Le livre des Radieux, Brandon Sanderson (Les Archives de Roshar #2)

Traduits par Mélanie Fazi

Couvertures réalisées par Alain Brion

Premier tome : La voie des rois #1 & La voie des rois #2

L’histoire : Je me souviens des jours avant l’Ultime Désolation.
Avant que les Hérauts ne nous abandonnent, et que les Chevaliers Radieux se retournent contre nous. Des jours où la magie était encore de ce monde, et l’honneur dans le cœur des hommes. Aujourd’hui nous surveillons quatre personnes. La première est un chirurgien qui est devenu soldat dans une guerre brutale. La deuxième est un assassin qui pleure en tuant. La troisième est une jeune femme dont la robe d’étudiante abrite une âme de voleuse et de traîtresse. La dernière est un prince dont les yeux se sont ouverts sur le passé, tandis que son appétit pour la guerre décroît.
Le monde changera.
Ces quatre personnes sont la clé.
L’une d’entre elles nous aidera. L’une d’entre elles nous détruira.

Mon avis : BON. Si je vous dis que j’avais décidé de relire La voie des rois avant de me lancer à l’assaut du Livre des Radieux, et que je me suis finalement précipitée sur ce dernier comme une affamée devant un un buffet à volonté, cela vous donne-t-il une idée de l’envie que j’avais de le lire ? Si je vous dis que j’avais prévu de faire une pause entre les deux volumes, histoire de faire durer le plaisir, mais que j’ai finalement enchainé mes lectures, posant l’un et prenant l’autre sous le regard désabusé de Chéri, cela vous fait-il imaginer à quel point il est prenant ? Si je vous dis que j’ai terminé le second à trois heures du matin, bossant le lendemain et pourtant parfaitement réveillée, le cœur battant à tout rompre, cela vous informe t-il sur l’intensité de ma lecture ? Et si je vous dis, finalement, que je suis d’ores et déjà en PLS pour un bon bout de temps, mais aussi totalement et irrémédiablement ÉPOUSTOUFLÉE par le talent de cet homme, que me dites-vous ? Je vais vous donner un indice : je tiens là un de mes plus gros coups de cœur de tous les temps, un coup de cœur à placer au panthéon, aux côtés de La dernière Terre, des Royaumes du Nord ou encore d’Harry Potter. Un coup de cœur comme on en rencontre peu dans une vie de lectrice, et qui pourtant vous marque… À JAMAIS.
DIEU QUE C’ÉTAIT BON ! Je ne saurais même pas par où commencer, tant il est important pour moi de vous faire comprendre que nous avons là une œuvre majeure de la fantasy, et que nous n’en sommes pourtant qu’aux prémices de la série. Alors que La voie des rois pouvait parfois paraitre contemplatif, bien que regorgeant déjà de moult rebondissements, Le livre des Radieux est…. FIOU. Juste ça ! Il est EXTRAORDINAIRE. Moi qui avais peur d’être un peu perdue, vu le temps écoulé depuis ma lecture du premier tome, et bien… PAS DU TOUT. Pas un instant ! On se replonge dans l’ambiance de suite, pour ne plus connaitre un seul temps mort : le deuxième volume, plus particulièrement, est tout simplement INLÂCHABLE. Et je ne dis pas ça à la légère : il est plus inlâchable que n’importe quel livre que j’ai pu lire jusqu’ici. Plus inlâchable que ces thrillers palpitants, où l’on meurt d’envie de savoir qui est l’assassin. Plus inlâchable que ces histoires d’amour compliquées, où l’on se consume de savoir si, oui ou non, les héros finiront par se retrouver. Plus inlâchable que tout cela, et bien davantage encore… Pour la simple et bonne raison que Le livre des Radieux est un véritable medley de tout cela : on frémit de rage et de peur, autant que d’espérance. On tremble et on trépigne, convaincu qu’un cataclysme ne manquera pas de s’abattre sur nous et nos personnages chéris si nous ne tournons pas une page supplémentaire. Et j’ai pleuré, OUI ! J’ai pleuré. Plusieurs fois. J’ai pleuré parce que l’auteur nous joue de sales tours, parce qu’il instille à son récit une émotion incroyable. Qui a dit que la fantasy n’était affaire que de gros bras et de batailles ? Brandon Sanderson a tout compris, en nous offrant un récit aussi sensible que prenant, aussi poignant qu’épique. C’est un savant mélange de tous les éléments constitutifs d’un TRÈS bon livre, une partition savamment orchestrée, résonnant d’une musicalité incroyable. Oui, je suis totalement sous le charme, encore groggy de cette lecture qui résonne en moi telle une Tempête Éternelle.
Côté intrigue, nous reprenons là où nous nous étions arrêtés : Shallan et Jasnah sont en route pour les Plaines Brisées, Dalinar essaye tant bien que mal de rassembler les Hauts Princes et Kaladin s’habitue peu à peu à sa nouvelle condition. Hum, aurais-je pu faire plus succinct, plus nébuleux que cela ? Je ne crois pas ! Mais, très honnêtement, mieux vaut ne rien vous spoiler. Et, l’intrigue est tellement dense, tellement riche, qu’en dévoiler un petit bout me conduirait déjà à en dire trop. Qu’à cela ne tienne, je ne vous parlerai que de mes impressions :3 Ces deux volumes m’ont fait l’effet d’une claque à répétition : tout en continuant à travailler avec application son background, l’auteur se lance à corps perdu dans le développement de son intrigue : après la mise en place de celle-ci dans le premier opus, il est temps de la mettre en branle. ETJEVOUSJUREQUEC’ESTTROPBIEN !!!! J’ai retrouvé avec ce tome-ci les sensations que m’avaient procuré l’Empire Ultime : alors que l’on aurait pu penser que l’auteur se « contenterait » de dérouler sur l’ensemble de son récit les premières pistes soulevées, il choisit au contraire de les mener à leur terme relativement rapidement pour embrayer, de suite, sur quelque chose de plus grand encore : comment, de ce fait, ne voulez-vous pas réclamer la suite à corps et à cris ? C’est complet, et complexe : nul sujet n’est une fois encore mis à l’écart, qu’il s’agisse de politique, d’histoire, de religion, et j’en passe. Évidemment, je ne vous parle pas de la toute fin, qui m’a fait littéralement bondir de mon lit (tout comme bon nombre de passages précédents, il faut l’avouer) : même si une page se tourne bel et bien, cela implique tellement de choses que… GRUMPH. Dans la même veine, d’ailleurs, je n’ai pu m’empêcher de m’interroger sur les liens entre les différents mondes du Cosmère (l’univers dans lequel l’auteur a placé la majeur partie de ses romans) : certaines… scènes… ne sont en effet pas sans rappeler l’utilisation de l’allomancie dans Fils-des-brumes, et je ne peux m’empêcher de me demander si, là encore, l’auteur ne nous prépare pas quelque chose d’hors norme. Peut-être est-ce moi qui aie tendance à voir des liens partout, mais cela m’a surtout donné furieusement envie de me replonger dans cette trilogie chouchou ❤️
Quant aux personnages… Certains font leur apparition, d’autres s’envolent vers d’autres cieux, et une poignée… Une poignée s’ancre définitivement dans le récit, ainsi que dans notre esprit : Kaladin et Syl, bien sûr, mais aussi Shallan, Dalinar, Navani, Adolin… Ils sont TELLEMENT vivants ! TELLEMENT bien rendus ! Et l’on sent TELLEMENT bien l’immense potentiel qu’ils ont encore en eux ! Dieu que c’est bon de retrouver des personnages qui ne peuvent laisser indifférent, des personnages qui nous font vibrer, qui nous émeuvent… Qui nous font rire ! Je crois que c’est une dimension que je n’avais pas trouvé dans le premier opus : Le livre des Radieux possède en effet une petite note de légèreté qui va et vient, apaisant les moments les plus difficiles émotionnellement parlant, et j’avoue qu’on l’accueille avec grand plaisir : le ton général n’en sonne que plus juste. Les personnages s’affirment, donc, mais se complexifient également, de même que leurs relations : le noyau dur de personnages principaux se resserre, et j’ai observé avec une délectation non dissimulée leurs rencontres, imaginant même quelles pourraient être leurs relations futures… Mais, CHUT ! Je m’arrête là.
Honnêtement, ce livre est une bombe. J’ai l’impression de rabâcher toujours un peu la même chose quand il s’agit de B.S., et pourtant : à mon grand dam, plus je découvre ses écrits, plus j’ai le sentiment que ceux-ci gagnent en force, en aboutissement. Le processus d’écriture est long, et il nous faudra être patient pour la suite : le troisième tome serait prévu en anglais pour fin 2017 (donc une bonne, voire deux années d’ici la traduction), le quatrième pour 2020 (avec les retards que cela suppose), et le cinquième… Bref. Nous n’avons donc pas fini d’entendre parler de Roshar, et tant mieux : c’est tellement bon que je pourrais m’y plonger encore et encore 🙂 Je dois, enfin, un grand merci à la femme qui nous permet d’apprécier à leur juste valeur les romans de ce grand écrivain : Mélanie Fazi, à la traduction toujours aussi impeccable, toujours aussi poétique. Qui a dit que la fantasy ne pouvait pas être un superbe exercice de style ? 😉

En bref, le premier tome était déjà EXCELLENT, et celui-ci est encore meilleur : le premier volume m’a passionnée et… J’ai lu le second d’une traite, ou presque : c’est à la fois enivrant, magnifiquement écrit, mené à la perfection, bref… C’est un coup de cœur parfait, inoubliable et magnifique. FIOU ❤️

 
COUP.DE.CŒUR !

Brandon Sanderson : L’Interview !

Mes petits Marcassins… BONJOUR !

En octobre dernier (la honte… C’était il y a tellement longtemps !) m’était offerte la chance unique de rencontrer MON auteur favori DE TOUS LES TEMPS, ainsi ai-je nommé… BRANDON SANDERSON. Pensez donc : quand les deux adorables attachées de presse du Livre de Poche m’ont contactée dans ce sens, mon sang n’a fait qu’un tour : peu importe le boulot, les galères de transport et de logement, J’IRAI. J’IRAI, quoi qu’il en coûte ! Le dimanche 25, me voici donc dans l’avion direction Paris (et le pincement au cœur en laissant le Boubou, on en parle ?), afin d’y passer la nuit chez ma sœur chérie… Avant le grand moment, le 26 au matin. Après une nuit agitée, me voici donc fin prête, le cœur battant la chamade et la démarche sautillante : est-ce vraiment réel ? Vais-je vraiment rencontrer l’auteur que je vénère depuis maintenant six ans ? Je cours, vole, fuse vers le lieu de rendez-vous, arrive un brin essoufflée, la joue rosie d’excitation, attends quelques instants… Et vois arriver Sophie, sans qui rien n’aurait été possible. Je la suis, intimidée (quand même !) quand, soudain… LE VOILÀ. En chair et en os, le vrai, l’unique…

BRANDON SANDERSON !

Je vous passe les balbutiements et la petite larme de joie, pour en venir au fait : que nous sommes-nous dit, durant les trente minutes qui ont suivi ?

Bouch’ : Bonjour Brandon ! Alors, je me présente : je m’appelle Adeline, j’ai 25 ans, je suis maman d’un petit garçon, et je tiens depuis presque cinq ans un blog centré sur mes lectures, majoritairement issues des littératures de l’imaginaire… J’ai découvert vos romans il y a plusieurs années, et je dois dire que ça a été le coup de foudre : il n’y en a pas un que je n’ai pas lu, pas un que je n’ai pas aimé ! En attendant les prochains, je les relis avec mon petit bout : je ne sais pas s’il comprend ce que je lui lis {Rires}, mais on passe de super moments grâce à vous !

Brandon Sanderson : Mes enfants n’ont pas encore lu mes livres… J’ai trois garçons, et je crois qu’ils comprennent pas encore que je suis écrivain. Ils imaginent que c’est ce que tout le monde fait ! Ils ont même commencé à écrire leurs propres livres : mon petit de six ans m’a dit la semaine dernière « Je vais devoir écrire un livre pour le vendre, parce que c’est comme ça que nous gagnons notre argent ! » {Rires} Et il a écrit un livre sur minecraft, qu’il voulait publier ! Voilà comment il perçoit ce que je fais, c’est assez amusant {Rires}.

Bouch’ : Parlons sérieusement ! Vous êtes considéré comme l’un des meilleurs auteurs de fantasy dans le monde entier… Est-ce un rôle facile à assumer ? Plutôt stressant ?

Brandon Sanderson : C’est… Effrayant. Très effrayant. Ma passion pour ce genre a grandi avec moi. J’étais… perdu dans la vie, je ne savais pas quoi faire…. Et j’ai découvert la fantasy. Et, à travers elle, mon foyer ! J’ai passé les quinze années suivantes à apprendre comment faire la même chose, et maintenant… Maintenant, mes livres sont sur les étagères, et c’est… Tellement bizarre ! C’est toujours dur pour moi de réaliser que cela a marché, parce que out le monde s’acharne à te répéter que ça NE VA PAS marcher. Et qu’en fait… Ça marche ! C’est donc particulièrement effrayant… Mais aussi très gratifiant ! Beaucoup de gens me demandent quelles sont mes motivations, et la plus grande d’entre elles est certainement de prendre ce qui m’a été donné et de faire du bon boulot avec ça. Beaucoup d’auteurs voudraient être à ma place, je l’ai moi même voulu durant tant d’années… Je veux faire mon maximum.

Bouch’ : C’est un succès, qu’on se le dise ! {Rires} Mais du coup, quelles sont vos références littéraires ?

BS : Hum… Le livre qui m’a poussé à écrire de la fantasy est Fendragon de Barbara Hambly (Dragonsbane en VO – lecture à venir sur le blog !). Il n’est pas très connu, mais il reste mon livre favori. Je dois également beaucoup à Anne McCaffrey, {…} que j’ai énormément étudiée. Et côté classiques… Je ne dis pas ça parce que je suis en France {rires} ! J’aime beaucoup Victor Hugo, notamment pour ses personnages à la fois héroïques et très crédibles. Beaucoup de romans fantasy mettent en scène des personnages vraiment très noirs et… Je trouve ça vraiment intéressant, mais je préfère imaginer des héros foncièrement bons, mais prenant parfois de mauvaises décisions. Victor Hugo avait capturé ça, et cela m’a beaucoup inspiré.

Bouch’ : Et, le dernier livre que vous avez lu… ?

BS : En fait, j’en ai lu deux : City of Stairs de Robert Jackson et Ghost Talkers de Mary Robinette Kowal. Malheureusement, aucun n’est encore traduit en français…

Bouch’ : Question indiscrète, maintenant ! Vos livres sont toujours bourrés de détails, à un point parfois hallucinant… Comment faites-vous pour vous y retrouver ?

BS : En fait , j’oublie énormément, pour le premier jet ! Mais c’est normal pour un auteur {Rires} J’utilise actuellement un wiki, qui ne se trouve que sur mon ordinateur et celui de mon assistante. C’est extrêmement précieux ! J’organise et peaufine mes idées grâce à cela, et tous les détails de tous mes romans y sont référencés. La travail entier de mon assistante consiste d’ailleurs à s’assurer que je n’ai pas oublié un détail crucial… Elle lit mon manuscrit, le compare à mes précédents romans et me signale les points qui ne vont pas.

Bouch’ : Un wiki et une assistante, c’est super pratique en effet ! Mais je dois vous avouer… que j’ai souvent eu envie de venir jusque chez vous pour réclamer la suite des Archives de Roshar. Certains fans mettent-ils ce genre de menaces à exécution ?

BS : Cela n’arrive pas très souvent, à dire vrai ! J’ai eu un groupe de jeunes qui est venus devant chez moi, déguisés en hommes du pont. Ils en avaient même construit un ! Ils sont venus sonner chez moi, et se sont mis à chanter. C’était vraiment chouette 🙂 On a des photos !

Bouch’ : Vous êtes un auteur très prolifique (MERCI), et semblez pouvoir passer d’un univers à un autre sans difficulté… Comment faites-vous pour passer d’une histoire très noire, à un récit plus léger ?

BS : Ma méthode… Quand je finis un livre, j’ai besoin de faire quelque chose de VRAIMENT différent. J’ai besoin de changer, de faire quelque chose de totalement neuf. Par exemple, j’ai écrit Alcatraz en même temps que les Fils-des-brumes… J’ai besoin de me renouveler en plongeant dans quelque chose de radicalement différent. Fils-des-brumes et Les Archives de Roshar sont mes deux grands projets, et mes autres romans m’ont permis de me ressourcer.

Bouch’ : Quand on imagine l’investissement nécessaire… On peut le comprendre ! Et parmi tous vos livres… Y-en a t-il un qui vous a rendu plus fier, auquel vous êtes plus attaché ?

BS : Non… Non pas vraiment ! Le plus difficile, si je puis dire, est la fin de La Roue du temps de Robert Jordan. C’est un challenge extrêmement stimulant ! Reprendre le travail d’un autre auteur et réussir à créer une vraie continuité… Mais je ne peux pas dire que j’en préfère un par rapport aux autres, ce serait comme dire que je préfère un de mes enfants {Rires} ! Au fond, ce sont tous mes enfants.

Bouch’ : Justement, en parlant de La Roue du temps : votre style et celui de Robert Jordan sont vraiment très différents, comment faites-vous pour réussir à donner une cohérence à tout cela, à offrir une véritable continuité à la série ?

BS : Il faut avouer que c’est assez technique. J’ai essayé de reprendre sa voix… Et j’ai échoué. Cela relevait beaucoup plus de la caricature qu’autre chose. J’ai donc essayé de reprendre ses personnages en leur donnant vie à travers mon propre style et là… Le résultat était bien meilleur. Mais je dois quand même dire aux fans qu’il faut comprendre  que je ne suis pas là pour essayer de copier Robert Jordan. La comparaison que j’utilise régulièrement serait celle du réalisateur de film. Il aura forcément sa propre vision de ce que doit donner la production. Regardez avec Harry Potter ! Les réalisateurs ont changé, et même si l’essence du film reste la même, on sent une véritable différence.

Bouch’ : Ils seront compréhensifs, j’en suis certaine ! C’est un projet qui vous a d’ailleurs permis d’élargir encore davantage votre lectorat… Mais aux rares lecteurs ne vous connaissant pas, par lequel de vos livres conseilleriez-vous d’entamer votre bibliographie ?

BS : L’Âme de l’empereur ! Il est court, c’est un one-shot, un peu plus littéraire, poétique que certains autres… Surtout pour quelqu’un ne lisant que peu de fantasy. Pour quelqu’un connaissant davantage le genre, je conseillerais l’Empire ultime, le premier tome de la trilogie Fils-des-Brumes, parce que la fin est déjà là. Si je pense que les Archives de Roshar constituent mon meilleur travail, les romans sont surtout très longs, et font partie d’un cycle encore plus long… Ce ne serait peut-être pas le choix le plus judicieux.

Bouch’ : On voit d’ailleurs l’évolution de votre talent d’écrivain au fil de vos romans : entre Elantris, parfois un peu maladroit, et La voie des rois, qui reste LE livre le plus abouti que j’ai pu lire jusqu’à présent, on sent que vous avez fait un chemin incroyable ! A chaque fois que je me plonge dans un de vos romans, j’en oublie jusqu’à mon mari et mon fils… Mon mari n’était d’ailleurs pas vraiment ravi que je passe notre lune de miel en compagnie d’Elantris ^_^

BS : Vous savez… Ma femme est professeur de littérature. Durant notre lune de miel… Je lisais, elle lisait, ça collait super bien {Rires} Pour en revenir aux Archives de Roshar, c’est la série que je voulait écrire étant plus jeune, mais je n’avais pas le bagage suffisant pour le faire… Ce n’est que récemment que je m’en suis senti capable. J’ai essayé d’en écrire une première version en 2003, ça n’a pas marché. Je n’étais pas encore assez bon !  Il a fallu que j’écrive, que je travaille énormément sur Fils-des-brumes et sur La Roue du temps, pour acquérir l’expérience nécessaire…

Bouch’ : On remarque également que vos romans ont souvent une dimension politique… Vous inspirez-vous de notre monde actuel ?

BS : Oui, définitivement. Je suis passionné de politique et de religion, j’aime comprendre la façon dont les gens perçoivent notre monde… Mais je reste un écrivain : mon boulot n’est pas forcément d’apporter des réponses, mais plutôt de soulever des questions. J’aime avoir des personnages capables d’avoir une véritable réflexion sur tous ces sujets… C’est ensuite au lecteur d’en tirer les conclusions qu’il souhaite, sa charge de se faire son propre avis. Mais oui, effectivement, tout ce qu’il se passe dans notre société est extrêmement inspirant.

Bouch’ : Et cette réflexion transcende d’ailleurs vos romans, nous poussant à nous interroger bien que notre lecture soit terminée… Vos romans ont ce petit je-ne-sais-quoi qui nous les fait rester en tête bien après qu’on les ait terminé. Pour ma part, je sais quand je commence un de vos livres, je ne vais plus rien lire après, pendant une, deux, trois semaines. Le temps de digérer tout ça, d’être capable de passer à autre chose…

BS : Et pourtant, il y a tellement de bons livres à lire ! Quand on est auteur comme moi, tous nos amis -ou presque- sont eux-mêmes écrivains. Et l’on se doit de rester à jour, même si ce n’est pas toujours simple… {Rires}

Bouch’ : Et avec tous ces livres qui sont publiés chaque année, justement, comment arrivez-vous à faire constamment dans l’originalité ?

BS : Je lis énormément, j’essaye d’écrire les livres que je voudrais lire, mais que personne n’a encore mis sur papier. Comme avec Cœur d’acier ! On voit énormément de récits sur des gens ordinaires acquérant des super-pouvoirs, mais on ne parle pas de ceux qui tournent mal… Voilà ce que je me suis dit : « Personne n’a écrit là dessus ? Mais pourquoi ? Et bien, moi je vais le faire ! » Et ça marche généralement comme ça : tout ce que j’écris est en réaction à ce que je vois, ce que je constate…

Bouch’ : Et, finalement… Vous écrivez les livres que nous aussi, nous souhaitons lire ! Alors merci, merci pour tout, et restez tel que vous êtes : aussi généreux en vrai que dans vos romans 🙂

Vous pensez bien que, durant cette heure incroyable, j’étais totalement hypnotisée par les mots de cet homme hors du commun. J’étais venue rencontrer mon auteur chouchou, et c’est finalement un érudit que j’ai trouvé, aussi passionnant que gentil, abordable et proche de ses lecteurs. Une rencontre totalement inoubliable, donc, mais aussi marquée par la gentillesse de nos deux hôtesses : je ne les remercierai jamais assez de m’avoir offert une chance aussi unique ❤️ Et c’est d’ailleurs grâce à elle que je peux aujourd’hui vous offrir…

 

Le concours aura lieu du 8 au 14 février 23h59, et est ouvert à la France, la Suisse et la Belgique 🙂 Pour participer, rien de plus simple : m’envoyer un mail à l’adresse leslecturesdebouch@gmail.com, avec en objet {CONCOURS SANDERSON}. Me préciser ensuite pour quel(s) lot(s) vous souhaitez participer (vous ne pourrez être sélectionné que pour un lot), avec vos liens de partage s’il y a lieu. Un petit mot gentil ne serait bien évidemment pas de refus 🙂

J’espère que vous serez nombreux à participer… ET JE VOUS ENVOIE DU LOVE !

Les légions de poussière, Brandon Sanderson

Legions de poussières

Traduit par Mélanie Fazi

Se le procurer :
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L’histoire : Joel est un élève de la prestigieuse académie Armedius et un passionné de Rithmatique, cet art étrange qui permet à ceux qui ont reçu le don de dessiner d’une simple craie des figures quasi impénétrables et de donner vie à des créatures fantastiques. Mais Joel ne possède pas ce talent, il ne fait que rêver de rejoindre les rangs des étudiants rithmaticiens. Ses lectures et recherches en solitaire vont pourtant s’avérer très utiles.
Ayant réussi à devenir l’assistant de l’éminent professeur Fitch, Joel se trouve dans le secret de l’enquête sur les disparitions qui frappent les jeunes élus de l’université. Tout semble indiquer qu’ils ont subi des attaques de crayolins, ces êtres de poussière de craie en deux dimensions qui dévorent les hommes. Mais comment est-ce possible, ici, si loin de la ligne de front de Nebrask, défendue par les meilleurs Rithmaticiens ? Joel n’appartient peut-être pas à cette caste, mais sa persévérance va lui ouvrir les portes des mystères de la Rithmatique et en changer à jamais la pratique…

Mon avis : … Laissez-moi savourer ces quelques secondes. Ces quelques secondes avant la rédaction à proprement parler de ma chronique, où mon expérience de lecture n’appartient encore qu’à moi. Ces quelques secondes, où vous vous demandez (si vous n’avez pas lu mes derniers commentaires sur cette lecture sur Twitter ou FB) si Brandon Sanderson aura de nouveau fait, avec ce roman, un carton plein. Laissez-moi donc vous présenter, après Fils-des-Brumes, après L’âme de l’empereurLes Légions de Poussière !
La Rithmatique est un art auquel bien peu sont initiés : moins d’un enfant sur mille reçoit ainsi le don de donner vie à ses dessins de craie, que cela soit sous forme de barrières infranchissables ou de licornes virevoltantes. Joel, lui, n’a pas eu la chance d’être désigné par le Maitre… Mais cela ne l’empêche guère d’être passionné par le sujet, glanant autant d’informations qu’il peut sur cet art secret. Étudiant au sein de l’académie Armedius, il va jusqu’à se faufiler dans les cours réservés aux Rithmaticiens pour en apprendre davantage…. Et devient, contre tout attente, l’assistant du professeur Fitch, historien et Rithmaticien de son état. C’est alors que surviennent d’étranges disparitions : nul indice sur les scènes de crime, hormis quelques traces de craies… Indiquant une possible attaque de crayolins sauvages. Hors, ceux-ci sont censés être cantonnés aux frontières de Nebrask, repoussés sans relâche par des combattants aguerris. Charge à Fitch et Joel de mener l’enquête…
J’avais un petit peu peur, j’avoue. Parce que… Je ne sais pas. L’avis un brin moins enthousiaste que d’habitude de ma chère Livresse des mots, peut-être ? Et il est vrai que, passant après Fils-des-brumes et Les Archives de Roshar… Ce roman peut paraitre un poil moins abouti, moins creusé. Notez pourtant la potentialité : en ce qui me concerne, je me suis simplement RÉGALÉE. J’ai retrouvé avec délice la plume oh combien aiguisée de l’auteur (et, une fois encore, magnifiquement rendue par notre chère Mélanie Fazi), son humour mordant et son imaginaire débridé. Oui, c’est indéniable, Les Légions de poussière est bien plus abordable que bon nombre des autres romans de l’auteur. Est-ce pour autant un mal ? Loin s’en faut : cela fait parfois du bien de se plonger dans un roman peut-être un peu moins « ambitieux », mais tout aussi génial à lire 🙂
Quoi qu’il en soit, l’univers que nous présente l’auteur est FAS-CI-NANT. Une fois encore, il met en œuvre un système de magie totalement inédit, et pour le moins attirant : tout passe (enfin…) par ces craies, grâces auxquelles les Rithmaticiens peuvent rendre tangibles de simples dessins. Le système est complexe, ne vous y trompez pas : Brandon Sanderson nous fait ainsi part de plusieurs stratégies de combat, créant tout un champ lexical pour nous rendre ce concept intelligible… Et prégnant : comme toujours, son écriture est très visuelle, particulièrement immersive. Je n’avais qu’une envie : en apprendre davantage, tant sur cette magie (essentiellement offensive/défensive, en fait… Même si, je ne sais pas pourquoi, j’ai l’intuition que l’auteur nous en réserve de belles pour la suite) que sur l’univers, lui aussi passionnant : pas de fantasy médiévale ici, nous sommes au vingtième siècle… A ceci près qu’il est alternatif au notre. Regardez plutôt la carte (♥) du théâtre des opérations :

the_rithmatist___isles_map_by_inkthinker-d6bat3cL’action étant vraiment mise au premier plan, il est vrai que nous avons, finalement, assez peu de détails sur l’univers en tant que tel : peu de descriptions sur l’environnement dans lequel évoluent nos héros, ni de détails à foison sur l’Histoire de ce monde… Pourtant, ce n’est pas la matière qui manque : on sent que l’auteur a mûrement pensé la chose, ne laissant rien au hasard. J’imagine que cela viendra simplement avec la suite, cet opus évitant ainsi le travers du premier tome un brin trop introductif.
Parlons-en, de l’intrigue, justement… J’ai commencé ma lecture aux urgences, qu’on se le dise. Alors que j’avais le dos en compote, et que des gens criaient un peu partout (sympa, l’ambiance). Autant vous dire que le lieu n’aurait pu être moins adapté à une lecture paisible et concentrée. Pourtant, une fois plongée dedans… Je n’en suis plus sortie : j’en ai lu les trois quarts d’une traite, et le reste d’une traite également, me couchant à pas d’heure pour le terminer. Addictif, ce roman ? Que oui ! Il faut dire que cette affaire d’enlèvements, l’enquête de Joel, ses découvertes quant à la Rithmatique, ce que l’on apprend sur son passé… Dire que j’ai été captivée serait un euphémisme, notamment en ce qui concerne la fin : alors que je tombais de fatigue, je n’ai pas pu m’en détacher  L’atmosphère est tellement agréable ! C’est à la fois léger et intense, juste… Parfait. Une fois encore… Où est donc la suite ?!
Parlons, finalement, des personnages. De Joel, tout simplement hyper attachant, un brin nerd et bien plus talentueux qu’il ne semble le croire. J’ai adoré évoluer à ses côtés, en apprendre davantage sur lui et les origines de sa passion pour la Rithmatique, et surtout, surtout, le voir prendre confiance en lui au fil des chapitres. Fitch m’a, lui aussi, beaucoup plu : il m’a fait l’effet d’un savant un peu fou, ayant tout du prof passionné et incompris… Autant dire que je donnerais beaucoup pour assister à l’un de ses cours 😀 Mais la palme revient à… Melody ! Melody, cette jeune Rithmaticienne un peu ratée, capricieuse et râleuse, au sens du drame particulièrement bien développé… Qu’elle m’a fait rire ! Quelle légèreté confère t-elle au roman ! C’est une bulle de fraicheur, cette jeune fille, elle est juste IRRÉSISTIBLE ♥

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Vous l’aurez compris, c’est… Un coup de cœur. Oui, bel et bien un coup de cœur pour cet univers une fois encore fort original, pour cette magie qui m’a laissée rêveuse, pour ces personnages si bien dépeints, et pour cette plume… Cette plume ♥ Brandon Sanderson ne cesse de se renouveler et de nous prouver qu’il peut exceller dans de multiples genres, peu importe le nombre de pages qu’il nous offre, peu importe le public auquel il décide de s’adresser, peu importe tout, en vérité : il écrit avec passion, cette passion qu’il nous communique avec une facilité absolument déconcertante, qui transpire de chacun de ses mots. Et nous la recevons pour ce qu’elle est : une offrande inestimable, capable d’ouvrir les portes de notre imaginaire tout grand… Et les laisser ainsi à jamais ♥

En bref, tout cela se passe de mots. Une fois encore… ♥♥♥

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Coup de cœur !

Brasier, Brandon Sanderson (Cœur d’acier #2)

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Traduit par Mélanie Fazi

Se le procurer :

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Premier tome : Cœur d’acier

L’histoire : Cœur d’Acier est mort et Newcago est libre. La disparition du tyran aurait dû rendre la vie plus simple, et pourtant David se pose des questions. Mais personne à Newcago ne peut lui offrir de réponses… C’est à Babylon Restored, autrefois Manhattan, gouvernée par la mystérieuse Épique Regalia, qu’il peut espérer les trouver. Se rendre dans une ville oppressée par un nouvel Épique despote est une entreprise délicate, mais David est prêt à courir le risque. Parce que tuer Cœur d’Acier a laissé un trou dans sa vie, à l’endroit où sa soif de vengeance se nichait autrefois. Ce manque a été comblé par une autre Épique : Brasier, que les Redresseurs ont un jour connue sous le nom de Megan. Et David est prêt à se lancer dans une quête plus dangereuse encore que son combat contre Cœur d’Acier pour la retrouver.

Mon avis : Flamme ! MAIS POURQUOI L’AI-JE LU AUSSI VITE ?! Et pourquoi, POURQUOI la suite n’est-elle pas encore sortie ? Je ne peux plus. Brandon, toi et moi, c’est du sérieux, tu le sais… ALORS FAIS UN EFFORT ET ÉCRIS, DIDIOU ! Trêve de plaisanteries : Livresse me l’avait dit, et cela s’est vérifié. Ce deuxième tome est encore plus CANON que le premier, tant dans la déferlante d’émotions qui ne manquera pas de vous submerger que dans l’intensité de l’action, rendant le bouquin simplement INLÂCHABLE. Voilà. Quoi, vous en voulez encore ? Gourmands !
Pour nos petits amis n’ayant pas encore lu le premier tome, permettez-moi de faire un résumé relativement abscons : si le premier tome se déroulait à Newcago, nous embarquons avec celui-ci pour Babilar, alias Babylon Restaurée, anciennement connue sous le charmant nom de… Manhattan. Babilar, donc, envahie par les eaux depuis que Calamité a entaché le ciel, où règne une atmosphère des plus… Étranges. Regalia, une Épique extrêmement puissante, y siège en maitre, contrôlant les eaux et les hommes à parts égales. Si le calme est manifestement revenu en ville, ses mains tâchées de sang comptent par dessus tout : pour les Redresseurs, il faut à tout prix l’empêcher de nuire à nouveau. Même si cela implique de se confronter aux démons de chacun…
… Je le dis et le répète : ce mec est un génie ! Il navigue d’un roman à un autre, d’un univers à un autre avec une aisance incroyable, insufflant toujours à ses récits une force palpable. On est happé, simplement, par ses romans, qui se vivent plus qu’ils ne se lisent. J’avais eu un coup de cœur pour Cœur d’Acier (c’est à se demander comment le contraire pourrait arriver), je réitère avec Brasier : coup de cœur oui, et doublé d’une tragique panne de lecture une fois refermé : je me sens toujours orpheline, en quittant l’un de ses romans. Qui plus est quand je m’attache plus que de raison à ses personnages, qui plus est quand il réduit mon cœur à une masse informe palpitant follement, à la merci de ses moindres caprices d’auteur. Oui ! Je n’ai plus aucune barrière quand il s’agit de B.S., et l’assume totalement. FAITES DONC CE QUE VOUS VOULEZ DE MOI ! 😭
Enfin, passons. Ce deuxième tome… Fiou ! Quelle atmosphère ! Quelle ambiance ! Bien sûr, le premier opus nous laissait sur des charbons ardents. Et celui-ci gagne encore en intensité : ayant pris une toute autre tournure depuis Newcago, le combat des Redresseurs contre la violence des Épiques n’en est que plus dangereux. Et ce d’autant plus qu’ils les comprennent de mieux en mieux, eux et… Leurs faiblesses. Les révélations pleuvent, et notre inconscient s’affole : où donc l’auteur nous entraine-t-il ? L’action est, comme toujours, menée tambour battant : aucun instant de répit n’est à signaler, rendant toute pause bien délicate. Comment, vous espériez le savourer ? Impossible, mes chers petits, IMPOSSIBLE ! Brasier se dévore, et c’est comme ça. Vous en voulez plus ? Nous sommes deux, veuillez bien le croire.
Côté cadre, j’ai ADORÉ Babilar. Ce paysage fait d’eau et de verdure, où les arbres poussent dans les immeubles quand les hommes vivent sur les toits dans des campements faits de bric et de broc, où les couleurs chatoient et les fruits luisent dans la nuit… Les descriptions sont folles, et j’en aurais voulu davantage. Là où Newcago était faite d’acier trempé, froide et impersonnelle, Babilar est… Vivante. Vivante, mystérieuse, et un brin… Angoissante, il faut le dire. Je n’ai évidemment pas boudé mon plaisir de voir nos héros évoluer dans un tel environnement, aux possibilités plus que multiples : la ville devient un véritable personnage à part entière, un personnage que l’on meurt d’envie de connaitre plus avant. Et dire que, comme les autres, celui-ci nous réserve bien des surprises… Serait un bel euphémisme.
A chaque page que l’on tourne, à chaque phrase que l’on lit, l’étau se resserre. J’ai lu la peur au ventre, consciente de l’issue inexorable vers laquelle le roman se dirigeait. Et l’ai terminé, oscillant entre joie et désespoir, mais surtout parfaitement inconsolable de devoir attendre, et attendre encore pour connaitre la suite. Que voulez-vous que je vous dise ? Je suis addict. Définitivement, purement, et simplement.

En bref, LISEZ-LE ! Lisezlelisezlelisezle. Parce que l’univers est génialissime, que l’intrigue est parfaite, que le fond et la forme sont en totale harmonie, et que le récit est bourré d’humour. ENFIN, QUOI, LISEZ-LE !

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Coup de cœur !

Coeur d’acier #1, Brandon Sanderson

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Traduit par Mélanie Fazi

Se le procurer :
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L’histoire : Il y a dix ans, un éclat venu du ciel a frappé des hommes et des femmes parmi les plus malveillants, leur conférant d’incroyables pouvoirs. On les a appelés les Epiques. A Chicago, un Epique appelé Coeur d’acier s’est emparé du pouvoir. Il possède la force de dix hommes et peut contrôler les éléments. On dit qu’aucune balle ne peut le blesser, aucune épée trancher sa peau, aucune explosion le détruire. Il est invincible. Personne ne lui résiste, sauf les Redresseurs, un groupe d’humains ordinaires qui ont passé leur vie à étudier les Epiques afin de découvrir leur point faible et de les assassiner. David Charleston a 18 ans. Quand Coeur d’acier est arrivé à Chicago, il a tué son père. Pendant des années, David a étudié les Epiques. Et il possède quelque chose dont les Redresseurs ont besoin. Car David a vu l’impossible : il a vu saigner Coeur d’acier.

Mon avis : BONTÉ DIVINE ! Mais qu’est-ce que c’est BON, de lire du Sanderson ! Ceci dit, je n’en doutais pas une seconde : ma petite biche des prés, Livresse des mots, nous en avait dit le plus grand bien. Et puis… Sanderson, quoi ! On pourrait penser que, au bout d’un moment… Je me lasserais. Ou qu’il se lasserait tout seul. Remâchant encore encore des ficelles déjà utilisées. MAIS PAS DU TOUT ! Ce mec a un talent, une imagination, un génie… FIOU ! (Oui, je suis béate d’admiration. Oui, mon mode fangirling s’est gentiment activé sans que je m’en rende compte. ET ALORS) Ayant récemment reçu le tome 2 à la maison, je me suis donc dit qu’il était grand temps que je sorte celui-ci de ma PAL (je le gardais alors pour des périodes plus ou moins intenses de disette littéraire -autant dire, absolument pas maintenant), entré par la grâce de sa Sainteté Sae-chou…
David a huit ans quand son père est tué sous ses yeux. Tué par Cœur d’Acier, un Épique, l’un des ces hommes à qui furent mystérieusement octroyés des pouvoirs hors normes. Réputé invincible et immortel, contrôlant les éléments et possédant une force physique ahurissante, Cœur d’Acier s’est, depuis, emparé de Chicago, opprimant ses habitants et y régnant sans partage. Ruminant depuis dix ans sa vengeance, David est devenu un expert en matière d’Épiques. Un expert qui possède peut-être le seul espoir de vaincre enfin Cœur d’Acier… Car, lui, l’a vu saigné.
YAAAAAH ! Vous voulez quelque chose de prenant ? D’HYPER prenant ? De foutrement bien imaginé ? Bien mené ? Bien écrit (et SUPER bien traduit ?) ? Quelque chose que vous commencerez en vous disant « Ok, pourquoi pas ! », et que vous terminerez en vous disant « Naaaanmaisquoimaisnaaaaaan !!!!!! » ? Et bien, passez votre chemin : parce que Cœur d’Acier est BEAUCOUP plus que cela. Je l’ai commencé en me disant que, vu la petitesse de la chose (oui, l’auteur nous a habitué à de GROS pavés), l’univers devait être moins creusé, l’action peut-être moins intense, les personnages moins travaillés… Moins, simplement. Au début, j’y ai cru. Mais au début seulement : sur fond de musique classique (qui se mariait à merveille avec le roman, contre toute attente), je l’ai DÉVORÉ. Plus les pages se tournaient, plus les chapitres avançaient, et plus j’étais dedans. Je me suis mise à me tordre les mains sans m’en apercevoir, j’ai bousculé des gens, j’ai lu en marchant. Les écouteurs vissés aux oreilles, les yeux rivés sur la page. Brandon Sanderson nous offre un récit… Mais tellement, tellement génial ! Il est extrêmement puissant émotionnellement parlant, et juste, JUSTE impossible à lâcher. L’univers qu’il imagine est fascinant, et a cet « avantage » de ne pas être construit de toutes pièces : si vous aviez été quelque peu perturbés par ses autres romans en raison de leur densité, vous vous y retrouverez complètement avec celui-ci. Pour les autres, nulle inquiétude à avoir : on y retrouve bien évidemment cette « patte » qui nous plait tant, avec, toujours, ce petit quelque chose rendant notre lecture bien plus époustouflante que ce que l’on aurait pu imaginer. C’est… Excellent, en un mot comme en cent.
Je me suis énormément attachée à David, ce garçon qui a tout perdu du jour au lendemain… Et qui, pourtant, a su faire preuve de suffisamment d’adresse et de ruse pour réussir à survivre dans un monde on ne peut plus hostile. Parfois tête brûlée, souvent casse-cou, toujours prêt à tout pour accomplir l’objectif qu’il s’est fixé, je l’ai trouvé d’une grande humanité, et d’une certaine candeur également. À partir du moment où il rejoint les Redresseurs, ce groupuscule luttant dans l’ombre contre les Épiques, sa détermination n’en devient que plus forte… Et l’on découvre enfin le garçon de dix-huit ans derrière son masque de vengeur implacable : me croirez-vous, si je vous dis que l’auteur a savamment insufflé à son récit quelques touches d’humour tout à fait irrésistible ? Il n’en est pas à son coup d’essai, et c’est encore une fois réussi : en contrant l’aspect parfois noir du roman (nous nous trouvons tout de même dans un monde dévasté et asservi par des super-méchants), il lui offre une petite bulle de légèreté qui fait du bien ❤️
Et puis… Que dire de Megan, Prof, Tia, Cody, Abraham ? Je les ai adoré. TOUS. Cody m’a fait mourir de rire, j’ai fondu pour Prof et Abraham, Megan m’a captivée et Tia intriguée… Car ce sont eux, les vrais super-héros. Et si vous pensiez que l’auteur avait, pour une fois, donné dans le manichéisme, détrompez vous : tous ont une part d’ombres. Plus ou moins grandes chez certains, plus ou moins dévoilée. Entre l’avancée de l’intrigue et eux, il fallait bien choisir… Et pourtant, on a autant envie d’en apprendre davantage sur chacun d’eux que de savoir comment tout cela va se terminer. Brandon Sanderson joue sur tous les tableaux et… Fffff, il y arrive diablement bien.
Oh, je pourrais aussi vous parler de la fin, aussi. De cette fin, qui m’a fait hurler, pleurer, rager, trépigner. Je pourrais vous en parler, évidemment. De ces révélations de dernière minute que je n’avais pas vu venir (exceptée l’une d’entre elles, peut-être), et qui m’ont donné envie de rentrer dans la minute chez moi pour y récupérer le deuxième tome. Je pourrais vous en parler, mais non. Non, parce qu’il faut que vous ayez la surprise, quand vous la lirez. Parce que vous allez le lire, hein ? HEIN ?!

En bref, COUP. DE. COEUR. Ça se passe d’autre chose, non ?

A fleur de peau, Brandon Sanderson (Légion #2)

Legion

Traduit par Mélanie Fazi

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L’histoire : Stephen Leeds, surnommé « Légion », est un homme aux capacités mentales singulières lui permettant de générer une multitude d’avatars : des hallucinations aux caractéristiques individuelles variées et possédant une vaste gamme de compétences très spécifiques. Leeds est investi d’une nouvelle mission : retrouver un corps qui a été dérobé à la morgue locale. Il ne s’agit pas de n’importe qui. Le cadavre est celui d’un pionnier dans le domaine de la biotechnologie expérimentale, un homme qui travaillait sur l’usage du corps humain en tant qu’espace de stockage. Il se peut qu’avant sa mort il ait incorporé des données dans ses propres cellules. Ce qui pourrait se révéler dangereux…

Mon avis : BRANDON, COMME ON SE RETROUVE ! Haaaaa, voilà qui fait du bien. Une bonne petite lecture pour terminer en beauté la semaine, il n’y a que ça de vrai ! Et ce, d’autant plus quand l’auteur y instille un beau brin de folie, comme il l’avait fait avec Alcatraz 😬 Avec Légion, nous rencontrons (ou pas, si vous avez lu la précédente nouvelle de l’auteur !) Stephen Leeds, un Sherlock Holmes un brin névrosé mais, surtout, absolument génial : doté d’un cerveau extraordinaire, le bonhomme peut devenir spécialiste d’à peu près n’importe quel sujet en très peu de temps. Une maitrise qui se manifeste par l’apparition d’un « aspect », autrement dit d’une personnalité imaginaire dotée de ladite connaissance. Vivant reclus dans son manoir aux côtés de ses multiples compagnons, Stephen Leeds loue ses services à qui peut les payer, afin de résoudre des affaires délicates. Et, justement, il semblerait qu’un cadavre ait disparu… Le cadavre d’un scientifique spécialisé en biotechnologie expérimentale, ayant découvert comment faire du corps humain un espace de stockage et ayant, bien entendu, emmagasiné quelques données cruciales dans ses propres cellules…
Cette nouvelle m’a enchantée. En deux cents pages, Brandon Sanderson nous livre un récit de haut vol, relevant à la fois du thriller et de l’humour, une fois encore parfaitement écrit et maitrisé. N’ayant pas lu la première nouvelle mettant en scène Stephen, quelques petites données m’ont manqué… Et pourtant, cela n’a pas entaché ma compréhension de l’intrigue : c’est simple et efficace, et ça se savoure comme un délicieux petit chou à la crème : une bouchée, et hop ! Nous voilà comblés.
J’ai adoré découvrir ce personnage atypique, tout comme ses aspects qui deviennent de véritables personnages secondaires à part entière : on aimerait en lire davantage sur eux, les découvrir un à un tant l’auteur sait y faire pour leur donner une personnalité distincte. L’action, quant à elle, démarre sur les chapeaux de roue et ne faiblit pas : deux cents pages, oui, mais deux cents pages des plus intenses !
Ceci dit, je ne saurais pas trop vous dire si, oui ou non, Légion convient pour pénétrer dans l’univers de l’auteur. Il est excellent, ça oui… Mais rien ne m’enlèvera de la tête que le talent de l’auteur se révèle tout entier dans des ouvrages plus… Non pas complets ou ambitieux, mais simplement plus étendus. Cette semaine encore, j’ai eu un retour d’une jeune femme a qui j’avais conseillé L’empire ultime. Un retour tellement chaleureux qu’il en a illuminé ma journée ❤️ Quoi qu’il en soit, tout est bon à prendre dans l’œuvre de Sanderson, et Légion ne fait pas exception : J’ADORE !

En bref, une courte nouvelle qui ne nous pousse qu’à une seule chose : en réclamer davantage à corps et à cris !

On en redemande
On en redemande !

La voie des rois #2, Brandon Sanderson (Les archives de Roshar #1.2)

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Traduit par Mélanie Fazi
Premier tome :
La voie des rois #1.1

Se le procurer :
Decitre

{Chronique garantie sans spoiler !}

L’histoire : «Je me souviens des jours avant l’Ultime Désolation. Avant que les Hérauts ne nous abandonnent, et que les Chevaliers Radieux se retournent contre nous. Des jours où la magie était encore de ce monde, et l’honneur dans le coeur des hommes. Aujourd’hui nous surveillons quatre personnes. La première est un chirurgien qui est devenu soldat dans une guerre brutale. La deuxième est un assassin qui pleure en tuant.
La troisième est une jeune femme dont la robe d’étudiante abrite une âme de voleuse et de traîtresse. La dernière est un prince dont les yeux se sont ouverts sur le passé, tandis que son appétit pour la guerre décroît. Le monde changera. La magie des anciens jours sera de nouveau la nôtre. Ces quatre personnes sont la clé. L’une d’entre elles nous aidera. Et l’une d’entre elles nous détruira.»

Mon avis :

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… Je… Je… MAIS OÙ EST LA SUITE ?! Je me suis coltiné une panne de lecture de DINGUE après avoir terminé la première partie de La voie des Rois, incapable que j’étais de passer à autre chose. Et j’ai lu cette deuxième partie. Je l’ai savourée, dégustée. Je m’en suis repu, délecté. J’en ai apprécié la moindre miette, le moindre mot. Et maintenant que c’est fini… J’ai l’impression d’être orpheline. Dépossédée. D’avoir été arrachée à cet univers si enivrant, à ces personnages si prégnants, à cette aventure si… Vivante. Le deuxième tome, The Words of Radiance, ne devrait pas tarder à arriver dans ma PAL. Et, clairement, même si je sais que ça va être difficile, il va falloir que je le lise, rapidement. Question d’équilibre mental.
Donc. Essayons d’écrire quelque chose de construit, même si je pressens que cela va être compliqué. Comment voulez-vous rendre justice à un tel… Tel… Monument ?! Imaginez-moi en train de trépigner derrière mon écran, le regard fou et la bave aux lèvres (bon, j’exagère sur ce dernier point. Quoique). C’est que… Je suis aux prises d’une multitude d’émotions décoiffantes : l’envie dévorante de VOUS donner envie de le lire, le supplice de ne pas pouvoir me jeter immédiatement sur la suite, l’émerveillement face à ce véritable coup de maitre, le chagrin de ne pas avoir pu faire durer davantage cette lecture… Bref, vous avez saisi l’idée : je viens de vivre un COUP DE COEUR DE FOLIE, et je vais avoir bien du mal à m’en remettre. Dommage pour ma PAL estivale.

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Vous l’avez donc compris, ce volume-ci et le volume précédent (même nom, seules les couvertures changent) ne sont en vérité qu’un seul et même ouvrage : soucieux de ne pas amoindrir son texte, l’auteur avait prévu une délimitation pour les éditeurs souhaitant sortir ce premier tome en deux livres (prévoyant, le monsieur !). Je ne saurai donc que vous conseiller… De vous procurer les deux d’un coup (oui, c’est un petit budget quand on pense que chaque opus est vendu 19,90 €… Mais croyez-moi, ça vaut le coup. Promis). Parce que si la rupture entre la première et la deuxième partie de La Voie des Rois est très cohérente (à juste titre, donc) je n’en reste pas moins convaincue que ces deux volumes s’apprécient bien davantage si on les traite en tant qu’entité unique. Toutes les émotions que l’on pouvait ressentir dans la première partie sont sublimées dans la seconde, la tension montant crescendo tout au long du récit. Je me suis retrouvée à plusieurs reprises en larmes, les mains tremblantes et le ventre noué (je pense notamment à un certain passage concernant Dalinar… Ceux qui l’ont lu savent T.T), et il n’y a pas un seul instant où je n’ai pas vécu à fond ma lecture. Brandon Sanderson m’a captivée toute entière, ce qui explique mon état d’hébétude absolue à la sortie de cette merveille. C’est que son récit est si… Immersif ! Avec cette deuxième partie, il peaufine la mise en place de son univers, de sa mythologie, de ses religions. C’est d’une telle complétude ! A comparer avec Le Seigneur des Anneaux, L’Assassin Royal, et peut-être La Dernière Terre : des romans qui me sont tous particulièrement chers, tant j’ai aimé m’y immerger toute entière, tous ayant cette capacité étrange et oh combien géniale à me faire littéralement oublier le monde extérieur. Il n’y a aucune fausse note, aucun détail pour nous faire froncer les sourcils de perplexité. Brandon Sanderson joue à merveille sa partition, et l’on peut qu’assister, béats, à l’éclosion d’un monde tout simplement fascinant.

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Un monde, mais aussi des personnages. Je n’en avais que peu parler lors de ma précédente chronique, mais là… Ils prennent vraiment toute leur ampleur. Dalinar, en premier lieu, m’a énormément touchée. Pour ceux ayant eu LDT, il me fait énoooormément penser à Melgar, avec ses principes moraux inébranlables et son apparente froideur. Et dire qu’il faudra attendre le troisième tome (2016 en anglais, donc !) pour qu’il soit VRAIMENT au cœur des évènements !
Et Shallan, notre flamboyante Shallan… Elle aussi m’a fait verser quelques larmes, tant son désarroi m’a prise aux tripes. Si elle est un peu moins présente que dans la première partie, ses interventions sont vraiment décisives : les choses avancent à grands pas pour elle, et nous ne tardons pas à nous rendre compte qu’elle va énormément compter, à l’avenir.
Et enfin, Kaladin… Kaladin, notre apprenti chirurgien devenu soldat, puis homme de pont, puis… Fiou. Je crois que j’en suis un peu tombée amoureuse, de ce sombre-iris si particulier. J’ai suivi avec passion ses aventures, totalement envoûtée par ce que l’auteur a choisi de lui faire vivre. Et encore, mon petit doigt me dit que ce n’est que le début. Le début de très grandes choses, qui relieront nos trois personnages principaux entre eux sous peu…
Tout ça, bien évidemment, sans parler des personnages secondaires. De Navani, de Jasnah, d’Adolin, de Rock… Et de Szeth. Cet homme si particulier, si mystérieux…

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Et plus encore que le reste, c’est la sublime plume de l’auteur qui m’a fait frémir. La sublime plume de l’auteur, oh combien justement traduite par Mélanie Fazi : c’est un poème qu’il nous offre, un récit d’une musicalité et d’une beauté irrésistibles. C’est en partie pour cela que j’appréhende un peu de me frotter à la version originale du texte : j’espère être en mesure d’en saisir toutes les nuances, toutes les aspérités. Mais j’y crois ! Dussé-je y passer un an, j’y arriverai 🙂
Que puis-je vous dire d’autre ? Que puis-je ajouter pour vous convaincre, vous, amateurs de récits épiques, d’aventures extraordinaires, de rêves éveillés, de donner une chance à ce bijou ? Je crois qu’il faut simplement que vous le preniez en main, que vous en lisiez quelques pages. Que vous acceptiez de vous laisser emporter, pour un temps indéterminé mais toujours trop court, en Roshar. Que vous acceptiez d’y laisser une partie de votre cœur, une partie de votre âme de lecteur. Avec la certitude d’en revenir plus grand, plus complet, plus… Sandersonien. Et, croyez-moi, cela en vaut la peine.

En bref, GIGANTESQUE coup de cœur pour cette deuxième partie qui clôt à merveille le premier tome des Archives de Roshar. Brandon Sanderson nous offre un récit ahurissant, qui m’a laissée sans voix.

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COUP DE CŒUR !!!