Les loups chantants, Aurélie Wellenstein – « Dans la neige immaculée de la Sibérie »…

Couverture par Aurélien Police

L’histoire : Yuri appartient à un clan d’éleveurs de rennes. Il vit dans un village entouré par un perpétuel blizzard. Il y a un an, son amour, Asya, a disparu dans la tempête, attirée par les hurlements hypnotiques des loups chantants. Bien que tout le monde la croie morte, le garçon espère qu’elle soit toujours en vie, quelque part, de l’autre côté du blizzard. Un jour, la soeur de Yuri, Kira, contracte un mal étrange : son corps se couvre de glace. Pour le chaman du clan, la jeune fille est maudite par le dieu de l’hiver ; elle est bannie, et condamnée à s’enfoncer seule dans le blizzard. Mais une amie, Anastasia, rejette farouchement ce verdict surnaturel. Selon elle, il s’agit d’une maladie soignable à la capitale, par la chirurgie. Déterminés à tout tenter pour sauver Kira, Yuri et Anastasia prennent leurs traîneaux à chiens pour emmener la jeune malade à la capitale. Mais aussitôt partis à travers le blizzard, les loups les prennent en chasse.

Mon avis : … Cela fait des mois que ce roman me faisait envie. Depuis mai dernier en fait, lors des Imaginales, quand j’en ai entendu parler pour la première fois. Et puis, vous savez ce que c’est : l’occasion ne s’est pas présentée, le temps a passé… Bref. Mais quand il a fallu faire une petite liste de livres qui me feraient potentiellement très (très très très) plaisir pour mon anniversaire, c’est tout naturellement qu’il s’est rappelé à moi. Il ne fallait dès lors plus que la chronique de Joyeux Drille pour me persuader de ne pas le laisser trainer trop longtemps dans ma PAL…
Yuri vit avec sa sœur, Kira, au cœur d’un village perdu de Sibérie. Entouré d’un Blizzard impénétrable durant tout l’Hiver, celui-ci est comme coupé du monde : seule rôde aux alentours une meute de loups aux pouvoirs psychiques dévastateurs… La même meute ayant emportée la compagne de Yuri un an auparavant. Alors que le jeune homme peine encore à faire son deuil, le sort semble de nouveau s’acharner sur lui : Kira tombe subitement malade, atteinte d’un mal des plus étranges : sa peau se recouvre peu à peu de glace. Impuissant, le chaman du village la déclare condamnée et les somme de partir. Accompagnés d’Anastasia, leur amie infirmière, Yuri et Kira vont se lancer sur les pistes pour gagner la grande ville et espérer, ainsi, trouver un remède. Mais en quittant l’abri relatif de leur foyer, nos trois compagnons se mettent à la merci des loups… Voire pire.
Brrrr… J’en ai encore des frissons ! Après avoir passé deux jours en pleine toundra, je peux vous dire une chose : ce roman est certes court, mais non moins percutant. Hypnotique, même, à l’image de la superbe couverture réalisée par Aurélien Police : bien que mon rythme de lecture soit relativement lent ces derniers temps, je n’ai pu m’empêcher d’en dévorer les lignes. Et je sens, maintenant que l’heure est venue de vous en parler, qu’il me sera difficile de vous offrir quelque chose de construit : j’ai été tout à fait bouleversée par ce récit. Profondément marquée par son atmosphère délicieusement sombre, qui s’est emparée de moi aussi sûrement que rapidement. Envoûtée par ces paysages incroyables, à la beauté aussi indéniable que dangereuse…
Ouvrir Les Loups Chantants, c’est plonger dans un univers immaculé. Un univers proche (si proche !) du notre, et pourtant totalement différent. Un univers où la science n’a pas sa place, et laisse le pas aux croyances anciennes, où magie brute et pratiques occultes règnent sans partage. Le début du roman ne nous laisse guère de répit : entre la découverte de la maladie de Kira, leur bannissement du camp et le début de leur voyage ne s’écoulent que quelques pages, par ailleurs cruciales : Aurélie Wellenstein donne le ton de son récit dès les premières lignes., nous faisant comprendre qu’elle ne donnera ni dans la complaisance de façade, ni dans la surenchère inutile. Le rythme ralentit ensuite, épousant parfaitement l’intrigue : nos trois héros se lancent alors sur les chemins enneigés de Sibérie, avec pour seule compagnie leurs chiens de traineaux… C’est simple : l’auteure nous plonge si bien dans son roman que nous entendons presque les patins crisser sur la neige, le vent souffler à nos oreilles et le halètement tendu de la meute. Plus l’on avance dans notre lecture, et plus l’atmosphère devient oppressante, plus cette sensation d’inéluctabilité devient prégnante : la présence des loups se fait de plus en plus menaçante, de plus en plus perturbante. J’en suis venue à me demander si tout cela n’était pas un rêve, une manipulation de la psyché de Yuri par les loups… Depuis le début. Si le roman n’était pas rose jusqu’ici, la tension laisse peu à peu le pas à l’horreur : sans jamais en faire trop, l’auteure arrive parfaitement à instiller une aura terrible à son récit, nous donnant des sueurs froides incroyables. Une scène, notamment, m’a beaucoup marquée : nos trois héros se sont abrités au cœur d’une église, au sein d’un village fantôme. Je ne vous en dirai rien d’autre, mais voilà : cela finit en bain de sang. Et jamais, jamais l’auteure ne donne dans le gore ou les détails sanglants. Tout est suggéré à demi mot et… Que c’est puissant ! J’ai passé cette scène dans un état de semi-conscience, moi-même plongée au cœur du charnier. Une chose est certaine : la plume d’Aurélie Wellenstein m’a soufflée. Vraiment.
On lit, donc, et l’on ne peut qu’admirer la profondeur que l’auteure a su donner à son récit. S’en dégage des thèmes forts, qu’elle a su traiter avec doigté et justesse : le deuil, bien sûr, à travers la figure de Yuri (se lance-t-il dans ce voyage pour guérir ou, au contraire… ? Il y a de quoi s’interroger), mais également la question de la bestialité, cette figure mi-homme mi-bête (les loups ne sont jamais décrits comme tels, mais davantage comme des bêtes hybrides, telles des sirènes du grand Nord), et cette opposition entre croyances ancestrales et science, passé et futur… Et le poids, justement, de cette magie que l’on voudrait parfois réduire à de simples superstitions. J’ai d’ailleurs vu dans la fin un petit clin d’oeil à Cernunnos, Dieu gaulois coiffé de bois ‘_’
Vous l’aurez donc compris (du moins, je l’espère !), ce roman m’a tout bonnement passionnée. J’en ressors à contrecœur, mais surtout admirative du travail de cette auteure que je ne connaissais jusqu’à présent pas. Fort heureusement… Le Roi des Fauves est là !

En bref, coup de cœur (encore !) pour ce one-shot à la force incroyable. En instillant à son récit une inéluctabilité qui nous horrifie, Aurélie Wellenstein capte notre attention et ne la lâche plus : sa plume est magique, et son sens de l’intrigue admirable. A LIRE !


Coup de coeur !