Frangine, Marion Brunet

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L’histoire : Il faut que je vous dise… J’aimerais annoncer que je suis le héros de cette histoire, mais ce serait faux. Je ne suis qu’un morceau du gâteau, même pas la cerise. Je suis un bout du tout, un quart de ma famille. Laquelle est mon nid, mon univers depuis l’enfance, et mes racines, même coupées. Tandis que ma frangine découvrait le monde le cruel le normal et la guerre, ma mère et ma mère, chacune pour soi mais ensemble, vivaient de leur côté des heures délicates.
C’est à moi qu’il revient de conter nos quatre chemins. Comment comprendre, sinon ?

Mon avis : Frangine fait partie de ces romans entrés en peu par hasard dans ma PAL : un petit tour au salon de Montreuil, un éditeur enthousiaste, et hop : le voilà dans votre bibliothèque sans que vous vous en soyez rendu compte. Et dire que je ne le sors que maintenant ! Encore que, si Sae ne me l’avait pas proposé pour l’édition d’avril du « Pick me a book », il y serait sans doute resté quelques mois de plus. Grave erreur !  Ce roman est une petite pépite. Une petite pépite que j’ai lu en quelques heures à peine, et qui m’a fait énormément réfléchir. Pas que moi, d’ailleurs, puisqu’il a occasionné un (voire deux) débat dans mon entourage.
C’est à travers les mots de Joachim que nous rencontrons sa joyeuse famille : lui, dix-sept ans, sa sœur Pauline, quinze ans, et leurs deux mamans, Maline et Julie. Les moqueries sur sa famille, Joachim connait. Mais c’est un garçon, et quelques regards bien noirs ont suffit à calmer les plus pénibles. Pour Pauline, c’est différent : alors qu’elle rentre en seconde, elle se heurte de plein fouet à l’intolérance et la bêtise de ses camarades. Comment surmonter autant de haine, quand on a quinze ans ? Que faire, quand tout le monde fait corps contre soi ? Et quel rôle adopter, quand on est le grand frère ?
Marion Brunet nous offre là un récit touchant, à la fois drôle et dramatique, mais avant tout porteur d’un grand message : la tolérance s’apprend à tout âge. Profondément d’actualité, Frangine ne dépareille pas dans le catalogue des éditions Sarbacane : il appuie là où ça fait mal, mettant le doigt sur l’un des plus grands tabous de notre époque : l’homoparentalité et, à travers elle, l’homosexualité. Sans jamais tomber dans le mélo ou la dénonciation de bas étage, Marion Brunet adopte tour à tour un ton léger, mélancolique, acide, doux, mais toujours juste pour nous présenter le quotidien de cette famille pas comme les autres. Frangine se lit vite, et surtout bien : coup de cœur pour ce petit roman qui mériterait bien d’être lu par le plus grand nombre.
Dès les premières pages, je me suis prise d’affection pour Joachim, Pauline, Maline et Julie. Bien que le récit soit relativement court, le portrait de ces quatre personnages se dessine avec une facilité déconcertante : quelques bribes de vie, et hop, l’élan empathique se forme. Et prend d’autant plus corps quand on comprend à quelle misère Pauline doit faire face : l’imbécilité des gens n’aura donc de cesse de faire des ravages, même parmi les plus jeunes (non pas que je l’ignorais, remarquez. Mais j’ai tendance à préférer voir le bon côté des gens). On suit avec attention son évolution, tout en savourant les souvenirs dont Joachim nous fait part. Loin de se concentrer sur Pauline, Frangine nous offre une incursion dans le quotidien de cette famille  finalement on ne peut plus normale, qui aspire avant tout à la tranquillité. Une famille liée par un amour sincère.
C’est ça, qui m’a marquée : l’amour qu’ils se portent les uns les autres est flagrant. Et à partir de là… Au nom de quoi est-il condamnable ? Au nom de quoi veut-on les en priver ? Le débat dont je vous parlais plus haut m’a mise face au grand-père de Jo. Je ne sais plus exactement comment l’affaire est venue sur le tapis, mais le fait est qu’il a tenu des propos horribles. Des propos que je n’aurais pu laisser passer, sous peine de me sentir d’une lâcheté incommensurable. Que ce soit une personne âgée ou que Jo ait passé le temps de la discussion à me mettre de coups de coude dans les côtes (légers, je vous rassure) ne m’ont pas arrêtée : laisser une telle ignorance crasse perdurer et se répandre m’est insupportable. En lisant Frangine, je me suis dit que si un jour mes propres enfants faisaient preuve d’une telle intolérance, c’est que j’aurais tout raté.
Rire, colère, tristesse, déception, je suis passée par tout un tas d’émotions durant cette lecture. La plume de l’auteure est légère, et s’adapte à merveille à la psychologie d’un garçon de 17 ans. Ce roman m’a donc énormément touchée, vous l’aurez compris, mais il m’aura surtout fait beaucoup réfléchir. A lire par tous et à n’importe quel âge, histoire de ramener certains esprits à la raison. L’inconnu fait peur, mais l’amour est universel. Et ça, on ne devrait jamais l’oublier.

En bref, une lecture à la fois bouleversante, touchante, révoltante et drôle, aussi. Si vous n’avez pas peur de sentir les larmes vous monter aux yeux, si vous cherchez un récit court mais d’une force inouïe, arrêtez-vous là : Frangine comblera tous vos vœux.

16046631Coup de cœur !

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11 Commentaires

  1. Mon dieu, mais qu’est-ce qu’il a l’air bien *_* déjà avec sa couverture et ensuite avec des avis comme les tiens ! Je vais le demander aux éditions sarbacane 😀

  2. Il est vrai que le thème du livre et on ne peut plus d’actualité, et de plus racontée par un point de vue d’un garçon de 17 ans, cela ne doit avoir que plus de poids.

  3. Je n’ai pas eu de coup de coeur pour ce livre, par contre, je l’ai clairement beaucoup aimé tout de même ! Un livre qui dénonce en douceur…
    Ravie que tu ais aimé ♥ 🙂

  4. Je n’ai lu que du bien de ce livre.
    Ta chronique est superbe ma belle <3

  5. C’est marrant, je ne m’attendais pas à ce que le narrateur soit un garçon (certainement à cause de la couverture où la fille est au centre). Ta chronique ne peut que me donner encore plus envie de le lire et tu as bien eu raison de dire ton avis, malgré les coups de coudes de Jo 😉

  6. Quel avis, quel emballement, me voilà intriguée !

    Je suis tout à fait d’accord avec toi quand tu dis « laisser une telle ignorance crasse perdurer et se répandre m’est insupportable » ! Amen!

    Et puis, en conversation, quand une personne déverse ce genre d’idées et qu’on laisse passer, histoire de ne pas faire virer la conversation au conflit, j’estime qu’on cautionne.. et c’est à cause de ce phénomène de silence pour ne pas gêner, que des idées xénophobe se propage. Ca me déprime :/

    Vais concrétiser mon achat et lire Frangine 🙂

  7. J’avais adoré Frangine!
    Je te souhaite une belle semaine 🙂

  8. J’avais déjà lu de jolis avis dessus. J’avoue que je ne me serai pas retournée sur ce livre mais à force, je vais devoir me le procurer 🙂 surtout si c’est un de tes coups de coeur !
    Ca a l’air d’être un très beau roman, plein d’émotions… Merci mon panda.

  9. Ping :La gueule du loup, Marion Brunet - Les lectures de Bouch'

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