Mers brumeuses, Chloé Chevalier (Récits du Demi-Loup #3)

Couverture réalisée par Melchior Ascaride

Tome 1 : Véridienne
Tome 2 : Les Terres de l’Est
Fleurs au creux des ruines
(recueil de nouvelles)

L’histoire : Pour Cathelle et Aldemor, l’heure n’est plus aux regrets. Rien n’arrêtera ce qu’ils ont déclenché.
Véridienne et les Éponas, pour la première fois, lèvent les armes l’un contre l’autre. Sur les rivages des Mers Brumeuses, les Chats de Calvina et les guerrières de Malvane se jaugent, et les deux Suivantes, résignées et amères, se préparent à devoir verser le sang de leurs camarades d’enfance. Alors que leurs reines, à tort ou à raison, leur retirent peu à peu toute confiance et que leurs terres se transforment en cimetières, plus rien ne semble pouvoir empêcher les désastres à venir.
Les rêves se fanent, les espoirs se muent en vaines illusions, amitiés et amours se délitent, tandis que le Demi-Loup, les yeux bandés, danse au bord du gouffre.

Mon avis : à quel moment vais-je venir vous dire, ici-même, « moui, ce tome était clairement en deçà des autres, vivement que l’on passe à la suite pour oublier cela ? » ?! Pas aujourd’hui, soyez-en certains : alors que je termine à peine ce troisième opus, je peux déjà vous dire que le talent de Chloé Chevalier ne se dément, une nouvelle fois, pas : je viens de connaitre une nuit particulièrement agitée, durant laquelle je n’ai cessé de me tourner et retourner, me demandant jusqu’où l’auteure allait bien nous mener.
Car ce troisième tome, en plus d’approfondir et de bouleverser les nombreuses pistes déjà levées, se pare d’un ton beaucoup, beaucoup plus sombre. Oh, le deuxième opus nous avait déjà bien remué, à l’époque : l’enfance d’Aldemor, les douloureux obstacles se dressant sur la route de Cathelle, les révélations finales les concernant tous deux… Je me souviens encore avoir versé bon nombre de larmes au cours de cette lecture, aux considérations bien plus graves que le premier. Et celui-ci… Celui-ci joue, de nouveau, une partition bien inquiétante : loin de l’insolente insouciance de leur jeunesse, nos cinq héroïnes se trouvent désormais au bord de l’abîme. Tandis que Calvina s’enfonce dans une frivolité bien solitaire, où les couleurs chatoyantes de ses créations ne font écho qu’à sa mélancolie, Malvane ne cesse d’offusquer les uns et les autres en se drapant dans une dignité bien trop orgueilleuse. L’inconséquence de l’une et la rigidité de l’autre sont un véritable désastre pour le royaume du Demi-Loup,  désastre que tentent vainement d’endiguer les deux Suivantes restantes : Lufthilde et Nersès ont une nouvelle fois la parole, et nous pouvons mesurer à quel point les jeunes filles rencontrées des années auparavant n’appartiennent plus qu’au passé. Les différences manifestes entre les deux Reines se retrouvent ainsi chez elles : là où Nersès peine à trouver un équilibre entre ses devoirs pour le Royaume et sa condition (multiple !) de mère, ne contenant qu’à grand peine les éclats de Malvane, Lufthilde a totalement pris en main les Éponas, évinçant Calvina de la régence du royaume. J’avoue que la femme qu’elle est devenue, entre dédain et mépris, m’a profondément attristée : si les évènements passés peuvent bien entendu expliquer tout cela, elle n’en restait pas moins l’une de mes figures favorites. Hors, son manque de douceur et d’empathie me rappelle bien trop Malvane pour que mes sentiments à son égard ne varient pas 🙁
Outre Lufthilde et Nersès, nous retrouvons une fois de plus Aldemor et Cathelle : chacun à leur façon, inexorablement, ils continuent leur travail de sape. L’on comprend que, malgré le temps qui passe, leur vengeance ne s’apaisera qu’une fois leur plan totalement accompli. Et quel plan ! L’intrigue est vertigineuse, et malgré notre regard plus ou moins omniscient, nous comprenons souvent à la dernière minute quel drame est en train de se jouer, quelle sombre machination ils ont mis au point, avec quel talent ils se jouent de tous, y compris… De nous. Et c’est cruel ! Parce qu’il y aura forcément des perdants, parmi ces personnages auxquels l’on s’est tous foutrement attaché. Des morts, sans doute, si Chloé Chevalier continue sur la voie qu’elle a jusqu’ici emprunter. Mais comment en vouloir aux uns ou aux autres ? On ne peut que regarder l’intrigue suivre son cours, les dents serrées et le ventre noué, les larmes nous piquant les yeux plus qu’à leur tour.
Et puis… Un cinquième narrateur investi les lignes de ce troisième tome, un narrateur pour le moins… Inattendu. Car c’est bel et bien à Crassu, le fils ainé de Nersès, que l’auteure choisit de donner la parole. Un Crassu désormais adolescent, qui n’a pas été sans me rappeler un certain héros particulièrement cher à mon cœur : je pense -comme beaucoup- à Fitz-Chevalerie, issu de l’imagination débordante de Robin Hobb. Tous deux marginalisés par leur entourage (les moqueries subies par Crassu m’ont serré le cœur), en proie dès leur plus jeune âge à des jeux de pouvoirs dans lesquels ils se retrouvent, bien malgré eux, impliqués jusqu’au cou… J’ai trouvé un écho dans leurs personnalités même, ce qui explique peut-être pourquoi je me suis autant attachée à cet adolescent un peu perdu, mais oh combien vif d’esprit. Loin de l’insouciance crasse de ses ainées, Crassu m’a au contraire surprise par sa maturité d’esprit et sa débrouillardise : nous sommes bien loin de l’ado n’ayant pas deux sous de jugeote, tout au contraire. Sa vision de la situation dénote réellement de tout ce que nous avions pu lire jusqu’ici, et nous permet d’affiner encore notre compréhension de l’intrigue. C’est… Fascinant. Glaçant, mais fascinant.
Une nouvelle fois, Chloé Chevalier nous offre donc un récit hors norme. Les personnages, véritables piliers du roman, ne cessent de gagner en profondeur et en nuances, et je n’ai pu qu’être, de nouveau, soufflée par son talent de portraitiste : qu’ils aient ou non la parole, ils sont dotés d’une vitalité incroyable. Contrairement à la très grande majorité des romans fantasy, Chloé Chevalier choisi de ne pas doter son récit d’un véritable héros au sens propre, menant les autres à travers la tourmente : difficile, ici, de reconnaitre en l’un ou en l’autre le messie qui arrangera une situation plus que désespérée. Tous relèvent bien davantage de l’anti-héros, et l’on ne peut, pourtant, que s’y attacher toujours plus : ils sont d’une humanité incroyable, dans tout ce qu’elle possède de bon… Ou de mauvais. Un choix audacieux, donc, que l’on ne peut, pourtant, que saluer : le récit n’en est que plus fort. De même, je n’ai pu que succomber à sa plume incroyable : ses mots sont d’une puissance folle, tellement évocateurs qu’ils m’ont fait perdre pied plus d’une fois. Nous ne sommes plus chez nous, au chaud dans notre canapé, mais sur les terres ravagées par la Preste Mort. Nous y sommes bel et bien, spectateur impuissant d’un théâtre cruel. C’est donc… Un troisième coup de coeur, oui. Un coup de coeur qui intervient alors que je ne suis toujours pas sortie de cette satanée panne de lecture, ce qui ne le rend que plus précieux, et plus fort. Chloé Chevalier, Merci ❤️

En bref, si vous n’avez toujours pas pris le temps de découvrir cette fabuleuse série, je ne peux que vous enjoindre à vous y mettre immédiatement. Parce que c’est merveilleux, simplement. Même si l’on souffre, même si l’on pleure. La bonne nouvelle ? Il y aura un quatrième tome 🙂


Coup de cœur !

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Un Commentaire

  1. Je voulais patienter un peu avant de me procurer et de lire ce troisième tome mais ta chronique donne vraiment envie!

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