Élections 2017 : le cri du cœur.

Mes petits marcassins,

Une fois encore, je doute que ce lieu soit le bon endroit pour ce que je vais y écrire. Mais cela fait bien longtemps que j’ai abandonné l’idée de faire des Lectures de Bouch’ un site aseptisé, où je ne vous parlerais ni de ce que je suis ni de ce qui me touche au quotidien, de mes combats et des mes rêves. C’est pourquoi… C’est pourquoi je m’installe devant mon clavier aujourd’hui, pour vous porter un message qui, je l’espère, trouvera un écho chez certains d’entre vous.
Il y a deux jours, nous avons voté. Nous avons finalement voté, après une campagne qui n’a duré que trop longtemps, où les problèmes de fond ont été oubliés au profit des petites et grandes bassesses des uns et des autres. Une campagne où la classe politique française s’est ridiculisée, où les méfaits dévoilés des uns ont permis d’imaginer les crimes impunis des autres. Une campagne qui nous a asphyxié, submergé. Moi-même, je ne pouvais m’empêcher d’allumer les infos à chaque fois que je montais en voiture, afin d’en savoir plus sur ces onze personnes. Ces personnes propulsées sur le devant de la scène publique sans qu’elles y aient, pour certaines, leur légitimité.  Je m’y suis intéressée plus qu’à aucune autre : peut-être que je deviens adulte, finalement. Peut-être que, sentant le regard de mon fils sur mon visage, je me crois obligée de prêter une oreille attentive à tout ce fatras. Sans doute.
Le fait est que mon choix s’est révélé compliqué : j’ai toujours voté à gauche, que l’on se le dise. Je viens d’une famille qui vote à gauche, et épouser un Chéri qui se retrouve davantage dans le centre n’y a rien changé : mes convictions s’affirment avec les années qui passent. Sauf que, cette année, que faire ? Pas de langue de bois ici : passée la primaire du PS, je m’étais décidée à voter Hamon. Parce que je me retrouvais dans son programme, dans ses convictions écologiques et humanistes. Parce que, en l’écoutant, j’avais l’impression… Oui, cela va sans doute sonner stupide : j’avais l’impression de faire face à quelqu’un de profondément gentil. D’avoir là un rêveur, simplement. Quelqu’un qui pourrait, peut-être, donner à la France la douceur qui lui manque cruellement. Pendant un temps, j’y ai cru. Et puis, je ne sais pas… La campagne s’est poursuivie, et il s’est effacé. Les médias se sont acharnés à le voir comme perdant, les sondages nous bourrant le crâne avec cette défaite assurée. Et le fait est… Le fait est que je me suis demandé si mon vote ne serait pas plus utile ailleurs. S’il ne fallait pas l’engager dans un mouvement avec une véritable dynamique. Comme tous ces électeurs de Gauche s’étant détournés du PS par peur de voir un Fillon/Le Pen au deuxième tour, je me suis donc détournée de mon candidat. Non pas vers Macron, comme beaucoup… Mais vers Mélenchon. Certains points de son programme me chagrinaient un peu, je l’avoue : son avis sur l’Europe, notamment… Mais sa dynamique me paraissait énorme, et le fond de son mouvement sain, et solide. J’ai étudié, réfléchi. Me suis convaincue que la voie que je souhaitais pour mon pays était la sienne. J’ai prié pour que les choses changent enfin, pour qu’il nous montre une issue à ce joli chaos.
Et… Dimanche soir, c’est la douche froide. Aurons-nous donc le choix entre un capitalisme exacerbé et une xénophobie immonde ? J’ai le cœur au bord des lèvres, et pourtant je ne tarde pas à le dire : je voterai bien évidemment Macron. Contre mauvaise fortune bon cœur… Mais je ne peux m’empêcher de rallier bon nombre de personnes : nous voici repartis pour cinq ans de galère, où rien ne changera véritablement. La nuit passe, je dors mal, me tournant et retournant sans cesse.
Le réveil est amer : mes espoirs sont douchés, et j’ai bien du mal à faire bonne figure. Malo, lui… Malo est en pleine forme : il me réclame câlins et chahut, et ne tarde pas à me dérider. Il fait le fou, inconscient de ce qui est en train de se jouer… Et me donne à réfléchir : et si j’avais tout faux ? Et si on avait tout faux ? Depuis la veille, les messages de déception fleurissent à foison. Les messages haineux. Les intentions d’abstention, de vote blanc. Et je me suis laissée prendre au jeu, moi aussi. Mais est-ce vraiment ce dont j’ai envie ? Est-ce vraiment ainsi que je souhaite apparaitre aux yeux de mon fils ? Je me pose un instant… Et, définitivement, NON.
Comprenez-moi bien : oui, je suis déçue. Évidemment. J’étais persuadée que la voie de l’extrême gauche, n’ayant jamais été tentée, pouvait peut-être nous apporter des solutions nouvelles. Mais… La coalition non plus, n’a jamais été tentée. Un président ni de droite, ni de gauche… Ou, plutôt : et de droite, et de gauche. Gouvernant avec les uns comme avec les autres, instaurant un vrai débat pour n’en faire surgir que le meilleur. Finalement, pourquoi pas ? Peut-être est-il là, le rassemblement. Peut-être est-elle là, la solution qui rassemblera tous les français.
De toute façon, nous n’avons PAS le choix : c’est le jeu de la démocratie, et nous ne pouvons que respecter cela. Deux candidats ont été désignés, et il n’en restera qu’un d’ici quinze jours… Les cartes sont distribuées. Alors, plutôt que de se coucher tout de suite, en criant haut et fort que c’est injuste, pourquoi ne pas tenter d’en tirer le meilleur possible ? Là vient mon véritable coup de gueule : nulle part, je n’ai vu de messages d’espoir. Et j’ai cherché, pourtant. Je peux concevoir que le choc soit rude, je le sais même parfaitement. Mais, POUR UNE FOIS, peut-on essayer d’aller de l’avant ?  Peut-on éviter de rester à pleurnicher ? Si l’on fait les comptes, en ajoutant les scores de Mélenchon et Hamon, sans compter la part d’électeurs de gauche partis vers Macron… Il y a quand même un sacré paquet de gens partageant au moins un même socle d’idées. Et je suis certaine que l’on peut également en trouver à droite. Que si l’on dépasse ce foutu clivage pour se concentrer sur ce qui compte vraiment, on peut y arriver. Est-ce parce que je n’ai pas eu le président écologiste dont je rêvais que je vais arrêter tous mes efforts pour réduire mon impact sur la planète ? Non ! Est-ce parce que je n’ai pas eu le président humaniste que j’espérais que je vais me détourner de mon prochain ? Non ! Ce n’est pas l’élection d’un président qui fera changer la mentalité des gens, j’en suis convaincue. Et je suis également convaincue que l’on s’est enlisé avec délice dans une société basée sur la contrainte. Si l’on ne m’oblige pas à le faire, je ne le fais pas. Même si, dans le fond, je suis d’accord ! Prenons les devants, préparons le terrain pour 2022 : le changement passe avant tout par le peuple français.
Alors, oui, j’irai voter Macron. Parce que c’est HORS DE QUESTION qu’une manipulatrice comme Marine Le Pen arrive à la tête de mon pays. Parce qu’il est temps de lui montrer que les Français n’ont guère besoin de son aide pour prouver qu’ils sont un peuple fort. Parce que la peur n’a jamais mené nulle part, hormis sur des sentiers extrêmement dangereux. Parce que nous devons déjà faire face à deux tyrans hystériques, que la menace d’une guerre n’a jamais été aussi proche, et que la mettre au pouvoir… C’est définitivement s’engager sur ce terrain miné.
J’irai donc voter Macron, et je voterai pour lui. J’éplucherai son programme, je trouverai des points d’accord. Je voterai pour lui, pour mon pays et pour mon fils. Je voterai pour Macron, convaincue que si lui ne nous sauvera pas, nous le pouvons, nous. Je souhaite juste que nous puissions ouvrir les yeux et prendre les choses en main, devenir actifs, nous qui sommes restés passifs depuis bien trop longtemps. Je me fais l’effet d’un bisounours, en écrivant cela. Et pourtant, je ne demande pas la lune : juste un peu d’optimisme et de bonne volonté. Je vous en prie : ne laissez pas le dégoût et la déception vous aveugler, donnez-vous un terrain favorable pour agir : l’avenir se construit maintenant, et croire qu’il sera le fait d’un seul homme est faux. Ce sera le geste du plus petit qui comptera, multiplié par cent, mille, un million.
J’ai été atterrée de voir mes amis sur FB s’entre-déchirer. Le débat n’y existe plus : tu n’es pas du même avis que moi ? Tu as donc tort. J’ai donc décidé de réduire drastiquement ma consommation de ce RS, tant je trouve son ambiance malsaine : à croire que le terreau dont il dispose n’aspire qu’à faire pousser des plantes pourries à la racine. Peu importe si je passe pour une illuminée, une abrutie ou une simple d’esprit : j’ai choisi le modèle que je voulais être pour Malo. Et nos maitres mots seront optimisme, entre-aide et bonne volonté. Le monde de demain ne se construira pas sans nous, et je ne re-signerai pas pour cinq ans supplémentaires de bougonnage passif. Macron n’est certes pas le sauveur de la France, je le répète, mais nul ne l’est. Nul, sauf nous. Et ce serait bien que l’on s’en rende -enfin- compte.

Du love, pour tous, que je vous soyez de droite, de gauche… Ou de nulle part ❤️

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13 Commentaires

  1. Ton article fait tellement du bien! Comme toi, je vois les gens s’entre-déchirer, les pros-Le Pen nous sortir un discours dénué d’arguments qui tourne véritablement au lavage de cerveau, mais je vois aussi ceux qui, déçus, disent que ce n’est pas ça la démocratie (ah bon ? Pourtant Macron arrive en tête grâce au vote du peuple…) et qu’ils n’iront pas voter ou voter blanc au 2e tour, sans même se rendre compte que cette division, c’est faire le jeu du FN.

    Comme toi, je vais voter Macron. Parce que je ne veux pas d’une personne négationniste, xénophobe et raciste (entre autres choses) à la tête de mon pays, que ce soit pour un jour ou pour 5 ans. Je voterais Macron parce que je ne veux pas de l’avenir que propose le FN, et tant pis si certaines de ses propositions me hérissent le poil.

  2. Merci pour cet article qui met si bien les mots qur ce que je ressens. J’ai eu le même cheminement que toi avant le premier tour et je ferai comme toi pour le second.

  3. Bel article! Plein de bon sens et d’intelligence.
    Tu es paix et amour 😉
    Les gens sont trop haineux et affichent une bêtise totale sur les réseaux sociaux…
    Tu fais bien de ne pas t’arrêter sur eux.

    • Bouchon des bois

      Merci Val <3 Je pense qu'on peut aller plus loin en respectant et aidant son prochain plutôt qu'en lui plantant un couteau dans le dos. Un peu bisounours peut-être, mais... 🙂

  4. Merci pour ce bel article ! J’ai lu les deux derniers tomes sortie de la présidente de Boudjellal et Durpaire et qu’est-ce que cela froid dans le dos, dimanche lorsque j’ai vu le résultat je me suis dit NON jamais je ne veux que la france, mon pays, ma patrie, que j’aime ne devienne comme cela, c’est à nous et par nos votes et notre amour de notre pays que nous ferons bouger les choses. Je le sais et j’y crois, nous sommes les sauveurs de notre propre pays et de nos propres vies…

  5. Qu’est-ce que je me retrouve dans cet article… Moi aussi j’ai hésité entre Hamon et Mélenchon… Et finalement j’ai voté pour ce dernier car il avait plus de chance de se retrouver au second tour…
    Beaucoup de personnes de mon entourage ont voté Macron pour faire barrage à Fillon… Alors qu’ils ont une fibre de gauche et qu’ils défendent l’écologie avant tout…
    Pour l’instant j’hésite entre voter Macron et voter Blanc… Certes je ne veut pas d’une personne raciste, inhumaine à la tête de notre pays mais je n’ai pas confiance en Macron qui n’a pas d’idées précises sur ce qu’il veut…
    Ce qui est sûr c’est qu’il faut aller voter pour ne pas ensuite regretter et critiquer.
    Et puis, il faut continuer à vivre à côté, à défendre nos idées et nos principes.
    Durant ces élections, je misais beaucoup sur l’écologie. C’est une thématique très importante à l’heure actuelle et qui devrait être au centre de nos actes et de nos réflexions. Prendre soin de notre chère planète Terre, c’est donner un avenir à nos enfants.
    Je suis d’accord lorsque tu dis que c’est à nous de décider, que notre avenir est entre nos mains. Alors quoiqu’il arrive dans 15 jours, ne baissons pas les bras et montrons que nous sommes et resterons unis pour le bien de tous !

    • Bouchon des bois

      Merci beaucoup Marianne <3 Je comprends ton indécision, à tout point de vue. Et je te rejoins énormément sur l'écologie, évidemment... Si je crois dur comme fer que nous sommes les premiers à devoir changer si l'on veut changer le monde, je ne veux pour autant pas d'une femme comme Le Pen a la tête de mon pays, donc... Je donne sa chance à Macron, mais je ne jetterai jamais la pierre à ceux qui choisiront une autre voie que la mienne. Restons soudés, oui !

      • Du coup, on s’est mis d’accord avec mon mari. J’ai voté pour Macron et lui, il a voté blanc. Comme ça nos deux votes représentent nos deux dilemmes…
        Plus qu’à attendre les résultats ce soir…
        En tout cas, le combat et la lutte continueront.

  6. Je ne te suis pas pour rien. J’ai fait presque tout comme toi. (en fait, jamais je n’aurais pu voté Hamon. Trop bisounours son programme sans être pour autant méchante). Et comme toi je voterais Macron mais ça m’inquiète quand même.

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