Insomnies #2 : L’année des premières fois.

Insomnies2

L’hiver vient.

Et avec lui, la fin de l’année. La fin d’une année difficile, éprouvante. Une année durant laquelle on aura dû se serrer les coudes pour avancer contre le vent, pour tenir bon malgré les rafales qui nous cinglaient le visage. Une année qui restera gravée pour toujours dans nos mémoires, pour quelques excellentes raisons, et trop de mauvaises.

Cette année, nous nous sommes mariés.

Une journée formidable, épique, qui a posé notre couple sur un nuage de sérénité. Quoi de plus beau, que de dire « Oui » à la personne que notre cœur a choisi ? Aujourd’hui encore, en repensant à notre entrée dans la mairie, un frisson de bonheur me parcoure le dos. Aujourd’hui encore, on se plait à entrecroiser nos doigts, regardant luire dans la nuit deux petits anneaux d’or. On se regarde amoureusement, on s’embrasse, et on se dit que cela valait vraiment la peine d’en baver pendant plus d’un an, pour en arriver là. 2014, c’est ça : après huit ans d’amour, on s’est dit OUI. Oui, mille fois oui, un serment que l’on renouvelle tous les jours.

Mais 2014, c’est aussi la plus grande farce que la vie m’ait faite jusqu’à présent.

Deux semaines avant le grand jour, mon grand-père s’est cassé le col du fémur. Mon grand-père dont le cœur n’était déjà pas bien vaillant. Mon seul et unique grand-père, celui qui m’a toujours un peu intimidée, cette figure si fière et si digne qui peuple mes souvenirs d’enfant. Celui que j’ai toujours admiré, que je plaçais en héros dans mes rédactions de collégienne.
Il a tenu bon.
Il a tenu bon, et nous sommes allés le voir le matin même du mariage, Jo en costume, moi en robe blanche. Et même si je tremblais de tous mes membres, à l’idée de traverser cet hôpital bondé accoutrée ainsi, à l’idée de voir mon papi si faible, je n’ai jamais été aussi fière. Fière d’être sa petite fille, fière de lui dire qu’on ne l’oubliait pas, fière de partager avec lui ce si grand jour. Fière de dire aux infirmières ébahies que nous allions voir Monsieur B., et tenter de lui mettre un peu de baume au cœur.
Nous ne sommes pas restés longtemps. Et c’est la dernière fois que je l’ai vu.
Vous le savez, 2014, ce fut également plein de petits problèmes persos ou professionnels qui ont descendu mon moral en flèche. Et bien, je vous le dis : ces problèmes, je les aurais volontiers multipliés par 2, par 10, par 100, pour avoir encore mon grand-père à mes côtés. Pour qu’il n’ait jamais eu l’idée saugrenue de monter sur un escabeau, pour qu’il ne soit jamais tombé, pour que son cœur ait été un peu plus fort.

Pourquoi en parler maintenant ? Pourquoi plusieurs mois plus tard, pourquoi ne pas attendre le 31 décembre ? Parce que j’y pense. Tous les jours. En passant devant l’hôpital pour aller faire mes courses, en voyant ma petite mamie solitaire, en me remémorant son rire, ses gestes. En entendant mon frère jouer de la guitare, quand lui aimait tant son accordéon. Et la nuit, aussi. La nuit, quand le sommeil se plait à me fuir, que mon cœur se serre. Quand je me dis que je donnerais tout, tout pour pouvoir sentir une seule fois encore sa main contre ma joue. Même si c’est puéril, même si je sais qu’on doit tous mourir un jour.

Cette année, nous nous sommes mariés. Cette année, j’ai enterré une partie de mon innocence, et toute cette bêtise qui me faisait croire que la vie était éternelle. Cette année, j’ai dit adieu à l’un des plus grands hommes de ma vie, dont la flamme continue bel et bien à brûler au creux de mon ventre.

Cette année, je n’aurais eu qu’un seul regret : ne pas lui avoir dit plus tôt que je l’aimais.
Pour marque-pages : Permaliens.

22 Commentaires

  1. Oh ma douce, tellement, tellement émouvant ton article… Une année intense en émotions, qui laissera des traces indélébiles. J’espère que tu te relèveras de ces épreuves, que ton projet de librairie t’épanouira, et qu’avec le temps, tes peines s’adouciront… Plein de bisous et de câlins virtuels <3 <3

  2. Tu écris tellement bien Bouchon, tu m’as mis les larmes aux yeux avec cet article… il m’a fait repenser à ma grand-mère, qui est décédée en décembre dernier. Elle avait la maladie d’Alzheimer et elle ne se souvenait plus de moi ni de personne… Bref, je sais pas pourquoi je raconte ça, enfin si, parce qu’on toutes les deux perdu l’un de nos grands-parents à quelques mois d’intervalle et donc je sais ce que tu ressens et j’espère que tu fais comme moi et que tu gardes tous les bons souvenirs que tu as de ton grand-père en tête 🙂 Et encore félicitations pour ton mariage <3

    • Ma bichette, évidemment, je suis de tout coeur avec toi… Ces épreuves sont tellement éprouvantes 🙁 Mais oui, je garde précieusement ces bons souvenirs, et les chéris plus que tout <3 <3

  3. Très bel article, très bel hommage !
    C’est magique de l’avoir vu la dernière fois ce même jour où tu as célébré l’amour pour l’homme de ta vie !

  4. tu m’as faite pleurer pti bouchon
    des bisous ma belle
    Nessa

  5. Bel hommage à ton grand-père… Oui on doit tous mourir un jour mais quand ça te touche de près, quelle épreuve… Bisous petite Bouchon.

  6. Oh mon petit Bouchon, je ne peux que te comprendre <3 Il n'y a rien de plus à dire, c'est une souffrance à laquelle on ne peut que compatir… et si elle sera plus facile à vivre avec le temps, elle ne disparaitra jamais complétement. Mais ça permet de ne pas les oublier 🙂
    Énormes bisous <3

    • Heureusement, qu’elle ne disparait pas… Mais tu sais, j’ai l’impression que c’est un peu comme une mer déchainée : parfois on est dans le creux de la vague, ce n’est qu’un murmure insistant. Et d’autre fois, tout se déchaine, et tu ne sais pas trop à quoi te raccrocher pour que ça aille mieux :/

  7. Oh, tu peux pas savoir comment ce que tu dis de ton grand-père me touche ! J’ai peur de ressentir ça pour mon grand-père, bientôt qui sait… C’est également l’unique que j’ai.
    Tout mon soutien, ma belle.

  8. Bouchon, je suis tellement triste en lisant cet article.
    D’un côté je suis heureuse pour toi, pour ton mariage, pour le bonheur qu’il vous a apporte.
    D’un autre je suis triste que tu ai perdu ton grand père que tu aimais tant…
    Je ne sais pas quoi te dire, en lisant ton article j’en ai réellement eu les larmes aux yeux. Je t’envoie plein d’amour et de bisous <3

  9. Je suis toute émotionnée de lire ce billet (j’ai versé ma larme, je n’ai pas pu me retenir). Je suis à la fois super contente pour ton mariage, mais aussi triste que tu ais perdu ton grand-père. Je suis passée par là il y a quelques années, et j’aimerais te dire que ça fera moins mal avec le temps, mais personnellement, ça me fait toujours aussi mal au cœur quand j’y pense. Courage Bouch <3

  10. Et donc…. maaa tu vas me faire chialer! 🙂 (je fais un sourire, mais de compassion, parce qu’un sourire c’est toujours plus joli et ça fait toujours plus de bien quand on a le coeur en bouillie).

    C’est triste et « beau » à la fois… Tu as bien fait d’aller le voir avec ta belle robe. Il devait être fier de toi! Je suis sûre que ça lui a permis de faire son dernier voyage le coeur léger et heureux.
    C’est toujours très dur de perdre son ancêtre, son pépé, son papy… cet être qui nous apparaissait toujours si grand et si fort quand on était toute petite.
    J’ai un peu vécu la même chose que toi quand mon « premier » grand-père est parti. J’avais 13 ans et demi et je m’envolais le lendemain pour les Etats-Unis avec mon père pour 10 jours. On lui avait détecté un cancer un an avant (même pas je parie, saleté!). C’était vraiment pas le top. Donc la veille du départ, j’ai été lui dire au revoir. Il était dans son lit, je pense qu’il « délirait » un peu à cause de la morphine, mais il nous reconnaissait quand même toujours (il n’était plus à l’hosto). Je le vois encore me tendre la main toussa.
    On est arrivé le samedi. Le dimanche matin, mon père a appelé la maison pour prendre des nouvelles (c’était le papa de ma maman). Et là, j’ai bien vite compris qu’il y avait un truc qui n’allait pas…
    Voilà c’était ma dernière fois aussi…
    Mon père m’a demandé si je voulais rentré. J’ai dit non. Et donc on n’était pas là pour les funérailles. J’étais encore petite je pense à l’époque, et cet éloignement a été un peu comme une carapace pour se protéger de la tristesse.
    Aujourd’hui encore je pense souvent à lui, à tout ce qu’il m’a appris, comme le goût du bricolage et des clous 🙂 (puis on était tous les jours chez eux aussi).
    Aujourd’hui, sur les 4 grands-parents, il ne me reste plus que Mémé, la femme de ce « premier parti » et je crains évidemment le jour où elle va prendre la poudre d’escampette.

    La vie c’est quand même une charogne parfois… même si on sait que ça va arriver… c’est toujours très dur à encaisser…

    Bref, je t’envoie un gros hug pour t’aider à passer ce cap…
    (Echange de sentiment partagé… en général je suis très taiseuse… mais ton histoire m’a touchée).

    • Merci, merci pour ce beau message Valeriane. Un prêté pour un rendu ? Tu m’as toi aussi mis les larmes aux yeux. C’est tellement, tellement dur de perdre un proche, peu importe l’âge que tu as… Et comme tu dis, c’est peut-être encore pire quand il s’agit de cette figure si forte, présente depuis toujours et en apparence invincible… La vie est une charogne, oui. J’espère vivement que ta Mémé restera à tes côtés pour de longues années encore… <3 <3

  11. Je pense que le plus beau cadeau que tu puisses lui faire, c’est de toujours penser à lui, il reste dans ton quotidien, et même si c’est dur de grandir, on se sent peut-être plus fort et on tente de vivre tout ces petites moments du quotidien avec le plus de vie possible.

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