient que je n’existe pas. D’autres rêvent de m’asservir, corps et âme. Même Cerdric attend de moi que je renonce aux robes bleues de l’Équilibre, car elles augurent d’un avenir trop dangereux. Mon frère ignore ce que j’endure au Séminaire. Mais, pour respecter l’Énigme et entrer dans Bois d’Ombre, il me faut en passer par là, et trouver de quoi conserver ma lumière.

Mon avis : … Je suis littéralement au bout de ma vie. AU BOUT. Au bout, parce que Nathalie Dau m’a mise à genoux. Oh, elle m’avait prévenue, que ce deuxième tome serait pire que le premier, niveau souffrance. Et pourtant, je m’y suis lancée le cœur léger, ravie de retrouver Cerdric et Ceredawn, convaincue que je saurais faire face. J’y suis allée la fleur au fusil, et bien mal m’en a pris : me voilà prostrée sur mon canapé, le cœur en miette, incapable de me plonger dans un autre bouquin.
Non pas que la fin soit SI terrible. Elle l’est, évidemment, parce qu’elle laisse présager de sombres évènements. Mais… C’est l’ensemble du récit qui m’a brisée. L’ensemble, parce que l’auteure poursuit sans sourciller le but qu’elle s’était fixé : nous offrir un roman sans concession ni faux-semblant, sans tour de passe-passe ni facilités. Le premier tome m’avait bouleversée : j‘y avais trouvé un récit extrêmement riche, une intrigue superbement menée et des personnages aussi vivants qu’il est possible de faire. Je m’étais énormément attachée à nos deux principaux héros, et les quitter avait été particulièrement difficile. Le coup de cœur avait été bel et bien là, niché au creux de mon ventre et explosant tel un feu d’artifice une fois la dernière page tournée. Et malgré l’année séparant ces deux lectures, je me souvenais encore avec justesse et précision des émotions que m’avait procuré le premier tome : c’est pourquoi j’étais particulièrement sereine en attaquant cette suite, ayant pleine confiance en Nathalie Dau pour m’offrir un moment inoubliable. Sereine, donc, et curieuse : car le temps des voyages était bel et bien terminé, Ceredawn entrant pour six ans au Séminaire, Cerdric choisissant de l’attendre dans la ville voisine. Qu’allait-il donc bien pouvoir ressortir de tout cela ? Évidemment, je n’en dirai pas plus : ni pour vous, qui n’avez pas encore eu la chance de découvrir la série, ni pour vous, qui avez su patienter et n’avez pas encore ouvert ce deuxième opus. Bien vous en a pris, d’ailleurs : je me mords désormais les doigts de n’avoir su patienter, tant je pressens que l’attente sera cruelle. Il faut dire que… Je n’ai pas su le faire durer : contrairement au premier, dont j’avais étalé la lecture sur plusieurs jours, voire une bonne semaine, j’ai lu celui-ci en deux tout petits jours. La faute, me direz-vous, à un voyage en train particulièrement long, et une journée de repos improvisée. Oui, mais… Même : même si je n’avais pas eu ce temps libre tombant à pic, je crois que j’aurais tout fait pour pouvoir rester plongée dedans. Parce que Nathalie Dau nous met sur les charbons ardents, ne termine pas un seul chapitre sans faire naitre en nous le sournois « Et après ?! » qui nous pousse à lutter contre le sommeil pour tourner encore une, deux, dix pages. Je l’ai donc lu, rapidement. Dévoré, même. Non pas qu’il soit moins exigeant que Source des tempêtes, notez-le bien : il est simplement plus… Stressant, angoissant. Le texte est aussi dense, la plume aussi merveilleusement poétique, l’intrigue aussi riche, voire davantage. Les émotions des personnages s’exacerbent, et eux-mêmes ne cessent de gagner en nuances, en profondeur. Si j’avais cru cela possible ! Il n’y avait déjà pas de manichéisme dans le précédent tome, et cela s’affirme avec celui-ci : les mauvais n’ont jamais aussi bien porté leur part de lumière, et les bons… Les bons s’assombrissent, bien malgré nous. Que j’ai pleuré, mais que j’ai pleuré ! Qu’elle ne nous épargne rien, ni en faits, ni en mots ! Le poing serré contre mes lèvres, je ne pouvais détacher mes yeux du texte : les passages les plus terribles m’ont fait l’effet d’un véritable cyclone, ravageant mon cœur de lectrice si peu accroché. J’ai lu avec fébrilité, oui, mais aussi avec horreur, stupéfaction, épouvante.
Et admiration, toujours : c’est une partition bien cruelle que se décide à jouer l’auteure, une partition à la beauté enivrante et blessante. Chaque note sonne juste, et l’harmonie de sa toile ne se dément absolument pas avec ce deuxième opus : elle gagne au contraire en profondeur, en richesse. J’ai été émerveillée, oui, à travers mes larmes. Parce que Bois d’Ombre ne fait que renforcer ma conviction d’avoir en face de moi une auteure d’exception, à la voix envoutante, mais aussi une femme d’une terrible empathie : car, comment parler aussi merveilleusement des émotions de ses personnages, comment créant d’aussi vibrants portraits si l’on ne porte pas en soi une grande sensibilité ? L’amour, l’horreur, l’amitié, la honte, l’échec, l’espoir, la vie… C’est une ode que nous écoutons-là, une ode splendide qui ne pourra que vous toucher.


COUP DE CŒUR !

Lu dans le cadre du Mois de Nathalie Dau, un grand merci à Dup et Phooka ❤️

1er ITV
2e ITV
3e ITV
4e ITV
5e ITV

Glass Sword, Victoria Aveyard (Red Queen #2)

Traduit par Alice Delarbre

L’histoire : Mare Barrow a le sang rouge, comme la plupart des habitants de Norta. Mais comme les seigneurs de Norta, qui se distinguent par leur sang couleur de l’argent, elle possède un pouvoir extraordinaire, celui de contrôler la foudre et l’électricité. Pour les dirigeants de Norta, elle est une anomalie, une aberration. Une dangereuse machine de guerre.
Alors qu’elle fuit la famille royale et Maven, le prince qui l’a trahie, Mare fait une découverte qui change la donne : elle n’est pas seule. D’autres Rouges, comme elle, cachent l’étendue de leurs pouvoirs. Traquée par Maven, Mare fait face à sa nouvelle mission : recruter une armée, rouge et argent. Aussi rouge que l’aube, plus rapide qu’un éclair d argent. Capable de renverser ceux qui les oppriment depuis toujours.
Mais le pouvoir est un jeu dangereux, et Mare en connaît déjà le prix.

Mon avis : Que je l’attendais, celui-ci ! Ayant lu le premier tome lors de sa sortie poche, je n’avais eu de cesse, depuis, d’appeler de tous mes vœux le deuxième, résistant tant bien que mal au grand format. Vous vous en souviendrez peut-être, j’avais effectivement eu un GROS coup de cœur pour Red Queen, le trouvant à la fois original et hyper prenant, et doté -qui plus est- de personnages fort bien construits. Se terminant sur un bon gros cliffhanger, il nous promettait une suite à la hauteur, voire davantage…
Glass Sword reprend ainsi où son prédécesseur s’était arrêté (on surligne, pour ceux l’ayant lu !) : Après son intégration à la famille royale pour avoir manifesté des pouvoirs dignes d’une princesse Argent tout en étant une simple Rouge, Mare avait finalement été trahie par Maven, son promis, devenant aux yeux de tous une paria… Tout comme Cal, lui aussi manipulé et trahi de la pire des façons. Ayant rejoint la Résistance, charge à eux de s’y faire une place… Mais comment y arriver, quand nul ne vous fait confiance, quand nul ne vous est semblable ? Pourtant, une information cruciale pourrait bien changer la donne : Mare n’est pas seule. Et si elle est courant de l’existence de ces autres mutants, Maven l’est aussi. Prendre le nouveau roi de vitesse est désormais une question de survie…
BON. Alors, je suis désolée, mais je ne vais pas être très tendre… Quand bien même ma lecture fut agréable. Agréable, oui. Agréable, quand je m’attendais à ce qu’elle soit… Je ne sais pas, EXPLOSIVE ! Incendiaire ! Incroyable, en un mot ! En vérité, j’ai trouvé ce deuxième opus en deçà du premier : oui, il se lit plutôt bien. Oui, Victoria Aveyard continue de nous passionner. Mais… C’est loooong ! C’est lent !!!! C’est que l’on arrive dans une partie cruciale du récit : Mare et Cal se lancent à la recherche des autres mutants, tout en luttant de toutes leurs forces pour devancer Maven. C’est une véritable course contre la montre, où le prix à gagner est une vie sauve… Et un potentiel soutien de plus dans un combat qu’ils sont loin d’avoir gagné. Autant dire qu’il y a de l’enjeu dans ce deuxième opus, et je ne vous parle pas des relations entre les personnages qui se complexifient énormément de par les évènements éprouvants du tome précédent De l’enjeu, donc. De la tension. Et pourtant… Pourtant, rien, ou presque : je m’imaginais déjà lire avec avidité, il n’en fut rien. Pire, je me suis parfois ennuyée, ne lisant que d’un œil fatigué. Oh, oui ! J’ai bien veillé pour terminer ma lecture ! Mais c’était plus histoire de me mettre un coup de pied aux fesses pour en finir qu’autre chose : j’en avais marre, marre de trainer ce deuxième tome tel un boulet, de n’y trouver de l’intérêt que par intermittence. Oui, oui je suis dure, j’avoue. Parce qu’au fond, j’étais contente de les retrouver, nos zigotos. J’étais contente de les suivre, une nouvelle fois. Mais je m’attendais à bien, bien plus, et surtout pas à ces moments où l’on a simplement l’impression qu’ils… Tournent en rond. Même la fin, qui sonne de nouveau comme LE cliffhanger qui tue, n’a pas réussi à me surprendre : on la voit venir depuis le début, ou presque. Le flop.
Côté personnages… Mare m’a clairement pris la tête. Oui, celle qui m’avait tant touchée précédemment m’a lassée, avec ses geignements et sa tête de lard. Évidemment, ce qu’elle vient de vivre est extrêmement traumatisant. Mais… Je ne sais pas, c’est une caractéristique commune à toutes les héroïnes un peu badass de passer par la phase « Je suis seule au monde, personne ne m’aime » ?! Une fois, deux fois, admettons. Mais en le répétant à longueur de temps, ça commence à devenir un peu… Oppressant, vous voyez ce que je veux dire ? Que j’aurais aimé que l’auteure s’appesantisse plus sur Cal, ou Shade, ou… Tous les autres, en fait ! Il y a tellement de personnages intéressants qui font leur entrée, que j’ai vécu leur mise de côté comme un crime de lèse majesté. J’ai été frustrée, oui, et à plus d’un titre. Cette lecture fut frustrante, VOILÀ.
Vous l’aurez compris, j’ai été un poil déçue. Déçue, et pourtant je ne peux m’empêcher de me demander ce que donnera le troisième opus, prévu pour dans une dizaine de jours. Malgré le goût doux-amer de celui-ci, j’aurai donc bien du mal à ne pas me jeter sur la suite, histoire de voir… Et bien, si Mare aura repris ses esprits. Espérons que oui, car cette série reste vraiment prometteuse !

En bref, une lecture en demi-teinte avec ce deuxième tome qui n’aura pas été, à mon goût, à la hauteur du premier. Espérons que la suite fera mieux !

Tuto n°1 : Embrasser comme une déesse, Brianna R. Shrum

Traduit par Maud Ortalda

L’histoire : Suite au remariage de son père avec une femme beaucoup plus jeune que lui, Renley n’a quasiment plus aucun contact avec sa mère, partie vivre à New York depuis 4 ans. La jeune fille est une tête en maths – bref, on ne peut pas dire que ce soit la plus cool des lycéennes – et entretient une relation platonique avec son voisin et meilleur ami, aux côtés duquel elle a grandi. Car même s’il est très amoureux, elle ne se voit pas du tout sortir avec lui. Pour un voyage de classe…à New York justement…Renley a besoin de réunir un peu d’argent et décide de lancer une chaîne de tutos qu’elle monétise. L’argument ? Des réponses d’expert, vécues de première main, aux questions que se posent les ados. Jalouse de son indépendance, elle préfère garder sa véritable identité secrète. C’est le début d’une quête qui va la transformer et changer le regard que les autres portent sur elle.

Mon avis : Il faut que je vous avoue quelque chose. Il se pourrait que… J’ai complètement craqué pour cette couverture, qui fait étrangement écho à mon côté fleur bleue. Le jeu des couleurs, tout ça… Vous voyez ce que je veux dire ? J’adore ‘_’ BREF. Laissons-là mon côté superficiel et parlons plutôt du livre en tant que tel : petite nouveauté de chez Lumen, il nous raconte l’histoire d’une lycéenne lambda, Renley. Vivant avec son père et sa belle-mère, cette jeune fille fait partie de la classe moyenne au lycée : ni populaire ni paria, elle vit sa vie sans faire de vagues. Mais quand son professeur de maths annonce un potentiel voyage à New York pour la bagatelle de 3000 $, Renley prend une grande décision : plutôt que de chercher un petit boulot pour réunir la somme, elle se lancera dans les tutos internet payants… De manière anonyme, histoire d’entretenir un peu de mystère. Des tutos, oui, mais de quoi ? Et bien… Tout dépend des questions de ses abonnés : de la meilleure manière de se faire un œil de biche à la technique pour embrasser comme une déesse, Renley devra donner de sa personne… pour le meilleur et pour le pire !
Que l’on se le dise : j’ai beaucoup aimé ma lecture. C’est léger, drôle, et ça le lit clairement tout seul : en quelques heures, je l’avais ouvert et refermé, le cœur un peu plus léger. Les personnages sont attachants, et l’on se prend facilement au jeu de savoir si, oui ou non, Renley va réussir à mener son projet jusqu’au bout sans y laisser des plumes. L’écriture de l’auteure est fluide et nous fait l’effet d’un baume apaisant : ce roman pourrait être comparé à un petit bonbon acidulé.
Le souci, avec ce genre de bonbons… C’est que, bien souvent, quand on en a mangé un, on les a tous goutés. Et c’est ce qu’il se passe avec ce récit : si notre lecture est agréable et efficace, il n’en reste pas moins que je l’ai trouvée plutôt convenue : les personnages, bien qu’attachants, ne sortent pas vraiment du moule et ne me laisseront, malheureusement, pas  d’impression impérissable : la jeune fille qui ignore sa beauté, le beau gosse inaccessible, le meilleur ami devenu subitement bien attirant… On les connait ! Et ils finissent, malheureusement, par ne plus avoir d’identité propre mais par être de simples personnages-types auxquels on n’a recourt sans les retravailler. J’aurais notamment aimé que l’auteure approfondisse la relation de Renley avec ses parents, je pense qu’il y avait là matière à faire quelque chose de vraiment touchant, pouvant de plus parler à beaucoup d’ados. L’intrigue, quant à elle, est quelque peu cousue de fil blanc : pas de grandes surprises à noter, et l’on devine très vite comment les choses vont tourner… La faute au sujet déjà sur-traité : accordons à l’auteure qu’il est en effet particulièrement délicat de se démarquer dans le registre qu’elle a choisi, tant la production est importante.
Finalement… Que retenir ? Tuto n°1 : Embrasser comme une déesse plaira sans conteste aux ados souhaitant lire une histoire légère, mêlant amour et amitié, peuplée de personnages qui leur seront proches. Il restera pour moi une lecture parfaite pour se détendre après une bonne journée de boulot, même si j’aurais aimé un peu plus de profondeur, tant côté intrigue que personnages : je pense, pour le coup, ne pas être dans la cible visée pour ce roman !

En bref, un petit roman se lisant vite et bien, qui plaira très certainement à un public adolescent recherchant des récits aux thèmes qu’ils connaissent bien !


Un bon moment !

J’ai toujours cette musique dans la tête, Agnès Martin-Lugand

L’histoire : Yanis et Véra ont la petite quarantaine et tout pour être heureux. Ils s’aiment comme au premier jour et sont les parents de trois magnifiques enfants. Seulement voilà, Yanis, talentueux autodidacte dans le bâtiment, vit de plus en plus mal sa collaboration avec Luc, le frère architecte de Véra, qui est aussi pragmatique et prudent que lui est créatif et entreprenant. La rupture est consommée lorsque Luc refuse LE chantier que Yanis attendait. Poussé par sa femme et financé par Tristan, un client providentiel qui ne jure que par lui, Yanis se lance à son compte, enfin.
Mais la vie qui semblait devenir un rêve éveillé va soudain prendre une tournure plus sombre. Yanis saura-t-il échapper à une spirale infernale sans emporter Véra ? Son couple résistera-t-il aux ambitions de leur entourage ?

Mon avis : Il y a quelques temps, je découvrais la plume d’Agnès Martin-Lugand avec son roman Désolée, je suis attendue, qui m’avait beaucoup plu. J’avais aimé la plume de l’auteure, son sens de l’intrigue et ses personnages hauts en couleurs… Et ai donc souhaité réitérer l’expérience avec son petit dernier, dont l’une de mes collègues m’avait dit le plus grand bien. Et, effectivement… Je l’ai lu en une soirée ! Fait rare qui n’était pas arrivé depuis un long moment, je l’ai dévoré en quelques petites heures, totalement absorbée par ma lecture 🙂 Il faut dire que ce roman, plus que le précédent, possède un petit côté sombre qui m’a mise sur les charbons ardents. J’oserai même dire qu’il m’a noué l’estomac, le bougre !
Nous y rencontrons Yanis et Véra, un couple de quarantenaires parents de trois enfants… Et, surtout, amoureux fous. Alors que Véra travaille dans une agence de voyage, Yanis, lui est associé à son beau-frère dans un cabinet d’architecture… Une association qu’il supporte de plus en plus mal, tant le fait qu’il ait tout appris sur le terrain lui pèse. Après une dispute de trop, c’est la rupture : Yanis se retrouve sans travail… Jusqu’à ce qu’il tombe sur Tristan, homme d’affaires mystérieux qui le pousse à s’établir en son propre nom, quitte à se porter garant pour lui. Yanis hésite, et se jette finalement à l’eau : une telle chance est bien trop belle pour la laisser passer… N’est-ce pas ?
Ouuh, que cette chronique va être délicate à écrire ! Le tout, c’est de ne pas vous en dévoiler trop : l’élément de surprise est crucial, et participe de manière décisive à la montée en puissance de l’intrigue. Agnès Martin-Lugand joue très bien sa partition en captant notre intérêt très rapidement, et ne le lâche pas : j’ai vraiment été captivée par ce récit qui démarre doucement, en nous présentant des personnages attachants auxquels je me suis beaucoup identifiée, puis en instillant une aura de malaise parfaitement dérangeante qui ne pourra laisser quiconque indifférent. Malgré la fatigue, malgré la journée du lendemain qui promettait d’être harassante, j’ai donc lu, encore et encore, les mains crispées sur mon bouquin. D’intriguée, je suis passée à méfiante, me retenant de jeter un coup d’œil angoissé derrière mon épaule. Et… J’ai aimé ça ! Parce que l’auteure m’a beaucoup surprise, ce n’était pas du tout un terrain sur lequel je l’attendais. Nous ne sommes pas dans le thriller ou le polar… Mais presque. Mais je ne vous en dis pas plus !
Quoi qu’il en soit, je pense que ce récit sera à même de plaire à beaucoup : les lecteurs aimant les récits de vie présentant des personnages forts qui nous marquent par leur vitalité y trouveront leur compte, tout comme ceux avides de suspense et d’intrigues non cousues de fil blanc. J’y ai pour ma part trouvé mon compte, quitte à y perdre ma nuit !

En bref, ce nouveau roman d’Agnès Martin-Lugand ne sera pas sans surprendre les inconditionnels de l’auteure, tant ce petit côté sombre dénote dans sa bibliographie… Elle s’en sort pourtant particulièrement bien, nous offrant un récit prenant et bien ficelé. On en redemande !


On en redemande !

Le sixième sommeil, Bernard Werber

Couverture réalisée par Valentino Sani

L’histoire :

PHASE 1
Assoupissement
PHASE 2
Sommeil léger
PHASE 3
Sommeil lent
PHASE 4
Sommeil très profond
PHASE 5
Sommeil paradoxal
PHASE 6
Le sixième sommeil.
Celui de tous les possibles.

Mon avis : En cinq ans, aucun roman de Bernard Werber n’a été chroniqué ici. Pas un. Oh, je vous en ai bien parlé, à de multiples reprises : des Fourmis aux Thanatonautes, je n’ai pas manqué de vous dire que je lui devais mon goût démesuré pour la lecture. Mais je n’ai pas non plus oublié de vous dire… Que j’avais été cruellement déçue, avec ses dernières parutions. Qu’elles étaient loin d’avoir la fougue et la justesse de ses premiers romans, que j’avais parfois l’impression que son rythme d’écriture effréné mettait en péril la qualité de ses écrits. Bref, après Troisième Humanité, j’ai abandonné. Je me suis dit que je préférais garder intacts mes bons souvenirs avec lui, sans les entacher avec une déception de plus.
Et puis… Et puis, j’ai craqué. VOILÀ. Parce que je n’ai aucune volonté, et que j’avais quand même peur de passer outre une potentielle bonne lecture. J’ai donc profité de sa dernière sortie en poche pour refaire une petite plongée dans l’imaginaire teinté de sciences de cet auteur que j’affectionnais tant…
Et, finalement, force est de dire que ça a plutôt pas mal marché. Bon, disons-le : ce n’est pas un coup de cœur… Mais… J’ai passé un bon moment, oui. Cette fois-ci, et comme le titre l’indique, c’est au sommeil que s’intéresse l’auteur. Les cinq stades que nous connaissons plus ou moins tous ( Assoupissement – Sommeil léger – Sommeil lent – Sommeil très profond – Sommeil paradoxal)… Mais aussi ce mystérieux sixième stade, faisant du monde des rêves une nouvelle Terra Incognita que ses héros se mettront en devoir d’explorer.
Une nouvelle fois, Bernard Werber nous montre qu’il peut recycler son ancienne casquette de journaliste scientifique sans trop de difficulté : son roman fourmille de petits détails passionnants rendant la lecture particulièrement attractive, d’autant que le sujet ne m’est clairement pas familier. On ressort du roman avec de nouvelles connaissances en main, fait non négligeable et tout à fait appréciable. Cela compense d’ailleurs deux choses : les personnages centraux assez peu charismatiques, sans trop de substance et relativement anecdotiques (on est loin de 103e et de Michael !), et l’action parfois un peu mollette qui m’a fait, je l’avoue, sauter quelques paragraphes. Ce qui explique pourquoi cette lecture, bien que m’ayant fait passé un moment somme toute agréable, ne me restera pas en mémoire ad vitam eternam : le sujet est passionnant, mais la façon dont il est enrobé l’est moins. Je n’ai pas retrouvé ici cette urgence de lecture que j’ai pu vivre avec ses premiers romans, et j’avoue avoir été nostalgique du temps où il nous présentait des personnages emblématiques, capables de rayonner des années après notre rencontre dans notre cœur de lecteur.
Une chronique rapide pour une lecture sans plus, mais mon avis est fait : je patienterai le temps qu’il faudra, mais ne lirai pas l’un de ses prochains romans tant qu’il ne sera pas annoncé comme un digne successeur des Fourmis ou des Thanatonautes :/

En bref, un roman qui m’aura fait passé un moment agréable mais non pas incroyable… Venant de B. Werber, j’avoue que j’en attendais bien plus : dommage !


Un bon moment, mais…

Les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye

Couverture par Marc Simonetti

L’histoire : « J’avais seize ans quand j’ai quitté la steppe. Mais je ne vais pas vous narrer mon histoire. Je ne vais pas non plus vous relater les exploits de grands seigneurs, de sages conseillers, de splendides princesses et de nobles chevaliers. Je croyais, quand j’étais jeune, que c’était dans ce bois qu’on taillait les héros. Je me trompais. Je vais vous narrer les hauts faits de Sainte-Étoile, l’escrimeur errant au passé trouble, persuadé de porter un monstre dans son crâne. De Maëve la morguenne, la sorcière des ports des Havres, qui voulait libérer les océans. De Wenceslas le clerc de notaire, condamné à l’enfer des mines, et qui dans les ténèbres trouva un nouvelle voie… Et de tant d’autres encore, de ceux dont le monde n’attendait rien, et qui pourtant y laissèrent leur empreinte. Leur légende. Et le vent emportera mes mots sur la steppe. Le vent, au-delà, les murmurera dans Bohen. Avec un peu de chance, le monde se souviendra. »

Mon avis : … Je crois que je pourrais me contenter de faire un article blanc, avec un immense COUP DE CŒUR en plein milieu, histoire que vous compreniez bien l’effet que ce livre a eu sur moi. Mais, outre le fait que ce ne serait plutôt pas pro, j’ai BESOIN de vous en parler. BESOIN de vous dire pourquoi ce livre m’a chamboulée, BESOIN de vous dire à quel point il faut que vous le lisiez. BESOIN, surtout, de vous dire que je ne remercierai jamais assez Book en Stock et les édition Critic pour m’avoir permis de découvrir cette pépite à laquelle je ne m’attendais absolument pas. BESOIN de remercier Estelle Faye, pour nous offrir un récit aussi riche qu’enivrant. Tout ça, et plus encore…
Très honnêtement, je ne sais pas si je dois me lancer dans l’exercice ardu du résumé, d’autant que l’intrigue de ce petit pavé ne saurait contenir en quelques lignes succinctes. Estelle Faye nous offre une plongée en Bohen, une Terre faite de guerres et de conflits, d’intrigues politiques et de magie ancestrale. Aujourd’hui gouvernée par des Hommes ayant interdit la pratique de cet art païen, elle était jadis aux mains des Wurms, créatures difformes ayant apprivoisé les Dracs. Chassés par ceux-là mêmes qu’ils avaient réduis en esclavage, ils ont laissé une empreinte indélébile sur Bohen, une cicatrice purulente à l’odeur nauséabonde. C’est dans cet univers que nous rencontrons une multitude de personnages : Estelle Faye nous offre en effet un roman choral, bien que la narration soit effectué par un personnage bien précis. Personnages, donc, éparpillés aux quatre coins de l’Empire et n’ayant, vraisemblablement rien à voir les uns avec les autres. Pourtant, tous ou presque finiront par poursuivre un même but : faire de Bohen un autre monde, et rétablir une vérité depuis longtemps oubliée…
… Ce roman est ÉPOUSTOUFLANT. Et je pèse mes mots. Vous le savez, j’ai lu tout récemment Porcelaine, d’Estelle Faye également. Un conte d’inspiration asiatique qui m’avait beaucoup, beaucoup plu. Mais que dire, dans ce cas, de celui-ci ? Après une semaine où je me suis plongée à chacun de mes temps libres dans ce récit mené d’une main de maitre, je ne sais plus trouver mes mots : l’auteure m’a coupé la parole, laissée orpheline. Son intrigue m’a captivée, ensorcelée, hypnotisée : rares sont les romans de fantasy à être aussi aboutis, aussi merveilleusement menés. L’auteure ne laisse rien au hasard, et tisse avec intelligence et habileté une toile qui nous laisse abasourdis. Les détails sont pensés, pesés, toujours avec une justesse millimétrée. Séduite dès les premières lignes, j’ai été tout à la fois ravie et admirative de voir avec quelle maestria Estelle Faye réunissait finalement tous les pans de son intrigue pour nous servir sur un plateau un roman complet, complexe et… Émotionnellement surpuissant, puisqu’il faudra bien y venir : j’ai lu les cinquante dernières pages en pleurant à chaudes larmes, quasiment incapable de distinguer les mots filtrant à travers mon regard brouillé. Tout cela pour une simple et bonne raison : l’auteure nous livre des portraits d’hommes et de femmes extrêmement crédibles et attachants, et ne les ménage pas… C’est même le moins que l’on puisse dire. Ne vous y trompez pas ! Nous sommes bel et bien dans un roman de dark fantasy : tous, je dis bien tous, ont leur part d’ombres et de lumière, tous sont loin d’être des modèles de sainteté. Mais tous sont croqués avec une justesse incroyable, rendant leur portrait d’une vitalité vibrante. Je me suis attachée à chacun d’entre eux, de Sorenz à Sainte-Étoile, de Maëve à Sigalit, de Janosh à Wens en passant par Lantane… Et tous les autres, tous ces autres qui, à un moment ou à un autre, pénètrent avec force dans ce roman, y ajoutant toujours un peu plus d’émotions, un peu plus d’humanité. Estelle Faye crée des personnages forts, loin de tout manichéisme et, surtout, loin de tout clichés : fonctionnant essentiellement en duos, ils m’ont tous émue par la pureté de leurs sentiments, la justesse de leurs réactions. J’avoue avoir été surprise du chemin qu’empruntait l’auteure quant à ces duos, celui-ci étant rarement abordé en fantasy (du moins, dans le romans que j’ai pu lire jusqu’à présent…), mais je n’ai tout simplement rien à y redire : ce vent de fraicheur m’a fait un bien fou, et j’ai trouvé cela… Beau, tout simplement. Toutes ces rencontres un peu dues au hasard, ces sentiments à l’œuvre, ces relations aussi improbables que touchantes… Oui, j’ai été subjuguée. Subjuguée, aussi, parce qu’Estelle Faye crée des personnages terriblement réels : non, leurs décisions ne sont pas toujours sages, censées. Non, ils ne sont pas parfaits. Non, ils ne rentrent pas dans le moule que l’on trouve habituellement dans le genre, ce personnage emblématique qui ne fait jamais, JAMAIS le moindre faux pas. Des faux pas, ils en font. Beaucoup. Et prennent des chemins auxquels nous n’aurions pas songé un instant : Maeve, par exemple, m’a assise, je ne pourrais dire mieux. Me serais-je attendue à cela ? JAMAIS. JA-MAIS.
Une fois encore, j’ai l’impression de vous offrir une chronique terriblement décousue, qui veut tout et rien dire à la fois. Mais, comprenez-moi : je tiens là, sans hésitation, ma plus belle lecture de ce premier trimestre. En lice pour l’année, et très bien placée, m’est avis. Et pourtant, j’en ai eu, des coups de cœur ! Mais, force est de le dire, rien d’aussi… D’aussi parfait. Mon cœur en souffre encore, mes yeux sont toujours humides, et mes mains se trainent misérablement vers mon roman laissé là, sur le canapé, comme posé un instant pour être repris dans quelques secondes. Je suis tombée amoureuse d’un livre, oui, de ses personnages, surtout, de son intrigue, aussi. Je suis tombée amoureuse d’une plume pleine de poésie, et la rupture est cruelle. Je suis tombée amoureuse des Seigneurs de Bohen, de ce livre que je mettrais volontiers dans les mains de tout le monde, si je n’avais envie de le garder encore un instant pour moi. De ce livre dont j’attendais beaucoup, et qui m’a apporté plus encore. Alors oui, Estelle, merci, merci, merci. ❤️

En bref, COUP DE CŒUR pour ce roman à la fois puissant, merveilleux, et magnifiquement conté. A mettre dans toutes les mains, sans hésitation aucune !


Coup de cœur !

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