Porcelaine, Estelle Faye

Couverture par Letizia Goffi

L’histoire : Chine, vers l’an 200. Xiao Chen est un comédien errant, jeté sur les routes par un dieu vengeur. Un masque à forme humaine dissimule son faciès de tigre, tandis que son cœur est de porcelaine fêlée. Son voyage va durer plus de mille ans.
Au cours de son périple, il rencontrera Li Mei, une jeune tisseuse, la Belle qui verra en lui plus qu’une Bête. Celle qui, sans doute, saura lui rendre son cœur de chair. Cependant Brume de Rivière, fille-fée jalouse et manipulatrice, intrigue dans l’ombre contre leur bonheur.
Pendant presque quinze siècles, rivalités et amour s’entrecroisent, tissant une histoire de passion, de tendresse et de sacrifice, sur fond de magie et de théâtre.

Mon avis : … Franchement, je suis bien incapable de vous dire grâce à qui ce petit roman est entré dans ma PAL. Grâce à l’un d’entre vous sans aucun doute, qui a lu ce conte merveilleux et en a parlé de telle façon que je n’ai pu y résister en le croisant en rayon. Et je regrette, oh ! que je regrette de ne pas avoir noté dans un coin à qui je devais ce craquage… Parce que cette lecture, mes petits, cette lecture… Je m’en souviendrai longtemps, longtemps, longtemps. Estelle Faye m’a charmée, hypnotisée, envoûtée. J’ai savouré le moindre mot, la moindre ligne, la moindre page. Je l’ai fait durer, durer, pour ne pas la voir se terminer. Et, finalement…
Porcelaine raconte l’histoire de Xiao Chen, jeune garçon fils d’un célèbre potier, vivant dans un village reculé d’un territoire que l’on appellera, bien des années plus tard, Chine. Maudit par un dieu moribond, il sera banni de son village, contraint de rejoindre une compagnie de théâtre… Au cœur de laquelle son nouveau faciès fera sensation : affublé d’une tête de tigre, c’est sur les planches qu’il trouvera son salut…
Voilà un résumé fort abscons, j’en conviens volontiers. Le fait est que le récit est court, et recèle mille surprises. En dévoiler une de trop, et c’est la magie qui s’envole… Et en matière de magie, Estelle Faye sait y faire : en prenant des allures de conte oriental, son récit nous envoûte dès les premières lignes : l’atmosphère y est très particulière, d’une poésie certaine, nous plongeant dans une torpeur hypnotique, les mots s’élevant devant nos yeux sans obstacle pour leur faire barrage. Choisis avec soin, pesés, mesurés, ils ont rapidement eu raison de moi : je suis simplement tombée amoureuse de la plume d’Estelle Faye. De cette façon subtile de faire naitre dans nos esprits les paysages les plus vivants, de dresser en quelques mots le portrait de personnages terriblement vivants. Si la narration impose une certaine distance avec ces derniers (bien que le rôle d’un lecteur soit essentiellement passif, j’ai trouvé que ma lecture était bien plus contemplative que d’ordinaire), je n’en ai pas moins été particulièrement touchée par leur sort : de Xiao Chen à Li Mei, en passant par Brume… La galerie est restreinte, due à l’étendue de la narration (l’action s’étale sur plusieurs centaines d’années), mais cela n’importe que peu : Estelle Faye soigne ses personnages, les rend plus humains que jamais en leur prêtant des sentiments complexes, évoluant au fil du temps et des épreuves. Comment, dès lors, ne pas avoir envie de continuer notre lecture pour connaitre le fin mot de l’histoire ? Entre conte ancestral, récit merveilleux, roman d’amour, vendetta désespérée et hommage au monde du spectacle, Porcelaine se trouve à la croisée des genres… Et cela marche, parfaitement : on s’y plonge avec délectation, trouvant le retour à la réalité bien trop rude.
J’écris sur le vif, ce qui explique peut-être la rapidité de cette chronique : les émotions suscitées par cette lecture tourbillonnent encore en moi, et j’avoue avoir du mal à en démêler l’écheveau. Pour une première lecture de l’auteure, avouons que cela est un succès : je ne m’attendais pas à être tant bouleversée. Ne me reste dès lors qu’à digérer ce récit fantastique, et peut-être, pourquoi pas ? Le reprendre dans quelques temps, pour retrouver cette atmosphère inoubliable, qui me fait désormais rêver de cette Chine ancestrale oh combien mystérieuse…

En bref, une lecture magique. Le conte n’est certes pas le genre que j’affectionne le plus, mais Estelle Faye a réussi le joli coup de me faire abaisser toutes mes barrières en nous offrant une récit merveilleusement bien écrit, peuplé de personnages extrêmement touchants, abordant des thèmes aussi multiples qu’indémodables… Et lui insufflant une foule d’émotions surpuissantes. A lire !


On en redemande !

 

Top Ten Tuesday #108

C’est mardi, l’heure du TTT hebdomadaire ! Ne me retrouvant plus dans les sujets français, j’ai décidé de passer sur les originaux, à savoir ceux planifiés sur le blog The Broke and the Bookish 🙂 Le principe reste le même : proposer notre top 10 (ou 5, ou 20) de livres pour un thème prédéfini.

top-ten-tuesday

Le thème de la semaine :
Les 10 livres de notre PAL de printemps !

Et si je vous montrais ça en photo ?

Et non, une nouvelle fois je transgresse la règle et n’affiche pas 10 au compteur… Mais je pense avoir une bonne raison : j’ai volontairement omis d’y glisser tous mes SP en attente, et Dieu sait si je suis en retard si le sujet. Non, ces sept-là font partie de ma PAL profonde : j’ai bien lu Même par mort et Manesh, mais je tiens à m’y replonger avant de m’attaquer à la suite. Les cinq autres… Me promettent de belles découvertes, j’en suis sure ! J’espère réussir à tenir le rythme et à tous les lire d’ici juin prochain, en plus de mes lectures obligatoires. Croisons les doigts !

Et vous, quelle est votre PAL printanière ? Bonne semaine mes petits ❤️

In My Mailbox -4-

Mes petits marcassins,

Bonjour ! Le dimanche est-il ensoleillé, chez vous ? Chez nous, il sera quoi il en soit neigeux : nous montons, une fois encore ! Et pas seuls, cette fois-ci : ce sera fondue et luge avec les collègues :3 Mais avant, parlons acquisitions ! Ces derniers jours furent assez remplis, je dois bien l’avouer : ma BAL n’a pas désempli ! Et, à ma grande joie, j’y ai trouvé quelques petites pépites que j’attendais depuis foooooort longtemps : autant vous dire que mes prochaines semaines vont être fort remplies, et que je vais devoir améliorer un peu mon rythme de lecture si je souhaite tout lire dans les temps :3


*Un enfant s’est glissé sur cette photo, sauras-tu le retrouver ?*

Et vous, quelles sont les dernières nouveautés entrées dans votre PAL ? Faites-moi rêver !! ❤️

Les Emprunts de la semaine #3

Mes petits Marcassins,

Bonjour ! Qui dit nouvelle semaine, dit nouvelles BD ! Et la sélection de cette semaine est particulièrement chouette, il faut l’avouer. Bon, les photos seront restreintes, vu que j’ai totalement oublié d’en faire (petite tête ?), maiiiiis… Là n’est pas le principal, non ?

Cette semaine, j’ai donc lu…

Le Règne #1 : La saison des démons, par Sylvain Runberg et Olivier Boiscommun.

 

Et… J’ai adoré ! Ouiiii, ce premier tome m’a totalement conquise 🙂 Nous nous trouvons dans un monde post-apocalyptique, où la race humaine n’est plus… Ou plutôt si : bien qu’ils aient déserté la Terre (ou disparu, simplement ?), ils sont désormais considérés comme des dieux par les animaux peuplant la Terre, eux-mêmes doués d’intelligence et de parole. Alors que la saison des Démons approche, apportant son lot de calamités et de catastrophes naturelles, l’exode vers le Shrine, une mystérieuse cité, a commencé. Mais le voyage est dangereux : des hordes de pillards déferlent, attaquant le moindre convoi laissé sans défense. Engager une troupe de mercenaires aux crocs acérés ne semble donc pas dénué d’intelligence…
Je l’ai dé-vo-rée, que l’on soit bien clairs : entre le dessin qui m’a totalement charmée et un scénario parfaitement intense, je n’ai su faire qu’une bouchée de cette petite pépite. Que je me suis, d’ailleurs, empressée de mettre en bonne place sur mon mur spécial « coups de cœur » :3

Les cahiers d’Esther 1 & 2, par Riad Sattouf

 

C’est à l’occasion de la sortie du deuxième opus que j’ai découvert les aventures d’Esther, 10 ans, petite fille maligne à la langue bien pendue. Et si ce n’est pas un coup de cœur, je les ai trouvé très bien, ces albums : Riad Sattouf y mêle la candeur de l’enfance à ses réflexions parfois désarmantes que les enfants ont le chic de faire. Enfant… Et, finalement, plus tant que ça : car ce que décrit l’auteur, c’est aussi cette période de transition entre l’enfance et l’adolescence où les enfants sont rarement tendres entre eux, refusent d’être assimilés aux petits, allant jusqu’à la parodie pour s’en démarquer. Certaines planches m’ont faite sourire, d’autres m’ont émue, ou fait hausser les sourcils. Mais peu importe la réaction, au fond : Riad Sattouf aura su toucher chez moi une corde sensible !

Et voilà pour ces emprunts ! Le prochain n’arrivera pas tout de suite : j’ai quelques lectures plus urgentes à faire passer avant de me replonger en BD 🙂 Bonne journée mes petits !

Mummy Time : « … Et, t’as pas l’impression d’en faire trop ? »

Deux Mummy Time en si peu de temps ? Le blog vire doucement de bord ! Il faut croire que le besoin de parler est trop prégnant, que les questions se bousculent un peu trop ‘_’ Tout a débuté avec cette réflexion. Cette réflexion qui tombe comme un couperet, sans que tu t’y attendes, alors que tu discutes avec des personnes que tu ne connais finalement pas si bien que ça. Que tu discutes de quoi ? Mais, de ce que tu fais avec ton fils, pardi. Des coussins sensoriels que tu couds pendant ta pause de midi. Des ateliers Montessori. Des livres qui peuplent tes étagères, parlant de pédagogie positive. Des couches lavables, même. De tout ça, tout ce qui te rend heureuse. Et la réflexion, qui tombe :

« Mais, t’as pas l’impression d’en faire trop ? »

D’abord, l’interrogation. Trop de quoi ? Trop par rapport à quoi ? Je fais ce que je peux pour mon Bout’d’chou, à quel moment devrais-je me dire que c’est TROP ? Parce qu’il faut quantifier, en fait ? Je devrais le laisser vivre à côté de moi, et non avec ? J’avoue, je comprends pas.
Ensuite, la culpabilité. Parce que, ce qui est sous-entendu, c’est ça : « Mais, t’as pas l’impression d’en faire trop… T’as quelque chose à te reprocher ? » Et là, tu cogites. Oui, tu culpabilises de ne pas passer tout ton temps avec lui. De devoir le laisser chaque jour pour aller bosser, de ne pas pouvoir lui consacrer 100% de ton attention quand tu es avec lui, parce qu’il y a toute la maison à faire tourner. Tu culpabilises de ne pas avoir intégré TOUS les principes des pédagogies positive et Montessori, tu balises à l’idée de ne pas savoir lui donner confiance en lui. Tu culpabilises de ne pas savoir garder ton calme en permanence, surtout quand cela fait une demi-heure qu’il hurle sans que tu saches pourquoi, qu’il est 23h et que tu aimerais pouvoir te reposer un peu. Tu balises, culpabilises, pour tout et n’importe quoi. Alors peut-être que tu en fais trop, oui… Pour compenser.
Et puis… Le rejet. Merde, à la fin ! Je le prends comme un reproche, ce trop. Et je ne peux pas. Parce que oui, je fais un max de choses pour lui. Avec lui. Je lui prépare tous ses repas, des gâteaux qu’il mange au goûter à la brioche du matin, en passant par le poulet au curry et la quiche aux lardons. Je lui lave ses couches, pour qu’il soit plus à l’aise qu’en couches jetables, pour ne pas lui mettre des produits chimiques sur les fesses. Je me renseigne, j’apprends constamment, pour être la meilleure maman possible. Pour en faire un enfant épanoui et confiant. Je passe un maximum de temps avec lui. Je, mais c’est on, en fait : parce que Jo, c’est pareil. Et tout ça, ça a un coût. Un coût qui est lourd, que l’on a parfois du mal à assumer, mais que l’on oublie quand on voit son sourire. Un coût : moins, beaucoup moins de temps pour nous. Pour nos passions, pour nos moments à deux. Moins de temps pour se reposer, moins de temps pour flâner. Pour lire, bloguer. Pour dormir, aussi. Un coût qui me fait parfois craquer, mais que je ne voudrais pour rien au monde réduire : parce que ce petit bout, c’est de loin de la plus belle chose qu’on ai faite. Et qu’il mérite amplement tout ce que l’on fait pour lui. Un coût, donc, que j’assume pleinement. Mais pas quand on m’envoie dans la face ce TROP. Ce trop qui hurle et tourne en boucle dans ma tête, ce trop qui me pousse à tout remettre en question : et si je me plantais. Et si… ET SI. Et si quoi ? Et si ce n’était pas la peine ? Et si ça ne servait à rien ? Et si j’étais stupide d’avoir ces principes ?
Aujourd’hui, c’est un Mummy time, oui. Mais aujourd’hui, c’est aussi la journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Et aujourd’hui, moi ce que je réclame, plus que l’égalité des salaires, l’égalité des sexes, l’égalité tout court, c’est qu’on NOUS FOUTE LA PAIX. À nous, les femmes, mais aussi aux mères. Qui sont constamment dans l’obligation d’être parfaites, d’avoir une maison bien tenue, de faire des bons petits plats, d’habiller leurs enfants avec les plus beaux vêtements, d’être polies et gentilles en toute circonstances. Mais aussi, d’être d’excellentes épouses ET employées. Parce qu’on l’a voulu cet enfant, enfin ! Être mère ne doit pas être un poids, un handicap. Être mère ne doit pas être une excuse à une fatigue toujours un peu trop présente. Être parfaites, donc, mais pas trop quand même. Parce que c’est suspect, après. Je parle de Montessori ? On me demande si je fais partie d’une secte. J’avoue à demi-mot allaiter encore Malo ? On me regarde d’un œil bizarre, jetant un petit « mais ça ne se fait pas » bien senti. Du coup, je ne parle plus. Du moins, je choisis à qui. Parce qu’on en rencontre, des gens, qui vont simplement s’intéresser à ce que tu fais, chercher à comprendre pourquoi, comment, sans jugement. On en rencontre plein. Mais on rencontre aussi les autres, ceux qui te regardent d’un œil noir, qui vont toujours trouver à te dire que, ce que tu fais, ce n’est pas assez… Ou c’est trop. Et c’est pour ça que j’écris ici, aujourd’hui, même si ce n’est sans doute pas le lieu : parce que quand vous êtes capables de faire abstraction de tout ça, ce n’est qu’un peu pénible. À la longue, cela devient franchement agaçant. Mais quand vous prenez tout de plein fouet, remettant absolument TOUT en question, cogitant et cogitant encore, sans répit, ça fait mal. Une fois, deux fois… Certains d’entre vous le savent, j’ai relativement peu confiance en moi. Et Malo, c’est mon plus grand sujet d’inquiétude. Je veux bien faire, mais je n’ai pas de manuel pour réussir à coup sûr. Et ça m’angoisse, terriblement. Alors, la petite réflexion à la noix dans le style du « Et, t’as pas l’impression d’en faire trop ? »… Très peu pour moi et ma relative tranquillité d’esprit.
Aujourd’hui, je ne demande rien d’autre que d’être rassurée, finalement. Elle est où, la Haute Autorité des mères qui te dit « Allez, garde le cap, tu fais du bon boulot ! » ? Parce que, je vous le dis, si on avait ce genre de petit rappel régulièrement, on serait peut-être moins sur les rotules. On se poserait moins de questions, on profiterait davantage du moment présent. Alors, à toutes les mères qui passez par ici : vous faites du bon boulot. Du très bon boulot, j’en suis intimement convaincue. Même si le quotidien n’est pas toujours simple à assumer, même si on a parfois envie de tout envoyer balader. Même si… Vous êtes femmes, mères, peut-être pas parfaites aux yeux de la société, mais aux yeux de votre enfant… Bien sûr que si.

Du Love, et pardon pour la digression, les propos sans queue ni tête, et tout le reste. Aujourd’hui, c’était atelier défouloir 🙂

Winter People, Jennifer McMahon

Traduit par Jean-Baptiste Bernet

L’histoire : « J’avais aussi compris qu’il valait mieux éviter de la contrarier. Tantine s’emportait vite et n’appréciait guère qu’on la contredise. Quand quelqu’un refusait de la payer, elle versait une poudre noire tirée d’une de ses bourses en cuir sur sa maison en marmonnant d’étranges incantations. – S’il te plaît, réponds-moi, Tantine. Est-ce qu’on peut faire revenir les morts ? Ai-je insisté en jetant une poignée de têtes-de-violon dans son panier. Elle m’a dévisagée longuement de ses petits yeux noirs, la tête penchée. – Oui, il y a bien un moyen. Les rares qui le connaissent le transmettent à leurs enfants. Et puisque tu es ce que j’ai de plus proche d’une fille, je te transmettrai le secret ». Et si l’amour était vraiment plus fort que la mort ? Et si l’on avait la possibilité de ramener de l’au-delà l’être qu’on aime le plus au monde ?

Mon avis : … Autant vous le dire de suite : ce roman m’a fichu une trouille de tous les diables. OK, il se peut que je sois un peu flippette. Pas avec les monstres, ni même avec les serial killers ou autre réjouissances de ce genre. Mais, dès lors que l’on touche aux revenants et aux présences dans les placards, là, vous perdez le Bouchon ci-présent. J’ai d’ailleurs été mendier du réconfort dans les bras du Chéri, qui a bien sûr trouvé rigolo d’enfoncer le clou. L’amour vache, avez-vous dit ?
Winter People fait partie de ces romans se déroulant sur différentes époques : de nos jours, à travers plusieurs personnes, et en 1904, en se concentrant essentiellement sur Sara, dont nous découvrons les souvenirs de jeunesse en même temps que sa vie actuelle. On comprend bien sûr très rapidement que les deux sont liés, et que le surnaturel y est à l’œuvre. Je nous dévoilerai volontairement pas grand chose sur l’intrigue, le roman étant relativement court… Et la surprise participant à l’ambiance pour le moins particulière du récit. Mais, une question demeure : si vous aviez l’occasion de faire revenir de l’au delà un être particulièrement cher… Le feriez-vous ? En dépit des conséquences ?
Bien que l’ayant commencé jeudi, ce n’est véritablement hier que je m’y suis plongée : j’ai lu les trois quarts restants d’une traite, terrée au fond de mon lit et maudissant quelque peu l’orgueil m’ayant poussée à vouloir le lire, quand bien même je savais pertinemment qu’il me mettrait profondément mal à l’aise. Il faut dire que l’auteure arrive avec brio à mettre en place une atmosphère extrêmement oppressante, pesant telle une chape de plomb sur nos épaules : à la fois mystérieuse et profondément glaçante, elle nous enserre dès le début du récit pour ne plus nous lâcher… Ou presque : si la fin est, elle aussi, duale, elle apporte un semblant de réconfort au lecteur éprouvé. Car, après tout, c’est bien d’amour dont il est ici question, et j’ai trouvé tout à fait intéressant la manière dont l’auteure avait réussi à coupler l’élément sentimental avec l’horreur  du sujet. En un sens, Winter People s’est révélé être d’une poésie certaine, les détails sanglants et morbides n’entachant pas le reste. Une lecture dérangeante, donc, mais poignante, surtout.
Et prenante, bien sûr : une fois véritablement plongée dedans, je n’ai pas su m’arrêter de lire, tant l’histoire me prenait aux tripes : on a envie d’avancer, de savoir, de comprendre. De comprendre, oui, quel est le lien entre Sara et les différentes femmes que l’on rencontre au fil du roman. Car la galerie de portraits est uniquement féminine, ou presque : on sent que les hommes n’ont pas vraiment leur place ici, perclus dans une rationalité par trop embarrassante. L’auteure a-t-elle voulu renouer avec la croyance populaire qui prône une plus grande sensibilité des femmes à l’élément surnaturel ? Possible, mais le principal n’est pas là : Jennifer McMahon nous livre avant toute chose des portraits de femmes très crédibles, certes peu développés de part la taille réduite du roman, mais auxquels on ne peut rester insensible. La détresse de Sara à laquelle fait écho celle de Katherine, les petites Fawn et Gertie, Ruthie… Certains m’ont glacée, d’autres envoûtée : la plume de l’auteure est d’une justesse incroyable et ne fait le moindre faux pas.
Si l’on ne peut pas parler de bon moment, tant elle m’aura collé la chaire de poule, cette lecture m’aura beaucoup, beaucoup marquée. Je n’ai d’ailleurs pas perdu de temps et suis allée directement consulter la bibliographie de l’auteure, en espérant pouvoir me plonger dans l’un de ses autres ouvrages sous peu… Mais avant, il faudra se laisser le temps de digérer celui-ci. Ouf !

En bref, une lecture marquante, dérangeante, prenante. Impossible de rester insensible à ce récit qui m’aura prise aux tripes, fait frémir autant qu’il m’aura ému. À lire !


On en redemande !

 

Chasseurs de livres, Jennifer Chambliss Bertmann

Traduit par Magali Duez

L’histoire : Un livre caché. Un message codé. La chasse peut commencer. Émily est une passionnée de la Chasse aux livres, un jeu créé par son idole, le célèbre éditeur californien Garrison Griswold. Il s’agit de décrypter des messages codés pour trouver l’emplacement de livres cachés ! Mais lorsqu’elle emménage avec ses parents à San Francisco, patrie de la Chasse aux livres, elle est choquée d’apprendre que M. Griswold a été agressé alors même qu’il allait lancer une nouvelle quête livresque d’une ampleur inédite. À elle et à ses amis de jouer !

Mon avis : Et j’inaugure ma première lecture du nouveau label R Jeunesse ! Il faut dire que ce petit Chasseurs de livres avait de quoi m’intriguer : j’adore ces livres qui parlent… De livres 🙂 Je n’ai donc pas tergiversé longtemps avant de me décider à tenter ma chance : l’appel fut trop fort !
Nous rencontrons Emily, jeune fille passionnée de littérature… Et de mystères : grande amatrice du fabuleux jeu Book Scravenger, qui consiste à cacher/trouver des livres en résolvant diverses énigmes, elle vient juste d’atterrir à San Francisco. Les déménagements, d’ailleurs, ça la connait : ses parents se sont mis en tête d’habiter dans les cinquante États que compte le pays. Une vie difficile à assumer pour notre jeune héroïne, et loin d’être évidente pour qui veut se faire des amis ! C’est donc sans trop de conviction qu’Emily emménage dans sa nouvelle demeure : peut-être y resteront-ils un an, tout au plus… Mais un an, c’est déjà ça : car la ville se trouve être le chef-lieu de son idole, le merveilleux Garrison Griswold, créateur de Book Scavenger… Qui s’apprête, d’ailleurs, à lancer un nouveau jeu. Malheureusement, un accident le plonge dans le coma, retardant ainsi pour une durée indéterminée le lancement tant attendu. Alors qu’Emily se retrouve par hasard sur le lieu du drame, elle trouve un livre. Un livre caché, derrière une poubelle. Quelqu’un l’a-t-il mis là intentionnellement  ? Ou s’agit-il de quelque chose de plus mystérieux encore… ? Commence pour elle la plus grande enquête qu’elle ait eu à mener…
Je n’irai pas par quatre chemins : j’ai beaucoup, BEAUCOUP aimé. Oui oui oui ! Ce petit roman ne payait pas de mine, et je me demandais sincèrement ce que ça allait donner : j’avais même un peu peur, peur de m’ennuyer, de ne pas m’en sortir. Et finalement… Que nenni ! J’y ai trouvé une aventure rythmée et passionnante, portée par une héroïne ma foi fort attachante : impossible de ne pas se retrouver dans cette jeune fille un peu perdue, mais oh combien touchante ! Et puis… Comment ne pas trouver un écho à notre propre passion dans l’amour qu’elle porte aux livres ? Bref, j’ai adoré.
L’intrigue commence doucement, et pour ne rien vous spoiler je resterai volontairement vague : notre petite Emily trouve donc ce fameux livre et, convaincue de tenir là le nouveau jeu de Garrison Griswold, va se lancer à corps perdu dans la résolution de l’énigme qui doit s’y trouver cachée. S’y lancer… Mais pas seule : car la première surprise de ce déménagement, c’est son nouveau voisin, James… Garçon aussi excentrique que malin, il va se révéler être d’une compagnie de choix pour ce mystère délicat. Autant vous dire que le binôme fonctionne parfaitement ! J’ai retrouvé à travers nos deux héros la fraicheur d’une enfance pas tout à fait enfuie, et cette capacité qu’ont les plus jeunes à se lier d’une amitié sincère en quelques heures à peine. Nos deux compères se prennent donc rapidement au jeu, et nous avec : le récit se dévore en quelques heures, que nous passons le sourire aux lèvres et l’adrénaline au corps. Car, le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne manque pas de rythme ! Les péripéties s’enchainent sans crier gare, et la fin arrive sans qu’on l’ai vue venir : j’avoue que j’en aurais bien lu davantage 🙂 Fort heureusement, je crois que ce volume n’est que le premier d’une longue série : je ne suis pour ma part pas prête de décrocher de ce merveilleux jeu auquel je m’adonnerais moi-même bien !
Vous l’aurez donc compris : je suis tombée sous le charme de ce roman jeunesse, qui séduira les plus jeunes pour son abord facile, son côté très rythmé, ses personnages facilement identifiable et son intrigue séduisante… Mais aussi les plus grands, qui se laisseront facilement prendre au jeu de cette enquête trépidante. Mes doutes n’avaient donc pas lieu d’être : on en redemande !

En bref, un premier tome tout à fait convaincant pour une série jeunesse qui démarre fort ! Les petits lecteurs amateurs d’énigmes y trouveront leur compte : Chasseurs de livres nous fait assurément passer un bon moment !


On en redemande !