La main de l’Empereur, Olivier Gay

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Couverture réalisée par Magali Villeneuve (LE TALENT)

L’histoire : Rekk n’a pas eu une enfance facile. Fils bâtard d’un gladiateur et d’une femme mariée, élevé par des prostituées, il est sauvé par son habileté à l’épée. Il se fait à son tour une place dans l’arène et en devient bientôt le champion. Mais Rekk doit poursuivre ailleurs un destin écrit en lettres de sang : l’Empereur en personne l’envoie rejoindre l’armée qui mène en son nom une guerre éprouvante contre les tribus koushites. En compagnie d’hommes démunis et amers, dans l’enfer de la jungle où le danger est partout, Rekk va devenir le bras armé de l’Empereur grâce à ses talents redoutables. Lorsque l’on suscite l’admiration autant que la crainte et la haine, savoir se battre ne suffit pas toujours, et la frontière est ténue entre le héros et le monstre. Qu’arrivera-t-il à Rekk quand sa légende lui échappera ?

Mon avis : ... Je suis assez furieuse, que l’on se le dise. Furieuse, et tout est de la faute de Monsieur Olivier Gay. Monsieur Olivier Gay, qui s’est gentiment dit, un beau jour « tiens, et si j’écrivais un bouquin bien badass ? Un bouquin que l’on aurait envie de lire d’une traite, avec un héros qui déchire tout ? Un bouquin du tonnerre, avec une fin… UNE FIN COMPLÉTEMENT SADIQUE ? » (rajoutez des rires diaboliques en veux-tu en voilà, et je suis sûre que l’on y est presque) Quelques bonnes nuits blanches, une illustratrice d’enfer et hop ! Bibidibabidibou, La main de l’empereur est né. Lancé sur les marchés, disposé sur les étals, à la portée du moindre lecteur innocent. Qui succombera, évidemment, à cette merveilleuse couverture et au résumé alléchant. Qui lira, lira, lira… ET PLEURERA.
Nous suivons l’histoire de Rekk. De ses débuts, alors qu’il n’est que le simple fils d’une prostituée, évoluant au milieu des gladiateurs de la caserne dans laquelle il vit… jusqu’au jour où il quitte l’arène, un titre de champion collé au front… Et trop lourd à porter. Réputé invincible, ses combats n’attire plus personne, ou presque : l’Empereur reste un de ses plus fervents admirateurs. Et cela tombe bien : il a justement un travail pour lui. Un travail salissant, à l’autre bout du monde, un travail pour lequel ses talents d’épéiste et son habileté à éviter la mort lui seront précieux : il n’a rien de moins… Qu’une guerre à gagner.
J’ai ADORÉ. Ben oui ! Même si je me suis mise à rager sitôt la dernière page tournée, même si j’ai eu de prendre l’avion pour aller secouer Olivier comme un prunier, et EXIGER d’avoir la suite. Parce que question cliffhanger, le bonhomme s’y connait… Et n’y va pas de main morte : cette fin est tout simplement diabolique. DIABOLIQUE. Il faut dire, aussi… Que je me suis faite avoir comme une bleue. J’ai laissé mon cœur parler et mes sentiments s’envoler, s’envoler, jusqu’à ce que… BLAM, DANS TA FACE. Mais ce Rekk, ce Rekk ! Si certains d’entre vous l’ont découvert dans Les épées de glace ou dans Le Boucher (qu’il va falloir que je me procure d’urgence), je l’ai pour ma part rencontré pour la première fois avec ce roman. Dont l’intrigue se situe, si je ne m’abuse, avant celle du précédent roman de l’auteur : vous pouvez donc tout à fait commencer par celui-ci, cela n’est en aucun cas gênant. Mais, méfiance ! Prévoyez une bonne journée de repos le jour où vous souhaiterez vous lancer, sans distraction aucune : ce petit bijou ne demande qu’à se lire d’une traite. J’ai été totalement séduite dès les premières pages, Olivier s’attachant à mettre en valeur tous les éléments constituant un excellent roman de fantasy : l’univers est bien posé, et prend facilement corps sous nos yeux attentifs. C’est tout juste si je ne ressentais pas les grains de sable de l’arène sous mes pieds, la morsure violente du soleil sur ma peau, et la touffeur moite de la jungle Koushite m’oppresser horriblement…  Si le cadre est plutôt traditionnel, il n’en reste pas moins très crédible, et offre un écrin de qualité pour une intrigue de haut vol. En un mot comme en cent, Olivier Gay fait preuve d’une efficacité qui force l’admiration : du début à la fin, on suit avec passion le destin de ce jeune homme si particulier. Les premiers chapitres, loin d’être seulement introductifs, nous donnent déjà le ton de l’ensemble du récit : nous allons lire quelque chose de nerveux, d’extrêmement prenant, qui ne pourra nous laisser indifférent émotionnellement parlant (je me suis pris la première gifle avant d’avoir passé la centième page. C’est dire). Si nous rencontrons Rekk dès son plus jeune âge, c’est véritablement son passage aux mains de l’Empereur -et, donc, sa guerre contre les koushites, peuple en tout point différent de ces Impériaux qu’ils combattent- qui nous préoccupe : j’ai été  passionnée par l’évolution de ce jeune garçon qui ne semblait promis qu’à une mort bien trop prématurée. Je l’ai suivi avec attention, des rues pavées de Mushein aux dangereux sentiers de Koush, bien trop consciente de son statut de pantin entre les mains des puissants. J’ai aimé le voir se débattre, bouleverser l’ordre bien établi des hautes sphères du pouvoir. J’ai aimé la façon dont Olivier ajustait parfaitement ses rebondissements et retournements de situation, nous laissant pantelants, abasourdis, totalement incapables de laisser là notre lecture. Il mène son récit comme un virtuose jouerait un morceau délicat : avec maestria. J’ai aimé tout cela… Mais le roman entier ce serait effondré si la personnalité de Rekk n’avait pas tenu le coup. C’est le risque avec ces récits découlant plus ou moins de l’Heroïc fantasy : si votre personnage principal est un peu pâlichon, cela n’a guère -difficilement, disons- d’intérêt. Sacré challenge, donc, de s’essayer au délicat exercice de portraitiste ! Et… Aucune inquiétude à avoir : Rekk a tout ce qu’il faut où il faut (en tout bien tout honneur)(évidemment). Olivier Gay nous sert sur un plateau un héros que l’on suivrait au bout du monde, suffisamment torturé pour que l’on ait envie de le serrer dans nos bras, mais aussi diablement charismatique, foutrement attachant, un brin impressionnant et tout en nuances, ni vraiment méchant ni tout blanc (et ça, c’est le moins que l’on puisse dire)… Un héros fait d’aspérités et d’arêtes tranchantes, qui m’a laissée le cœur à vif. PARCE QUE CETTE FIN DIDIOU MAIS ENFIN C’EST PAS POSSIIIIIBLE ! Il nous avait déjà ravagé le cœur à mille reprises avant (et que je te dégomme untel, et que je te zigouille unetelle, après avoir pris soin de les rendre siiiiii agréables à côtoyer que tu t’y es attaché de fou), et il nous assène le coup final avec une morgue qui m’aurait arraché quelques larmes si je n’avais été trop préoccupée à taper du pied tel petit Malo réclamant une case supplémentaire de son calendrier de l’avent. Me voilà donc réduite à cela : renifler lamentablement devant mon bouquin en songeant à ceux que je pourrais lire tout de suite là maintenant pour retrouver notre cher Rekk (et Dareen… DAREEN), si seulement je les avais dans ma bibliothèque (enfin, c’est quand même fou ça, j’en ai bien trois ou quatre cents, mais je ne suis pas FOUTUE d’avoir LE livre dont j’aurais besoin à cet instant précis). ÊTES-VOUS FIER DE VOUS, M’SIEUR GAY ?! L’ÊTES-VOUS VRAIMENT ?!! Parce que moi, si j’étais vous, j’aurais bien, bien honte. Je filerais tête basse écrire la suite de mon roman, et plus vite que ça. Avec un petit sourire en coin, parce que, quand même… C’EST FOUTREMENT BON !

En bref, COUP. DE. CŒUR. Enfin, évidemment, quoi ! Le personnage central est totalement parfait, et la cohorte de personnages secondaires ne l’est pas moins. L’intrigue est magistrale, et ne nous laisse pas une seconde pour reprendre notre souffle. Et la plume de l’auteur, la plume ! Oui, j’aurais pu lire des heures de plus sans me lasser. Mieux : j’aurais voulu lire des heures de plus, afin de conserver un semblant d’équilibre mental. Parce que là, je n’ai qu’une question en tête : OÙ EST LA SUITE ?!

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