Les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye

Couverture par Marc Simonetti

L’histoire : « J’avais seize ans quand j’ai quitté la steppe. Mais je ne vais pas vous narrer mon histoire. Je ne vais pas non plus vous relater les exploits de grands seigneurs, de sages conseillers, de splendides princesses et de nobles chevaliers. Je croyais, quand j’étais jeune, que c’était dans ce bois qu’on taillait les héros. Je me trompais. Je vais vous narrer les hauts faits de Sainte-Étoile, l’escrimeur errant au passé trouble, persuadé de porter un monstre dans son crâne. De Maëve la morguenne, la sorcière des ports des Havres, qui voulait libérer les océans. De Wenceslas le clerc de notaire, condamné à l’enfer des mines, et qui dans les ténèbres trouva un nouvelle voie… Et de tant d’autres encore, de ceux dont le monde n’attendait rien, et qui pourtant y laissèrent leur empreinte. Leur légende. Et le vent emportera mes mots sur la steppe. Le vent, au-delà, les murmurera dans Bohen. Avec un peu de chance, le monde se souviendra. »

Mon avis : … Je crois que je pourrais me contenter de faire un article blanc, avec un immense COUP DE CŒUR en plein milieu, histoire que vous compreniez bien l’effet que ce livre a eu sur moi. Mais, outre le fait que ce ne serait plutôt pas pro, j’ai BESOIN de vous en parler. BESOIN de vous dire pourquoi ce livre m’a chamboulée, BESOIN de vous dire à quel point il faut que vous le lisiez. BESOIN, surtout, de vous dire que je ne remercierai jamais assez Book en Stock et les édition Critic pour m’avoir permis de découvrir cette pépite à laquelle je ne m’attendais absolument pas. BESOIN de remercier Estelle Faye, pour nous offrir un récit aussi riche qu’enivrant. Tout ça, et plus encore…
Très honnêtement, je ne sais pas si je dois me lancer dans l’exercice ardu du résumé, d’autant que l’intrigue de ce petit pavé ne saurait contenir en quelques lignes succinctes. Estelle Faye nous offre une plongée en Bohen, une Terre faite de guerres et de conflits, d’intrigues politiques et de magie ancestrale. Aujourd’hui gouvernée par des Hommes ayant interdit la pratique de cet art païen, elle était jadis aux mains des Wurms, créatures difformes ayant apprivoisé les Dracs. Chassés par ceux-là mêmes qu’ils avaient réduis en esclavage, ils ont laissé une empreinte indélébile sur Bohen, une cicatrice purulente à l’odeur nauséabonde. C’est dans cet univers que nous rencontrons une multitude de personnages : Estelle Faye nous offre en effet un roman choral, bien que la narration soit effectué par un personnage bien précis. Personnages, donc, éparpillés aux quatre coins de l’Empire et n’ayant, vraisemblablement rien à voir les uns avec les autres. Pourtant, tous ou presque finiront par poursuivre un même but : faire de Bohen un autre monde, et rétablir une vérité depuis longtemps oubliée…
… Ce roman est ÉPOUSTOUFLANT. Et je pèse mes mots. Vous le savez, j’ai lu tout récemment Porcelaine, d’Estelle Faye également. Un conte d’inspiration asiatique qui m’avait beaucoup, beaucoup plu. Mais que dire, dans ce cas, de celui-ci ? Après une semaine où je me suis plongée à chacun de mes temps libres dans ce récit mené d’une main de maitre, je ne sais plus trouver mes mots : l’auteure m’a coupé la parole, laissée orpheline. Son intrigue m’a captivée, ensorcelée, hypnotisée : rares sont les romans de fantasy à être aussi aboutis, aussi merveilleusement menés. L’auteure ne laisse rien au hasard, et tisse avec intelligence et habileté une toile qui nous laisse abasourdis. Les détails sont pensés, pesés, toujours avec une justesse millimétrée. Séduite dès les premières lignes, j’ai été tout à la fois ravie et admirative de voir avec quelle maestria Estelle Faye réunissait finalement tous les pans de son intrigue pour nous servir sur un plateau un roman complet, complexe et… Émotionnellement surpuissant, puisqu’il faudra bien y venir : j’ai lu les cinquante dernières pages en pleurant à chaudes larmes, quasiment incapable de distinguer les mots filtrant à travers mon regard brouillé. Tout cela pour une simple et bonne raison : l’auteure nous livre des portraits d’hommes et de femmes extrêmement crédibles et attachants, et ne les ménage pas… C’est même le moins que l’on puisse dire. Ne vous y trompez pas ! Nous sommes bel et bien dans un roman de dark fantasy : tous, je dis bien tous, ont leur part d’ombres et de lumière, tous sont loin d’être des modèles de sainteté. Mais tous sont croqués avec une justesse incroyable, rendant leur portrait d’une vitalité vibrante. Je me suis attachée à chacun d’entre eux, de Sorenz à Sainte-Étoile, de Maëve à Sigalit, de Janosh à Wens en passant par Lantane… Et tous les autres, tous ces autres qui, à un moment ou à un autre, pénètrent avec force dans ce roman, y ajoutant toujours un peu plus d’émotions, un peu plus d’humanité. Estelle Faye crée des personnages forts, loin de tout manichéisme et, surtout, loin de tout clichés : fonctionnant essentiellement en duos, ils m’ont tous émue par la pureté de leurs sentiments, la justesse de leurs réactions. J’avoue avoir été surprise du chemin qu’empruntait l’auteure quant à ces duos, celui-ci étant rarement abordé en fantasy (du moins, dans le romans que j’ai pu lire jusqu’à présent…), mais je n’ai tout simplement rien à y redire : ce vent de fraicheur m’a fait un bien fou, et j’ai trouvé cela… Beau, tout simplement. Toutes ces rencontres un peu dues au hasard, ces sentiments à l’œuvre, ces relations aussi improbables que touchantes… Oui, j’ai été subjuguée. Subjuguée, aussi, parce qu’Estelle Faye crée des personnages terriblement réels : non, leurs décisions ne sont pas toujours sages, censées. Non, ils ne sont pas parfaits. Non, ils ne rentrent pas dans le moule que l’on trouve habituellement dans le genre, ce personnage emblématique qui ne fait jamais, JAMAIS le moindre faux pas. Des faux pas, ils en font. Beaucoup. Et prennent des chemins auxquels nous n’aurions pas songé un instant : Maeve, par exemple, m’a assise, je ne pourrais dire mieux. Me serais-je attendue à cela ? JAMAIS. JA-MAIS.
Une fois encore, j’ai l’impression de vous offrir une chronique terriblement décousue, qui veut tout et rien dire à la fois. Mais, comprenez-moi : je tiens là, sans hésitation, ma plus belle lecture de ce premier trimestre. En lice pour l’année, et très bien placée, m’est avis. Et pourtant, j’en ai eu, des coups de cœur ! Mais, force est de le dire, rien d’aussi… D’aussi parfait. Mon cœur en souffre encore, mes yeux sont toujours humides, et mes mains se trainent misérablement vers mon roman laissé là, sur le canapé, comme posé un instant pour être repris dans quelques secondes. Je suis tombée amoureuse d’un livre, oui, de ses personnages, surtout, de son intrigue, aussi. Je suis tombée amoureuse d’une plume pleine de poésie, et la rupture est cruelle. Je suis tombée amoureuse des Seigneurs de Bohen, de ce livre que je mettrais volontiers dans les mains de tout le monde, si je n’avais envie de le garder encore un instant pour moi. De ce livre dont j’attendais beaucoup, et qui m’a apporté plus encore. Alors oui, Estelle, merci, merci, merci. ❤️

En bref, COUP DE CŒUR pour ce roman à la fois puissant, merveilleux, et magnifiquement conté. A mettre dans toutes les mains, sans hésitation aucune !


Coup de cœur !

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Porcelaine, Estelle Faye

Couverture par Letizia Goffi

L’histoire : Chine, vers l’an 200. Xiao Chen est un comédien errant, jeté sur les routes par un dieu vengeur. Un masque à forme humaine dissimule son faciès de tigre, tandis que son cœur est de porcelaine fêlée. Son voyage va durer plus de mille ans.
Au cours de son périple, il rencontrera Li Mei, une jeune tisseuse, la Belle qui verra en lui plus qu’une Bête. Celle qui, sans doute, saura lui rendre son cœur de chair. Cependant Brume de Rivière, fille-fée jalouse et manipulatrice, intrigue dans l’ombre contre leur bonheur.
Pendant presque quinze siècles, rivalités et amour s’entrecroisent, tissant une histoire de passion, de tendresse et de sacrifice, sur fond de magie et de théâtre.

Mon avis : … Franchement, je suis bien incapable de vous dire grâce à qui ce petit roman est entré dans ma PAL. Grâce à l’un d’entre vous sans aucun doute, qui a lu ce conte merveilleux et en a parlé de telle façon que je n’ai pu y résister en le croisant en rayon. Et je regrette, oh ! que je regrette de ne pas avoir noté dans un coin à qui je devais ce craquage… Parce que cette lecture, mes petits, cette lecture… Je m’en souviendrai longtemps, longtemps, longtemps. Estelle Faye m’a charmée, hypnotisée, envoûtée. J’ai savouré le moindre mot, la moindre ligne, la moindre page. Je l’ai fait durer, durer, pour ne pas la voir se terminer. Et, finalement…
Porcelaine raconte l’histoire de Xiao Chen, jeune garçon fils d’un célèbre potier, vivant dans un village reculé d’un territoire que l’on appellera, bien des années plus tard, Chine. Maudit par un dieu moribond, il sera banni de son village, contraint de rejoindre une compagnie de théâtre… Au cœur de laquelle son nouveau faciès fera sensation : affublé d’une tête de tigre, c’est sur les planches qu’il trouvera son salut…
Voilà un résumé fort abscons, j’en conviens volontiers. Le fait est que le récit est court, et recèle mille surprises. En dévoiler une de trop, et c’est la magie qui s’envole… Et en matière de magie, Estelle Faye sait y faire : en prenant des allures de conte oriental, son récit nous envoûte dès les premières lignes : l’atmosphère y est très particulière, d’une poésie certaine, nous plongeant dans une torpeur hypnotique, les mots s’élevant devant nos yeux sans obstacle pour leur faire barrage. Choisis avec soin, pesés, mesurés, ils ont rapidement eu raison de moi : je suis simplement tombée amoureuse de la plume d’Estelle Faye. De cette façon subtile de faire naitre dans nos esprits les paysages les plus vivants, de dresser en quelques mots le portrait de personnages terriblement vivants. Si la narration impose une certaine distance avec ces derniers (bien que le rôle d’un lecteur soit essentiellement passif, j’ai trouvé que ma lecture était bien plus contemplative que d’ordinaire), je n’en ai pas moins été particulièrement touchée par leur sort : de Xiao Chen à Li Mei, en passant par Brume… La galerie est restreinte, due à l’étendue de la narration (l’action s’étale sur plusieurs centaines d’années), mais cela n’importe que peu : Estelle Faye soigne ses personnages, les rend plus humains que jamais en leur prêtant des sentiments complexes, évoluant au fil du temps et des épreuves. Comment, dès lors, ne pas avoir envie de continuer notre lecture pour connaitre le fin mot de l’histoire ? Entre conte ancestral, récit merveilleux, roman d’amour, vendetta désespérée et hommage au monde du spectacle, Porcelaine se trouve à la croisée des genres… Et cela marche, parfaitement : on s’y plonge avec délectation, trouvant le retour à la réalité bien trop rude.
J’écris sur le vif, ce qui explique peut-être la rapidité de cette chronique : les émotions suscitées par cette lecture tourbillonnent encore en moi, et j’avoue avoir du mal à en démêler l’écheveau. Pour une première lecture de l’auteure, avouons que cela est un succès : je ne m’attendais pas à être tant bouleversée. Ne me reste dès lors qu’à digérer ce récit fantastique, et peut-être, pourquoi pas ? Le reprendre dans quelques temps, pour retrouver cette atmosphère inoubliable, qui me fait désormais rêver de cette Chine ancestrale oh combien mystérieuse…

En bref, une lecture magique. Le conte n’est certes pas le genre que j’affectionne le plus, mais Estelle Faye a réussi le joli coup de me faire abaisser toutes mes barrières en nous offrant une récit merveilleusement bien écrit, peuplé de personnages extrêmement touchants, abordant des thèmes aussi multiples qu’indémodables… Et lui insufflant une foule d’émotions surpuissantes. A lire !


On en redemande !

 

Top Ten Tuesday #108

C’est mardi, l’heure du TTT hebdomadaire ! Ne me retrouvant plus dans les sujets français, j’ai décidé de passer sur les originaux, à savoir ceux planifiés sur le blog The Broke and the Bookish 🙂 Le principe reste le même : proposer notre top 10 (ou 5, ou 20) de livres pour un thème prédéfini.

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Le thème de la semaine :
Les 10 livres de notre PAL de printemps !

Et si je vous montrais ça en photo ?

Et non, une nouvelle fois je transgresse la règle et n’affiche pas 10 au compteur… Mais je pense avoir une bonne raison : j’ai volontairement omis d’y glisser tous mes SP en attente, et Dieu sait si je suis en retard si le sujet. Non, ces sept-là font partie de ma PAL profonde : j’ai bien lu Même par mort et Manesh, mais je tiens à m’y replonger avant de m’attaquer à la suite. Les cinq autres… Me promettent de belles découvertes, j’en suis sure ! J’espère réussir à tenir le rythme et à tous les lire d’ici juin prochain, en plus de mes lectures obligatoires. Croisons les doigts !

Et vous, quelle est votre PAL printanière ? Bonne semaine mes petits ❤️

In My Mailbox -4-

Mes petits marcassins,

Bonjour ! Le dimanche est-il ensoleillé, chez vous ? Chez nous, il sera quoi il en soit neigeux : nous montons, une fois encore ! Et pas seuls, cette fois-ci : ce sera fondue et luge avec les collègues :3 Mais avant, parlons acquisitions ! Ces derniers jours furent assez remplis, je dois bien l’avouer : ma BAL n’a pas désempli ! Et, à ma grande joie, j’y ai trouvé quelques petites pépites que j’attendais depuis foooooort longtemps : autant vous dire que mes prochaines semaines vont être fort remplies, et que je vais devoir améliorer un peu mon rythme de lecture si je souhaite tout lire dans les temps :3


*Un enfant s’est glissé sur cette photo, sauras-tu le retrouver ?*

Et vous, quelles sont les dernières nouveautés entrées dans votre PAL ? Faites-moi rêver !! ❤️

Les Emprunts de la semaine #3

Mes petits Marcassins,

Bonjour ! Qui dit nouvelle semaine, dit nouvelles BD ! Et la sélection de cette semaine est particulièrement chouette, il faut l’avouer. Bon, les photos seront restreintes, vu que j’ai totalement oublié d’en faire (petite tête ?), maiiiiis… Là n’est pas le principal, non ?

Cette semaine, j’ai donc lu…

Le Règne #1 : La saison des démons, par Sylvain Runberg et Olivier Boiscommun.

 

Et… J’ai adoré ! Ouiiii, ce premier tome m’a totalement conquise 🙂 Nous nous trouvons dans un monde post-apocalyptique, où la race humaine n’est plus… Ou plutôt si : bien qu’ils aient déserté la Terre (ou disparu, simplement ?), ils sont désormais considérés comme des dieux par les animaux peuplant la Terre, eux-mêmes doués d’intelligence et de parole. Alors que la saison des Démons approche, apportant son lot de calamités et de catastrophes naturelles, l’exode vers le Shrine, une mystérieuse cité, a commencé. Mais le voyage est dangereux : des hordes de pillards déferlent, attaquant le moindre convoi laissé sans défense. Engager une troupe de mercenaires aux crocs acérés ne semble donc pas dénué d’intelligence…
Je l’ai dé-vo-rée, que l’on soit bien clairs : entre le dessin qui m’a totalement charmée et un scénario parfaitement intense, je n’ai su faire qu’une bouchée de cette petite pépite. Que je me suis, d’ailleurs, empressée de mettre en bonne place sur mon mur spécial « coups de cœur » :3

Les cahiers d’Esther 1 & 2, par Riad Sattouf

 

C’est à l’occasion de la sortie du deuxième opus que j’ai découvert les aventures d’Esther, 10 ans, petite fille maligne à la langue bien pendue. Et si ce n’est pas un coup de cœur, je les ai trouvé très bien, ces albums : Riad Sattouf y mêle la candeur de l’enfance à ses réflexions parfois désarmantes que les enfants ont le chic de faire. Enfant… Et, finalement, plus tant que ça : car ce que décrit l’auteur, c’est aussi cette période de transition entre l’enfance et l’adolescence où les enfants sont rarement tendres entre eux, refusent d’être assimilés aux petits, allant jusqu’à la parodie pour s’en démarquer. Certaines planches m’ont faite sourire, d’autres m’ont émue, ou fait hausser les sourcils. Mais peu importe la réaction, au fond : Riad Sattouf aura su toucher chez moi une corde sensible !

Et voilà pour ces emprunts ! Le prochain n’arrivera pas tout de suite : j’ai quelques lectures plus urgentes à faire passer avant de me replonger en BD 🙂 Bonne journée mes petits !

Mummy Time : « … Et, t’as pas l’impression d’en faire trop ? »

Deux Mummy Time en si peu de temps ? Le blog vire doucement de bord ! Il faut croire que le besoin de parler est trop prégnant, que les questions se bousculent un peu trop ‘_’ Tout a débuté avec cette réflexion. Cette réflexion qui tombe comme un couperet, sans que tu t’y attendes, alors que tu discutes avec des personnes que tu ne connais finalement pas si bien que ça. Que tu discutes de quoi ? Mais, de ce que tu fais avec ton fils, pardi. Des coussins sensoriels que tu couds pendant ta pause de midi. Des ateliers Montessori. Des livres qui peuplent tes étagères, parlant de pédagogie positive. Des couches lavables, même. De tout ça, tout ce qui te rend heureuse. Et la réflexion, qui tombe :

« Mais, t’as pas l’impression d’en faire trop ? »

D’abord, l’interrogation. Trop de quoi ? Trop par rapport à quoi ? Je fais ce que je peux pour mon Bout’d’chou, à quel moment devrais-je me dire que c’est TROP ? Parce qu’il faut quantifier, en fait ? Je devrais le laisser vivre à côté de moi, et non avec ? J’avoue, je comprends pas.
Ensuite, la culpabilité. Parce que, ce qui est sous-entendu, c’est ça : « Mais, t’as pas l’impression d’en faire trop… T’as quelque chose à te reprocher ? » Et là, tu cogites. Oui, tu culpabilises de ne pas passer tout ton temps avec lui. De devoir le laisser chaque jour pour aller bosser, de ne pas pouvoir lui consacrer 100% de ton attention quand tu es avec lui, parce qu’il y a toute la maison à faire tourner. Tu culpabilises de ne pas avoir intégré TOUS les principes des pédagogies positive et Montessori, tu balises à l’idée de ne pas savoir lui donner confiance en lui. Tu culpabilises de ne pas savoir garder ton calme en permanence, surtout quand cela fait une demi-heure qu’il hurle sans que tu saches pourquoi, qu’il est 23h et que tu aimerais pouvoir te reposer un peu. Tu balises, culpabilises, pour tout et n’importe quoi. Alors peut-être que tu en fais trop, oui… Pour compenser.
Et puis… Le rejet. Merde, à la fin ! Je le prends comme un reproche, ce trop. Et je ne peux pas. Parce que oui, je fais un max de choses pour lui. Avec lui. Je lui prépare tous ses repas, des gâteaux qu’il mange au goûter à la brioche du matin, en passant par le poulet au curry et la quiche aux lardons. Je lui lave ses couches, pour qu’il soit plus à l’aise qu’en couches jetables, pour ne pas lui mettre des produits chimiques sur les fesses. Je me renseigne, j’apprends constamment, pour être la meilleure maman possible. Pour en faire un enfant épanoui et confiant. Je passe un maximum de temps avec lui. Je, mais c’est on, en fait : parce que Jo, c’est pareil. Et tout ça, ça a un coût. Un coût qui est lourd, que l’on a parfois du mal à assumer, mais que l’on oublie quand on voit son sourire. Un coût : moins, beaucoup moins de temps pour nous. Pour nos passions, pour nos moments à deux. Moins de temps pour se reposer, moins de temps pour flâner. Pour lire, bloguer. Pour dormir, aussi. Un coût qui me fait parfois craquer, mais que je ne voudrais pour rien au monde réduire : parce que ce petit bout, c’est de loin de la plus belle chose qu’on ai faite. Et qu’il mérite amplement tout ce que l’on fait pour lui. Un coût, donc, que j’assume pleinement. Mais pas quand on m’envoie dans la face ce TROP. Ce trop qui hurle et tourne en boucle dans ma tête, ce trop qui me pousse à tout remettre en question : et si je me plantais. Et si… ET SI. Et si quoi ? Et si ce n’était pas la peine ? Et si ça ne servait à rien ? Et si j’étais stupide d’avoir ces principes ?
Aujourd’hui, c’est un Mummy time, oui. Mais aujourd’hui, c’est aussi la journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Et aujourd’hui, moi ce que je réclame, plus que l’égalité des salaires, l’égalité des sexes, l’égalité tout court, c’est qu’on NOUS FOUTE LA PAIX. À nous, les femmes, mais aussi aux mères. Qui sont constamment dans l’obligation d’être parfaites, d’avoir une maison bien tenue, de faire des bons petits plats, d’habiller leurs enfants avec les plus beaux vêtements, d’être polies et gentilles en toute circonstances. Mais aussi, d’être d’excellentes épouses ET employées. Parce qu’on l’a voulu cet enfant, enfin ! Être mère ne doit pas être un poids, un handicap. Être mère ne doit pas être une excuse à une fatigue toujours un peu trop présente. Être parfaites, donc, mais pas trop quand même. Parce que c’est suspect, après. Je parle de Montessori ? On me demande si je fais partie d’une secte. J’avoue à demi-mot allaiter encore Malo ? On me regarde d’un œil bizarre, jetant un petit « mais ça ne se fait pas » bien senti. Du coup, je ne parle plus. Du moins, je choisis à qui. Parce qu’on en rencontre, des gens, qui vont simplement s’intéresser à ce que tu fais, chercher à comprendre pourquoi, comment, sans jugement. On en rencontre plein. Mais on rencontre aussi les autres, ceux qui te regardent d’un œil noir, qui vont toujours trouver à te dire que, ce que tu fais, ce n’est pas assez… Ou c’est trop. Et c’est pour ça que j’écris ici, aujourd’hui, même si ce n’est sans doute pas le lieu : parce que quand vous êtes capables de faire abstraction de tout ça, ce n’est qu’un peu pénible. À la longue, cela devient franchement agaçant. Mais quand vous prenez tout de plein fouet, remettant absolument TOUT en question, cogitant et cogitant encore, sans répit, ça fait mal. Une fois, deux fois… Certains d’entre vous le savent, j’ai relativement peu confiance en moi. Et Malo, c’est mon plus grand sujet d’inquiétude. Je veux bien faire, mais je n’ai pas de manuel pour réussir à coup sûr. Et ça m’angoisse, terriblement. Alors, la petite réflexion à la noix dans le style du « Et, t’as pas l’impression d’en faire trop ? »… Très peu pour moi et ma relative tranquillité d’esprit.
Aujourd’hui, je ne demande rien d’autre que d’être rassurée, finalement. Elle est où, la Haute Autorité des mères qui te dit « Allez, garde le cap, tu fais du bon boulot ! » ? Parce que, je vous le dis, si on avait ce genre de petit rappel régulièrement, on serait peut-être moins sur les rotules. On se poserait moins de questions, on profiterait davantage du moment présent. Alors, à toutes les mères qui passez par ici : vous faites du bon boulot. Du très bon boulot, j’en suis intimement convaincue. Même si le quotidien n’est pas toujours simple à assumer, même si on a parfois envie de tout envoyer balader. Même si… Vous êtes femmes, mères, peut-être pas parfaites aux yeux de la société, mais aux yeux de votre enfant… Bien sûr que si.

Du Love, et pardon pour la digression, les propos sans queue ni tête, et tout le reste. Aujourd’hui, c’était atelier défouloir 🙂

Winter People, Jennifer McMahon

Traduit par Jean-Baptiste Bernet

L’histoire : « J’avais aussi compris qu’il valait mieux éviter de la contrarier. Tantine s’emportait vite et n’appréciait guère qu’on la contredise. Quand quelqu’un refusait de la payer, elle versait une poudre noire tirée d’une de ses bourses en cuir sur sa maison en marmonnant d’étranges incantations. – S’il te plaît, réponds-moi, Tantine. Est-ce qu’on peut faire revenir les morts ? Ai-je insisté en jetant une poignée de têtes-de-violon dans son panier. Elle m’a dévisagée longuement de ses petits yeux noirs, la tête penchée. – Oui, il y a bien un moyen. Les rares qui le connaissent le transmettent à leurs enfants. Et puisque tu es ce que j’ai de plus proche d’une fille, je te transmettrai le secret ». Et si l’amour était vraiment plus fort que la mort ? Et si l’on avait la possibilité de ramener de l’au-delà l’être qu’on aime le plus au monde ?

Mon avis : … Autant vous le dire de suite : ce roman m’a fichu une trouille de tous les diables. OK, il se peut que je sois un peu flippette. Pas avec les monstres, ni même avec les serial killers ou autre réjouissances de ce genre. Mais, dès lors que l’on touche aux revenants et aux présences dans les placards, là, vous perdez le Bouchon ci-présent. J’ai d’ailleurs été mendier du réconfort dans les bras du Chéri, qui a bien sûr trouvé rigolo d’enfoncer le clou. L’amour vache, avez-vous dit ?
Winter People fait partie de ces romans se déroulant sur différentes époques : de nos jours, à travers plusieurs personnes, et en 1904, en se concentrant essentiellement sur Sara, dont nous découvrons les souvenirs de jeunesse en même temps que sa vie actuelle. On comprend bien sûr très rapidement que les deux sont liés, et que le surnaturel y est à l’œuvre. Je nous dévoilerai volontairement pas grand chose sur l’intrigue, le roman étant relativement court… Et la surprise participant à l’ambiance pour le moins particulière du récit. Mais, une question demeure : si vous aviez l’occasion de faire revenir de l’au delà un être particulièrement cher… Le feriez-vous ? En dépit des conséquences ?
Bien que l’ayant commencé jeudi, ce n’est véritablement hier que je m’y suis plongée : j’ai lu les trois quarts restants d’une traite, terrée au fond de mon lit et maudissant quelque peu l’orgueil m’ayant poussée à vouloir le lire, quand bien même je savais pertinemment qu’il me mettrait profondément mal à l’aise. Il faut dire que l’auteure arrive avec brio à mettre en place une atmosphère extrêmement oppressante, pesant telle une chape de plomb sur nos épaules : à la fois mystérieuse et profondément glaçante, elle nous enserre dès le début du récit pour ne plus nous lâcher… Ou presque : si la fin est, elle aussi, duale, elle apporte un semblant de réconfort au lecteur éprouvé. Car, après tout, c’est bien d’amour dont il est ici question, et j’ai trouvé tout à fait intéressant la manière dont l’auteure avait réussi à coupler l’élément sentimental avec l’horreur  du sujet. En un sens, Winter People s’est révélé être d’une poésie certaine, les détails sanglants et morbides n’entachant pas le reste. Une lecture dérangeante, donc, mais poignante, surtout.
Et prenante, bien sûr : une fois véritablement plongée dedans, je n’ai pas su m’arrêter de lire, tant l’histoire me prenait aux tripes : on a envie d’avancer, de savoir, de comprendre. De comprendre, oui, quel est le lien entre Sara et les différentes femmes que l’on rencontre au fil du roman. Car la galerie de portraits est uniquement féminine, ou presque : on sent que les hommes n’ont pas vraiment leur place ici, perclus dans une rationalité par trop embarrassante. L’auteure a-t-elle voulu renouer avec la croyance populaire qui prône une plus grande sensibilité des femmes à l’élément surnaturel ? Possible, mais le principal n’est pas là : Jennifer McMahon nous livre avant toute chose des portraits de femmes très crédibles, certes peu développés de part la taille réduite du roman, mais auxquels on ne peut rester insensible. La détresse de Sara à laquelle fait écho celle de Katherine, les petites Fawn et Gertie, Ruthie… Certains m’ont glacée, d’autres envoûtée : la plume de l’auteure est d’une justesse incroyable et ne fait le moindre faux pas.
Si l’on ne peut pas parler de bon moment, tant elle m’aura collé la chaire de poule, cette lecture m’aura beaucoup, beaucoup marquée. Je n’ai d’ailleurs pas perdu de temps et suis allée directement consulter la bibliographie de l’auteure, en espérant pouvoir me plonger dans l’un de ses autres ouvrages sous peu… Mais avant, il faudra se laisser le temps de digérer celui-ci. Ouf !

En bref, une lecture marquante, dérangeante, prenante. Impossible de rester insensible à ce récit qui m’aura prise aux tripes, fait frémir autant qu’il m’aura ému. À lire !


On en redemande !