La Maitresse de Rome, Kate Quinn

Allez savoir où je l’ai notée, mais il y avait bien UNE chronique en particulier qui m’avait poussée à craquer pour ce titre. Qui, où, quand, impossible de m’en souvenir. Mais cela remonte déjà : il n’était pas encore sorti en poche. Alors, quand je l’ai vu parmi les nouveautés de Pocket, vous pensez bien que… Chéri a craqué pour moi ^_^

L’histoire : Rome, Ier siècle après J.-C. Thea, esclave juive, est soumise aux caprices de sa maîtresse. Sa rencontre avec le gladiateur Arius attise la jalousie de cette dernière et Thea est vendue à une maison close éloignée de Rome. Elle attire pourtant l’attention de l’empereur et devient sa favorite. Pour vivre leur amour, Thea et Arius vont devoir faire preuve de la plus grande discrétion.

Mon avis : Vous l’avez peut-être remarqué, j’ai eu quelques mésaventures avec mes dernières lectures. Enchainer un formidable coup de cœur sur deux cruelles déceptions, voilà qui ne laissait rien présager de bon pour la suite. Je me suis donc décidée à conjurer le mauvais sort en lui opposant l’une de mes valeurs sûres : La maitresse de Rome, dont on entend tellement parler en ce moment. Ce roman historique aux allures de péplum avait en effet tout pour me plaire, et si lui ne réussissait pas à me tirer de cette panne livresque, aucun autre n’y arriverait. Je me suis donc lancée dans la lecture de ce beau pavé de près de 700 pages…
L’épopée prend place entre l’an 81 et l’an 96, à Rome. On y suit Thea, jeune esclave juive d’à peine quinze ans. Sa maitresse, Lepida Pollia, est une véritable peste : ses ambitions n’ont d’égal que sa beauté, la cruauté compensant son manque d’intelligence. Alors que celle-ci s’entiche du dernier idole du peuple –Arius, gladiateur et farouche guerrier-, c’est pourtant sur la jeune esclave que l’homme va poser ses yeux. Pendant des mois, les deux amants réussiront à cacher leur idylle. Mais lorsque Arius manque de mourir dans l’arène, Thea ne peut contenir ses sentiments. Lepida, furieuse et jalouse, s’empressera alors d’exiler la jeune fille, en la plaçant au sein d’une maison close. Croyant s’être débarrassée définitivement de sa rivale, Lepida va s’attacher à gravir les échelons de la société. Son but ? Partager le lit de l’empereur. Mais, une fois encore, son ego va être foulé du pied : c’est bien sur Thea que se porte le regard de Domitien, Thea devenue chanteuse et reconnue sur tout le territoire. Thea, toujours amoureuse du « Barbare », mais néanmoins soumise à l’homme le plus puissant de l’empire…
Voilà, dans les grandes lignes, le résumé de la première moitié de ce livre… Fantastique. Et oui ! Je l’ai enfin déniché, ce petit bijou apte à me faire remonter la pente ! Ce péplum m’a littéralement embarquée… mais pas tout de suite. En effet, j’ai eu du mal à m’y mettre. Pendant quelques instants, j’ai même cru que ce livre ne serait qu’une déception de plus ! Je ne pouvais m’empêcher de le comparer aux récents romans historiques que j’avais lu, fourmillant de détails à chaque ligne. Ici, la fiction m’a parue avoir une part bien plus grande… Et ma connaissance en la matière est bien moindre : après m’être documentée, je suis en mesure de vous dire que Kate Quinn a fait un boulot formidable pour intégrer cette petite histoire à la grande et que, franchement… On s’y croirait. Les 100 premières pages furent un tantinet laborieuses, les 200 suivantes furent plus que plaisantes, et les 400 dernières… Un véritable régal. C’est simple : je les ai dévorées hier soir, restant accrochée à mon livre durant plusieurs heures pour avoir le fin mot de l’histoire. Balayées, mes réticences à commencer un autre livre ! Je me suis plongée à corps perdu dans cette lecture, et j’ai adoré.
J’ai adoré pour plusieurs raisons. Déjà, le contexte historique. Saviez-vous que mon film préféré est Gladiator ? Saviez-vous que je pleure à chaque fois que j’entends les notes de cette formidable BO (que je suis d’ailleurs en train d’écouter) ? Saviez-vous que mon premier RPG était Titan Quest, et que j’ai passé des heures et des heures à y jouer avec mon frère ? Saviez-vous que je regrette d’avoir abandonné le latin en seconde ? Bref, on s’en balance : le fait est que l’Antiquité gréco-romaine est une de mes périodes préférées de l’Histoire. Alors, rien que pour cela… La maitresse de Rome ne pouvait que me plaire. Mais Kate Quinn manie si bien les codes de cette période, la rend si vivante, si proche, que c’en est juste exaltant. Moi aussi, je foulais les pavés de Rome, j’étais aux côtés de Thea quand elle rencontrait Arius, je me trouvais sur les gradins quand les gladiateurs entraient dans l’arène… Ouh, j’en ai des frissons. L’auteure ne se contente pas de survoler le sujet, elle nous y plonge. L’Antiquité romaine n’est pas seulement un cadre plaisant pour une aventure grandiose, mais fait partie intégrante de cette aventure, lui donne toute sa saveur et sa richesse. Pour avoir ravivé ma passion pour cette période si riche, merci Kate, merci.
Ensuite, les protagonistes. Vous le savez, mais je ne le répéterai jamais assez : j’accorde une importance cruciale aux personnages. J’en parle en long, en large et en travers dans toutes mes chroniques, et leur construction m’importe plus que tout autre chose dans une lecture. L’action peut être absente ou bancale, si la psychologie des personnages est bien rendue, je serais satisfaite. Et là… Comme pour l’Enfant Merehdian, les découvrir, les suivre, les aimer, les haïr… Tout cela n’a été qu’une partie de plaisir. Kate Quinn nous offre des personnages aux psychés complexes,  s’attache à dépeindre leurs sentiments, à les faire sortir du papier pour les rendre vivants. Et elle s’en sort admirablement bien, particulièrement quand on songe à leur nombre. La narration alterne entre Thea et Lepida, et nous les suivons tour à tour… S’attachant à l’une autant que l’on haït l’autre.
Malgré cette double narration, Thea reste au centre du roman, et donc nos préoccupations. J’ai vécu chacun des passages où elle n’apparaissait pas comme une véritable torture, tant j’étais pressée de savoir ce que Kate Quinn lui réservait. Car l’auteure lui mène la vie dure, et c’est un euphémisme : sa vie est juste… Terrible. Vendue comme esclave alors qu’elle n’était qu’une enfant, elle a le malheur de tomber sur cette peste de Lepida, qui s’en sert comme faire-valoir. Je ne vous parlerais pas de la suite, ni de sa relation avec l’empereur, pour ne rien vous spoiler. Mais j’ai beaucoup aimé ce que Kate Quinn faisait d’elle : on pourrait même aller jusqu’à dire que je l’ai admirée. Elle est forte, intelligente, pleine d’un courage démentiel. Et elle aime, follement, désespérément. On suit l’adolescente, on la voit se transformer en femme, et traverser les épreuves qui se présentent à elle… Elle perd pied, par moment. Et remonte, toujours.
Alors qu’on souhaiterait de tout cœur adoucir les maux de Thea, on ne peut que souhaiter le pire à Lepida. Kate Quinn en fait la méchante parfaite : elle est cupide, orgueilleuse, cruelle, opportuniste et… nymphomane. Clairement. Et terriblement belle, jetant les hommes à ses pieds en un rien de temps. Alors que l’on voudrait la voir payer pour le mal qu’elle répand autour d’elle, elle s’en sort. Et nous, on s’arrache les cheveux. Notre seule consolation : sa sottise sans limite. Elle est belle, mais idiote. J’ai eu maintes fois envie de me précipiter dans l’ouvrage pour lui mettre une gifle bien sentie, tant son comportement est insupportable, mélange incertain de stupidité et de suffisance. Mais je dois avouer que j’ai pris grand plaisir à la détester : elle apporte à l’ouvrage un tonus indéniable et lui donne, il faut le dire, beaucoup de saveur. Donnez moi du piquant, que diable !
Difficile de résister à Arius, bien sûr… Comme Thea, Lepida et toutes les femmes de Rome, nous tombons sous son charme. Et, comme Thea, nous brûlons d’apaiser cet homme rongé par une part d’ombre bien trop grande. On le découvre peu à peu, celui-ci se dévoilant au fil du temps à Thea. Et on comprend pourquoi ces deux-là tombent follement amoureux l’un de l’autre. Cette romance m’a ravie au plus haut point, et je n’ai pas hésité à verser ma petite larme quand tous ces obstacles se dressent entre eux. Je vous le dit, les filles : le viking, le highlander… Terminé ! Place au gladiateur, ce cœur torturé massacrant à tout va pour gagner sa liberté.
Que dire des autres ? Marcus, Paulinus, Calpurina, Sabine, Vix, Trajan… Et l’Empereur. L’Empereur que l’on découvre en même temps que Thea. Et que l’on apprend à craindre, tant les détails soufflés ci et là sont glaçants. Je ne vous dirais rien de plus, hormis ceci : il m’a donné la chair de poule.
Ce beau petit monde fomente complots et trahisons, évoluant au sein d’une Rome totalement débridée, avide de sang, de combat et de sexe. Orgies, banquets et jeux du cirque se succèdent sans répit, et nous trépignons d’impatience… Tant l’intrigue construite par Kate Quinn nous accapare. L’auteure finalise ainsi son roman, en nous offrant -en plus d’un contexte historique diablement bien travaillé et de personnages très bien exploités- une trame des plus attirantes. Les rebondissements s’enchainent, relançant perpétuellement l’intérêt du lecteur. Je ne compte pas les moments où mon cœur s’est serré,  où j’ai cru bondir de mon siège. Des dizaines d’émotions ont étreint mon cœur, de la rancœur la plus tenace à la surprise la plus grande, de la tendresse la plus sincère à la colère la plus pure. On suit les aventures de nos héros en se rongeant les sangs, saisi d’un besoin quasi-vital de savoir ce qu’il va advenir d’eux. Je ne vois pas d’autres mots que celui employé si justement par Cajou : c’est tout simplement PAL-PI-TANT. Kate Quinn nous offre un grand roman, parfaitement accompli : tout y est. Et tout est dit.

En bref, j’ai adoré ce roman historique tout simplement parfait : l’auteure maitrise son sujet sur le bout des doigts, et cela se sent. Ses qualités d’historienne servent une intrigue des plus passionnantes, et le lecteur ne peut être qu’emporté par ce qui se déroule sous ses yeux. C’est un grand, un franc, un énorme COUP DE CŒUR !

Coup de coeur !
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