Les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye

Couverture par Marc Simonetti

L’histoire : « J’avais seize ans quand j’ai quitté la steppe. Mais je ne vais pas vous narrer mon histoire. Je ne vais pas non plus vous relater les exploits de grands seigneurs, de sages conseillers, de splendides princesses et de nobles chevaliers. Je croyais, quand j’étais jeune, que c’était dans ce bois qu’on taillait les héros. Je me trompais. Je vais vous narrer les hauts faits de Sainte-Étoile, l’escrimeur errant au passé trouble, persuadé de porter un monstre dans son crâne. De Maëve la morguenne, la sorcière des ports des Havres, qui voulait libérer les océans. De Wenceslas le clerc de notaire, condamné à l’enfer des mines, et qui dans les ténèbres trouva un nouvelle voie… Et de tant d’autres encore, de ceux dont le monde n’attendait rien, et qui pourtant y laissèrent leur empreinte. Leur légende. Et le vent emportera mes mots sur la steppe. Le vent, au-delà, les murmurera dans Bohen. Avec un peu de chance, le monde se souviendra. »

Mon avis : … Je crois que je pourrais me contenter de faire un article blanc, avec un immense COUP DE CŒUR en plein milieu, histoire que vous compreniez bien l’effet que ce livre a eu sur moi. Mais, outre le fait que ce ne serait plutôt pas pro, j’ai BESOIN de vous en parler. BESOIN de vous dire pourquoi ce livre m’a chamboulée, BESOIN de vous dire à quel point il faut que vous le lisiez. BESOIN, surtout, de vous dire que je ne remercierai jamais assez Book en Stock et les édition Critic pour m’avoir permis de découvrir cette pépite à laquelle je ne m’attendais absolument pas. BESOIN de remercier Estelle Faye, pour nous offrir un récit aussi riche qu’enivrant. Tout ça, et plus encore…
Très honnêtement, je ne sais pas si je dois me lancer dans l’exercice ardu du résumé, d’autant que l’intrigue de ce petit pavé ne saurait contenir en quelques lignes succinctes. Estelle Faye nous offre une plongée en Bohen, une Terre faite de guerres et de conflits, d’intrigues politiques et de magie ancestrale. Aujourd’hui gouvernée par des Hommes ayant interdit la pratique de cet art païen, elle était jadis aux mains des Wurms, créatures difformes ayant apprivoisé les Dracs. Chassés par ceux-là mêmes qu’ils avaient réduis en esclavage, ils ont laissé une empreinte indélébile sur Bohen, une cicatrice purulente à l’odeur nauséabonde. C’est dans cet univers que nous rencontrons une multitude de personnages : Estelle Faye nous offre en effet un roman choral, bien que la narration soit effectué par un personnage bien précis. Personnages, donc, éparpillés aux quatre coins de l’Empire et n’ayant, vraisemblablement rien à voir les uns avec les autres. Pourtant, tous ou presque finiront par poursuivre un même but : faire de Bohen un autre monde, et rétablir une vérité depuis longtemps oubliée…
… Ce roman est ÉPOUSTOUFLANT. Et je pèse mes mots. Vous le savez, j’ai lu tout récemment Porcelaine, d’Estelle Faye également. Un conte d’inspiration asiatique qui m’avait beaucoup, beaucoup plu. Mais que dire, dans ce cas, de celui-ci ? Après une semaine où je me suis plongée à chacun de mes temps libres dans ce récit mené d’une main de maitre, je ne sais plus trouver mes mots : l’auteure m’a coupé la parole, laissée orpheline. Son intrigue m’a captivée, ensorcelée, hypnotisée : rares sont les romans de fantasy à être aussi aboutis, aussi merveilleusement menés. L’auteure ne laisse rien au hasard, et tisse avec intelligence et habileté une toile qui nous laisse abasourdis. Les détails sont pensés, pesés, toujours avec une justesse millimétrée. Séduite dès les premières lignes, j’ai été tout à la fois ravie et admirative de voir avec quelle maestria Estelle Faye réunissait finalement tous les pans de son intrigue pour nous servir sur un plateau un roman complet, complexe et… Émotionnellement surpuissant, puisqu’il faudra bien y venir : j’ai lu les cinquante dernières pages en pleurant à chaudes larmes, quasiment incapable de distinguer les mots filtrant à travers mon regard brouillé. Tout cela pour une simple et bonne raison : l’auteure nous livre des portraits d’hommes et de femmes extrêmement crédibles et attachants, et ne les ménage pas… C’est même le moins que l’on puisse dire. Ne vous y trompez pas ! Nous sommes bel et bien dans un roman de dark fantasy : tous, je dis bien tous, ont leur part d’ombres et de lumière, tous sont loin d’être des modèles de sainteté. Mais tous sont croqués avec une justesse incroyable, rendant leur portrait d’une vitalité vibrante. Je me suis attachée à chacun d’entre eux, de Sorenz à Sainte-Étoile, de Maëve à Sigalit, de Janosh à Wens en passant par Lantane… Et tous les autres, tous ces autres qui, à un moment ou à un autre, pénètrent avec force dans ce roman, y ajoutant toujours un peu plus d’émotions, un peu plus d’humanité. Estelle Faye crée des personnages forts, loin de tout manichéisme et, surtout, loin de tout clichés : fonctionnant essentiellement en duos, ils m’ont tous émue par la pureté de leurs sentiments, la justesse de leurs réactions. J’avoue avoir été surprise du chemin qu’empruntait l’auteure quant à ces duos, celui-ci étant rarement abordé en fantasy (du moins, dans le romans que j’ai pu lire jusqu’à présent…), mais je n’ai tout simplement rien à y redire : ce vent de fraicheur m’a fait un bien fou, et j’ai trouvé cela… Beau, tout simplement. Toutes ces rencontres un peu dues au hasard, ces sentiments à l’œuvre, ces relations aussi improbables que touchantes… Oui, j’ai été subjuguée. Subjuguée, aussi, parce qu’Estelle Faye crée des personnages terriblement réels : non, leurs décisions ne sont pas toujours sages, censées. Non, ils ne sont pas parfaits. Non, ils ne rentrent pas dans le moule que l’on trouve habituellement dans le genre, ce personnage emblématique qui ne fait jamais, JAMAIS le moindre faux pas. Des faux pas, ils en font. Beaucoup. Et prennent des chemins auxquels nous n’aurions pas songé un instant : Maeve, par exemple, m’a assise, je ne pourrais dire mieux. Me serais-je attendue à cela ? JAMAIS. JA-MAIS.
Une fois encore, j’ai l’impression de vous offrir une chronique terriblement décousue, qui veut tout et rien dire à la fois. Mais, comprenez-moi : je tiens là, sans hésitation, ma plus belle lecture de ce premier trimestre. En lice pour l’année, et très bien placée, m’est avis. Et pourtant, j’en ai eu, des coups de cœur ! Mais, force est de le dire, rien d’aussi… D’aussi parfait. Mon cœur en souffre encore, mes yeux sont toujours humides, et mes mains se trainent misérablement vers mon roman laissé là, sur le canapé, comme posé un instant pour être repris dans quelques secondes. Je suis tombée amoureuse d’un livre, oui, de ses personnages, surtout, de son intrigue, aussi. Je suis tombée amoureuse d’une plume pleine de poésie, et la rupture est cruelle. Je suis tombée amoureuse des Seigneurs de Bohen, de ce livre que je mettrais volontiers dans les mains de tout le monde, si je n’avais envie de le garder encore un instant pour moi. De ce livre dont j’attendais beaucoup, et qui m’a apporté plus encore. Alors oui, Estelle, merci, merci, merci. ❤️

En bref, COUP DE CŒUR pour ce roman à la fois puissant, merveilleux, et magnifiquement conté. A mettre dans toutes les mains, sans hésitation aucune !


Coup de cœur !

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Porcelaine, Estelle Faye

Couverture par Letizia Goffi

L’histoire : Chine, vers l’an 200. Xiao Chen est un comédien errant, jeté sur les routes par un dieu vengeur. Un masque à forme humaine dissimule son faciès de tigre, tandis que son cœur est de porcelaine fêlée. Son voyage va durer plus de mille ans.
Au cours de son périple, il rencontrera Li Mei, une jeune tisseuse, la Belle qui verra en lui plus qu’une Bête. Celle qui, sans doute, saura lui rendre son cœur de chair. Cependant Brume de Rivière, fille-fée jalouse et manipulatrice, intrigue dans l’ombre contre leur bonheur.
Pendant presque quinze siècles, rivalités et amour s’entrecroisent, tissant une histoire de passion, de tendresse et de sacrifice, sur fond de magie et de théâtre.

Mon avis : … Franchement, je suis bien incapable de vous dire grâce à qui ce petit roman est entré dans ma PAL. Grâce à l’un d’entre vous sans aucun doute, qui a lu ce conte merveilleux et en a parlé de telle façon que je n’ai pu y résister en le croisant en rayon. Et je regrette, oh ! que je regrette de ne pas avoir noté dans un coin à qui je devais ce craquage… Parce que cette lecture, mes petits, cette lecture… Je m’en souviendrai longtemps, longtemps, longtemps. Estelle Faye m’a charmée, hypnotisée, envoûtée. J’ai savouré le moindre mot, la moindre ligne, la moindre page. Je l’ai fait durer, durer, pour ne pas la voir se terminer. Et, finalement…
Porcelaine raconte l’histoire de Xiao Chen, jeune garçon fils d’un célèbre potier, vivant dans un village reculé d’un territoire que l’on appellera, bien des années plus tard, Chine. Maudit par un dieu moribond, il sera banni de son village, contraint de rejoindre une compagnie de théâtre… Au cœur de laquelle son nouveau faciès fera sensation : affublé d’une tête de tigre, c’est sur les planches qu’il trouvera son salut…
Voilà un résumé fort abscons, j’en conviens volontiers. Le fait est que le récit est court, et recèle mille surprises. En dévoiler une de trop, et c’est la magie qui s’envole… Et en matière de magie, Estelle Faye sait y faire : en prenant des allures de conte oriental, son récit nous envoûte dès les premières lignes : l’atmosphère y est très particulière, d’une poésie certaine, nous plongeant dans une torpeur hypnotique, les mots s’élevant devant nos yeux sans obstacle pour leur faire barrage. Choisis avec soin, pesés, mesurés, ils ont rapidement eu raison de moi : je suis simplement tombée amoureuse de la plume d’Estelle Faye. De cette façon subtile de faire naitre dans nos esprits les paysages les plus vivants, de dresser en quelques mots le portrait de personnages terriblement vivants. Si la narration impose une certaine distance avec ces derniers (bien que le rôle d’un lecteur soit essentiellement passif, j’ai trouvé que ma lecture était bien plus contemplative que d’ordinaire), je n’en ai pas moins été particulièrement touchée par leur sort : de Xiao Chen à Li Mei, en passant par Brume… La galerie est restreinte, due à l’étendue de la narration (l’action s’étale sur plusieurs centaines d’années), mais cela n’importe que peu : Estelle Faye soigne ses personnages, les rend plus humains que jamais en leur prêtant des sentiments complexes, évoluant au fil du temps et des épreuves. Comment, dès lors, ne pas avoir envie de continuer notre lecture pour connaitre le fin mot de l’histoire ? Entre conte ancestral, récit merveilleux, roman d’amour, vendetta désespérée et hommage au monde du spectacle, Porcelaine se trouve à la croisée des genres… Et cela marche, parfaitement : on s’y plonge avec délectation, trouvant le retour à la réalité bien trop rude.
J’écris sur le vif, ce qui explique peut-être la rapidité de cette chronique : les émotions suscitées par cette lecture tourbillonnent encore en moi, et j’avoue avoir du mal à en démêler l’écheveau. Pour une première lecture de l’auteure, avouons que cela est un succès : je ne m’attendais pas à être tant bouleversée. Ne me reste dès lors qu’à digérer ce récit fantastique, et peut-être, pourquoi pas ? Le reprendre dans quelques temps, pour retrouver cette atmosphère inoubliable, qui me fait désormais rêver de cette Chine ancestrale oh combien mystérieuse…

En bref, une lecture magique. Le conte n’est certes pas le genre que j’affectionne le plus, mais Estelle Faye a réussi le joli coup de me faire abaisser toutes mes barrières en nous offrant une récit merveilleusement bien écrit, peuplé de personnages extrêmement touchants, abordant des thèmes aussi multiples qu’indémodables… Et lui insufflant une foule d’émotions surpuissantes. A lire !


On en redemande !

 

Winter People, Jennifer McMahon

Traduit par Jean-Baptiste Bernet

L’histoire : « J’avais aussi compris qu’il valait mieux éviter de la contrarier. Tantine s’emportait vite et n’appréciait guère qu’on la contredise. Quand quelqu’un refusait de la payer, elle versait une poudre noire tirée d’une de ses bourses en cuir sur sa maison en marmonnant d’étranges incantations. – S’il te plaît, réponds-moi, Tantine. Est-ce qu’on peut faire revenir les morts ? Ai-je insisté en jetant une poignée de têtes-de-violon dans son panier. Elle m’a dévisagée longuement de ses petits yeux noirs, la tête penchée. – Oui, il y a bien un moyen. Les rares qui le connaissent le transmettent à leurs enfants. Et puisque tu es ce que j’ai de plus proche d’une fille, je te transmettrai le secret ». Et si l’amour était vraiment plus fort que la mort ? Et si l’on avait la possibilité de ramener de l’au-delà l’être qu’on aime le plus au monde ?

Mon avis : … Autant vous le dire de suite : ce roman m’a fichu une trouille de tous les diables. OK, il se peut que je sois un peu flippette. Pas avec les monstres, ni même avec les serial killers ou autre réjouissances de ce genre. Mais, dès lors que l’on touche aux revenants et aux présences dans les placards, là, vous perdez le Bouchon ci-présent. J’ai d’ailleurs été mendier du réconfort dans les bras du Chéri, qui a bien sûr trouvé rigolo d’enfoncer le clou. L’amour vache, avez-vous dit ?
Winter People fait partie de ces romans se déroulant sur différentes époques : de nos jours, à travers plusieurs personnes, et en 1904, en se concentrant essentiellement sur Sara, dont nous découvrons les souvenirs de jeunesse en même temps que sa vie actuelle. On comprend bien sûr très rapidement que les deux sont liés, et que le surnaturel y est à l’œuvre. Je nous dévoilerai volontairement pas grand chose sur l’intrigue, le roman étant relativement court… Et la surprise participant à l’ambiance pour le moins particulière du récit. Mais, une question demeure : si vous aviez l’occasion de faire revenir de l’au delà un être particulièrement cher… Le feriez-vous ? En dépit des conséquences ?
Bien que l’ayant commencé jeudi, ce n’est véritablement hier que je m’y suis plongée : j’ai lu les trois quarts restants d’une traite, terrée au fond de mon lit et maudissant quelque peu l’orgueil m’ayant poussée à vouloir le lire, quand bien même je savais pertinemment qu’il me mettrait profondément mal à l’aise. Il faut dire que l’auteure arrive avec brio à mettre en place une atmosphère extrêmement oppressante, pesant telle une chape de plomb sur nos épaules : à la fois mystérieuse et profondément glaçante, elle nous enserre dès le début du récit pour ne plus nous lâcher… Ou presque : si la fin est, elle aussi, duale, elle apporte un semblant de réconfort au lecteur éprouvé. Car, après tout, c’est bien d’amour dont il est ici question, et j’ai trouvé tout à fait intéressant la manière dont l’auteure avait réussi à coupler l’élément sentimental avec l’horreur  du sujet. En un sens, Winter People s’est révélé être d’une poésie certaine, les détails sanglants et morbides n’entachant pas le reste. Une lecture dérangeante, donc, mais poignante, surtout.
Et prenante, bien sûr : une fois véritablement plongée dedans, je n’ai pas su m’arrêter de lire, tant l’histoire me prenait aux tripes : on a envie d’avancer, de savoir, de comprendre. De comprendre, oui, quel est le lien entre Sara et les différentes femmes que l’on rencontre au fil du roman. Car la galerie de portraits est uniquement féminine, ou presque : on sent que les hommes n’ont pas vraiment leur place ici, perclus dans une rationalité par trop embarrassante. L’auteure a-t-elle voulu renouer avec la croyance populaire qui prône une plus grande sensibilité des femmes à l’élément surnaturel ? Possible, mais le principal n’est pas là : Jennifer McMahon nous livre avant toute chose des portraits de femmes très crédibles, certes peu développés de part la taille réduite du roman, mais auxquels on ne peut rester insensible. La détresse de Sara à laquelle fait écho celle de Katherine, les petites Fawn et Gertie, Ruthie… Certains m’ont glacée, d’autres envoûtée : la plume de l’auteure est d’une justesse incroyable et ne fait le moindre faux pas.
Si l’on ne peut pas parler de bon moment, tant elle m’aura collé la chaire de poule, cette lecture m’aura beaucoup, beaucoup marquée. Je n’ai d’ailleurs pas perdu de temps et suis allée directement consulter la bibliographie de l’auteure, en espérant pouvoir me plonger dans l’un de ses autres ouvrages sous peu… Mais avant, il faudra se laisser le temps de digérer celui-ci. Ouf !

En bref, une lecture marquante, dérangeante, prenante. Impossible de rester insensible à ce récit qui m’aura prise aux tripes, fait frémir autant qu’il m’aura ému. À lire !


On en redemande !

 

Chasseurs de livres, Jennifer Chambliss Bertmann

Traduit par Magali Duez

L’histoire : Un livre caché. Un message codé. La chasse peut commencer. Émily est une passionnée de la Chasse aux livres, un jeu créé par son idole, le célèbre éditeur californien Garrison Griswold. Il s’agit de décrypter des messages codés pour trouver l’emplacement de livres cachés ! Mais lorsqu’elle emménage avec ses parents à San Francisco, patrie de la Chasse aux livres, elle est choquée d’apprendre que M. Griswold a été agressé alors même qu’il allait lancer une nouvelle quête livresque d’une ampleur inédite. À elle et à ses amis de jouer !

Mon avis : Et j’inaugure ma première lecture du nouveau label R Jeunesse ! Il faut dire que ce petit Chasseurs de livres avait de quoi m’intriguer : j’adore ces livres qui parlent… De livres 🙂 Je n’ai donc pas tergiversé longtemps avant de me décider à tenter ma chance : l’appel fut trop fort !
Nous rencontrons Emily, jeune fille passionnée de littérature… Et de mystères : grande amatrice du fabuleux jeu Book Scravenger, qui consiste à cacher/trouver des livres en résolvant diverses énigmes, elle vient juste d’atterrir à San Francisco. Les déménagements, d’ailleurs, ça la connait : ses parents se sont mis en tête d’habiter dans les cinquante États que compte le pays. Une vie difficile à assumer pour notre jeune héroïne, et loin d’être évidente pour qui veut se faire des amis ! C’est donc sans trop de conviction qu’Emily emménage dans sa nouvelle demeure : peut-être y resteront-ils un an, tout au plus… Mais un an, c’est déjà ça : car la ville se trouve être le chef-lieu de son idole, le merveilleux Garrison Griswold, créateur de Book Scavenger… Qui s’apprête, d’ailleurs, à lancer un nouveau jeu. Malheureusement, un accident le plonge dans le coma, retardant ainsi pour une durée indéterminée le lancement tant attendu. Alors qu’Emily se retrouve par hasard sur le lieu du drame, elle trouve un livre. Un livre caché, derrière une poubelle. Quelqu’un l’a-t-il mis là intentionnellement  ? Ou s’agit-il de quelque chose de plus mystérieux encore… ? Commence pour elle la plus grande enquête qu’elle ait eu à mener…
Je n’irai pas par quatre chemins : j’ai beaucoup, BEAUCOUP aimé. Oui oui oui ! Ce petit roman ne payait pas de mine, et je me demandais sincèrement ce que ça allait donner : j’avais même un peu peur, peur de m’ennuyer, de ne pas m’en sortir. Et finalement… Que nenni ! J’y ai trouvé une aventure rythmée et passionnante, portée par une héroïne ma foi fort attachante : impossible de ne pas se retrouver dans cette jeune fille un peu perdue, mais oh combien touchante ! Et puis… Comment ne pas trouver un écho à notre propre passion dans l’amour qu’elle porte aux livres ? Bref, j’ai adoré.
L’intrigue commence doucement, et pour ne rien vous spoiler je resterai volontairement vague : notre petite Emily trouve donc ce fameux livre et, convaincue de tenir là le nouveau jeu de Garrison Griswold, va se lancer à corps perdu dans la résolution de l’énigme qui doit s’y trouver cachée. S’y lancer… Mais pas seule : car la première surprise de ce déménagement, c’est son nouveau voisin, James… Garçon aussi excentrique que malin, il va se révéler être d’une compagnie de choix pour ce mystère délicat. Autant vous dire que le binôme fonctionne parfaitement ! J’ai retrouvé à travers nos deux héros la fraicheur d’une enfance pas tout à fait enfuie, et cette capacité qu’ont les plus jeunes à se lier d’une amitié sincère en quelques heures à peine. Nos deux compères se prennent donc rapidement au jeu, et nous avec : le récit se dévore en quelques heures, que nous passons le sourire aux lèvres et l’adrénaline au corps. Car, le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne manque pas de rythme ! Les péripéties s’enchainent sans crier gare, et la fin arrive sans qu’on l’ai vue venir : j’avoue que j’en aurais bien lu davantage 🙂 Fort heureusement, je crois que ce volume n’est que le premier d’une longue série : je ne suis pour ma part pas prête de décrocher de ce merveilleux jeu auquel je m’adonnerais moi-même bien !
Vous l’aurez donc compris : je suis tombée sous le charme de ce roman jeunesse, qui séduira les plus jeunes pour son abord facile, son côté très rythmé, ses personnages facilement identifiable et son intrigue séduisante… Mais aussi les plus grands, qui se laisseront facilement prendre au jeu de cette enquête trépidante. Mes doutes n’avaient donc pas lieu d’être : on en redemande !

En bref, un premier tome tout à fait convaincant pour une série jeunesse qui démarre fort ! Les petits lecteurs amateurs d’énigmes y trouveront leur compte : Chasseurs de livres nous fait assurément passer un bon moment !


On en redemande !

Le mois de… Estelle Faye !

Mes petits marcassins,

>Bonjour ! Et Joyeux mois de Mars ! En attendant un bilan qui ne manquera d’arriver, laissez-moi vous informer que j’ai de nouveau la chance de participer au fameux rendez-vous organisé par nos très chères Dup et Phooka, j’ai nommé… Le mois de ! Et cette fois-ci, c’est Estelle Faye qui est mise à l’honneur, avec son petit dernier… Qui est, ma foi, fort alléchant. Voyez plutôt :

« « Je m’appelle Ioulia La Perdrix. Mon récit commence il y a près de cent ans, à l’époque où Iaroslav le Juste siégeait sur le trône de Bohen. Sur les hauteurs des monts des Sicambres, par une glaciale nuit d’hiver, une abbaye brûlait… »
Je vais vous raconter comment l’Empire est mort.
L’Empire de Bohen, le plus puissant jamais connu, qui tirait sa richesse du lirium, ce métal aux reflets d’étoile, que les nomades de ma steppe appellent le sang blanc du monde. Un Empire fort de dix siècles d’existence, qui dans son aveuglement se croyait éternel.
J’évoquerai pour vous les héros qui provoquèrent sa chute. Vous ne trouverez parmi eux ni grands seigneurs, ni sages conseillers, ni splendides princesses, ni nobles chevaliers… Non, je vais vous narrer les hauts faits de Sainte-Étoile, l’escrimeur errant au passé trouble, persuadé de porter un monstre dans son crâne. De Maëve la morguenne, la sorcière des ports des Havres, qui voulait libérer les océans. De Wens, le clerc de notaire, condamné à l’enfer des mines et qui dans les ténèbres découvrit une nouvelle voie… Et de tant d’autres encore, de ceux dont le monde n’attendait rien, mais qui malgré cela y laissèrent leur empreinte.
Et le vent emportera mes mots sur la steppe. Le vent, au-delà, les murmurera dans Bohen. Avec un peu de chance, le monde se souviendra. »

Se trouvent également dans PAL le premier tome de La voie des oracles, ainsi que Porcelaine que j’espère bien pouvoir lire durant les prochains jours ! Pour suivre nos discussions, n’hésitez donc pas à vous rendre sur le blog de nos hôtes, ainsi que sur l’article consacré à ce mois de qui s’annonce formidable. Et sur leur page facebook, tant qu’on y est !

À très vite mes petits ❤️

The Curse #1, Marie Rutkoski

Traduit par Mathilde Montier

L’histoire : Fille du plus célèbre général d’un empire conquérant, Kestrel n’a que deux choix devant elle : s’enrôler dans l’armée ou se marier. Mais à dix-sept ans à peine, elle n’est pas prête à se fermer ainsi tous les horizons. Un jour, au marché, elle cède à une impulsion et acquiert pour une petite fortune un esclave rebelle à qui elle espère éviter la mort. Bientôt, toute la ville ne parle plus que de son coup de folie. Kestrel vient de succomber à la  » malédiction du vainqueur  » : celui qui remporte une enchère achète forcément pour un prix trop élevé l’objet de sa convoitise. Elle ignore encore qu’elle est loin, bien loin, d’avoir fini de payer son geste. Joueuse hors pair, stratège confirmée, elle a la réputation de toujours savoir quand on lui ment. Elle croit donc deviner une partie du passé tourmenté de l’esclave, Arin, et comprend qu’il n’est pas qui il paraît… Mais ce qu’elle soupçonne n’est qu’une infime partie de la vérité, une vérité qui pourrait bien lui coûter la vie, à elle et à tout son entourage.

Mon avis : Me ferais-je un petit marathon Lumen, en ce moment ? Il faut croire que oui ! Il faut dire que cette nouvelle série me rendait particulièrement curieuse : il y avait un petit je ne sais quoi qui me gênait dans le résumé, sans que je parvienne à déterminer si ce premier tome serait un coup de foudre ou un petit flop. Je m’y suis donc lancée avec un intérêt certain, pas sûre de ce que j’allais y trouver mais globalement plutôt confiante… Et j’ai bien fait : si mon rythme de lecture équivaut, en ce moment, à celui d’un escargot faisant un sprint, j’ai beaucoup, BEAUCOUP aimé ma lecture. Et je vous dis pourquoi !
Kestrel a dix-sept ans. Dans trois ans, elle devra faire un choix crucial : se marier, ou accepter de s’enrôler dans l’armée. Pour tous, il ne fait aucun doute que la fille du plus célèbre général du pays choisira la seconde option… Pour la jeune fille, pourtant, rien n’est joué : décider revient à choisir entre Charybde et Scylla, et elle n’y est pas prête. En attendant, elle flâne donc de réceptions en réceptions, profitant de l’aura de puissance qui l’entoure depuis sa naissance. Réputée comme étant une joueuse hors pair, elle laisse rarement filtrer ses émotions et se plait à maitriser les cartes comme les hommes… Ce pourquoi tout le monde parait si surpris, elle en tête, lorsqu’elle cède à une étrange impulsion et acquiert un jeune homme à prix d’or lors d’un marché au esclaves. Mais une question l’obsède plus que tout : qui est ce Forgeron au regard étrangement magnétique ? Qu’il fasse partie des Herannis, l’ancien peuple souverain du territoire conquis par le père de Kestrel, ne fait pas tout : la jeune fille en est convaincue, il cache quelque chose… Et elle sera celle qui découvrira quoi.
Et bien… BIEN ! Je vous le disais, j’ai beaucoup aimé. Si je ne savais pas à quoi m’attendre avec ce résumé… Déroutant, j’ai rapidement mis mes questions et doutes de côté pour profiter pleinement de ma lecture : là où les cent premières pages se contentent essentiellement de mettre en place l’intrigue en réunissant les deux personnages principaux, la suite n’est que rebondissements et retournements de situation . Autant vous dire que je me suis retrouvée bon nombre de fois bien embêtée de ne pouvoir continuer ma lecture ! J’en ai d’ailleurs lu le dernier quart d’une traite, les événements se précipitant inéluctablement. La fin, quant à elle… Brrr ! Espérons que l’éditeur ne nous fera pas trop languir, les deux tomes suivants étant déjà parus dans leur langue d’origine ‘_’
Côté personnages, j’ai beaucoup aimé Forgeron . Évidemment, ai-je envie de dire, et pourtant… Ce n’était pas forcément gagné : il y a pas mal de concurrence dans le rang des book boyfriend potentiels 🙂 Mais force est de dire que ce garçon est sacrément touchant : on en apprend finalement assez peu sur lui (durant la majeur partie du roman, du moins… Même s’il lui reste un sacré paquet de parts d’ombres), mais le peu que l’on entrevoit suffit à nous émouvoir : sans tomber dans le pathos, Marie Rutkoski crée au contraire un personnage tout à fait crédible, avec ses forces et ses faiblesses. Kestrel, quant à elle, m’a quelque peu énervée au début, son comportement n’étant pas sans rappeler celui des jeunes aristocrates par trop convaincues de l’immuabilité de leur confort. Pourtant… Je sentais bien que je ne tenais pas là la véritable Kestrel. Et… Bingo : plus l’intrigue avance, plus l’on découvre une jeune femme sensible, piégée dans un monde dont elle n’accepte ni les règles, ni les codes. Son franc-parler m’a plu, et tout dans ce premier tome laisse présager une héroïne encore plus forte dans le suivant. Autant vous dire… Qu’il me tarde !
Côté univers, l’auteure reste relativement sobre : peu de descriptions, peu d’enjolivements. L’atmosphère n’est pas sans rappeler la Rome Antique, voire les contes orientaux, mais les détails ne nous permettent pas de nous faire une idée beaucoup plus précise… Et j’ai trouvé cela un peu dommage : clairement, Marie Rutkoski a voulu ici écrire une romance, et prend seulement pour cadre une fantasy peu étoffée. Si le point principal de son roman est très bien rendu (ouiiii, j’ai soupiré après nos deux héros, ÉVIDEMMENT), j’avoue que cela m’a parfois manqué de ne pas en savoir plus sur le passé des Herranis/Valoriens, sur les us et coutumes des uns et des autres, sur la topographie des lieux, même. Je ne perds toutefois pas espoir : qui sait ce que l’auteure nous réserve par la suite ?
L’intrigue, enfin, m’a rapidement emportée : la question de l’identité de Forgeron prévaut sur une bonne partie du récit, et même si l’on devine rapidement qu’il est bien davantage que ce qu’il parait… On ne s’ennuie pas un instant. D’une, parce que l’auteure oublie toute mièvrerie pour travailler son début de romance, et qu’il n’en est que plus crédible. De deux, parce qu’elle mêle politique et jeux de dupes à tout cela, et que l’on ne peut résister à ce tourbillon effréné. Jusqu’où va-t-elle les mener ? On trépigne d’impatience de le savoir…
Vous l’aurez compris, j’ai passé un sacré bon moment avec ce premier tome, qui s’est révélé être prenant à souhait et tout bonnement drôlement bien fichu : il a d’ailleurs réussi le pari compliqué de me faire oublier (ou presque) le cinquième tome de Gardiens des Cités perdues ! Si vous cherchez une romance avec un brin d’exotisme, mêlée d’intrigues politiques et de jeux de pouvoir, n’allez pas donc plus loin : vous avez trouvé le livre qu’il vous faut !

En bref, ce premier tome m’a totalement convaincue, ou presque : mis à part un background assez peu creusé à mon goût, l’intrigue m’a passionnée, les personnages principaux m’ont touchée… Bref, j’ai passé un excellent moment avec cette romance mâtinée de fantasy, et je ne demande qu’une chose… La suite, évidemment !


On en redemande !!

Les emprunts de la semaine #2

 Mes petits marcassins,

Bonjour ! Plus que quelques heures d’efforts avant le week-end, SOYONS FORTS ! Avez-vous prévu quelque chose, d’ailleurs ? Une petite virée, un moment cocooning ? Ce n’est pas encore décidé, en ce qui nous concerne : reste à savoir si j’aurai le courage d’aller acheter une luge, histoire d’aller se dépenser un peu dimanche ^_^ Mais, PASSONS ! Ce n’est pas pour vous parler de notre programme des jours à venir que je suis là, mais bien pour vous présenter… Mes derniers emprunts 🙂 L’inventaire ayant eu lieu fin janvier, ceux-ci ont été bloqués quelques temps… Et reprennent désormais sur les chapeaux de roues ! Au programme, cette semaine : deux nouveautés, et un peu d’humour 🙂

Cette semaine, j’ai donc lu…

Shi #1 : Au commencement était la colère, par Zidrou et Homs

Et j’ai ADORÉ ! Ce premier tome est vraiment très, très prometteur : je l’ai dévoré en l’espace d’une petite heure :3 On y découvre deux époques : l’Angleterre victorienne, ainsi qu’un temps plus récent que l’on imagine être le XXIe siècle. Si la première prend bien plus de place que la seconde, le lien entre les deux se dessine à la toute fin de ce premier opus, aiguisant notre curiosité… La majeur partie de l’intrigue prend donc place en plein cœur de la première exposition universelle : une jeune femme de (très) bonne famille s’y rend pour la première fois, curieuse d’y découvrir les merveilles qui s’y cachent. Et sous la beauté des pavillons, c’est une vérité bien lugubre qu’elle va trouver : une jeune femme, visiblement placée là pour assurer le spectacle de l’exotisme, tient un nourrisson mort dans ses bras. Comment, qui, pourquoi ? Commence pour Jennifer Winterfield une véritable enquête, risquant de mettre à nue une Angleterre bien moins raffinée qu’elle n’aime à le paraitre…
Franchement ! En mêlant thriller et histoire, cette BD était plus ou moins sûre de faire mouche, du moins avec moi. Mais le scénario qui la sert est tellement prenant, les dessins et la colorisation tellement réussis… Que, je vous le demande : comment y résister ? J’avoue avoir été fort surprise de ne pas y trouver un tome plus… introductif : c’est souvent ce qui pêche dans les débuts de séries, l’intrigue souffrent de longueurs suite à la mise en place de l’univers et du contexte. Un problème que l’on ne retrouve guère ici, les planches défilant bien plus vite que l’on ne le voudrait. J’envisage donc très très sérieusement de l’acquérir définitivement… Nous verrons avec les tomes suivants !

Médicis #1 : Cosme l’Ancien – De la boue au marbre, par Peru et Lorusso

Que l’on se le dise, c’est essentiellement le nom de Peru qui m’a attirée vers cette nouveauté : je n’ai pas d’affinité particulière avec les Médicis, mais j’ai trouvé là un bon moyen d’en savoir davantage sur cette famille pour le moins incontournable. Ce premier tome, donc, nous livre les premières aventures de la dynastie, ou comment l’intelligence et la soif de pouvoir d’un homme leur a permis de passer du statut de petits bourgeois sans histoire à celui de banquiers renommés, pères de Florence. Et j’ai trouvé cela fort intéressant ! Le scénario tient vraiment bien la route, et si je n’ai pas été aussi conquise par le dessins que je l’espérais, je n’en ai tout de même fait qu’une bouchée. Pas d’achat en vue, donc (et encore, tout dépendra de la suite), mais les prochains tomes passeront également en emprunts !

Margaux Motin rencontre La femme parfaite est une connasse #2, par Margaux Motin, Marie-Aldine Girard et Anne-Sophie Girard

Il fallait bien un petit quelque chose pour se détendre, ne pensez-vous pas ? Et le fait est que c’est réussi : j’ai passé un sacré bon moment avec cet album. Je n’avais pas lu les deux livres à l’origine de cette adaptation en BD, ni le premier tome, d’ailleurs, mais j’ai trouvé celui-ci fort réussi : on ri, on se reconnait, bref… On passe un bon moment. Cela fait un bout de temps que je suis activement Margaux Motin, aimant particulièrement son coup de crayon et son humour assez décalé, et j’ai été ravie de la retrouver ici… Même Chéri s’y est plongé, alors qu’il a dédaigné les deux autres. C’est dire !

C’en est tout pour cette semaine : je réfléchis déjà sérieusement à ce que je vous présenterai dans les jours prochains 🙂
Bonne journée mes petits !