Fleurs au creux des ruines, Chloé Chevalier (Récits du Demi-Loup #0)

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Couverture par Melchior Ascaride

Premier tome : Véridienne
Deuxième tome : Les Terres de l’Est

L’Histoire : Près des forêts anciennes où chassent les premiers hommes, dans le roc des montagnes, on creuse les fondations des royaumes à venir. On y rêve de concorde, d’arts et d’amour, on y bâtit palais, ponts et destinées. Les siècles passent. Ores vient la fin des temps, le sol tremble, la mer bout, et s’écroulent les cités qu’on croyait éternelles, en une pluie de poussière plus sombre que le jour. Mais des cendres renaît l’espoir, et s’amorce un nouveau cycle. Fleurs au creux des ruines nous conte l’histoire du Demi-Loup.

Mon avis : Vous savez comme j’aime la plume de Chloé Chevalier. Cette façon si réaliste qu’elle a de brosser le portrait de ses personnages, de les animer, de faire de leurs relations un véritable jeu de dupes. Les deux premiers tomes de ses Récits du Demi-Loup furent de vrais coups de cœur, tant j’avais été passionnée par le destin de nos héros, admirative du travail de l’auteure : en prenant un sujet d’apparence bien futile (les relations de quatre jeunes filles quelque peu écervelées), elle a su nous livrer un récit en réalité bien plus profond, bien plus complexe : le contraste entre les préoccupations de nos jeunes demoiselles et le destin branlant d’un royaume sur le déclin m’avait pour le moins fascinée. Dire que j’attends avec grande impatience le troisième et dernier tome de cette formidable fresque serait donc un bel euphémisme : j’ai eu grand mal à museler ma frustration en terminant le deuxième, je dois bien l’avouer 🙂
Quand j’ai appris que paraissait dans la collection Hélios un court recueil de nouvelles de l’auteure, prenant bien entendu toutes place dans l’univers du Demi-Loup, je n’ai donc pas contenu ma joie : voilà qui allait rendre l’attente un peu plus supportable. C’est donc avec délice que j’ai renoué avec la plume de l’auteure : Chloé Chevalier nous offre ici quatre textes à la sensibilité marquée, empreints d’une poésie indéniable. Quatre tout petits textes, d’ailleurs : c’est une vraie mise en bouche qui nous est livrée, un savoureux petit entremet en attendant la suite. Car, si je n’en ai fait qu’une bouchée, j’ai tout de même pris le temps de les apprécier : Fleurs au creux des ruines esquisse le passé tumultueux du Demi-Loup, les quatre textes ici présents se situant tous à une époque différente des autres. Sur un ton souvent mélancolique, parfois caustique, mais toujours juste, l’auteure nous conte l’Histoire de cette Terre qui deviendra le royaume que nous connaissons bien. Oh, n’espérez pas que je vous décrive en long, en large et en travers ces quatre textes ! Ils sont bien trop courts pour que je vous en dévoile quoi que ce soit, si ce n’est, qu’une fois encore, l’auteure fait preuve d’un grand talent : en quelques lignes à peine, elle insuffle une force incroyable à son propos. Ses personnages deviennent tangibles (je pense notamment aux nouvelles « L’Art ou la Viande » et « La Tour sous le Gris » qui m’ont peut-être encore davantage plu que les deux autres), ses descriptions font naitre sous nos yeux des paysages plus vrais que nature. Des nouvelles, certes, mais des nouvelles qui ont tôt fait de nous emporter avec elles, loin, très loin. Et puis, cette façon si subtile qu’elle a de relier les textes les uns aux autres ! De donner une unité à son recueil, sans en faire trop ! Bref, c’est magistral, une fois encore. Et cela ne laisse présager que le meilleur pour juin prochain…

En bref, un recueil de nouvelles fascinant, qui nous plonge plus avant dans l’Histoire du Demi-Loup : les textes sont courts, et vont droit au but. Pour autant, ils n’en perdent ni en force, ni en sensibilité : c’est une porte ouverte sur une autre monde que nous tenons entre nos mains, une porte qui nous ne laisse d’autre choix que de la franchir. A lire, pour la beauté des mots, la subtilité des textes et le talent de l’auteure !

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Coup de cœur !

Les Terres de l’Est, Chloé Chevalier (Récits du Demi-Loup #2)

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Premier tome : Véridienne

L’histoire : Deux ans ont passé. La Preste Mort poursuit ses ravages et la scission entre les deux domaines du royaume, Véridienne et les Éponas, se creuse chaque jour davantage. Aux deux Suivantes, Lufthilde et Nersès, il revient d’œuvrer dans l’ombre de leurs reines pour éviter le pire. Ballottées entre la frivolité de Calvina, les lubies imprévisibles de Malvane et la colère grandissante des comtes et du peuple, l’une comme l’autre peinent à se montrer à la hauteur de la tâche. Tandis que de vieilles querelles de jeunesse se muent peu à peu en dangereux jeux de pouvoir, à l’Est, l’Empereur tourne son regard et ses légions vers le Demi-Loup. Pour Cathelle et Aldemor, la Suivante et le prince renégats, l’heure approche de sortir de l’ombre et, enfin, de prendre leur revanche.

Mon avis : QUE JE L’ATTENDAIS ! Que je l’attendais ce deuxième tome, après avoir dévoré le premier ! J’avais follement aimé cette intrigue à la fois originale et bien menée, mettant en scène des personnages hauts en couleurs et superbement croqués. Je n’ai donc pas attendu longtemps avant de passer à la suite sitôt celle-ci sortie, curieuse de voir ce que ça allait donner… Mais surtout confiante : avec un tel début, cet opus ne pouvait qu’être bon 🙂
Et le fait est : il est même excellent ! Si je ne l’ai pas lu aussi vite que le 1er (et pourtant, ce n’était pas faute de le vouloir), je me suis autant régalé, voir davantage. J’épargnerai aux lecteurs n’ayant pas encore eu la chance de se plonger dans la série la malédiction du spoil en ne vous résumant pas l’intrigue de ce tome-ci : sachez seulement que deux ans ont passé, et que le Demi-Loup est au bord du gouffre. Nous y retrouvons nos deux princesses et leurs Suivantes (sachant que seules ces dernières ont la parole – Cathelle comme narratrice, Nersès et Lufthilde via leurs correspondances mutuelles), ainsi qu’Aldemor (dont nous découvrons -enfin !- l’adolescence tourmentée). L’atmosphère y est plus sombre, et pour cause : les évènements tragiques du 1er tome ont laissé une plaie enflammée et purulente dans tous les esprits, petit peuple et noblesse confondus.
Si Chloé Chevalier avait su attiser en moi les émotions les plus contraires avec son premier tome… Que dire de celui-ci ? J’ai pleuré, pleuré à en perdre haleine, et ce… Plusieurs fois. J’ai frémis, me suis rongé les sangs, ai lu avec avidité, tremblante à l’idée de ce que je pourrais découvrir en tournant la page. Les révélations sont terribles, même si la fin du premier opus le laissait présager : »tu ne leur a donc pas dit ? »… Ces quelques mots lancés par la Reine prennent ici tous leur sens, l’auteure nous assenant une claque… Magistrale. Et elle le fait avec brio : Miss Chevalier est une conteuse née. La moindre phrase, le moindre mot possède une saveur toute particulière, nous donnant la sensation d’être, simplement, parfaitement à sa place. J’ai particulièrement apprécié les longues phases descriptives durant lesquelles elle fait naitre sous nos yeux les paysages des Plaines Jaunes, mais aussi de ces fameuses Terres de l’Est : à travers le périple d’Aldemor (chut, je ne vous ai rien dit !) et de ses mémoires, c’est toute une culture que nous découvrons,  dépeinte avec subtilité et justesse : l’auteure n’en fait jamais trop, parvient à doser merveilleusement chacun des aspects de son roman. Et le résultat est là : nous sommes happés dans un tourbillon d’émotions, entièrement soumis au bon plaisir de l’auteure… Et à sa plume acérée, virevoltante, virtuose.
J’ai conscience de ne pas vous avoir offert, une fois encore, une chronique académique : je l’ai volontairement axé sur les émotions que cette lecture a pu me procurer, car l’essentiel est finalement là : vous faire comprendre que vous avez à portée de regard une perle de fantasy, un ouvrage dans lequel vous plonger à corps (et à cœur !) perdu. Un grand merci aux Moutons pour avoir déniché cette pépite, un grand merci à Melchior Ascaride pour lui avoir offert l’écrin qu’elle mérite… Et un immense merci à Chloé Chevalier pour ces quelques jours hors du temps. Merci, vraiment.

En bref, un deuxième tome qui m’aura laissée pantelante, les yeux humides et le cœur battant : le rythme ne faiblit pas un seul instant, l’intrigue nous emporte sans ménagement et la plume est toujours aussi exaltante. En somme, c’est une merveille que nous avons, bien loin de l’habituel tome transitoire : Chloé Chevalier pèse chacun de ses mots avec soin, tisse sa toile avec une dextérité certaine, et le résultat… Est bel et bien là. COUP DE CŒUR !

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Coup de cœur !

Véridienne, Chloé Chevalier

Veridienne

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L’histoire : Au bord de l’implosion, le royaume du Demi-Loup oscille dangereusement entre l’épidémie foudroyante qui le ravage, la Presse Mort, les prémisses d’une guerre civile, et l’apparente indifférence de son roi. Les princesses Malvane et Calvina, insouciantes des menaces qui pèsent sur le monde qui les entoure, grandissent dans la plus complète indolence auprès de leurs Suivantes. Nées un jour plus tard que les futures souveraines auxquelles une règle stricte les attache pour leur existence entière, les Suivantes auraient dû être deux.
Elles sont trois. Et que songer de la réapparition inopinée du prince héritier, Aldemor, qu’une guerre lointaine avait emporté bien des années auparavant ? Avec lui, une effroyable réalité rattrape le château de Véridienne, et le temps arrive, pour les Suivantes et leurs princesses, d’apprendre quels devoirs sont les leurs.

Mon avis : aurais-je une seule déception avec le catalogue des Moutons ? Si ce n’est jamais à exclure, ce jour n’est manifestement pas encore arrivé ! Véridienne est tout simplement EXCELLENT, en gras et en majuscules. Tout à fait différent des autres romans que j’ai pu lire jusqu’ici, il met au premier plan le relationnel entre des personnages à la psychologie riche et parfaitement creusée, se situant dans un univers alternatif à consonance médiévale. Autant vous dire que… J’ai adoré, bien évidemment !
Dans le royaume du Demi-Loup, chaque -futur- souverain se voit doté d’un Suivant : né un jour plus tard que le futur régent, son existence, sacrée, lui est entièrement dédiée. Lufthilde est ainsi attachée aux pas de Calvina, héritière de la région des Éponas, tandis que Malvane, princesse de Véridienne… Est dotée de deux Suivantes, suite à la négligence de son père : Nersès et Cathelle. Alors que les Éponas font sécession, Calvina et Lufthilde sont contraintes de se réfugier à Véridienne, où la guerre civile menace. Mais les cousines, jeunes, n’ont que faire des ces problèmes d’adultes. Entre ces écervelées au visage d’ange et un roi démissionnaire, le peuple du Demi-Loup ne jure que par le retour d’Aldemor, héritier en titre et parti en guerre depuis bien longtemps. Et pourtant, on se demande… Le remède n’est-il parfois pas pire que le mal ?
Avec ce premier tome, Chloé Chevalier nous offre un récit choral : bien que mis en forme par Nersès et Lufthilde, nous y trouvons des journaux des trois Suivantes, ainsi que d’Aldemor. Leur but est simple : livrer avec le plus d’honnêteté possible un témoignage exhaustif afin que le lecteur -et les générations futures- comprennent comment le royaume a pu  en arriver là. Mais là, où ? Et bien, justement…
Ce récit est passionnant. À la fois parce que Chloé Chevalier prend le temps de nous dresser un paysage politique des plus complets (et perturbé, on ne va pas se mentir), mais aussi parce qu’elle met plus que tout l’accent sur des personnages centraux extrêmement charismatiques mais, surtout, très crédibles. A-t-on vraiment l’impression d’avoir des êtres de papier face à nous ? Pas la moindre seconde : avec sa plume légère, aérienne et particulièrement évocatrice, l’auteure nous immerge promptement dans son roman aux multiples facettes. J’ai aimé suivre nos cinq héroïnes, même si j’ai parfois -souvent, pour certaines- eu envie de les secouer très fort, et de leur mettre un peu de plomb dans la cervelle. Ne sont-elles pas les héritières de ce grand royaume qu’est le Demi-Loup ? Pour autant, et assez paradoxalement… Leur ingénuité ne les rend que d’autant plus crédibles. Ce sont avant tout des enfants, qu’il s’agisse des princesses ou de leurs Suivantes. Des princesses dont l’éducation fut avortée avant d’avoir commencé, davantage laissée à elles-mêmes qu’autre chose. Je dois avouer avoir eu une tendresse toute particulière pour Nersès, première Suivante de Malvane, qui m’a semblé ne jamais dévier du chemin qu’elle s’était fixée. Lufthilde et Cathelle m’ont également beaucoup touchée, notamment par la sincérité de leurs sentiments, au crépuscule du roman. Quant à Malvane et Calvina… Leurs personnages, complexes, ont provoqué en moi une foule de sentiments contraires. L’une comme l’autre ont pu faire à la fois preuve de la plus grande violence tout en restant extrêmement fragiles, et je n’ai su que les plaindre, les admirer et les blâmer en même temps, compatissant pour leur entourage bien peu à même de réfréner leur impulsivité dévastatrice.
Aldemor, lui…a touché une corde sensible en moi : cet enfant contraint de grandir trop vite, devenu un homme tourmenté, hanté par ses propres démons et écrasé sous le poids d’une culpabilité gigantesque… J’ai ouvert des yeux ronds et retenu mon souffle, quand l’auteure nous a dévoilé la vérité. Et ma gorge s’est serrée, serrée à en étouffer.
Qu’il s’agisse des personnages centraux ou secondaires (pensons notamment au Roi et à la Reine), j’ai aimé le fait que Chloé Chevalier s’éloigne de tout manichéisme pour lui préférer un subtil jeu de nuances, nous empêchant d’aimer absolument un personnage ou, à l’inverse, de le détester complètement. Sans être parfaits ou méprisables, ils sont… Humains, simplement.
L’on est donc totalement embarqué dans ces multiples destins auxquels est inextricablement lié celui du royaume, ne cessant de se demander jusqu’où tout cela le -nous- mènera. Chloé Chevalier joue avec nos sentiments en faisant preuve d’une aisance déconcertante, et je me dois de saluer la performance : pour un premier roman, c’est parfaitement réussi ! Il me tarde d’ailleurs d’en lire la suite, qui ne devrait plus tarder, fort heureusement (oui, je ne vous ai pas parlé de la fin… Mais je m’étais promis de ne pas insister sur la sadisme dont Miss Chevalier a fait preuve !). Que la pluie vous soit donc clémente, mes petits, et à bientôt !

En bref, un premier tome tout à fait captivant : le jeu sur les personnages est tout à fait réussi, et Chloé Chevalier nous offre une fresque aussi bien familiale que politique absolument fascinante. Si l’on rajoute à cela un écrin tout bonnement magnifique (saluons Melchior Ascaride pour le prix obtenu aux Imaginales, récompensant son magnifique travail pour l’identité des Moutons Électriques ! Et la couverture du deuxième tome est tout aussi merveilleuse ❤️), je vous le demande : que vouloir de plus ?

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Coup de cœur !