Insomnies #2 : L’année des premières fois.

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L’hiver vient.

Et avec lui, la fin de l’année. La fin d’une année difficile, éprouvante. Une année durant laquelle on aura dû se serrer les coudes pour avancer contre le vent, pour tenir bon malgré les rafales qui nous cinglaient le visage. Une année qui restera gravée pour toujours dans nos mémoires, pour quelques excellentes raisons, et trop de mauvaises.

Cette année, nous nous sommes mariés.

Une journée formidable, épique, qui a posé notre couple sur un nuage de sérénité. Quoi de plus beau, que de dire « Oui » à la personne que notre cœur a choisi ? Aujourd’hui encore, en repensant à notre entrée dans la mairie, un frisson de bonheur me parcoure le dos. Aujourd’hui encore, on se plait à entrecroiser nos doigts, regardant luire dans la nuit deux petits anneaux d’or. On se regarde amoureusement, on s’embrasse, et on se dit que cela valait vraiment la peine d’en baver pendant plus d’un an, pour en arriver là. 2014, c’est ça : après huit ans d’amour, on s’est dit OUI. Oui, mille fois oui, un serment que l’on renouvelle tous les jours.

Mais 2014, c’est aussi la plus grande farce que la vie m’ait faite jusqu’à présent.

Deux semaines avant le grand jour, mon grand-père s’est cassé le col du fémur. Mon grand-père dont le cœur n’était déjà pas bien vaillant. Mon seul et unique grand-père, celui qui m’a toujours un peu intimidée, cette figure si fière et si digne qui peuple mes souvenirs d’enfant. Celui que j’ai toujours admiré, que je plaçais en héros dans mes rédactions de collégienne.
Il a tenu bon.
Il a tenu bon, et nous sommes allés le voir le matin même du mariage, Jo en costume, moi en robe blanche. Et même si je tremblais de tous mes membres, à l’idée de traverser cet hôpital bondé accoutrée ainsi, à l’idée de voir mon papi si faible, je n’ai jamais été aussi fière. Fière d’être sa petite fille, fière de lui dire qu’on ne l’oubliait pas, fière de partager avec lui ce si grand jour. Fière de dire aux infirmières ébahies que nous allions voir Monsieur B., et tenter de lui mettre un peu de baume au cœur.
Nous ne sommes pas restés longtemps. Et c’est la dernière fois que je l’ai vu.
Vous le savez, 2014, ce fut également plein de petits problèmes persos ou professionnels qui ont descendu mon moral en flèche. Et bien, je vous le dis : ces problèmes, je les aurais volontiers multipliés par 2, par 10, par 100, pour avoir encore mon grand-père à mes côtés. Pour qu’il n’ait jamais eu l’idée saugrenue de monter sur un escabeau, pour qu’il ne soit jamais tombé, pour que son cœur ait été un peu plus fort.

Pourquoi en parler maintenant ? Pourquoi plusieurs mois plus tard, pourquoi ne pas attendre le 31 décembre ? Parce que j’y pense. Tous les jours. En passant devant l’hôpital pour aller faire mes courses, en voyant ma petite mamie solitaire, en me remémorant son rire, ses gestes. En entendant mon frère jouer de la guitare, quand lui aimait tant son accordéon. Et la nuit, aussi. La nuit, quand le sommeil se plait à me fuir, que mon cœur se serre. Quand je me dis que je donnerais tout, tout pour pouvoir sentir une seule fois encore sa main contre ma joue. Même si c’est puéril, même si je sais qu’on doit tous mourir un jour.

Cette année, nous nous sommes mariés. Cette année, j’ai enterré une partie de mon innocence, et toute cette bêtise qui me faisait croire que la vie était éternelle. Cette année, j’ai dit adieu à l’un des plus grands hommes de ma vie, dont la flamme continue bel et bien à brûler au creux de mon ventre.

Cette année, je n’aurais eu qu’un seul regret : ne pas lui avoir dit plus tôt que je l’aimais.

Insomnies #1 : Je me demande.

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Il y a des fois, je me demande.

Dans trois mois, j’aurai 23 ans. Je me suis mariée il y a deux mois. Je travaille depuis trois ans. Je paye des impôts, je viens d’acheter une voiture… On peut dire que je suis une adulte, alors ? Et pourtant, je me demande.
Vous le savez, je vous l’ai dit dans plusieurs articles, je veux un bébé. Et j’en aurai un, bientôt, j’espère. Du coup, je m’interroge. Je me revois, enfant, ado. Je revois le milieu dans lequel j’ai évolué, dans lequel j’ai grandi. Je me rappelle comment étaient mes parents, à cette époque. Je me rappelle comment je les considérais, comme je les considère toujours. Dans ma tête, pas de confusion possible : ce sont des adultes. Des vrais, des grands, puisque ce sont eux qui m’ont servi de modèles. Je me compare, je nous compare, et je me demande…
Quand on aura un enfant, rien de ce que l’on est ne changera. Il y aura toujours de la fantasy partout, des figurines de dragons dans tous les coins, des épées. Des illustrations issues du Seigneur des Anneaux plutôt que des natures mortes, des statuettes de nos personnages préférées plutôt que des masques africains. On continuera à écouter de l’électro mêlée à de la musique celtique, et à se chamailler en jouant à Mario Kart. Je lorgnerai toujours sur toutes les peluches que je croise, sauf j’aurai une bonne raison de les acheter (qui ne voudrait pas les coursiers du vent de WoW pour doudou ?!). On aura toujours un pied dans la réalité, et un autre dans l’imaginaire. Un pied et demi, même.
Mais je me demande. Parce que ce que l’on est devenu est tellement éloigné de l’idée que je me faisais de « l’adulte »… Que l’environnement que l’on s’est construit est tellement différent de celui dans lequel on a grandi… Et que, c’est marrant, mais j’imagine assez mal la p’tite mamie que je pourrais être, avec mon intégrale du Trône de Fer entre les mains.
Et pourtant… On s’est parfaitement compris, avec Jo, en croisant une famille entièrement déguisée aux Imaginales. Les parents, les enfants, ils étaient tous costumés à la mode du seizième siècle. On s’est regardé, on ne s’est rien dit. Mais on s’est compris : on sera comme ça, nous aussi. De grands rêveurs, des rêveurs de toujours formant à leur tour des petits rêveurs. Des petits rêveurs biberonnés à J.R.R. Tolkien, J. Clemens, U. Le Guin, J.K. Rowling, … Comme on le fut à Jack London, Marcel Pagnol et Agatha Christie.
Tout ça pour dire que… Quoi, au juste ? J’ai du mal à me situer, dans tout cela. Moi, la petite dernière d’une fratrie de trois enfants, l’éternelle petite dernière. Nous deux, les deux gamins qui sont tombés amoureux, qui ont fini grandir, un peu, en gardant au cœur de leur relation cette espièglerie typiquement enfantine. Deux grands enfants, en somme, bien à l’abri dans une bulle pleine de rêves chamarrés, qui veulent en faire un troisième.
Je réfléchis, et je me demande. Après tout, mes parents ne sont-ils pas comme ça, eux aussi ? Deux grands rêveurs, ayant poussé leurs trois enfants plus loin encore sur le chemin du rêve ? Et, d’abord… Faut-il vraiment se sentir adulte, pour faire un bébé ? Et qu’est-ce qu’il va devenir, ce bout de chou, avec nous ? Déjà que l’on est loin, loiiiin d’être en phase avec le monde actuel… Qui sait, peut-être qu’il la trouvera, lui, la porte de l’Imaginaire. Qu’il la trouvera, qu’il la passera, et qu’il ira faire un coucou à Bilbo, Ellena, Cahir, Aslan, Retzel, Ghost et tous les autres. Peut-être.

Je me demande…
PS : il y a des fois, on a des insomnies. Et on écrit…
Signé : un Bouchon fatigué, et un peu perdu.

Haro sur la loi « Anti-Amazon » !

Mes petites fraises des bois,

Vous n’êtes pas sans savoir qu’une vague de mécontentement a agité le monde du livre il y a quelques jours. Cris du cœur, fulminations virtuelles, rien ne semblait suffisant pour manifester sa désapprobation. Au cœur de tout cela, la proposition de loi adoptée à l’unanimité par le gouvernement (le sort du livre transcende l’opposition des partis !) jeudi dernier, visant à interdire aux librairies « virtuelles » le cumulatif des -5% sur le prix du livre et la gratuité des frais de port. Principale « librairie » visée : Amazon, bien entendu. Pour beaucoup de lecteurs, ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase : piètre tentative que celle-ci pour sauver les librairies physiques, qui ne conduirait manifestement qu’à pénaliser le lecteur ! Vu ainsi, je peux comprendre que cela vous donne envie de réagir comme cela :

Ou comme ceci :

Puisque la cause est entendue, pourquoi diable faire un énième article là-dessus ? Et bien, tout simplement pour vous expliquer ma vision des choses. Car, cette loi… Sans la voir d’un œil particulièrement favorable, ne me semble pas être une aberration pour autant. Je ne suis pas là pour critiquer les défenseurs d’Amazon, et pas là non plus pour fustiger les rares décisions prises par ce gouvernement quelque peu bancal, croyez-le. J’aimerais simplement… mettre à profit ma formation pour faire avancer le débat. Un peu.

Amazon, c’est quoi ? Un géant américain spécialisé dans la distribution de biens culturels, mais pas que : vêtements, produits de beauté, nourriture pour gerbilles… Bref, une version remastérisée de La foir’fouille, à laquelle on aurait greffé un Sephora, une Fnac et un Truffaut. Voire un Mr. Bricolage. Et ce déluge de produits en tout genre a prouvé son efficacité depuis bien longtemps : qui, aujourd’hui, peut se targuer de n’avoir JAMAIS reçu un paquet issu des entrepôts « Amazoniens » ?
Jusqu’à il y a peu (je dirais… environ un an), j’achetais moi aussi régulièrement chez Amazon. Très régulièrement. Et puis, je suis tombée amoureuse du métier de libraire. Et j’ai décidé d’arrêter d’acheter chez Amazon, de lui préférer des libraires physiques. Pas toujours indépendants, d’accord, mais tout de même. Parce qu’on pourra dire ce que l’on veut, Amazon est en train de les écrabouiller tranquillement, du bout du pied. Et, malheureusement, c’est totalement compréhensible… Qui aurait envie de faire dix kilomètres -ou plus- pour aller dans une librairie où il y a des chances que l’on ne trouve pas ce que l’on est venu chercher, quand on peut recevoir chez soi un paquet bien ficelé, en un temps record ? Tout cela sans prendre en compte le caractère du-dit libraire, parfois pédant, prétentieux et profondément intolérant vis-à-vis des goûts littéraires de chacun. Vous avez été nombreux à dire « avoir été dégoutés » des librairies physiques à cause de leurs employés. Le problème, c’est que pour un libraire incompétent, il y en a dix charmants et prêts à tout pour vous faire partager leur amour du métier. En privilégiant envers et contre tout Amazon, il est possible que certains passent à côté…
Je suis récemment tombée sur une de ces passionnés. La librairie qu’elle tient est minuscule, je suis quasiment certaine de ne pas y trouver le livre que j’ai en tête. Et pourtant, pourtant… Je m’y rends plus souvent qu’en Fnac. Pourquoi ? Parce que c’est un plaisir de parler avec elle, parce que les recommandations d’Amazon n’arrivent pas à la cheville de ses recommandations à elle. Un livre me fait envie, mais il n’est pas en rayon ? Qu’importe, je lui passe commande. Et j’irais le chercher le samedi suivant : ce n’est pas comme si j’allais manquer de lecture en l’espace d’une semaine. Cette librairie, elle est a dix kilomètres de chez moi. Et comme la route est très fréquentée, je mets souvent plus de vingt minutes pour l’atteindre. Mais le fait est là : j’aime y aller, j’aime le métier de libraire, et je serais franchement dépitée s’il venait à disparaitre. Alors, prendre la voiture pour me rendre dans cette librairie, c’est mon petit plaisir à moi. Bien plus agréable que de farfouiller sur internet, je trouve.
Mais que vient faire Amazon là-dedans, et pourquoi cette loi ? En pratiquant la gratuité des frais de port en sus des -5%, Amazon contourne habilement la loi Lang, loi encadrant le prix du livre. Pour le lecteur, nous sommes d’accord, c’est génial. Pour les autres libraires, un peu moins. Oui, c’est de la concurrence déloyale, tout simplement parce que tous les acteurs du livre ne peuvent pas se permettre de faire l’impasse sur les frais de port. Expliquez moi vous, lecteurs, quels avantages vous avez à aller dans une librairie physique, dans de telles conditions ? Et pourtant, cette fameuse proposition de loi qui agite tant les esprits, n’est pas là pour « sauver » les libraires. Soyons honnêtes : ce n’est pas parce que les frais de port seront payants que vous vous précipiterez chez le libraire du coin. Non, cette loi remet simplement les choses à plat. Peut-être aurait-elle pu creuser plus avant, sur l’évasion fiscale du géant américain, par exemple. Mais dans un contexte où la Fnac se meurt, où les Virgin ont tous fermé et où les différentes librairies Chapitre sont mises en vente, elle tombe tout de même à point nommé.

Tout cela pour vous dire que, moi, je ne la trouve pas si nulle, cette loi. Mais peut-être est-ce mon opinion pour la simple et bonne raison que, justement, j’ai le choix. Et bien oui, j’ai le choix, et j’ai personnellement décidé d’encourager les autres circuits de vente du livre. Parce que, quand j’ouvrirai ma librairie, je préfèrerai ne pas entendre des choses du genre « Vous n’avez pas ce livre ? Tant pis, je le commanderai sur Amazon ». Après, je conçois parfaitement que l’on puisse préférer faire ses achats sur internet. Se chicaner ainsi me parait totalement puéril, et les libraires devront fatalement faire évoluer leur métier pour répondre aux demandes de leur clientèle. Mais ce n’est pas en leur mettant la tête sous l’eau qu’ils vont y arriver. L’amour du livre devrait fédérer, et non diviser comme c’est le cas aujourd’hui. Peut-être suis-je un peu bisounours sur les bords, mais je crois que c’est possible.

Bouch’.

Loi n°2012-954 du 6 août 2012, relative au… Harcèlement sexuel.

Je voudrais vous parler de QUELQUE CHOSE DE GRAVE. Quelque chose qui me tient A CŒUR
A ceux qui prendront le temps de lire ces lignes, merci.
La scène qui va se jouer sous vos yeux se déroule dans une librairie. Comme quoi, les livres ne protègent pas de tout. Diane, 25 ans, et Louise, 30 ans, sont libraires. Elles s’entendent bien. Leur équipe, composée également de Dominique, le gérant, et d’Albyane, qui s’occupe de la papeterie, est soudée. On préfère s’envoyer des boulettes de papier plutôt que des mots à la tête. Pour peu que l’on s’arrête aux apparences, on rêverait de travailler avec ce genre de personnes. Et pourtant. Le ver est dans le fruit, depuis trop longtemps pour souhaiter s’en rappeler, sournois, agissant à coup de minauderies et de supplications. Sévissant, parfois, usant de son statut pour parvenir à ses fins. Propositions détournées, gestes mal placés, chantage affectif, tout cela ne porte qu’un nom : harcèlement sexuel.

« Cette personne s’appelle Dominique, cinquante ans, libraire et adjoint au Maire dans une petite ville de France. Derrière son personnage public, il dissimule un vice : il ne cesse de tomber amoureux des jeunes femmes qu’il emploie. Pour les soumettre à ses fantasmes, il s’appuie sur la confiance et l’affection. De manière récurrente, et avec application, il les persécute puis les pousse à la démission. Mais, entre 2009 et 2012, il commet une double erreur : Louise, trente ans et Diane, vingt-cinq.

Par l’intermédiaire de leurs récits croisés, l’un humoristique et l’autre délicat, elles tendent vers une revanche commune : J’avoue. Que faire d’autre quand le harcèlement sexuel n’est ni violence ni évidence mais qu’il joue avec les espoirs, avec les rêves et surtout avec les mots ? Que faire quand il n’est pas perceptible, quand il est long et structuré, quand il pénètre partout et salit tout ce qu’il touche ?

J’avoue. est une histoire vraie, non seulement parce que les faits sont réels mais parce que chaque ligne veut restituer aux mots leur justesse et leur légitimité. »

J’avoue est le récit de cette douleur, de ce quotidien vécu par de trop nombreuses personnes. Seulement, cette masse de victimes inconnues porte ici un nom, ou plutôt deux : Louise et Diane. J’avais eu vent de ce récit, m’étais promis de le lire. Parce que c’est IMPORTANT, parce que seule UNE PLAINTE SUR DIX conduit à la condamnation du harceleur. Jusqu’à ce que… Louise me contacte. Me contacte pour me dire : « voici quelques personnages qui te seront absolument familiers. » Imaginez ma surprise. Et puis j’ai lu. Dès les premières lignes, j’ai su. J’ai lu ces 33+1 chapitres en une matinée, les mains tremblantes, les larmes aux yeux, la rage au ventre. Et je me suis rendue compte d’une chose : le harcèlement sexuel, avant, je trouvais ça triste. Injuste. Je ne me posais pas plus de questions. Pour moi, vivant dans le monde des bisounours, c’était une notion floue, une menace pas vraiment prise au sérieux. Et là, je me suis pris la réalité en pleine tête. Parce que, Louise et Diane, je les connais. Dominique également. Et ça m’a fait mal, mal pour ces deux jeunes femmes que j’estime énormément, ces deux jeunes femmes qui m’ont donné envie de travailler avec les livres. Et je me suis soudainement trouvée stupide. Fallait-il donc que quelqu’un de mon entourage subisse cette horreur pour que je saisisse bien la réalité du monde qui nous entoure ? C’est aberrant. 

J’avoue, c’est un récit empreint d’une émotion indescriptible, d’une douleur sourde. Mais derrière lui sa cache la volonté de deux femmes de se reconstruire. Ecrire n’a pas dû être simple. Elles ont dû revivre, mois après mois, mot après mot, le calvaire enduré pendant trop longtemps. Mais ce témoignage, c’est aussi leurs premiers pas dans une vie nouvelle, une vie où la confiance n’est plus un moyen de pression. Pour ce courage, pour cette force, je ne peux que m’incliner. Et diffuser, le plus largement possible, leur revanche. 

==> J’avoue <==


 

Utile, la loi Lang ?

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C’est un coup de gueule qui m’amène à faire cet article. J’ai encore pu voir aujourd’hui, sur un forum de discussion quelconque : « La loi Lang ? Humm, encore une loi qui ne sert à rien… ». Mais à quoi pensent les gens ? Se renseignent-il seulement avant de balancer des trucs pareils ?  Qu’on ne connaisse pas cette loi, certes. Elle a fait du bruit à l’époque mais depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Ce n’est pas une raison pour dire de but en blanc qu’elle « ne sert à rien ». S’il est juste qu’il y a un encombrement législatif dû à un excès de lois et de décrets s’annulant les uns les autres, la loi Lang ne fait pas partie de ce lot là, mais bien des acquis législatifs français. Petit tour d’horizon :
 
La loi Lang a été promulguée le 10 août 1981, portée par le ministre de la Culture de l’époque (Jacques Lang, donc.). Elle instaure, au sein de l’état français, le prix unique du livre. Kesako ? Chaque éditeur devra fixer lui-même le prix de vente de chaque parution, le revendeur devant s’y conformer à 5% près (95% à 100% du prix). Ce prix doit être accessible à l’acheteur et doit donc figurer sur la couverture de l’ouvrage. Des « codes prix » peuvent être utilisés (comme c’est le cas de Folio, par exemple), toujours à condition que l’acheteur ait accès à la grille de prix correspondante.
Si c’est l’aspect majeur de cette loi, elle ne fait toutefois pas que cela. Cependant, avant de développer davantage, j’aimerais soulever l’importance de ce prix unique : j’ai pu lire des commentaires l’accusant de freiner le commerce du livre. De nuire aux libraires, ainsi qu’aux lecteurs. Imaginons un scénario où chaque revendeur pourrait pratiquer les prix qu’il souhaite : Un petit libraire devrait nécessairement pratiquer des prix élevés, ne vendant que peu. Une grande firme comme Fnac, par exemple, qui fait un chiffre d’affaire pharaonique avec la librairie, pourrait casser les prix : les acheteurs se rueraient dans ces grands magasins et délaisseraient le petit libraire. La librairie ? Morte. A l’inverse, dans les zones de campagnes profondes, l’acheteur ne peut bien souvent recourir qu’au libraire de son village. En l’absence de concurrence, qui empêcherait celui-ci de pratiquer des prix exorbitants, nuisant donc au lecteur, mais également au marché du livre ?
 
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La deuxième partie de cette loi vise à renforcer la protection des petites librairies face aux grandes surfaces culturelles. Quand un commerçant commande un livre, l’éditeur lui fait une remise. De base, je crois que celle-ci oscille entre 25% et 30% (je n’ai pas le texte exact sous les yeux). L’éditeur va ensuite pratiquer des « sur-remise« , selon différents critères : le nombre de livres achetés (aspect quantitatif), le mise en place de ceux-ci, le conseil aux clients (aspect qualitatif)… On peut donc arriver à des remises dépassant les 40% (je me dois de préciser que c’est somme toute assez rare). Maintenant, imaginez : les Fnac sont dirigées par des centrales d’achat, qui commandent tous les produits « en gros ». Pour une nouveauté, une palette de celle-ci dans chaque Fnac. Ou plus, s’il s’agit d’un livre vraiment attendu (=> Goncourt) Le représentant de la maison d’édition a donc tout intérêt à faire d’importantes remises à la centrale, celle-ci achetant en très grosses quantités. Prenons maintenant notre petit libraire. Impossible d’acheter toutes les nouveautés, il faut faire un choix. Et quand il décide de se procurer tel ou tel livre, même très attendu du public, sa commande ne se comptera pas en palettes de livres mais rentrera dans, tout au plus, un carton ou deux. Le plus souvent, deux exemplaires suffiront. Quel est l’intérêt de l’éditeur de faire une grosse remise à ce libraire ? Aucun, il sera perdant, à l’inverse d’avec la Fnac. C’est ici que la loi Lang rentre en jeu : afin de protéger les libraires traditionnelles, la loi encadre les remises, privilégiant le qualitatif au quantitatif. Des paliers ont ainsi été créés : +1% de remise supplémentaire pour XXX ouvrages de l’éditeur dans la librairie. +2% pour XXX+1 et ainsi de suite, la remise quantitative ne pouvant excéder la remise qualitative, attribuée en fonction de l’attention portée par le libraire à l’ouvrage. Or, il n’est pas difficile à comprendre que les librairies traditionnelles font plus dans le qualitatif et les firmes type Fnac dans le quantitatif. Encore une fois, il s’agit de tenter de les mettre sur un pied d’égalité.
 
Je pourrais continuer comme cela pendant des heures, mais l’essentiel de mon propos est là. Penser que la loi Lang est une abherration et un frein au commerce du livre est une erreur. Malheureusement, cette loi est passée relativement inaperçue, ceci expliquant le nombre important de personnes n’en n’ayant pas connaissance… En espérant avoir pu vous éclairer, je vous laisse, chers blogonautes !!
 
Et vous, que pensez-vous du prix unique du livre ? Quel système privilégieriez-vous ?
 

Pour en savoir plus, cela se passe ici.

L’Homme, ou comment ai-je tenté de rallier des brebis égarées.

« J’aime pas lire ». « C’est nul ». « J’ai pas le temps ». 28 juin 2006, l’Homme sans livres débarque, en pestant contre les montagnes de bouquins jonchant le sol et les pans de murs transformés en bibliothèques de fortune. Qu’à cela ne tienne, je relève le défi :  ce jeune délinquant lira, ou ne sera pas.
 
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Première tentative avec une BD pas très orthodoxe mais bien sympa tout de même : Mon amie la poof dessinée par Efix. En cinq tomes, celle-ci raconte l’histoire de Liv, jeune provinciale montant à Paris à l’aube de mai 68. Drogue, prostitution et réjouissances en tout genre l’attendent, elle et ses cinq compagnons. Estampillée thriller, cette bande-dessinée est juste géniale, à mettre dans toutes les mains, même celles des plus réticents (mais peut être pas des plus jeunes : les thèmes sont parfois abordés de manière très crue, donc…). Le graphisme est vraiment chouette, tout en noir et blanc. Réactions du sujet : tout à fait concluantes => le tome 1 est rapidement lu, l’intégrale dévorée. Le loup est entré dans la bergerie
 
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Passons à l’étape décisive des romans. Le choix est délicat : il ne faut pas que le livre lui tombe des mains, sinon tout espoir est perdu. Je parie donc sur LE livre qui m’a fait lire étant plus jeune : Les fourmis de Bernard Werber. Grand classique ! Si le succès est moins flagrant, le plus important est accompli : l’Homme n’est plus réfractaire à ce qui ressemble de près ou de loin à un livre. Il va même jusqu’à accepter de m’accompagner dans mes folles virées en librairie. Pari presque gagné…
 
En librairie… Où nous tombons sur un thriller qui ne paye pas de mine, résumé attrayant et auteur inconnu de notre bibliothèque : Le rasoir d’Ockham, de Henri Loevenbruck (comme quoi, le hasard fait bien les choses). Le coup de foudre arrive : les ouvrages de l’auteur sont achetés les uns après les autres, que le lecteur en herbe dévore en moins de deux.
 
 
Résultat : je me vois contrainte de partager ma bibliothèque avec ses bouquins. Qui sont accessoirement les miens.
La continuité : J’ai réussi ça aussi avec mon Papa !! Pour le coup, lui est davantage friand de romans historiques, à toutes les sauces (thriller/policier avec Steve Berry, Le mystère Napoléon, uchroni(qu)e avec Le faiseur d’histoire de Stephen Fry…). Ces deux là étant acquis à la cause littéraire, je m’attaque désormais au frère. Et au beau père. Voyons grand !
 
 
 
 
A bon entendeur…

On n’arrête plus le progrès !


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Que l’on soit pro ou anti-numérique, personne n’a pu échapper à la déferlante ebook de ces dernières années. Peut-être avez-vous été tenté de vous procurer l’un de ses appareils à la mode, tablettes ou liseuses. Et peut-être avez-vous été, comme beaucoup, rebutés par l’investissement nécessaire.
Amis internautes, j’ai pour vous LA solution.
Si vous ne souhaitez pas vous esquinter les yeux sur votre écran d’ordinateur ou préférez opter pour un support de lecture plus maniable, quelques éditeurs bien malins ont pensé à vous. J’essaye de vous faire deviner : en terme de chiffres, le Kindle, liseuse phare du géant Amazon, se serait vendu à environ un million d’exemplaires (ces chiffres restent relatifs : Amazon est particulièrement avare en renseignements quand il s’agit du Kindle, ou de quoi que ce soit d’autre, d’ailleurs). L’Iphone aurait quant à lui inondé le globe avec près de 10 millions de ventes. Je ne parle pas des autres smartphones, les chiffres sont identiques. Alors, une idée ?
 
Et bien oui, ils l’ont fait : les smart-novel sont nées dès que les investisseurs ont remarqué que les liseuses avaient un moins bon taux de pénétrement (les chiffres sont à peine comparables) dans les foyers que les téléphones portables. Ils ont donc parié sur la redéfinition du format ebook, afin que celui-ci s’adapte le mieux possible aux écrans réduits dont sont dotés les téléphones mobiles. Les applications de lecture se sont ainsi multipliées, permettant à chacun d’adopter le mode de lecture qu’il préfère : mot à mot, groupement de mots, défilement…
Ces livres sont ainsi construits en épisode, chaque épisode pouvant directement être téléchargé sur son téléphone. D’une durée de lecture relativement courte, ils ne rentrent pas dans le détail et foncent directement au coeur de l’action. A nouveau lecteur, nouvelle pratique !
Et il semblerait que cela marche : les japonais sont désormais accro à ces keitai shoesetsu tandis qu’il revêt un rôle pédagogique en Afrique, où l’on combat l’illetrisme comme on peut…
 
Pour conclure, je vous avouerai que j’ai été un peu longue à me réveiller : les smart-novel ne datent décidemment pas d’aujourd’hui ! Enfin, mieux tard que jamais… Et si cela peut faire lire davantage, je suis pour 🙂
 
Pour plus d’infos :
 
– http://www.enviedecrire.com/vous-telephonez-non-je-lis-un-livre/
– http://www.zdnet.fr/actualites/un-editeur-britannique-decline-l-e-book-sur-telephone-mobile-39364711.htm
– http://www.actualitte.com/actualite/lecture-numerique/acteurs-numeriques/au-diable-kindle-et-autres-les-telephones-sont-l-avenir-des-ebooks-7040.htm