Des fleurs pour Algernon, Daniel Keyes

L’histoire : Charlie Gordon, simple d’esprit, est le cobaye humain d’une expérience scientifique qui a montré des résultats prometteurs sur Algernon, une souris blanche. Au fil des comptes rendus qu’il rédige à l’attention des professeurs à l’origine du traitement, le lecteur suit l’accession à l’intelligence puis au génie de cet homme dont la perception du monde était jusqu’alors réduite. Le discours, minimal et truffé de fautes dans les premières notes, s’étoffe, la réflexion s’insère dans les écrits, se développe. Charlie découvre un nouvel univers, de connaissance mais aussi d’incompréhension, faute d’une maturité affective suffisante pour s’insérer dans ce nouveau monde. Jusqu’à ce qu’Algernon montre des signes de dégénérescence

Mon avis : J’ai découvert ce titre grâce à Fleur, et à sa formidable chronique pleine d’émotions qui dépeignait ce livre comme un véritable petit bijou. Du coup, je n’ai pas pu résister en l’apercevant sur les rayonnages de ma librairie fétiche : ni une, ni deux, le voilà qui atterrissait dans mon panier. Malheureusement, en voulant me renseigner davantage sur son contenu, je suis tombée sur un article plein de spoilers. Avant même de comprendre ce que j’étais en train de lire et de fermer la page, je connaissais la fin du roman. Malgré cela, j’ai passé un excellent moment. Moins intense que je l’aurais voulu, mais tout de même (à ce propos, j’ai volontairement « caché » la dernière phrase du résumé, pour vous laisser la surprise intacte).
Parlons rapidement de l’intrigue : Charlie Gordon, une trentaine d’années et simple d’esprit, vient d’être choisi pour faire partie d’un programme de recherche en tant que cobaye humain. L’expérience ? Effacer son handicap et faire de lui un génie. Pour Algernon, souris blanche de son état, l’opération a déjà porté ses fruits : elle est devenue deux à trois fois plus intelligente que ses semblables. Commence alors pour Charlie une nouvelle vie, faite de découvertes et de désillusions : le monde s’éclaire, et Charlie comprend. Comprend tout, de la physique quantique à la méchanceté des autres. Mais comment faire pour s’adapter à la violence du monde en l’espace de quelques mois, quand on a vécu dans un cocon bienheureux pendant toute sa vie ?
Bon. Par où commencer ? J’éclipse volontairement tout un pan de l’intrigue, de peur de vous en dire trop et de vous gâcher votre lecture. Pourtant, il y a tant à dire ! Ce livre, il est juste… Poignant, magnifique, violent, tellement tellement vrai, terriblement triste… Tout ça, et encore bien plus, tellement plus. Ce roman, c’est le récit poignant d’un homme aveugle à qui l’on va brusquement rendre la vue, et qui va découvrir avec une lucidité effrayante le monde qui l’entoure. Je crois que me souvenir d’un passage biblique disant « Heureux sont les simples d’esprit […] » : à dire vrai, je ne l’ai jamais trouvé aussi juste qu’après avoir lu ce roman. Au fur et à mesure de son éveil, Charlie va se souvenir de la cruauté de sa mère, va comprendre que ses « amis » n’ont en réalité jamais cessé de se moquer de lui et de son infirmité. Plus le temps passe, et plus l’amertume devient présente, oppressante. On suit avec effarement son évolution, un nœud grossissant au creux de notre ventre. Les larmes vont et viennent, jusqu’à ne plus partir : j’ai fini ma lecture totalement chavirée, les joues humides, mon cœur criant à l’injustice jusqu’à m’en faire mal.
Daniel Keyes s’efface totalement au profit de son narrateur, en choisissant d’établir son roman sous forme de comptes-rendus : écrits de la main de Charlie, ils permettent au lecteur de mesurer ses progrès. Au départ bourrés de fautes, ils s’étoffent peu à peu, deviennent plus intelligibles, mieux construits. Pas un instant je n’ai pensé au fait que j’avais un ouvrage fictionnel entre les mains : Daniel Keyes est un véritable virtuose, il faut le dire. Des fleurs pour Algernon est admirablement écrit, capture si bien l’esprit du lecteur qu’il est impossible de s’en détacher : on sent le désastre se profiler à l’horizon, mais on ne veut y pas croire. Alors on lit, dans l’espoir de voir s’améliorer la situation. Chaque émotion est exacerbée, et gagne en puissance au fil du roman. On se mord les joues, on s’essuie les yeux, on serre les poings, et on tourne la dernière page : FIN.

En bref, un roman terriblement magnifique, qui m’aura laissée sur les genoux : je m’attendais à tout ce que j’ai pu lire, et pourtant, pourtant…

5/5 : Coup de coeur !
Pour marque-pages : Permaliens.

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