L’héritier de Kushiel & La justice de Kushiel, Jacqueline Carey (Imriel #1 & #2)

Imriel Imriel2

Traduit par Frédéric Le Berre

Trilogie précédente :
La marque (Kushiel #1)
L’élue (Kushiel #2)
L’avatar (Kushiel #3)

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L’histoire : Imriel est le fils adoptif de Phèdre, l’Élue de Kushiel. Enlevé, torturé et réduit en esclavage lorsqu’il n’était qu’un enfant, Imriel est aujourd’hui prince du sang. À la Cour où se trament mille conspirations, nombreux sont ceux qui souhaitent sa mort – de peur qu’il n’ait hérité des dons maléfiques de sa véritable mère, Melisande. Alors qu’il approche de l’âge d’homme et que s’éveillent en lui des désirs de plus en plus vifs, Imriel en vient à partager leurs craintes et se trouve piégé au cœur d’une trame de meurtres et de manipulations où il devra faire face au plus grand des défis : découvrir sa véritable nature.

Mon avis : Subjuguée. Pantelante. Hypnotisée. Bouleversée. Envoûtée. Et je crois que je pourrais continuer ainsi durant des heures, si tant est que mon vocabulaire daigne suivre le rythme. Car, une fois encore, Jacqueline Carey a frappé très, très fort : à un point tel, d’ailleurs, que je n’ai pas pu m’empêcher d’enchainer les 1000 pages du premier tome sur les 900 du second, tant sa plume, son univers, ses personnages et leurs intrigues m’ont charmée. C’est. Un. Gros. COUP DE CŒUR !
Vous souvenez-vous de Phèdre, Joscelin, Ysandre, Melisande, Drustan, Hyacinthe… Et tous les autres ? Si l’anguissette de Delaunay et ses compagnons sont toujours bien présents dans cette trilogie (qui prend très logiquement la suite de Kushiel), c’est au tour d’Imriel, le fils adoptif de nos deux héros, d’occuper la place de narrateur. Profondément marqué par les épreuves absolument dévastatrices auxquelles il fut confronté durant son enfance (rien que de repenser au troisième tome de Kushiel, j’en ai des frissons… Tant l’auteur avait repoussé les limites de l’insoutenable), il tente de reprendre, peu à peu, goût à la vie. Nous le découvrons alors âgé de quatorze ans, menant une existence paisible… Une tranquillité qu’un messager va faire venir voler en éclats : sa mère, traitresse notoire et farouche ennemie (et bien plus ! Bien plus…) de ses parents adoptifs, s’est échappée du temple dans lequel elle était confinée. Méfiance, complots et trahisons seront donc au menu du premier tome, notre héros tentant par dessus tout de prouver aux autres -ainsi qu’à lui-même- qu’il n’a rien en commun avec sa génitrice, ni-même avec le clan Kushelien…
Si le premier tome est un concentré d’action, où l’on rencontre un garçon torturé, prêt à tout sacrifier pour faire oublier son ascendance douteuse, j’ai trouvé le deuxième bien plus intime : Imriel a grandi, façonné par son entrée à la Cour et ses aventures à Tiberium (rassurez-vous, le spoil est parfaitement minime). Décidé à assumer la charge que lui impose son statut de prince de sang, c’est en Alba -puis en Skaldie, mais chut !- que le conduiront ses pas, sur un chemin semé d’embûches et de drames… Et ce, malgré ce que lui dicte son cœur.
J’ai pleuré. J’ai pleuré, oui, mais j’ai aussi ri, soupiré, frémi. Je me suis indigné, j’ai ragé, tapé du pied et du poing. J’ai serré mon livre contre mon cœur, ai tenté de le jeter à travers la fenêtre. J’en ai lu des passages à Malo (pas tous, on parle QUAND MÊME de Jacqueline Carey), et j’en ai gardé (beaucoup) pour moi. Je me suis régalée durant deux semaines, plongée corps et âme dans cet univers si particulier, aux côtés de ces personnages plus vrais que nature. Et j’ai, encore une fois, béni le jour où je suis passée outre mes aprioris pour voyager en Terre d’Ange, me laissant séduire par ce récit à la fois délicieusement subversif, profondément humain et, par dessus tout, simplement magistral. Fiou ❤️
DONC ! Ces deux tomes. Si je vous résume ça en vous disant qu’il s’agit de 1900 pages de pur bonheur, cela vous suffira-t-il ? Non ? Bien, développons donc : une fois encore, Jacqueline Carey s’est choisi un héros avec un potentiel simplement énorme. Imriel a un tel passif, de tels traumatismes… Je m’étais très vite attachée à l’enfant sauvage qu’il était dans le dernier tome de Kushiel, et je me suis rapidement rendu compte que mes sentiments n’avaient pas changé : toujours aussi vifs, aussi puissants. Et ces deux volumes n’ont fait que renforcer cela : entre sa sensibilité à fleur de peau et son aura à la fois sombre et séduisante, je n’ai pas mis longtemps à craquer. Et pourtant… Si j’avais cru être sous le charme en ouvrant le premier tome, que pourrais-je dire, maintenant que j’ai refermé le deuxième ? Car, oui, Imriel gagne en profondeur tout au long du récit, en profondeur et en justesse. On le découvre perpétuellement sur la défensive, et pourtant décidé à faire le bien… Mais aussi en combat permanent contre sa nature profonde, tant celle-ci lui fait horreur. C’est dans ce sens qu’Imriel est, avant tout autre chose, un véritable récit initiatique : notre héros va grandir, s’affirmer, se réconcilier avec lui-même.  Je me suis sentie terriblement proche de ce jeune homme auquel la vie n’a décidément pas fait de cadeau, et semble devoir se battre à longueur de temps pour racheter des fautes qui ne sont pas de son fait.
Pour rendre hommage à la merveilleuse portraitiste qu’est Jacqueline Carey, je devrais également vous parler d’Eamonn, fils de Dame Grainne (les Dalriadas, vous vous souvenez ?). D’Alaïs et Sidonie, les filles d’Ysandre. De Mavros, et de Maslin. D’Urist, de Dorelei. D’Amarante Et de tous les autres personnages peuplant le récit, lui donnant du corps et lui permettant de prendre vie sous nos yeux. Sans parler, évidemment, de Phèdre, Joscelin… Et toutes les autres figures que nous connaissions déjà, et que l’on retrouve avec une tendresse non feinte. C’est ce qui fait, à mon sens, l’une des forces des écrits de Dame Carey : ses personnages sont toujours d’une puissance folle, tout à fait maitrisés et très bien rendus. Me suis-je fait la remarque, ne serait-ce qu’une fois ou pour un seul d’entre eux, qu’il manquait de crédibilité ? Jamais. Ils prenaient simplement vie sous mes yeux écarquillés, se nichant subrepticement au fin fond de mon cœur.
Côté intrigue, c’est… Un vrai régal. Jacqueline Carey tisse sa trame en virtuose, nous assurant une lecture sans fausse note ou baisse de tension : près de 2000 pages, oui… Mais 2000 pages à un rythme qui ne faiblit pas, mieux : qui gagne en intensité à chaque chapitre. 2000 pages durant lesquelles l’auteure nous fait tourner en bourrique, joue avec nos sentiments sans honte ni remord. Et attendez-vous à ce que cela soit pire encore dans le deuxième tome ! J’ai été sur les charbons ardents durant toute ma lecture, frémissant à l’idée de ce que l’auteure nous réservait. Pas une seconde, je ne me suis amusé à anticiper, imaginer, tenter de prévoir : happée comme je l’étais par ma lecture, je ne pouvais que lire… Et lire encore.
Je ne saurais donc que vous conseiller de vous plonger au plus vite dans cette nouvelle trilogie, que vous ayez lu ou non la précédente : Jacqueline Carey prend bien soin de baliser notre lecture en y intégrant une foule de rappels des évènements passés et, si certains faits vous paraitront peut-être un peu abscons, la majorité de l’intrigue ne vous posera aucun problème de compréhension. Côté atmosphère, et parce que cela a pu gêner certains lecteurs, je préciserai qu’Imriel est un peu moins porté sur la chose que Phèdre : les scènes érotiques (appelons un chat un chat, voulez-vous ?) sont bien moins nombreuses que dans Kushiel. Ceci dit, pour moi qui ne suis pas particulièrement amatrice (euphémisme, hello ?) de ce genre de textes, je n’ai pas été dérangée plus que cela par cet aspect somme toute incontournable du récit. Je dirais même plus que cela donne un petit goût d’interdit au récit, loin d’être désagréable 🙂
Ce début d’année reste, en comparaison des précédentes, relativement pauvre en coups de cœur… Et pourtant, avec ces deux tomes, Jacqueline Carey compense LARGEMENT d’autres lectures parfois décevantes. Si vous n’avez pas encore succombé à la tentation, mais que vous souhaitez découvrir une fantasy à la fois extrêmement riche, sublime et délicieusement transgressive… N’hésitez plus : je ne le croyais pas possible, mais Jacqueline Carey rehausse une nouvelle fois la barre avec ces deux premiers opus. Qu’en sera-t-il du troisième ?

En bref, dire que j’ai adoré serait bien, bien loin de la réalité : Jacqueline Carey m’a, de nouveau, transportée. Je ne pensais pas qu’il était possible de faire aussi bien qu’avec Kushiel, mais force est de constater… Qu’elle fait mieux : j’ai ri, pleuré, frémi, tremblé aux côtés de ce personnage oh combien atypique, que l’on se plairait à suivre durant mille pages de plus. Où est la suite ?!

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Coup de cœur !

Pour marque-pages : Permaliens.

10 Commentaires

  1. Ahhhhhhh bon moi qui ai mis le premier tome de Kushiel dans ma PAL pour les lectures obligatoires de 2016 tu me donne une furieuse envie de le dévorer, là, tout de suite, MAINTENANT !!! Merci ma belle pour cette sublime chronique =)

  2. Il y a bien longtemps que j’ai l’y les 2 premières trilogies Kushiel et Imriel, comme toi j’ai adoré
    Il y en a une troisième d’ailleurs, je ne sais pas si elle sera traduite un jour ….

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  4. Voilà, tu dis exactement tout ce que j’ai ressenti. Pourtant j’avais lu le tome 1 en 2010 !
    En revanche, je n’ai pas encore lu la trilogie Kushiel, mais j’espère bien qu’un jour…

  5. Tu me donnes très envie de m’attaquer à Imriel très vite!! 😮

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  7. Aurélie Sinoir

    Cette série (en commençant par Kushiel) me fait de l’oeil depuis un certain temps…
    Et je ne sais pas pourquoi je n’ai pas osé me lancer…
    Peut être la peur d’être la seule à ne pas aimer. Mais comme à ton habitude tu joues la vile tentatrice! je dois absolument cesser de résister!

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