Quatre murs, Kéthévane Davrichewy

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L’histoire : La maison familiale est trop vaste pour une femme seule. En ce jour de déménagement, les quatre enfants, devenus adultes, s’y retrouvent pour la dernière fois. Leur père est mort. Dans les pièces vides qui résonnent, les propos en apparence anodins se chargent de sous-entendus. Ces quatre-là se connaissent trop pour donner le change, d’autant que leur mère, profitant qu’ils soient pour une fois ensemble sans enfants ni conjoints, soulève la question de l’héritage.
Deux ans plus tard, rien n’est résolu : les frères et sœurs ne se parlent plus guère, et surtout pas de leur passé. Sur l’insistance de leur mère, ils ont pourtant accepté de se retrouver en Grèce, le pays de leur origine, dans la maison où l’aîné vient de s’installer. Ce voyage est, pour chacun d’eux, l’occasion de revenir sur l’ambivalence de leurs relations. Comment en sont-ils arrivés là, eux qui étaient tout les uns pour les autres ?

Mon avis : après quatre jours à attendre que l’inspiration vienne, il faut que je me résigne : cette chronique va être dure à écrire.  Dure, parce que mes sentiments vis-à-vis de cette lecture sont très… Très… (et voilà, à peine deux lignes et les soucis commencent déjà) Flous. Voilà, mes sentiments sont flous. Quatre murs m’a plongée dans une sorte de brouillard opaque, m’interdisant d’avoir un avis clair et tranché à son propos. Ai-je aimé ? Oui, je crois. M’attendais-je à cela ? Non, pas du tout.  Ai-je été déçue ? …Mhh, question difficile. J‘ai à la fois été fascinée par ce récit, et frustrée par cette fin qui arrive bien trop tôt. Bon, je vous explique :
Kéthévane Davrichewy plonge son lecteur dans les méandres des relations fraternelles. Au menu, quatre personnages, plus un : deux frères, deux sœurs, leur mère. Leur mère qui ne supporte pas la délitescence de la famille, depuis que le père est mort. Pourtant extrêmement liés durant leur enfance, les quatre frères et sœurs ont accumulé au fil des ans rancœurs, jalousies, non-dits. Se sont éloignés les uns des autres. Jusqu’à, pour certains, ne plus se voir en peinture. Dès le début, on s’interroge : qu’a-t-il pu se produire pour que l’amour qu’ils se portaient mutuellement parte à vau-l’eau ?
Et on va comprendre, petit à petit : alors qu’ils sont censés se retrouver pour quelques jours de vacances en Grèce (sur les instances de la mère), toutes les angoisses, tous les griefs ressurgissent, ressassés par chacun. Et ce sont ces réflexions que nous suivons, chaque protagoniste devenant le narrateur du chapitre qui lui est consacré.
Contrairement à ce que je pensais, il n’y a donc pas de confrontation à proprement parler : les quatre personnages ne se retrouvent réunis qu’à la toute fin de l’ouvrage. Si je me permets de vous le dire, c’est parce que c’est cette incompréhension, ce quiproquo qui a engendré ma frustration : je pensais sincèrement que le récit ne se contenterait pas d’être essentiellement passif, mais que Kéthévane Davrichewy nous donnerait à voir les comportements, les réactions des personnages une fois en présence les uns des autres. Dans les faits, cela ne m’a pas dérangée. Mais quand j’ai terminé ma lecture, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire « Et quoi ? Où est la suite ? ». Ce n’est qu’un détail, mais d’importance, tout de même. Finalement, en y repensant, je me dis que cette suite aurait été malvenue. Tout le chemin que les personnages avait à faire a été accompli durant ce voyage, aussi physique qu’intrinsèque. En rajouter n’aurait été que très superflu, mais il m’a fallu un moment le comprendre.
Mis à part cela, j’ai passé un moment très… Intéressant. S’il est très court, Quatre Murs n’en est pas moins captivant. Pas captivant dans le sens où je voulais absolument savoir ce qu’il allait se passer.  Captivant dans le sens où… Il m’a aimanté, dirais-je. Kéthévane Davrichewy a vraiment un don pour poser les choses, rendre les sentiments de ses personnages tangibles, palpables. Ses phrases sont courtes, implacables, efficaces comme il faut, directes. Un style qui m’a fortement ébranlée, qu’on se le dise. J’ai été plongée au cœur de cette fratrie, spectatrice impromptue de leur déchirement, mais aussi d’un amour bel et bien là, sous-jacent mais inaltérable.
J’ai bien conscience de la bizarrerie de cette chronique, qui ne vous aidera certainement pas à décider si, oui ou non, vous devez lire ce roman. Peut-être que Livresse arrivera là où j’ai échoué ? Même après avoir mis mes idées au clair, je me sens toujours… En porte-à-faux… Vis-à-vis de ce titre. Fait-il partie de ceux qui nous marquent à vie, que l’on garde en mémoire à jamais ? Ou de ceux que l’on oublie, quelques semaines seulement après leur lecture ? L’avenir nous le dira…

En bref, une lecture très particulière, qui m’a beaucoup fait réfléchir. Et qui continue, d’ailleurs !

Un bon moment

Lu dans le cadre d’une lecture commune ♥

Livresse des Mots

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7 Commentaires

  1. J’ai découvert les Éditions Sabine Wespieser grâce au dernier roman de Duong Thu Huong, je suis curieuse maintenant de découvrir d’autres titres de leur catalogue 🙂 !

    • Bouchon des bois

      Et moi donc ! Si les autres titres sont à l’égard de celui-ci, leur catalogue doit être d’une qualité rare !

  2. C’est vrai que la fin est un peu… sèche quand même. Petite frustration de mon côté aussi, mais en même temps, ça laisse libre court à l’imagination. Je préfère croire qu’ils ont réussi à parler et à se réunir… Mais à mon avis, ça risque plutôt d’être un magnifique carnage xD Voilà, on ne saura jamais !

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  5. Oh oui un récit spéciale, l’idée de base est bonne mais je ne suis pas sure que j’accrocherais sans confrontations, juste avec le récit de ce que l’un à contre l’autre.

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