Les liens du mariage, J. Courtney Sullivan

Les liens du mariageTraduit de l’anglais (américain) par Anne-Laure Paulmont et Frédéric H. Collay

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L’histoire : De 1947 à 2013, cinq destins, cinq couples s’entrecroisent sans savoir ce qui les lie.
De Frances pionnière de la publicité dans les années 1940 qui sacrifiera sa vie amoureuse à sa carrière, à Kate, jeune femme des années 2000 qui a arrêté de travailler pour s’occuper de sa fille tout en fuyant le mariage, J. Courtney Sullivan retrace les évolutions du couple depuis plus de soixante ans et brosse de magnifiques portraits de femmes.
Un roman juste, réaliste et touchant, par l’auteur de Les Débutantes et de Maine.

Mon avis : Une fois encore, je ne peux que remercier l’équipe de Rue Fromentin pour la belle découverte qu’ils m’ont permis de faire. A chaque fois que je reçois un de leurs ouvrages, je peux être certaine qu’il ne me laissera pas indemne. A fortiori quand il s’agit d’un roman écrit par J. Courtney Sullivan, que j’ai découverte avec Maine. Quand j’ai reçu un mail m’annonçant la parution du roman, je n’ai donc pas pu résister : d’une, j’adore la plume de l’auteure et, de deux, je ne pouvais pas passer à côté d’un titre pareil. Je n’avais pas le choix, on est d’accord 🙂
L’intrigue prend place au sein de cinq époques différentes. Cinq époques, donc cinq narrateurs : Frances, début des années 50, Evelyn, début des années 70, James (le seul homme de l’affaire !), fin des années 80, Delphine, début des années 2000, et enfin Kate, 2012. Hormis Frances, tous sont en couple. Et tous vivent une relation différente avec leur compagnon. En apparence, rien ne les relie les uns aux autres : ils ne sont pas parents, ne se rencontreront sans doute jamais. Et pourtant, une chose les rassemble : les liens du mariage…
Comment vous décrire l’effet que m’a fait cette lecture ? J’ai été à la fois charmée de retrouver la plume douce et subtile de J. Courtney Sullivan, happée par le mystère que l’on sent affleurer sous tous les mots, et profondément intriguée par les personnages qu’elle avait décidé de mettre à l’honneur. Leur vision du couple, leur histoire… Tout cela confronté à mes propres illusions, espoirs, désirs… Bref, j’ai passé un sacré bon moment. Un sacré bon moment, bien différent de ce que je peux lire habituellement : Les liens du mariage ne fait pas partie de ces ouvrages que l’on dévore, pressés d’arriver au dénouement. Non, tout comme Maine, il se savoure. Le développement existe pour lui-même, n’est pas uniquement là pour mettre en valeur le point final. Bien sûr, on meurt d’envie de connaitre le lien unissant ces cinq destins. Mais le découvrir signifie avant tout quitter ces personnages si… atypiques, dans leur normalité. Et ça… Je peux vous dire que je n’étais pas pressée. Ils sont si bien croqués, si réalistes, et surtout si attachants… J’ai pris énormément de plaisir à me plonger dans leur quotidien, à passer ne serait-ce qu’un instant à leurs côtés.
Tout commence avec Frances. A une époque où la place des femmes se situe entre la cuisine et la chambre des enfants, Frances a décidé de prendre un tout autre chemin : c’est dans la publicité qu’elle a choisi de faire carrière, au sein d’une des plus grandes références en la matière : Ayer. Ironie du sort ? Elle qui défit toutes les conventions en demeurant célibataire se voit confier l’un des plus gros clients de la société : De Beers, célèbre joailler connu pour ses bagues de fiançailles. A elle de trouver le slogan qui poussera des milliers d’hommes à passer un diamant au doigt de leur promise, un slogan qui traversera les âges et fera la fierté de la maison… Avec Frances, J. Courtney Sullivan nous dresse le portrait d’une femme forte, émancipée, bien décidée à ne pas se laisser enfermer dans les carcans liés à son sexe. N’est-elle pas tombée sur la perle rare, ou refuse-t-elle purement et simplement de se laisser enfermer dans une relation inévitablement déséquilibrée ? Je ne sais pas bien. Mais son caractère fier, droit et bien trempé m’a singulièrement impressionnée, et peut-être même plus que cela : Frances a tout à fait la carrure pour intégrer les rangs de ces femmes que j’érige en modèle. J’ai aimé la retrouver au fil des chapitres, et j’ai surtout apprécié de voir, petit à petit, la manière dont elle fédérait les autres personnages : tout commence avec elle, et nous la retrouvons de-ci, de-là, en filigrane. Comment, pourquoi ? Il faudra attendre bien des pages pour le découvrir 🙂
Quant aux autres… Evelyn m’a énormément touchée. Nous la rencontrons lors d’une période cruciale de sa vie : son fils unique, séparé de sa femme sur un coup de tête, vient diner. Alors que les mentalités commencent à peine à s’habituer à l’idée du divorce, Evelyn est estomaquée : qu’a-t-elle raté dans l’éducation de son enfant pour qu’il se montre d’une telle cruauté aujourd’hui ? Je me suis énormément retrouvée en elle, partageant nombre de ses doutes et de ses peurs. Plus fragile que Frances, je l’ai également trouvée plus abordable, plus accessible.
James m’a beaucoup plu. Si j’avais peur de perdre en sensibilité lors de ses prises de parole, je me suis rapidement aperçue que ce n’était pas le cas : cet homme n’a pas eu une vie facile, c’est le moins que l’on puisse dire. De ses propos transparaissent à la fois lassitude et mélancolie, sans pour autant tomber dans la dépression pure et simple : on sent en lui l’envie de s’en sortir, une envie qui peine à s’extraire d’un quotidien écrasant et dur.
Delphine et Kate sont encore différentes des trois autres. La première se retrouve dans le rôle inconfortable de la femme trompée, la seconde est totalement contre l’idée du mariage. J’ai également pris beaucoup de plaisir à les suivre, bien que je me sois sentie moins « proche » (c’est assez surprenant, quand on y pense – et ce n’est d’ailleurs peut-être pas le bon terme) d’elles, plutôt que de Frances ou Evelyn.
Ce roman m’a totalement envoutée. Les sujets, la plume, la justesse des portraits, tout a fait écho en moi. Et c’est d’autant plus rageant, car je suis loin d’avoir transmis tout ce que je souhaitais à travers cette chronique ! Qu’à cela ne tienne, je n’ai plus qu’à espérer avoir réussi à susciter votre intérêt 🙂 Et surtout, n’oubliez pas ce nom : J. Courtney Sullivan. J’ai l’intuition que nous n’avons pas fini d’en entendre parler…

En bref, une lecture merveilleuse. Le ton est toujours juste, les personnages troublants de réalisme. J. Courtney Sullivan nous parle de l’Amour avec un grand A, mais aussi de la vie, de ses farces, de ses surprises, de ses pièges. Et on en redemande.

On en redemande

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5 Commentaires

  1. Tu donnes très envie de le lire, merci pour cette découverte <3.

  2. Alors avec Maine tu me donnais super envie, mais avec celui-ci je ne peux que craquer ! Le sujet des femmes et du mariage ou de la vie en couple, est un sujet que j’apprécie voir, et je pense que cela pourrait me convaincre =)

  3. Ping :Sunday’s books #9 - Les lectures de Bouch'

  4. Ah, je l’ai dévoré justement – et avec bonheur. C’est une fresque splendide des dernières décennies, et aussi une belle réflexion sur le mariage en général. Avec, en arrière-plan, le marketing qui commande tout…

    – Et c’est grâce à ce roman que je découvre votre blog! Je m’en vais l’explorer.

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