Deux soeurs pour un roi, Philippa Gregory

Deux-Soeurs-pour-un-roiTraduit par Céline Véron Voetelink

L’histoire : « Je serai sombre, française, à la mode et difficile ; vous serez douce, ouverte, anglaise et belle. Quelle paire nous formerons ! Quel homme pourra nous résister ?  » Tels sont les premiers mots prononcés par Anne Boleyn à l’endroit de sa sœur Marie quand elle la rejoint, en 1522, à la cour d’Angleterre. Introduite au palais de Westminster, à l’âge de 14 ans, Marie Boleyn séduit le roi Henri VIII auquel elle donnera deux enfants. D’abord éblouie par le souverain, elle comprend qu’elle sert d’appât au milieu des complots dynastiques. Quand l’intérêt du roi pour elle s’émousse, Anne est chargée de le séduire à son tour. Désir, haine, ambitions, trahisons. Se déroulant sur quinze ans, cette fresque historique, racontée à la première personne par Marie Boleyn, dépeint les rivalités au sein de la dynastie des Tudor. Une histoire qui se terminera dans le sang.

Mon avis : Haaaa, je l’attendais ce moment ! Depuis que ce petit pavé est entré dans ma PAL, je n’ai eu de cesse de lorgner dessus. Alors, quand j’ai appris que Le Chat du Cheshire et Wolf’s Rain étaient intéressées par une LC, j’ai sauté sur l’occasion : l’excuse parfaite pour le sortir de ma PAL était toute trouvée 😀 Et bien, laissez-moi vous dire que… J’ai trouvé cette fresque historique tout bonnement passionnante : commencée mercredi, j’en avalais les 650 et quelques pages en trois jours seulement. C’est pour dire ! Pour une première avec Henri VIII et les Boleyn, c’est une grande réussite !
1522, Cour d’Angleterre. Marie Boleyn, jeune fille de bonne famille, vient de capturer l’intérêt du plus beau prince d’Europe : Henri VIII la veut pour maitresse, et l’aura. Marie, toute étourdie par le faste de l’environnement dans lequel elle évolue et le plaisir que lui procure cette cour acharnée, ne comprend pas immédiatement l’enjeu qu’elle représente pour sa famille : les Boleyn, bien loin de chercher à épargner la plus jeune de leurs filles, voient en elle la possibilité d’accélérer de manière fulgurante leur ascension sociale. Et si elle n’atteint pas son but, qu’à cela ne tienne : Anne, l’ainée, pourra tout aussi bien prendre sa place dans le cœur du souverain et, peut-être, réussir là où sa cadette échouera : détrôner la reine, autant dans le cœur d’Henri qu’à la tête du royaume…
Qu’on se le dise : j’ai maintes fois rêvé de vivre à une autre époque. Les chevaliers, l’amour courtois, tout ça tout ça… Et bien, après avoir lu Deux soeurs pour un roi, une chose est sure : je suis bien heureuse d’être née maintenant, au sein d’une époque et d’une société où les filles sont à peu près libres de faire ce qu’elles veulent de leur corps. Parce que si ce roman ne raconte pas l’histoire de deux sœurs sacrifiées sur l’autel de la réussite sociale, c’est que je n’ai rien compris. CLAIREMENT, les Boleyn ont CONSCIEMMENT PROSTITUÉ leurs deux filles, pour grappiller quelques titres honorifiques et les terres qui vont avec ! Je ne sais pas vous, mais moi… ça m’horrifie. Et, en même temps…: je n’ai pas pu quitter une seule seconde l’univers de cette fresque historique longue de quinze ans. Je me suis passionnée pour le destin de ces deux jeunes femmes oh combien différentes, mais toutes deux considérées comme de simples outils interchangeables à souhait, uniquement là pour servir la famille (oui oui, ça fait un peu mafieux. Et avec raison.). J’ai suivi avec attention leur évolution au sein de la cour anglaise, les manigances de l’une, les désillusions de l’autre, et le ballet absolument affolant des courtisans, toujours prêts à jurer allégeance au plus offrant.
Parlons un peu des deux sœurs, justement : Marie m’a de suite conquise. Dès le début, elle fait preuve d’une candeur assez impressionnante : on meurt d’envie de la protéger, de la sortir de ce monde de requins auquel, visiblement, elle ne s’intégrera jamais, faute d’avoir les compétences requises. Elle est trop… Vraie, pour cela. On la jette en pâture au Roi, sans aucun égard pour sa personne. Elle n’avait que treize ans, bon dieu ! Toute sa vie durant, elle n’aura fait que servir : la famille Boleyn, d’abord, en devenant la maitresse du roi. Anne, ensuite, quand celle-ci prendra sa place.
Anne… Je sais que je ne devrais pas mais… QUELLE GARCE. Anne est grandiose. Et surtout pétrie, bouffie d’orgueil. Pendant ces six cents pages, j’ai été incapable de l’apprécier. Mais j’ai eu pitié d’elle, terriblement pitié. C’est elle qui a le plus à perdre dans cette histoire, finalement : Marie reste simple, mais surtout fidèle à elle-même. Anne, elle, est prête à tout sacrifier (elle-même, mais surtout les autres), pourvu qu’elle puisse arriver à ses fins. Ses motivations m’ont paru obscures, tout simplement parce que je suis très loin d’avoir le même caractère qu’elle. En fait, je crois que je suis incapable de la comprendre. N’empêche… C’était une grande femme, incontestablement. Mais peut-être trop grande pour l’époque : l’espace de quelques temps, elle a oublié que les hommes étaient aux commandes. Elle a fait tourner la tête du plus grand, et s’est crue intouchable. Mais quand elle jouait sa vie, lui ne jouait que pour quelques bons moments au lit. Cruel, mais…
J’ai été bluffée de voir la réalité saisissante qui se dégageait de ce récit. Philippa Gregory fait revivre le 16e siècle sous nos yeux, le dépeint avec une justesse étonnante, dissimule l’infime part de fiction sous des éléments historiques on ne peut mieux traités. Lire Deux sœurs pour un roi, c’est plonger dans un cours d’Histoire passionnant, précis, et on ne peut mieux conté. C’est sentir son cœur se serrer, se révolter, se tordre. C’est vivre en direct l’un des destins les plus tragiques d’Angleterre, rencontrer celui qui inspirera, plus tard, le conte de Barbe-bleue. Je vous avoue que j’ai été un peu affolée quand je me suis rendue compte que tout cela était bien réel, que ces faits étaient avérés. Et, entre nous, j’aurais préféré n’avoir affaire qu’à une simple fiction. Pour autant, je suis heureuse de connaitre désormais cette part de l’Histoire, d’avoir côtoyé pendant quelques jours celle qui fut la mère de la reine la plus chérie d’Angleterre. Philippa Gregory est sans conteste une conteuse née, ses mots m’ont totalement subjuguée, passionnée. J’ai été éprise des mêmes sentiments que Marie, me suis sentie proche au possible de ces deux sœurs au destin si cruel. Rien que d’y penser, mon coeur bat plus vite. Wahou…

En bref, un excellent moment de lecture qui n’aura pas fait long feu : le talent de Philippa Gregory pour raviver une Histoire bien lointaine est indéniable. Mon intérêt n’a pas faiblit un seul instant et, mieux : j’ai été captivée de bout en bout, totalement fascinée par cette période dont j’ignorais tout, ou presque. Une vraie réussite, qui ne fait que confirmer mon goût pour les romans historiques !

Edit : après information, je dois vous prévenir : il convient de prendre les informations délivrées par Philippa Gregory avec des pincettes : la réalité serait vraiment différente de ce qu’elle dépeint… Vite, une biographie, un ouvrage plus pointu, pour savoir ce qu’il en est réellement !

 
On en redemande !

En plus : l’avis des copines !

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27 Commentaires

  1. C’est un roman qui me tente beaucoup (comme la plupart des romans historiques en fait ^^). Je le note 🙂

  2. Aaaah ! Mais tu me donnes envie de le sortir tout de suite de ma PAL alors que j’ai prévu de lire les 3 Hunger Games ^^
    Pour tout te dire, j’ai déjà lu la première partie de « Deux sœurs pour un roi » et j’ai adoré… mais la grippe aura eu raison de ma lecture, je l’ai repoussée à un moment où je pourrais plus apprécier la fresque de Philippa Gregory 🙂
    Alors je ne sais pas si tu as vu le film, moi je l’ai trouvé excellent et terrifiant, et puis il y a la série des Tudors aussi où l’on retrouve les sœurs Boleyn (enfin, Anne seulement il me semble).
    Il existe un bon nombre de bios, j’aimerais bien savoir à laquelle tu vas t’attaquer :p

    • Mouhaha, je suis diabolique 😀
      Aaah ça, je peux comprendre ! Ce n’est pas le genre de livre à lire si tu es en train d’agoniser dans ton lit <3 Ma pauvre, j'espère que tu vas mieux ?
      Il faut absolument que je regarde le film, avec tout le bien que l'on m'en dit !

  3. Ah oui l’amour courtois ça fait rêver, mais le reste, à voir ! Je suis très intriguée par ta chronique alors même que tout ce qui est historique, je le fuis. Je l’ajoute à ma wishlist du coup, merci panda (ou pas :p)

    • Mais je t’en prie ma belle 🙂 C’est vrai que l’amour courtois… Bah, il faut que le reste suive. Parce qu’être traitée comme elles l’étaient à l’époque, merci bien :/

  4. J’avais vu le téléfilm que j’avais adoré. Il faudrait que j’arrive à lire le livre maintenant 🙂

  5. J’ai vraiment très très très envie de lire ce livre. Faut dire que cette époque me fascine. J’ai vu la série les Tudors, du moins, j’ai vu les deux premières saison, dont Anne est un personnage phare. C’est une garce. Mais une garce qu’on finit par « apprécier » en quelque sorte.

  6. Et voilà exactement le genre de livre que je lirais volontiers, genre, là, de suite, maintenant, alors que je ne l’ai pas. C’est trop triste une vie de lectrice :'( Une amie m’a parlé en bien du film, je vais commencer par ça, et on verra pour le livre par la suite, mais je le retiens celui-là 😀

  7. Très belle chronique ! Je retrouve en détails ce que j’ai pensé. Gregory a certainement beaucoup de talent pour conter une histoire, dommage qu’elle ne se soit pas appuyée à 100% sur des faits réels.
    Sinon je suis d’accord avec toi, même si je reste baba sur les décors et les habits du 16ème siècle, je suis bien contente d’être née à notre époque. Être livrée en pâture comme un vulgaire objet ? Non merci ! ^^

    Très heureuse d’avoir fait cette première LC avec toi et Léa. Plein de bisous ♥

  8. Je suis partie avec pas mal d’à-priori, notamment à cause des divergences historiques. Mais j’ai quand même été prise tout au long de l’histoire ! J’ai été ravie de faire cette LC avec toi <3

  9. Il me tente beaucoup 🙂
    Merci pour cet avis !

  10. J’ai lu Hérétiques de cette auteure et ayant moyen accroché j’ai un peu peur de tout de suite retenter l’expérience ! Après j’ai beaucoup aimé son style donc je pense que je lirai ce livre un jour, surtout que tu me tentes <3

    • Je ne sais pas trop si les deux sont comparables… Hérétiques est plutôt destiné à la jeunesse, non ? Quoi qu’il en soit, tu trouveras pleiiin d’autres livres sur le sujet 🙂

  11. Alors ma belle après cet avis, comment ne pas courir l’acheter ! Déjà que l’auteure me tentait, alors là ce livre c’est encore pire, moi qui est adorée la série Les Tudors, qui est admirée Anne pour ce caractère complètement orgueilleux mais comme tu dis, c’est une pauvre femme finalement.

  12. Ping :C’est lundi, que lisez-vous ? (87) -

  13. Ta chronique est très belle. J’avais moi aussi beaucoup aimé ce livre, et été terrifiée par la condition des femmes à cette époque. Brrr… je suis bien contente d’être née au XXIe siècle ! 😀

  14. Hmm tu m’intrigues parce que j’avais beaucoup aimé l’histoire d’Anne Boleyn dans la séries The Tudors mais on ne voit pas vraiment ce qui se trame entre les deux soeurs ça passe assez vite. Du coup ça pourrait m’intéresser en fait ‘_’ Allez hop WL. Tu es une diablesse ♥

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