Gagner la guerre, Jean-Philippe Jaworski

Gagner la Guerre Jean-Philippe Jaworski

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L’histoire :  » Gagner une guerre, c’est bien joli, mais quand il faut partager le butin entre les vainqueurs, et quand ces triomphateurs sont des nobles pourris d’orgueil et d’ambition, le coup de grâce infligé à l’ennemi n’est qu’un amuse-gueule. C’est la curée qui commence. On en vient à regretter les bonnes vieilles batailles rangées et les tueries codifiées selon l’art militaire. Désormais, pour rafler le pactole, c’est au sein de la famille qu’on sort les couteaux. Et il se trouve que les couteaux, justement, c’est plutôt mon rayon… « .

Mon avis : Si je ne devais retenir qu’un seul roman pour ces vacances d’été, ce serait lui. Oui, vous avez bien lu. Lui, et nul autre. Lui, qui m’a passionnée pendant une semaine. Lui, pour qui j’ai délaissé mon mari tout beau tout neuf, en allant me réfugier sous un plaid en compagnie de Benvenuto. Lui, qui m’a fait découvrir la Fantasy sous un angle nouveau. Lui qui, enfin, m’a fait tomber un peu plus amoureuse de la langue française.
Que je vous explique : j’ai rencontré Jean-Philippe Jaworski à l’occasion des Imaginales de mai dernier. Nous avions assisté à une conférence dans laquelle il intervenait et, en sortant, j’ai sauté au cou de Jo en lui hurlant dans les oreilles « Je veux son livre, je veuuuuuuuuuux son livre ! » Livre que je n’ai pas acheté (Même pas mort, ndlr), parce qu’il était un peu au dessus de mes moyens. Mais, quand j’ai posé les yeux sur Gagner la guerre (et Janua Vera, en passant)… Impossible de résister : l’intrigue m’avait l’air retorse à souhait, et le personnage principal… Tout comme je les aime. Me voyant prise entre les feux de la passion et de la raison, Chéri a tranché pour moi en sortant sa carte bleue. Ouiiiii ! Malgré les mises en garde de l’auteur (auxquelles j’ai répondu que les héros méprisables, moi, j’adorais ça), je me suis lancée à l’assaut de ce pavé. QUE J’AI BIEN FAIT !
Gagner la guerre, c’est l’histoire d’une république, Ciudalia. C’est l’histoire de l’homme se trouvant à sa tête, le Podestat Leonide Ducatore. Mais c’est aussi, et surtout, l’histoire de Benvenuto Gesufale, assassin et homme de main du Podestat. Un homme sans foi ni loi, un brigand, un malfrat, un fieffé coquin. Un homme détestable, que l’on se plait à adorer. Un homme balloté en tout sens par le torrent politique, plongeant ses poignards dans la fange la plus immonde pour ne pas se laisser emporter. Nous apprenions dans Janua Vera comment Gesufale et Ducatore en étaient venu à collaborer. Gagner la guerre reprend là où l’on s’était arrêté, ou presque : Benvenuto est plongé jusqu’aux coudes dans une affaire puant la vieille charogne. Et pour le compte de qui, s’il vous plait ? Sa Seigneurie le Podestat, évidemment. Complots et sur-complots, trahisons, batailles rangées et empoignades furtives, vengeances… Gagner la guerre est avant tout l’histoire d’une politique pourrie jusqu’à l’os, et de tous ces vautours qui lui tournent autour, espérant être les premiers à y fourrer leur bec.
Alors quoi, qui, quand, où ? A tous les amateurs du Trône de fer, de Kushiel, ou encore de L’assassin royal : qu’attendez-vous pour vous procurer ce bijou ? Cette véritable perle de Dark Fantasy, ce joyau qui n’a rien à envier à ses compères anglophones (cocorico !) ? Nan mais, parce que là… Vous avez à portée de main une intrigue absolument génialissime. Intense, exigeante, complexe, mais génialissime. Se plonger dans Gagner la guerre, c’est accepter d’être coupé du monde pendant une heure, ou deux, ou trois. Ou plus si, comme moi, vous n’arrivez pas à le poser. Jean-Philippe Jaworski va au fond des choses, ne lésine pas sur les détails. Et, loin de rendre le récit pesant, il n’en captive que davantage son lecteur. Rares sont les auteurs à pouvoir maitriser ainsi une intrigue si complexe, se parant de tant de tours et de détours que le lecteur fini par en avoir le tournis, et J-P. Jaworski en fait indéniablement partie : j’ai rarement lu un ouvrage aussi bien construit, aussi parfaitement maitrisé. Un véritable exercice de haute voltige.
Et cela, c’est sans parler de la forme. Si le fond est excellent (euphémisme !), la forme relève du génie : l’auteur s’est totalement glissé dans la peau de son personnage, et en a parfaitement intégré le langage. Alors, je sais que cela pourrait en déranger certains. Mais si vous aimez les vocabulaires riches, imagés, aussi enivrants qu’une chope de bière bue dans un tripot mal famé, vous allez vous y retrouver, et plutôt deux fois qu’une. Rien que pour le truculent des dialogues, la beauté des descriptions et le côté délicieusement décalé de l’ensemble… Ca vaut le coup. Même si ce serait bien dommage de s’arrêter à cela ^_^
Alors… L’intrigue, la plume… Ah, OUI ! Il faut que je vous parle de Benvenuto. BENVENUTO. Benvenuto, qui n’est pas près de me sortir de la tête. Ai-je déjà rencontré un personnage tel que lui ? Aussi détestable, retors, opportuniste, menteur, bagarreur, violent ? Aucun doute : non, non, non. Et même s’il est pourri jusqu’à la moelle (encore que…), je n’ai pas pu m’empêcher de l’apprécier. De l’aimer. De frémir quand il se trouvait dans de sales draps, de rire quand il affichait son sourire canaille, fier de lui à outrance. Bon, j’avoue : il y a un moment en particulier qui m’a gênée, où j’ai compris que c’était VRAIMENT un anti-héros. Les vingt, trente pages qui ont suivi, ont été assez difficiles. Jusqu’à ce que je me fasse à l’idée ^_^ Que vous tombiez sous son charme (ou, plus précisément : sous le charme de ce personnage totalement subversif, unique en son genre et irrémédiablement incapable de vous laisser de marbre) ou non, il vous FAUT le rencontrer. Question de richesse personnelle. Mais, soyez prévenus : ce n’est en aucun cas un personnage doudou. Une mauvaise graine, voilà comment il se revendique. Et on n’est pas loin de la vérité.
Bon, je pourrais aussi vous parler des autres personnages. De Leonide Ducatore, notamment, qui a lui aussi sa part de vilenies. De sa fille, Donna Clarissima, que j’ai parfois plainte, et d’autres pas. De Sassanos, qui m’a fait frémir… Et non de plaisir. Et de tous les autres qui peuplent ce roman, tous parfaitement croqués. Mais non, je ne vais pas le faire : si je n’ai pas réussi jusqu’ici à vous donner envie de lire ce récit, rien de ce que je pourrai vous dire ensuite n’y arrivera. Et, dans le cas contraire… La rencontre n’en sera que plus forte, s’il reste une part de mystère 😀 Voilà donc, mon coup de cœur de l’été livré à votre jugement. A vous de jouer !

En bref, une découverte explosive, et un coup de cœur que je n’aurais pas pu prévoir : Gagner la guerre est un véritable chef d’œuvre, et J-P. Jaworksi un virtuose.

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Coup de coeur !

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12 Commentaires

  1. Ca c’est de la chronique mon Bouchon ! Du coup tu me donne très envie, mais alors là, trèèèès envie 😀 !!

  2. Je ne connaissais pas du tout mais je note bien volontiers 🙂

  3. Ça c’est ce qu’on appelle un coup de coeur !! Tu décris très bien ce qui est génial dans ce livre, et avec un tel enthousiasme que ça donne envie de se replonger dedans 🙂 Mais non, j’ai Même pas mort qui m’attends^^

  4. Voilà un auteur qu’il faudrait absolument que je lise… Mais tu connais la raison : so many books, so little time.

  5. Ah je le note direct dans ma wish-list 🙂 Ton enthousiasme est courageux

  6. Whoua une intrigue complète, une écriture travaillé c’est tout ce que j’aime, il me tente celui-là =)

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